13 août 2015


Straight to the mountain


On est restés je crois... deux heures et demie arrêtés à Dijon, et à Chambéry personne n'est monté, c'était le bordel, certains sont descendus prendre un bus pour Bourg Saint Maurice (la ligne est coupée depuis l'éboulement de Moûtiers en Avril dernier). Une dame devait rejoindre Milan en train, sachant qu'y a des directs Paris-Milan, ils lui ont fait prendre un train de nuit et descendre à Aix-les-bains à 5h30 pour prendre un train vers Genève, d'où elle en prendra un autre pour Milan... La pauvre.
Par contre j'ai plus d'eau et je m'hydrate avec du Pulco, ce qui est assez écoeurant à 5 heures du mat. On est trois dans le wagons après Chambéry, et je discute avec une dame hyper sympa qui s'étonne de me voir voyager seule. Ce qui est dingue c'est que si j'avais été un mec, personne m'aurait rien dit, on m'aurait pas « mise en garde », on se serait que moyennement étonné. Comme si femme + solitude = DANGER. Ou alors les femmes seraient des chochottes peureuses de l'inconnu, et les hommes moins ? Les femmes sont plus « communautaires » que les hommes ? Moins débrouillardes ? Je sais pas. Je pense qu'il s'agit plus d'une espèce de règle absurde qui dit que les femmes, de par leur « faiblesse », sont plus sujet à être dans la merde que les hommes. Ahah. Mais Nini pas peur ! Bref, après avoir discuté avec la dame qui arrive pas à dormir parce qu'elle a froid, je lui file une polaire en lui conseillant d'aller dans sa couchette, qu'elle n'ose pas rejoindre parce que c'est en plein milieu de la nuit... Enfin bon, les gens ne se dérangent pas pour se lever et sortir des compartiments à toute heure ! Nous repartons de Chambéry et je me rendors.
7 heures. Nous venons de passer Annecy, j'ai dormi pépouz avec mon duvet. Je retrouve sur mon siège ma polaire et la dame a disparu, j'en conclus qu'elle a finalement été rejoindre la couchette (qu'elle a quand même payé 60 balles, hein). Je regrette pas d'avoir sorti mon gros duvet et dormi comme un bébé.



9 heures, nous arrivons à Saint-Gervais-les-bains, où je transite en express vers le TER qui fait Saint-Gervais / Chamonix.


Je retrouve la dame du train qui va jusqu'à Chamonix, de là on vient la chercher en voiture pour aller jusqu'à Courmayeur... Punaise, quelle nuit. Elle rentre le 18, comme moi, mais préférera un train de jour (tu m'étonnes). Pour ma part, je ne pousse pas jusqu'à Chamonix, je m'arrête à la gare des Houches, à 25 minutes de Saint-Gervais. Hors de question que j'aille fourrer mon nez au Mont Blanc et à la mer de glace, payer 50 balles un télécabine pour monter à 4000 mètres et voir « la bête », entourée de gamins brailleurs et de parents qui tentent de les gérer. No, thx. Je vais déjà me retrouver dans un truc assez touristique aujourd'hui, je crois, et ça sera bien assez (comme le glacier, ahahahaha.) En vrai, aujourd'hui mon programme c'est d'aller jusqu'au glacier Bionnassay (c'était ça le jeu de mots, ahah, bien assez, Bionnassay, bref.)
Me voici donc à la gare des Houches, où il n'y a ni guichet ni borne, rien du tout, juste un quai. De là, deux kilomètres à pieds pour rejoindre le camping de Bellevue, qui comme son nom l'indique est à Bellevue, et au pied du téléphérique de Bellevue. J'espère au moins qu'il y a une belle vue. Arrivée sur place, ça va, on va dire que je suis pas déçue.



Après avoir installé ma tente et avoir fait quelques courses à Carrefour, me voici dans le télécabine qui me projette 1000 mètres plus haut, jusqu'à la gare de tram « Bellevue » à 1800 mètres. L'idée c'est de longer la voie du tramway à l'aller et de redescendre par le sentier plus long et plus escarpé, qui longe le glacier Bionnassay. Au moment où j'arrive en haut, le tramway du mont blanc est justement en train de partir de la gare, bondé. Urk.



Je vais voir la madame de la gare pour lui demander si c'est bien par les rails qu'on monte au refuge du Nid d'aigle, elle me répond que « c'est interdit mais bon ça c'est pas un problème y a pas de gendarmes, mais par contre c'est pas du tout agréable, vaut mieux monter par le sentier qui descend ». Oui je sais, monter par le sentier qui descend. Je sais je sais. En fait il descend un peu pour remonter de plus belle après. Allez bim, c'est parti pour 5 kilomètres jusqu'au Nid d'aigle, et dis donc, qu'est ce que c'est beau. Et puis qu'est ce qu'il fait beau !


