14 juillet 2017


Le jour de gloire est arrivé


Nuit extrêmement venteuse et assez fraîche, mais moins que la précédente. Je ne me suis réveillée que deux fois, et il est 6h30 quand je me réveille définitivement. J'attends le soleil. A en juger par la carte, il se lève normalement du bon côté, à savoir pas du côté des montagnes qui font barrage, et oooohhhhhh ! 6h44, voici le soleil sur ma tente ! Mon but est de partir le plus tôt possible pour éviter le flux de gens au Thabor. On n'oublie pas qu'on est le vendredi 14 juillet et que ce week end prolongé (avec beau temps de surcroit) risque de rameuter du peuple au sommet. Du coup, comme le soleil a pris quelques minutes pour réchauffer ma tente, je tente une sortie et là... VENT GLACIAL. Une horreur. N'empêche, ça valide un truc : ma tente est un putain de coupe-vent ! Dedans on sent rien du tout, mais alors dès que je passe ma tête dehors, argh. En plus, y a plein de nuages qui s'accumulent dans la vallée.


 Les 2'' Quechua du refuge pour loger les gens quand ils ont pas assez de place en dur.




Bon, du coup, stratégie : rester dans la tente pour tout ranger sauf le petit déj, le temps que ça se dégage. Ça me prend un bon bout de temps et il est environ 8 heures quand je fuis mon bivouac surexposé au vent pour aller prendre mon petit déjeuner sur le banc du refuge où je suis à l'abri et franchement, ça change tout, il fait vraiment bon. 

Le ventre plus ou moins rempli, le sac plus ou moins fait, il ne me reste plus qu'à ranger ma tente et me voilà, à 8h45, prête à partir !




Bon. J'ai compris qu'en fait je suis la dernière à partir du refuge. En même temps, les autres gens n'ont pas besoin de faire cuire leur bouffe, de ranger leur tente après l'avoir faite sécher, ni d'organiser chaque élément de leur sac (moins nombreux que dans le mien) pour gagner de la place. Du coup ils doivent gagner une petite heure. Bon, franchement, je ne m'en plains pas parce que je suis toute seule quand je quitte le refuge. Personne pour me suivre, personne devant moi. Parfait ! Je regagne très rapidement le col de la Vallée étroite et de là, direction le Mont Thabor Miss Nini sivouplé !





Le sommet est à 3178 mètres, prêt de 900 mètres de grimpette m'attendent aujourd'hui, mais j'ai décidé que les 450 derniers du col des Méandes au sommet, je les ferai sans sac. La première partie de la randonnée se fait dans un vent terrible (et froid) mais très tranquillement jusqu'au lac du Peyron.

Malgré le vent, il ne fait pas trop froid car le ciel est devenu bien bleu après que les nuages soient passés. Malgré tout, quelques nuages stagnants donnent du charme aux montagnes alentours.






Je croise seulement deux personnes sur toute la partie matinale de ma rando. Moins que le nombre de marmottes que j'ai croisées pendant le même temps ! :-)
Tout commence dans le pierrier juste avant le lac du Peyron, qui descend en direction de la vallée de la Dame. Régulièrement, les marmottes déboulent devant moi et filent se poster sur un rocher sans bouger, le temps que je m'en aille. Je les observe dans le plus grand silence. J'aime trop les marmottes, c'est VRAIMENT MIGNON.




La vallée de la Dame est particulièrement magnifique et donne une vue parfaitement dégagée sur le Mont Thabor, ma destination du jour !




Arrivée au lac Peyron, je fais connaissance d'une nouvelle marmotte qui semble essayer de se fondre dans le décor et m'arrête derrière un rocher à l'abri du vent pour manger mon snicker : une grosse montée m'attend... Dès que je m'arrête, le vent me glace le sang et je me dépêche de me remettre en marche.
Sur quelques 300 mètres, des tortillons (virages) s'enchaînent rudement : un coup le vent de face, un coup le vent de dos, à chaque virage je crois tomber. La pente est raide et je peine vraiment à grimper sans trébucher ou glisser dans les cailloux. Malgré tout, plus je monte, plus le paysage qui s'offre à moi est magnifique.



 
En une grosse demie heure, me voici en haut, à 11 heures, encore une fois seule. Je regrette pas d'être partie "tard", finalement ! Le col des Méandes me paraît rapide d'accès sur la carte, étant donné la montée plus douce, mais en fait cela semble assez interminable. J'ai encore une vue sur le Grand Séru, de plus près cette fois.




Sur le sentier, des névés subsistent et surtout des grosses vaches sont postées là, en plein milieu du sentier, me regardant les contourner quand je leur baragouine un truc du genre "Ben alors la vavache, t'as pas l'impression d'être sur le chemin pour humains là ?!" 




C'est vraiment gentil une vache. Tout est subjectif et relatif, certes, mais je n'arrive pas à m'imaginer comment on peut vouloir ou même parvenir à tuer un si bel animal. Elles ont l'air de faire corps avec ce qui les entoure. Je m'arrête pour les observer et je me dis qu'elles sont là où elles doivent être, ni dans un hangar, ni dans un abattoir. Et c'est pour ça qu'elles ont l'air si paisibles et calmes.

Fiou, la dernière ligne droite jusqu'au col ne me prend que 45 minutes mais j'ai l'impression de ne pas en voir le bout ! Il est 11h45, me voilà enfin approchant le col des Méandes, avec une vue de malade, comme toujours.

En contrebas, la vallée étroite


C'est parti : je largue mon sac qui doit encore peser ses 13 ou 14 kilos. Je prends mon petit sac à dos, y fourre mon pique-nique, ma polaire, une gourde et mes papiers importants (on sait jamais, bien que je doute fort que qui que ce soit viendra fouiller dans mon sac). Je laisse tout le reste entre deux rochers, enveloppé dans mon sursac orange fluo. Ahah, les sursacs de Décath, avant, ils avaient une face noire et une face orange, maintenant c'est QUE orange, du coup mon package se voit de loin !




Pas grave, je le perdrai pas. Je me dirige vers les panneaux du col, où il commence à y avoir du monde. Sur le sentier d'où je viens, c'était tranquille, mais là, c'est parti pour l'autoroute ! Beaucoup de gens montent et descendent du Thabor en ce vendredi de fête nationale. Okay, "beaucoup", c'est relatif, on n'est pas non plus dans les bouchons du périph parisien, okay, OKAY. Mais, en montagne, quand on croise plus d'une personne par minute, je pense qu'on peut parler de "beaucoup de gens", malgré tout. Au col, deux types discutent, me regardent, et l'un d'eux finit par me lancer : 
"Ah vous laissez votre sac en bas vous ? On a hésité aussi à faire ça mais bon, on sait jamais."
- Oui mais mon sac il fait au moins 13 kilos, avec la tente et la bouffe, non merci.
- Ah vous faites du bivouac ?
- Oui.
- Toute seule ?
- Oui.
- Bah dis donc c'est courageux une femme toute seule comme ça !

ET J'ARRÊTE ICI LA RETRANSCRIPTION DE CETTE CONVERSATION.

Bon, on va ouvrir un petit débat de féministes, là, désolée mais je pense que beaucoup de femmes seront d'accord avec moi : clairement, s'il vous plait,  que vous soyez un homme ou une femme, ne dites pas à une femme qu'être seule c'est "courageux". Que faire du sport, porter une charge lourde, tout ça sans se plaindre, c'est "courageux". Si j'étais un mec, on m'aurait jamais dit "ah oui vous faites du bivouac comme ça tout seul ? C'est courageux !" Le pire, c'est que ce genre de remarques sont censées être flatteuses pour une femme, genre on nous fait un compliment, on est "courageuses", bravo mesdames ! Affirmer ce genre de choses, même si ça ne part pas d'une mauvaise intention du tout (et je l'admets volontiers), c'est tout simplement perpétuer dans la tête des personnes de tout genre que les femmes sont par défaut plus peureuses et plus faibles que les hommes. De fait, une femme continuera d'avoir peur de voyager seule ou d'aller randonner seule si on lui dit qu'elle est "courageuse" de le faire. Elle continuera de trouver difficile de manquer de confort et d'avoir mal aux épaules en portant une dizaine de kilos tant qu'on lui dira qu'elle est "courageuse" de le faire. Je vois pas quel courage il y a à faire ce qu'on aime faire. Dit-on à une musicienne qu'elle est courageuse de jouer de la musique ? La volonté de faire une semaine de bivouac en solo, qu'on soit un homme ou une femme, relève d'un tempérament, d'une passion, d'une envie. Pas d'un quelconque défi qu'on veut relever... Il y a énormément de femmes qui feraient ce que je fais, par passion, par besoin, et il y a énormément d'hommes qui ne le feraient pas. Alors soit, peut-être qu'on trouve plus facilement des hommes pour le faire que des femmes, mais c'est sûr que si on rabâche aux femmes que partir seule c'est "courageux", comme si elles devaient avoir plus de raisons d'avoir peur que les hommes, on peut comprendre qu'elles aient effectivement plus peur.

Voilà, pardon, mon petit pamphlet féministe est terminé mais, quand même, s'il vous plait, quand vous croiserez une femme qui voyage seule, évitez de lui faire remarquer avec le sourire qu'elle fait quelque chose qu'elle n'est pas censée faire, même si ce n'est pas ce que vous avez l'intention de dire.

Enfin à part ça, les deux types en question étaient plutôt sympas et on s'est plus ou moins suivis un bout de temps. Je finis par les doubler à la première croix de la montée pendant qu'ils font une pause (apparemment la moitié de la montée se trouve après la 3e et dernière croix). 




Moi j'ai décidé que je ne m'arrêterai qu'une fois en haut. La montée au sommet, depuis le col des Méandes, ne paraît pas a priori très dure puisque ça ne fait "que" 400m, seulement, on se les prend dans la tronche d'une manière assez violente, en 1,6 km. Tout du long, je me retourne pour admirer le paysage tout en prenant de la hauteur.

Avec le vent de face, glacial, je commence à peiner et la montée me semble interminable. Je suis à plus de la moitié quand je commence à me sentir mal. Pourtant, j'ai cru que sans mon sac, la montée serait une rigolade, mais punaise, pas du tout. La montée est violente, raide, glaciale et s'éternise pendant de longues minutes. J'ai l'impression de devoir fournir deux fois plus d'efforts à chaque pas. L'altitude qui commence à s'élever, le froid qui me pique le visage, le vent qui me claque la tête (je n'ai pas pris mon kaway, resté en bas), la fatigue accumulée depuis plusieurs jours, le fait de ne faire des pauses que pour prendre une ou deux photos, et surtout le peu de nourriture à disposition dans mon corps établit un mélange néfaste à mon organisme. 2 barres de céréales, un bol de soupe, quelques cuillères de pâtes et un snicker semblent trouver leurs limites. J'ai des vertiges, j'ai la nausée, j'ai l'impression que je vais m'effondrer à chaque pas. J'ai la DALLE, mais envie de vomir en même temps, et je sais que si je m'arrête ici, c'est foutu, je repartirai pas. En plus, il fait beaucoup trop froid dans la montée, je dois arriver en haut pour me protéger du vent avant de manger. Alors, cette fois, on peut dire que je me suis armée de courage pour terminer cette montée, parce que c'était vraiment dur, et surtout, j'ai vraiment eu l'impression que j'allais m'évanouir plusieurs fois, mais sans jamais vraiment y croire. Le mental est capable de beaucoup, et quand on y tient ardemment, on peut vraiment se surpasser. Je tiens bon et me retrouve bientôt en dehors de la végétation, on a dépassé les 3000 mètres. Seulement de la terre et de la neige, on croirait évoluer dans un désert avec en ligne de mire : la chapelle.






La chapelle n'est plus très loin...


Il n'est même pas 13 heures quand j'atteins la chapelle : j'aurais mis finalement moins d'une heure, ça m'en a paru le double. J'ai du mal à me réjouir parce que je n'ai qu'une seule idée en tête : trouver un endroit à l'abri du vent, m'assoir et MANGER, MANGER, MANGER.



Je m'installe le long de la chapelle, un peu à l'abri du vent mais pas totalement, et je regrette mon kaway... Heureusement, le soleil se dévoile la plus grande partie du temps et mon boursin me console vivement... Il me suffit de manger quelques tranches de pain et du fromage pour me sentir tout de suite beaucoup mieux... Mais fatiguée, tout de même.

Vingt minutes après moi, les deux types avec qui j'ai entamé la montée me rejoignent et s'installe à côté de moi pour déjeuner. On discute de nos circuits respectifs, ils me posent des questions sur mes repas, sur mes spots de bivouac, sur l'eau que je bois... Je pense que la prochaine fois ils viendront avec leur tente sur le dos :D

Le temps se couvre, les nuages arrivent vite, j'ai froid. Je laisse mes acolytes pour rejoindre le "véritable" sommet, un peu plus loin, mais j'ai peur de n'y voir que des nuages. J'arrive à quelques mètres du cairn sommitale quand une fenêtre se dévoile. Je puise alors dans ma plus belle énergie pour courir un sprint sur les derniers mètres qui me séparent du sommet. On dirait que cette éclaircie est là pour moi... Le temps de prendre quelques photos avant que les piles de mon appareil me disent adieu, et d'autres nuages arrivent. Punaise, je suis trop contente, c'est tellement beau ! On voit loin ! Partout, des sommets plus ou moins enneigés, des arêtes plus ou moins abruptes, des cols, des pics... J'ai l'impression d'avoir à mes pieds un champ de montagnes qui s'étale à perte de vue.








Je suis si contente. Après une fenêtre de soleil de 2 ou 3 minutes tout au plus, les nuages reviennent de plus belle, le vent avec. Je ne sens plus du tout mes doigts, et je me remets à marcher à toute allure vers la chapelle, les mains dans mes poches, mais ne parvenant pas à les réchauffer. Je me mets à flipper parce que le vent ne cesse pas et que j'arrive pas à sentir de nouveau mes mains. Je les fourre à l'intérieur de ma polaire pendant quelques minutes jusqu'à la chapelle où je souhaite une bonne continuation aux deux compères avant de redescendre au plus vite. Je suis contente, quand je descends, le sommet est tout couvert... J'ai eu de la chance!






J'ai un peu de réseau, je profite de la descente pour envoyer quelques photos et nouvelles. Malgré tout, je ne me sens pas très bien... Le froid s'est légèrement dissipé, par contre j'ai clairement envie de vomir. Bon vous me direz, pour ceux qui me connaissent, que j'ai toujours envie de vomir, mais là c'est quand même tenace.

J'essaye de descendre assez rapidement, j'ai pris mais pas mis mes genouillères, mais à vrai dire je n'ai même pas mal aux genoux. Seulement une douleur normale de fatigue et d'appuis en descente. La descente est raide et du coup les pas sont obligatoirement minuscules et surtout très crispés. Régulièrement, je m'arrête d'ailleurs pour tendre mes jambes...
Le col est en vue, j'ai hâte de reprendre mon sac et d'arriver à mon bivouac, je me sens vraiment pas bien... Vraiment fatiguée, physiquement, et surtout très nauséeuse. J'ai l'impression d'avoir de la fièvre.

J'arrive finalement en bas à 14h30, j'aurais mis un peu plus de temps à descendre qu'à monter, c'est rare ! Allez zou, je reprends mon baluchon de 14 kilos et m'en vais sur le GR57 vers le lac Blanc. Je me retrouve enfin à nouveau seule sur ce sentier balisé mais non marqué qui surplombe mon premier bivouac...

Je traverse un pierrier et, comme le sentier n'est pas tracé, il faut vraiment guetter les cairns et les balises pour savoir où il faut aller. Je trouve ça assez rigolo, j'ai l'impression de chercher des indices dans une chasse aux trésors sans qu'on me donne le chemin précis à suivre. Après le pierrier, je découvre le col du lac Blanc, tout proche du lac, mon spot de bivouac. Par contre, pour atteindre le col, il faut descendre un peu pour remonter, et ... J'AI PAS ENVIEEEEEEE









Bon allez, je dis ça un peu en plaisantant, je suis loin d'être au bout de ma vie, en plus ma nausée a fini par passer globalement. La montée n'est pas si terrible bien que fatigante, et je me trouve bientôt au col, de nouveau exposée au vent terrible et devant un névé que je dois traverser.




Je mets un moment avant de comprendre où se trouve le lac mais tombe finalement dessus vers 16 heures. Je pose mon sac et explore un peu les environs à la recherche d'un terrain où planter ma tente (à savoir de l'herbe et du plat)... Marécage, cailloux, marécages... Cailloux. Mbon. Je reste là ? Je vais ailleurs ? Je me tâte. Le lac est vraiment sympa et, hormis le vent, le spot est assez cool. J'espère que personne ne viendra troubler ma solitude car je compte bien me laver dans le lac !






16h15 : trois types avec des cannes à pêche débarquent de l'autre côté du GR. Ah. Mon bivouac est compromis, car s'ils s'installent ici, je me casse. J'attends de voir ce qu'ils comptent faire avant de déballer mes affaires et planter ma tente... Ces patates, en étudiant la carte, se croient au lac du Peyron... Ils en sont vraiment loin, à vrai dire. J'ai surtout beaucoup de mal à voir comment ils peuvent en déduire qu'ils sont au lac du Peyron en venant du refuge des Drayères... Ils auraient déjà passé le Thabor, le col des Méandes... Fin bon. Finalement, un des trois mecs vient me demander où ils sont, je lui indique le lac Blanc sur le carte et il me demande la direction pour le refuge du Thabor, que je lui indique.

"Y en a pour quoi, 2 heures ?"
Moi dans ma tête : "euh, si tu marches bien, c'est faisable mais ça me paraît quand même court 2 heures O_o" 
Moi en vrai : "oh, oui, deux heures et demi peut-être !" pour les inciter à se BARRER.

Du coup ils se barrent en me remerciant mais vu la vitesse à laquelle ils vont, je pense qu'ils arriveront pas au refuge avant 3 bonnes heures. Je les plains, je suis bien contente d'être arrivée à mon bivouac, moi !

Allez c'est parti, je sors la tente et la plante sur des petits cailloux à côté d'un vestige de feu de camp. Mbon. Le sol est droit, c'est déjà ça. Les cailloux sont relativement petits donc ne se sentent pas trop une fois le tapis de sol installé. Je suis contente, j'aime bien mon spot !  Par contre, la terre est tellement sèche que les piquets se déplantent tout seuls avec le vent... J'essaye de les enfoncer vraiment profonds.




17 heures : c'est parti pour la toilette dans le lac. Bon clairement, l'eau stagnante est quand même pas méga limpide, je boirais pas là dedans et je suis contente d'avoir lavé mes cheveux dans le lac limpide hier soir. Du coup je me limiterai à une toilette brève. Bon, heureusement que je suis seule et que personne ne passe sur cette partie du GR à cette heure-ci parce que je suis quand même clairement à découvert, dans tous les sens du terme. Heureusement que le soleil me réchauffe parce que dès que le vent souffle, je grelotte comme une feuille morte, enroulée dans ma serviette, brr ! N'empêche, après cette trempette, je me sens bien au chaud dans mes vêtements tout propres !

Je subis une attaque de moustiques en bande et me réfugie dans la tente. Je savais pas qu'elles faisaient ça, ces saloperies. Je me suis retrouvée avec un nuage de moustiques autour de la tête, j'ai couru pour m'en débarrasser et... ils m'ont suivie !! Ah, les joies du bord de lac... Je me sens bien à l'abri et au chaud dans ma tente encore illuminée par le soleil... Je m'étale, me détends, me sens bien. J'écris mon carnet du jour en écoutant les marmottes lointaines qui se répondent pourtant à grande distance.

18h45, je sors de ma tente, les mouches et les moustiques ont l'air d'être partis se coucher, et je commence à comprendre pourquoi : bientôt le soleil va se cacher derrière les montagnes et je crois que je vais me les PELER SA RACE. J'ai quand même vachement de chance d'avoir si beau temps. D'accord y a du vent froid, mais en même temps je suis presque dans un col de montagne à 2600 mètres, c'est quand même le rêve... Et puis j'ai du soleil, pas d'orage... C'est parfait pour une première expérience du bivouac en solitaire. Je pense que j'aurais clairement pas fait la maligne si je m'étais retrouvée ici, toute seule, au milieu d'un orage.

Ma soupe tomate / mozza est terminée, alors j'ouvre un sachet de soupe aux petits légumes et fait cuire mes pâtes dedans. Le soleil se cache pile quand je termine la cuisson de mes pâtes et je me réfugie dans ma tente avec ma casserole. Hell, les "petits légumes" sont pas cuits, et la soupe en question est immonde, trop salée, pas assez cuite... En rentrant dans la tente, j'ai fait tomber la fin du sachet en plus, je pourrais même pas m'en servir comme "sauce" pour mes pâtes. Ffffffff. Quelle débile, j'aurais pu gouter tout ça avant de me barrer en bivouac avec quand même. Bon, résultat, j'essaye de trier les pâtes des petits légumes et de manger quelques coquillettes mais je me vois contrainte de jeter le reste : c'est vraiment immangeable, les légumes sont croustillants...
Il fait si froid que j'ai même pas le courage de ressortir pour faire cuire des pâtes à l'eau. De toute façon, j'ai même pas faim. Je me console quand même de ce pauvre repas avec la compote que j'ai pas mangée à midi et m'emmitoufle dans mon duvet pour la nuit... Je serais bien allée me balader volontiers dans le coin, faire le tour du lac, mais il fait vraiment trop froid... Sans vent, ça irait encore, mais là je pense que les températures ressenties sont négatives (d'après la météo, il fait seulement 3°C à Névache la nuit, et c'est 1000 mètres plus bas qu'ici...)



Nous sommes le 14 juillet, il est 19h46. Pendant que des millions de français se rassemblent pour dîner et assister au traditionnel feu d'artifice de leur commune, je passe ma soirée seule sous une toile de tente à plus de 2600 mètres d'altitude, luttant contre le vent et le froid. Je trouve l'idée plutôt cool.




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