12 juillet 2017

Ya Hala


Pourquoi ce titre à cet article ? Parce que ya hala veut dire bienvenue en libanais, et que les montagnes me souhaitent la bienvenue en ce beau matin de juillet. Et aussi parce que c'est à peu près mon top 3 des musiques préférées d'Ibrahim Maalouf ! Du coup, pour vous souhaitez la bienvenue, les montagnes et moi vous conseillons de l'écouter en libanais :




6h. Réveil par la voix du contrôleur qui annonce qu'on a 45 minutes de retard... QUOI ? AH MAIS ÇA VA PAS DU TOUT ÇA. Le train est censé arriver à 8h30 et j'ai un bus pour Névache à 9 heures ! S'en suivent 11 longs kilomètres. Si je rate le bus, le prochain est à 11h30... et ma journée est à moitié foutue... Du coup je me rendors pas jusqu'à 8 heures, où je finis par me lever et aller faire une petite toilette et appeler la compagnie de bus à 8h30 : bonne nouvelle, si le train n'a pas trop de retard, ils m'attendront ! Pour le moment, 9h15 c'est encore faisable de leur côté. Je vais voir les contrôleurs qui me disent qu'on arrivera plutôt vers 9h05-10. Ouf ! Ça ira alors.

Les montagnes m'accueillent, je suis hyper CONTENTE :-)





Finalement, le train arrive même à 8h55 ! Du coup je suis dans le bus à 8h58 et je suis même en avance puisque nous attendons encore deux personnes. Celles-ci arrivées, nous partons pour Névache. Il est 9h01. Ya Halaaaa !!!

Ah la la, ça me rappelle des souvenirs de repasser par ici... Premièrement les vacances à Monêtier de l'an dernier avec Camille, je vois la croix de Toulouse depuis le bus, que l'on a montée en via ferrata... Et puis nous passons devant la pharmacie où j'ai acheté de la biafine après mon front bélouga en juillet 2013, puis devant le camping des Alberts. Je revois le soir où on est arrivés avec Seb et qu'on a posé nos pieds dans la Clarée, un paquet de chips et une bouteille de cidre à la main, que Seb a ouvert à la bouche en se cassant un bout de dent !

Arrivée à Névache vers 9h30, j'achète quelques timbres au cas où je trouve des cartes à acheter dans les refuges (UHUHUHUHU bien suuuuuur), remplissage de gourdes à la fontaine du village, puis c'est parti, il est 10 heures quand je traverse le village de Névache pour rejoindre le GR, armée de ma carte !



Fiou. Le début est vraiment hard, je galère je dois dire. Après 500 mètres de route, je prends le sentier qui monte vers le col des vallons.



16 kilos sur le dos... Ça pèse dans la montée. Rien qu'un kilomètre et je suis déjà crevée ! Il est temps de réhabituer mon corps à la marche-mulet.


"1000m, ça va être chaud."


11h20. J'ai monté le plus gros de la première montée de 500m jusqu'à la chapelle Saint Michel. Une fois arrivée à la chapelle, il ne me restera "plus que" 500 mètres encore :D
Le portage du sac me fait vraiment souffrir au niveau des épaules et sa lourdeur m'accable un peu, mais je sais que je vais finir par m'habituer et malgré tout, dès que je vois les rochers qui surplombe la vallée, mon ventre se noue et je me sens apaisée.




Je suis toute seule dans ce décor magnifique, longeant les crêtes de la Charmette et les rochers de la paria... Les roches découpées sont vraiment sublimes et j'ai du mal à en décrocher mon regard.




Les rochers de la paria


Pour fêter ça, j'appelle le collège pendant qu'il me reste une barre de réseau qui oscille... Purée, c'est quand même un comble de se retrouver seule au milieu des montagnes et de devoir régler les conneries du rectorat. Mais j'arrive plus ou moins à régler le problème en question et suis rassurée ! Je peux repartir pour ma montée qui devient beaucoup plus douce. Le sentier longe le torrent du vallon et régulièrement, je plonge mes mains dedans.




Il est midi quand j'arrive à la chapelle Saint Michel, mais je ne suis pas seule. Une femme, son fils et son chien sont arrêtés pour pique-niquer. On discute un peu, elle habite Grenoble et me vend un peu sa ville comme le lieu de vie idéal (oui ben J'AI PAS DE POINTS OK ?). Son mari est parti à 6h du matin depuis les Granges de la Vallée étroite pour monter le Thabor, ils sont arrivés avant 11 heures ! Ils ont pas trainés.
Du coup je fais seulement une pause pour boire et manger un peu de noix et amandes, puis je repars pour pique-niquer un peu plus loin.




Une demie heure plus tard, j'ai dépassé le chalet du Vallon (il est pas à vendre par hasard ?) et comme il est presque 13 heures, je m'arrête quasiment sur le sentier pour manger (de toute façon vu la fréquentation je vais pas gêner grand monde !)




(C'est du pain avec du boursin. Miam.)


Hop, 13h30, c'est reparti ! Allez courache Nini, tu as fait un peu plus de la moitié ! La montée est un peu longue, j'ai l'impression que j'arriverai jamais au col, mais que c'est BEAU !! Je suis totalement SEULE depuis mon départ de Névache et plus je m'enfonce dans ce décor, plus il m'apaise.


Les deux tours au fond et, juste à leur gauche, le col du Vallon, ma destination du jour






Je croise un seul randonneur et son border collie  (!!!) durant toute la rando. Le chant des oiseaux résonne dans ce décor précieux et le son devient presque palpable. Je profite d'une acalmie de vent et du soleil pour faire une petite sieste avant la dernière ligne droite jusqu'au col. Je me sens terriblement bien, j'observe la danse majestueuse des nuages qui volent au dessus de moi.




Il est un peu plus de 15h quand j'arrive enfin au col à 2645m !!! Et quelle merveille... En face de moi se dévoile le Grand Séru (qui accompagnera mon périple tous les jours, sous différents angles), et à gauche, le Thabor ! Le temps est radieux et pas trop brumeux, ce qui donne une profondeur hallucinante au paysage : on voit vraiment loin ! Et surtout, je me dis que je viens de vraiment loin... et bas !




 Tout à gauche, dans l'ombre, le Mont Thabor



Le grand séru


Fiou, par contre le vent est clairement frisquet, je vais pas m'éterniser. Je suis contente, j'ai pas trainé ! Je suis à plus de 1000m de dénivelé et quelques 9 kilomètres en 5 heures (pauses y compris). Je retrouve un peu de réseau au col, le temps d'envoyer quelques nouvelles et je repars pour la descente... Peu rassurante. D'abord, ça descend vachement. On se rend pas trop compte sur les photos, mais c'était assez casse-gueule, surtout avec le vent.




Ensuite, la descente se fait dans un immense pierrier partiellement enneigé. Par deux ou trois fois, il est incontournable de traverser des névés pour suivre le sentier, et franchement, se retrouver ici toute seule dans un silence morbide, avec pour seuls bruits mes pas sur la neige glacée, dérapant de temps à autre, c'est pas hyper serein comme climat. Bon, rien de dangereux a priori, mais j'avais franchement pas envie de me casser la figure... et ça se voit.






Enfin, autant les espaces ouverts et les plaines entourées de pics sont apaisantes, autant je trouve les cuvettes abruptes particulièrement anxiogènes. Non pas que je n'aime pas le décor, mais on se sent vraiment petits et faillibles quand on est entourés d'énormes masses rocheuses qui dominent tout.




Une petite heure plus tard, me voilà en bas de la descente, dans une grande plaine où je découvre mes premières marmottes (mais clairement pas les dernières !!) qui courent partout. Je rencontre même un bébé hermine :-)




Bon. En théorie, je suis plus très loin de mon bivouac prévu, le Prat du plan. Je suis censée descendre jusqu'à l'ancienne mine de Blanchet pour remonter dans le vallon, mais je décide de sortir du sentier pour couper. Je gagne un petit kilomètre et une centaine de mètres de dénivelé à descendre puis remonter.

16h30. Je cherche une place pour bivouaquer. J'entends la rivière et essaye de m'en rapprocher un maximum mais partout il a des petites bosses et buttes qui sont clairement pas pratiques pour planter ma tente. Je finis par tomber, dans une espèce de grand trou entouré de talus, sur des vestiges de feu de camp. Du coup je me dis que c'est un endroit plutôt cool. Comme je sais pas faire du feu (c'est con, ça serait utile), les pierres me serviront de coupe-vent pour mon réchaud ! Bon l'ennui c'est que je galère pour trouver un endroit "un peu plat" et sans trop de bouses... Du coup je plante ma tente à côté d'une entrée de fourmilière et sur un faux plat qui penche clairement vers la droite. Mbon. Je sens que je vais finir ma nuit dans la toile !




Le soleil va bientôt se cacher derrière les montagnes et il est temps pour moi d'aller m'abreuver à la rivière... Le truc c'est que la rivière est vraiment en contrebas par rapport à mon bivouac, et un peu loin, du coup je mets 10 min à chaque fois pour y aller et en revenir. J'y vais tout de même une fois pour la cuisine, une fois pour la vaisselle, et une fois pour récupérer de l'eau pour me laver. De toute façon il est 17h30 et j'ai clairement rien à faire de ma soirée : pas internet, pas de télé, pas de gens, pas de téléphone... LE BONHEUR, en fait. Je me lave les pieds dans la rivière, mais le reste de la "petite toilette fraîche" se fera à côté de la tente. Bon. Je manque cruellement de technique. J'ai pas de gant, et ça c'est clairement très con parce que je me fous de l'eau partout en me lavant. C'est pas du tout pratique. C'est pas facile de se laver avec une gourde, hé ! Bon, ça va qu'il y a encore du soleil et je finis par m'en sortir et me sentir assez propre pour enfiler des vêtements propres pour demain. L'eau est assez fraîche mais je trouve ça franchement rigolo et je suis contente !
Prochaine et dernière étape : manger ! Au menu : une soupe déshydratée tomate / mozza (super bon) et des pâtes à la crème. Mais EVIDEMMENT, j'ai pris de la crème laitière et non de la crème "au soja", et elle a tourné. Elle est en morceaux : littéralement. Je n'ai pas pris d'épices ni de condiments parce que je ne bivouaque que 5 jours et je me suis dit que je peaufinerai le menu pour la Laponie. Du coup je suis un peu partie en mode YOLO avec ma crème et mes coquillettes, sauf que adieu la crème. Bon, pas grave, j'ai des sachets de soupe déshydratée, et je décide de faire cuire les pâtes dans l'eau de la soupe, du coup ça me fera une sauce en même temps. Et ben franchement, c'est une super idée ! Gain de temps et le combo pâtes / soupe est très bon !



J'ai prévu beaucoup de soupe et de pâtes mais je me force à tout finir parce que j'ai que ça à manger et que c'est quand même très bon, ma foi !

19h30, je retourne à la rivière pour me laver le visage, les dents (pas d'inquiétude, j'ai des produits 100% végétaux et bio, je ne pollue pas) et faire un brin de vaisselle. En revenant, je crois apercevoir Xéna, mon chat. Un truc marron poilu, en fait. Je me rends vite compte que c'est une marmotte (il me faudra un peu de temps d'adaptation). Y en a partout autour de ma tente, elles n'arrêtent pas de crier. Je regrette de ne pas avoir mon sifflet à marmottes pour tester son efficacité... Le soleil est caché, il commence à faire frais.





Je me réfugie dans ma tente. Mon duvet a l'air un peu humide (?) et le sol est clairement penché... Je tente une position en biais pour pas trop tomber dans la nuit. J'ai mal à la gorge et à la tête, je suppose que ma nuit à côté de la clim du train ne m'a pas apporté que du bon. J'écris une petite heure en regardant mes photos de la journée avant de vous souhaiter, à même pas 21 heures, une bonne nuit depuis la nature, à 2200m, entourée de montagnes de toutes parts. C'est COOL. Je suis aux anges.

21h30. L'avantage de faire du bivouac seule dans un endroit paumé, c'est quand même de pouvoir se balader en slip dehors.

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