  
Depuis la vallée on voit la chaîne des Aravis (je crois que c'est ça, je suis pas sûre), et je me souviens d'il y a quelques mois, quand je me trouvais juste de l'autre côté de ces montagnes avec ma mère lors d'un séjour en roulotte du côté d'Annecy. C'était vraiment chouette ces quelques jours... Ça commence à grimper après la vallée et je me fais un pique-nique assez immonde : bière pas bonne et du pain avec du fromage frais dedans, qui a goût de lait caillé, c'est bizarre. Je fais ensuite un petit détour sur une petite grimpette où je vois des gens monter, il se trouve qu'on y découvre le glacier.
Le sentier finit sur une belle montée finale de 400 mètres sur un kilomètre et demi, et je commence à être essoufflééééée. C'est donc parti pour la musique, qui va me booster. La musique a vraiment un pouvoir absolument incroyable sur le corps, et je crois que je vais écrire une thèse là-dessus (sans déconner). On te met devant un paysage, dans un endroit, face à une image, selon la musique qu'on te diffuse, tu peux ressentir au moins 10 émotions différentes pour les mêmes conditions, j'suis sûre. Et je crois que ça joue surtout sur l'énergie : mets du funk avec un bon orchestre de cuivres et un bon beat, tu vas pas marcher de la même manière que sur le mouvement lent d'un quatuor à cordes en mineur. Cette parenthèse musicale terminée, c'est donc avec Keith Jarrett, que je commence ma montée, ce qui me donne une sensation de grandeur, d'espace envahissant, de beauté un peu triste, mais belle quand même. S'en suit The White Birch et la voix du chanteur qui apporte sa petite dose de mélancolie, et quand je commence à en avoir marre de monter et qu'il faut enclencher la 5ème malgré la fatigue, mon carburant c'est Survivor et Iggy Pop.



Et me voilà enfin en haut !

Deux belles bêtes.




A l'approche du Nid d'aigle, le glacier se dévoile, avec ses petits chamois qui courent partout, et... ses touristes. Ben oui, je sais bien que le Mont Blanc est une activité touristique et que les installations qui en dépendent doivent rapporter un paquet de thunes, mais c'est quand même dommage ce tramway. C'est vrai que tout le monde ne peut pas grimper ici, que c'est quand même mieux d'emmener ses enfants sur un glacier que de les laisser faire des châteaux de sable pendant qu'on bronze à Biarritz (c'est très personnel, je n'ai rien contre les bronzeurs), que tout le monde a le droit à son Mont Blanc, et que ce tram, il dénature pas vraiment le paysage, il est même plutôt chouette et sympathique. Mais si encore tout le monde était là pour se ressourcer, pour apprécier la nature exceptionnelle qui s'offre à eux... Mais j'ai cette mauvaise impression que c'est pas le cas. Je m'assois sur un rocher pas loin du glacier, je savoure cette espèce de pureté incroyable qui m'entoure, je regarde les chamois qui me regardent en retour, et je me demande qui de nous deux est l'animal : finalement, on est là en train de se dire « oh, des chamois ! », presque surpris de les trouver là, alors qu'ils sont quand même cent fois plus dans leur élément que nous. Régulièrement, des morceaux de glace tombent du glacier et un petit éboulement de pierres déferle. L'unique spectacle qu'on a à voir ici est un truc qu'on ne maîtrise pas, et qu'on ne pourra jamais maîtriser, et qui semble soudain beaucoup plus fort que nous. Et à côté de moi y a un troupeau familial (comprendre « parents tonton tata enfants »), et c'est la course aux photos, ça court après les chamois, ça crie. « Héééé les enfants venez voir là y a trois chamois à MEME PAS TROIS METRES !! Dépêchez-vous, prends l'appareil Machine !! » Gueule encore un peu plus fort et ils vont vite se barrer, tes chamois. Okay, je suis un peu dure je pense, à la place des gamins j'aurais été pareil, et à la place des parents j'aurais sûrement été pareil aussi. Mais à ma propre place, je dois avouer que je suis un tantinet aigrie, même si c'est pleinement assumé. Je me rappelle ce moment sur le sommet du Stromboli où Camille me disait que ce qu'elle aimait dans ce genre de randonnées, c'est que seuls ceux qui l'ont gravi ont accès au spectacle. L'idée d'une chose inaccessible, qu'il faut aller chercher pour être « récompensés ». Okay c'est pas cool pour les handicapés, mais très égoïstement, je partage pas mal ce point de vue. Du coup, je vous partage aussi le point de vue sur le Nid d'aigle.


Il est 15h45 et je dois déjà penser au fait que je dois repartir bientôt. Ben oui, j'ai du mettre deux heures et demie à monter, mais le télécabine de Bellevue il ferme à 18 heures, donc faut pas que je déconne trop trop non plus, pas envie de tout descendre à pattes. Après avoir siroté mon citron à l'eau à 3€ (huhu), il est temps de me barrer. Il est plus de 16 heures et je me dis que le temps que je descende tout par le sentier longeant le glacier, je vais sûrement arriver à temps, mais que c'est possiblement un peu chaud et j'ai pas envie de courir. Donc je vais jusqu'à la gare du tramway et tente un petit « hum, bonjour ? En fait je voulais savoir où il était le sentier pour descendre le long de la voie parce que je sais que c'est interdit mais bon, en descendant de l'autre côté c'est long quand même... :) » Le mec me fait un petit sourire et m'indique le sentier qui descend vers la voie, en m'indiquant de faire attention au moment où il faut contourner le tunnel, à savoir ça :



Là je commence à comprendre pourquoi le sentier a été interdit, c'est quand même très dangereux, faut pas avoir le vertige ou trébucher. Parce que forcément, quand un tram se met à monter ou descendre, il faut se ranger, et deviner de quel côté y a la place ??? :D Je comprends aussi pourquoi la fille en bas m'a dit que c'était pas terrible de monter par là... Les cailloux c'est quand même très relou.


Là, pour le coup je suis vraiment SEULE, personne ne descend de ce côté. Y a une espèce d'immense vide tout autour de moi, tellement grand que j'ai l'impression que c'est une boule qu'on peut prendre dans ses bras (enfin faut pas trop essayer quand même). Quelques minutes plus tard, je suis rattrapée par un mec avec son chien que j'avais déjà croisé en haut. Je le vois qui s'assied sur le bord du vide avec son chien, le gros taré quoi. Je commence à lui demander s'il sait un peu pour combien de temps y en a pour rejoindre Bellevue, il me répond « Oh, an hour, EASY ». Ahaha. Il a l'air bien sympa alors on papote un peu sur la descente, son chien se met à détaler dans la descente quand il entend une marmotte, le mec siffle avec ses doigts, l'appelle « DJANGO !! », et le chien se ramène. Vas-y c'est classe, moi mon chat il me répond pas quand je siffle hein. Et puis de toutes façons je sais même pas siffler avec les doigts.


 
Il me raconte qu'il est du coin et qu'il aime bien se balader par là, du coup on prend un sentier différent qui passe pas par la voie de tram avec tous ses cailloux chiants mais qui contourne le Mont Lachat du côté Est, ce qui nous offre une vue sublime sur la vallée de Chamonix et le massif du Mont Blanc.



A l'inverse, je lui raconte que j'suis arrivée de Paris ce matin à 9 heures par un train de nuit, ce à quoi il me répond « oh yeah, straight to the mountain ! » avec un geste qui indique une direction franche droit devant lui. Et c'est exactement ça, c'est exactement ce que je veux et ce que je voulais. Direct vers la montagne. Il me quitte en courant parce qu'il est à la bourre et je finis mon petit trajet à flanc de montagne, 1000m au dessus de ma tente que j'aperçois là tout en bas...


Arrivée au téléphérique vers 17h15, je suis explosée, j'espère que j'aurai une place assise dans le télécabine, à l'aller on était que quatre. J'arrive à l'entrée du machin où y a un troupeau d'espagnols qui gueule... -_- SI SI MONTAGNAAAAAA VAMOS VAMOS :|  Oh. Punaise. Je les grille et passe avant eux pour avoir une place assise et je me retrouve tout devant avec un couple de deux français, dont la femme commence à dire au type « On peut attendre le prochain si tu veux hein ? J'te préviens ils sont BRUYANTS ». Je rigole un peu et une fois montés dans le téléphérique, on se cale sur le banc et le troupeau entre dans la cabine en parlant fort sans jamais s'arrêter, du coup on les critique un peu. Oui, les français sont pas accueillants. Mais oui, les espagnols sont bruyants. Tous les clichés sont bien au rendez-vous ? Okay c'est bon, on peut descendre ! Me revoilà au camping à 18 heures, je prends une grosse douche et ça fait du BIEEEENNNNNNN. Je me fais un petit repas ma foi pas mauvais (attends que j'ai mangé ça 4 soirs de suite tu vas voir ce que j'en dirai), à base de riz, protéines de soja et sauce tomate. Et pour finir, un bon petit thé aux fruits des bois, parce que moi et le thé, c'est une grande histoire d'amour. Le but c'est se coucher tôt et se lever tôt : je dois choper un train aux Houches à 8h30 pour retourner à Saint-Gervais et y prendre un bus à 10 heures pour les Contamines Montjoie.
Je m'endors effectivement très tôt en savourant les images sublimes que j'ai encaissé aujourd'hui, en espérant que le temps se maintienne un minimum dans cette lignée et en me disant que bon, le Mont Blanc, j'irais pas en été. C'est quand même bien bien touristique, j'espère que le Beaufortain ça sera un peu plus « sauvage » (bon tout est relatif hein, on parle quand même des Alpes, même à Chamonix, ça doit rester très chouette).




Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire