16 août 2015


Bim badabim, bim badaboum


Bon allez, tant pis pour la météo, aujourd'hui je vais jusqu'au refuge de la croix du bonhomme.
9H20, j'attends la navette qui doit monter jusqu'au refuge du Plan de la lai, à 1800m, un peu au-dessus du lac de Roselend. Le bus arrive avec 20 minutes de retard et je suis toute seule jusqu'au Plan de la lai. En passant devant le lac de Roselend, je m'étonne de la couleur de l'eau avec un temps si gris.



Hop, 10 heures et demie, me voilà en route pour la montée vers le refuge, au programme 13 kilomètres aller-retour pour un peu plus de 600 mètres de montée. Le temps est encore très bas, mais la météo annonce des éclaircies en altitude dans l'après-midi... J'espère donc qu'au retour ça sera un peu plus dégagé !



Très vite je me retrouve un peu plongée encore dans des nuages, sauf que les sentiers se multiplient et je sais plus trop vers où aller. Je prends tantôt le chemin 4x4, tantôt le sentier. Puis après avoir croisé des randonneurs qui font le tour du Beaufortain, ce qui me permet de les pister pour trouver mon chemin, je suis leurs traces de pas. Là où les humains ont marché, c'est sûrement que ça va quelque part ! Ah, ce silence de la montagne, quelques bruits de vaches, c'est si calme. Les oiseaux ont l'air tellement dans leur élément, loin de tout. Moi aussi, d'ailleurs. Je me sens bien loin de Paris ici, et qu'est ce que ça fait du bien.




Après quelques kilomètres dans un décor m'évoquant plus les Wicklow mounts que les Alpes, de leur verdure et ces couleurs jaune-marron dans la brume, me voici abordant la crête des Gittes dans les nuages. Lorsque j'arrive au col de la Sauce, le temps est assez dégagé pour y voir un trou béant formé par ce cercle de crêtes, voyant jusqu'au refuge où je me rends.




Mais très vite je me retrouve plongée dans une épaisse couche nuageuse qui me donne l'impression d'évoluer à l'aveuglette, le vide de chaque côté de mes pas. Graaaaaah, ça, c'est une crête. J'adore cette sensation d'être tout en haut de la montagne, que je puisse plus grimper encore, que je touche le ciel.




Bon, je peux quand même pas m'empêcher d'être dégoutée parce qu'au moment où j'arpente la crête je ne le sais pas encore, mais normalement j'aurais du voir ça, hein :


Alors, j'aime bien les nuages, mais là, c'est du vol carrément. Abusey.


« Seul, on est jamais vraiment seul », je lis partout sur internet. En randonnée, c'est un peu pareil je crois. Déjà, quand on ne croise pas des randonneurs, on est toujours un peu avec soi-même et ses propres pensées qui se chamaillent. Mais lorsqu'on a la chance d'avoir de quoi écouter de la musique, ça devient tout de suite très transcendant de marcher ici... Thomas Enhco m'accompagne tout le long de cette crête vertigineuse sur laquelle je déroule mes pas comme à la conquête d'un nouveau monde. Je me sens seule au monde face à tout cet espace, loin de tout, et pourtant si sereine et heureuse de me noyer dans ces nuages avec ça sur les oreilles. (Je vous conseille très très très fortement l'album « Feathers » du jeune pianiste.)

  
13 heures passées, me voilà arrivée au refuge où un bon paquet de randonneurs sont déjà ici pour une halte. Beaucoup font le tour du Beaufortain, certains prennent un repas, d'autres juste un café, tandis que certains passent leur journée au refuge en attendant que le temps s'améliore pour entamer leur prochaine étape. Je me sens quand même plus proche de ces gens-là que des bolosses du Nid d'aigle. Pour l'heure, en ce qui me concerne, j'ai la DALLE. Bon, comme y a pas grand chose de végétarien, mon dévolu se jettera sur une omelette au Beaufort et surtout un graaaaaand thé anglais. Aaaaaah. Ce que ça m'avait manqué le thé, ça fait trop de bien. Je bois 3 grandes tasses que je savoure comme j'ai rarement savouré du thé. Oui parce qu'en fait, j'ai emporté une vingtaine de sachets de thé mais ils ont tous été noyés dans l'épisode de 6 ou 7 km sous la pluie vendredi. Bon par contre l'omelette c'est quand même pas mon plat favori et ça devient assez vite écoeurant avec le fromage, mais bon, ça fait quand même du bien de manger ! Le refuge est plutôt cool et ça me donne carrément envie de faire de la randonnée itinérante en refuges. Parce que la tente c'est cool mais bon, ça reste quand même lourd à porter (surtout que tu prends ta bouffe), lourd à monter et démonter tous les soirs, et quand il pleut c'est quand même bien la lose, t'es vite bloqué par l'humidité et le manque d'abri... Surtout en camping sauvage. Bon, c'est clairement pas le même budget, entre 50€ la nuit en demi-pension et 7€ en tente, c'est clair qu'il faut savoir être un peu roots de temps en temps, mais j'crois que sur de longues randos en montagne, j'apprécierais quand même de pouvoir prendre une douche chaude et dormir au sec tous les soirs.
Grosse baisse de moral au refuge. Je sais pas si c'est la fatigue ou les cartes postales qui mettent bien en évidence tout ce que je rate avec ce temps pourri, mais j'me sens un peu stone. Je reste une petite heure au refuge avant de reprendre la route en sens inverse, rassasiée. J'ai mis un peu moins de 3 heures à monter avec des pauses (estimation des panneaux 2h50, je me sens moins nulle qu'avant-hier!), j'estime donc ma descente à 1h30 – 2h max. Il est 14h30 quand je repars, le dernier bus est à 17h30, je suis large !
Je me sens bien sur ce retour de crêtes, le calme de la montagne s'étend à moi... Il ne pleut plus, j'ai pas vraiment froid. Il y a toujours beaucoup de nuages mais je me sens en forme, sereine. Je savoure le silence, cette roche abrupte et ma solitude. Puis, au fil de mes pensées, je déborde et fonds en larmes. Mais ce n'est pas vraiment de la tristesse que je ressens, bien au contraire même. J'ai juste la sensation de me vider d'un stress présent depuis trop longtemps. La montagne est un peu mon purgatoire. Je pense à tous ces gens que j'aime tant et que je ne veux pas perdre, à ces gens merveilleux que sont mes amis, à mon frère, mon père, ma mère, mes grands parents... ces gens à qui j'ai jamais l'occasion de dire combien je les aime. A ma grand-mère que j'ai tant aimé sans le lui avoir jamais dit. Je pense fort à eux et je craque complètement. Je me dis que de l'extérieur, on trouverait ça sûrement triste, une fille qui marche toute seule sur une crête dans les nuages, avec des chaussettes en sacs poubelle... Mais non, je suis vraiment pas triste, j'évacue, simplement. Je me sens bien, vidée, je sens que je me retrouve avec moi-même et que ça fait terriblement du bien. Je sais ça fait un peu faire pleurer dans les chaumières ou j'sais pas quoi, mais si c'est la vérité, si c'est ce que je ressens maintenant ? Ça peut paraître trop intime pour un carnet de voyage, mais si cela fait partie de mon voyage, pourquoi je me limiterais à la météo et aux horaires de bus ?

En parlant de ça, c'est pas le tout mais j'ai un bus à attraper, alors je me ressaisis et c'est parti de plus belle, toujours dans les nuages, mais cette fois avec de la musique dans les oreilles. On va d'abord s'attaquer à Stromae avant de passer une bonne tranche d'Orelsan. Je souris, je trotte, sautille sur ma crête à la vitesse des pulsations, je suis contente.


J'crois que la randonnée peut se vivre de façon très personnelle. Bien sûr tu déconnes moins, tu partages moins, mais je sais pas comment expliquer, j'suis peut-être un peu trop philosophe sur les bords, mais y a un truc un peu « profond » et transcendant qui émerge, un truc que j'ai rarement ressenti avec quelqu'un d'autre (en parlant de ça je vous conseille le film Wild à ce sujet). Les seules fois dont je me souviens, c'était dans une vallée avec mon frère en Allemagne, et au sommet du Stromboli avec Camille. Bon, par contre, c'est clair que le camping c'est plus marrant à plusieurs. Disons que c'est moins démoralisant. Quand il pleut on se console, on joue aux cartes. Quand il arrive un truc nul, on en rit plus facilement avec quelqu'un.
Par contre, qui a dit que ça se dégagerait ??? Il fait de plus en plus moche, en fait j'ai l'impression que le temps se lève depuis la vallée et que je me tape la couche nuageuse au-dessus de laquelle j'étais en début de journée. En descendant, j'entends les vaches qui courent et les aperçois dans la brume, se regrouper autour d'un type qui a l'air de les changer de champ.
Je sais pas pourquoi, y a quand même un vent de sale humeur qui persiste... Je sais pas si c'est le temps ou le fait que c'est bientôt la fin des vacances, ou la solitude, mais même si j'ai pas envie d'être ailleurs, la descente me lourde un peu, et j'avance à grandes enjambées, tantôt glissant dans la boue, mais toujours en traçant vers le refuge du Plan de la lai, du rap dans les oreilles.

16h30. Me voici presque arrivée au refuge quand... Oh, que vois-je ???? Le reflet du soleil qui tente de percer les nuages !! Magnifique ! Allez viens, viens ! On est bienbienbienbienbien, sous la couche de nuages !

  
Je profite de l'heure qui me reste à attendre le dernier bus pour laver mon sur-pantalon et mes chaussures dans une rivière bien froide. Pour faire simple, je suis couverte de boue jusqu'aux genoux. Je finis la randonnée avec Plus rien des Cowboys fringants dans les oreilles, une chanson qui s'harmonise bien avec ce temps lugubre, et qui me rappelle ma classe de 3e4 de cette année, mes chouchous qui vont vraiment me manquer à la rentrée... Ah, la rentrée. Ça aussi, on va éviter d'y penser. Non pas que ça me fasse pas plaisir de reprendre, je suis plutôt contente même, j'aime bien mon boulot pour l'instant, mais l'été est passé si vite...

Me voici attendant le bus au pied du refuge du Plan de la lai, où je fais passer le temps en mangeant un snickers fondu puis redurci. Avouez ça fait envie.

 
 
Je retrouve le même chauffeur qu'à l'aller, et me voici encore une fois seule dans le bus pour 40 minutes de descente jusqu'à Beaufort. Et voilà qu'à Beaufort, il … NE PLEUT PAS !!! Et même que le sol est sec, ce qui veut dire que ça fait un bon moment qu'il a pas plu ! Aaaah, c'est trop agréable. Par contre ce qui est moins agréable c'est une sale douleur au genou gauche qui a pas du apprécier la descente... Pas cool.

La bonne humeur est de nouveau au rendez-vous quand je retrouve le camping ensoleillé et ma tente SÈCHE, yihaaa ! C'est tellement bien de pas être obligé de se dépêcher de rentrer dans la tente en se disant « putain mais mon kaway il va tout tremper dedans, faut que je le retire à l'entrée, mais j'vais être trempée... ». J'ai même droit à un joli arc-en-ciel.


Pour la peine, je m'offre un petit apéro dehors en faisant cuire mon riz et mes protéines de soja (sérieux j'en peux plus, mais bon j'ai que ça). J'ouvre ma bière au génepi et mon paquet de chips quand... IL SE MET À PLEUVOIR, SÉRIEUSEMENT ????? Mais. C'est pas possible ça. C'est pas vrai. Je mise sur la petite pluie passagère, et quand je commence à être vraiment trempée et sentant les grosses gouttes dans mon dos, je me décide à finir mon repas une fois de plus sous la tente, en rentrant tout mon bordel pour pas qu'il soit trop mouillé... Une fois dans la tente, je cherche ma bière partout et me rappelle l'avoir posée derrière moi dans la tente (grave erreur). Omg omg, j'ai du la faire tomber, noooonnnn. Mais non. Fière de moi, je l'avais posée à l'entrée de la tente. Bon, je l'ai quand même faite tomber, hein, sinon c'est pas marrant, mais pas DANS la tente, c'est déjà ça. C'est dommage, elle était quand même super bonne. J'ai l'impression d'être Camille là (la ptite si tu me lis ;D) Bon bah, back to riz-sauce-tomate sous la tente...

 
 
Evidemment quand j'ai fini de manger, il pleut plus, aha, aha, aha. La prochaine fois j'attends hein. Comme tous les soirs j'ai trop prévu et c'est la poubelle qui finit mon bol. Aurais-je le droit à un dernier repas au sec demain soir ?? La suite au prochain épisode !

Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire