20 août 2017


Je suiiiiis malaaaaadeeeeee !


Sa race, qu'est ce qu'il pleut. On est réveillées vers 1 heure du matin. Ça fait deux heures qu'il pleut averse, ça ne s'arrête que très brièvement et reprend direct. Avec Camille on se regarde, on n'arrive pas trop à dormir, la pluie nous perturbe. D'un sens, je suis quand même HYPER CONTENTE d'être sous une tente et je me dis que c'est quand même une super invention parce que même si l'intérieur est humide (par notre faute), finalement on est vachement au sec par rapport à ce qui tombe dehors... Et en même temps, j'aimerais bien qu'il arrête de pleuvoir parce que ça devient un peu angoissant ce bruit sur la toile.
La nuit fut terrible.  Vers 2h du mat, faut que je sorte pour aller aux toilettes mais j'ai pas du tout envie de mettre mes chaussures mouillées, sortir en pyjama sous la pluie, dans le noir, avec les moustiques. Je patiente quelques temps, je me dis que j'attends au moins que le soleil se lève et dans l'espoir que la pluie cesse – ce qui ne se produira évidemment pas. Je prends mon courage à deux mains et sors vers 4 heures du matin. Franchement, je souhaite ça à personne. Hormis l'endroit où on a planté la tente, tout le sol était marécageux tout autour de nous, je me suis enfoncée, il pleuvait, il faisait froid, y avait plein de moustiques. Le summum du truc pas agréable. Je rentre dans la tente avec difficulté parce qu'en plus on a foutu nos sacs à l'entrée. Brr. Heureusement, j'arrive à dormir, enfin, jusqu'à 6h30, avec plusieurs micro-réveils où je constate que Camille tâte la tente sans arrêt. Consciente du sol marécageux qui nous entoure, elle se fait une parano sur l'idée que la tente va se retrouver entourée de 20 cm de flotte et qu'on va s'enfoncer. Du coup, elle a passé sa nuit à flipper et à tâter la tente pour vérifier qu'on s'enfonçait pas.

7h. Très dure nuit. Je me réveille malade. J'ai la nausée, ça va pas du tout. Je réveille Camille, lui souhaite un bon anniversaire, même si j'ai clairement pas trop le cœur à faire la fête, là. J'peux vous dire qu'on apprécie le confort quand on a vécu un moment aussi inconfortable physiquement. Je récapitule : je suis malade, j'ai presque pas dormi, je me sens faible et tremblante, il pleut, j'ai les pieds frigorifiés dans des chaussures mouillées et froides qui ont passé la nuit dehors, ma polaire qui est censée me tenir chaud est mouillée, et mon kaway qui est censé me tenir au sec est mouillé à l'intérieur. Et pour couronner le tout, y a plein de moustiques. Je suis là, dehors, en kaway / moustiquaire, sous la pluie, je bouge pas. Stoïque, je tremble (de fatigue, de froid, de fièvre, je sais plus trop, un peu des trois) et attends que l'eau du petit-déj bout. Je rêve d'une douche, d'un lit, d'une cheminée. Enfin, plus simplement, je rêve juste d'un peu de soleil en fait. Cela fait trois jours qu'on a commencé la randonnée et le temps ne s'est quasiment pas levé. Les nuages sont restés bas et on a eu majoritairement beaucoup de pluie. J'espère qu'on en sera un peu épargnées dans les jours qui viennent, sinon ça va être difficile moralement. En tout cas, je sais que je me rappellerai longtemps de cette sensation horrible d'inconfort, de froid et d'humidité totale sans pouvoir y remédier, et je sais que ça me servira à ne pas me plaindre quand j'ai « un peu froid ». Pauvres gens qui dorment dehors.. Je me dis que le confort est une chance que l'on a tendance à prendre pour une évidence mais, même si on s'en rend pas forcément compte au quotidien, être au chaud et au sec, c'est aussi important que de manger à sa faim.

Heureusement qu'on est dans un décor de rêve et que certaines choses arrivent à nous consoler dans ce genre de moments. Camille boit son café à côté de moi, et derrière elle, j'aperçois un renne. Immense. Dans un silence hivernal. Des bois majestueux. Il nous tourne le dos de trois quarts, il n'a pas du nous voir, pourtant on en fait du bruit. Dès qu'il nous remarquera, il s'enfuira probablement en courant dans les bois, comme tout animal sauvage. Camille se retourne tout doucement et le renne fait de même. On le fixe, ébahies, et il nous fixe aussi. Il reste planté là devant nous, on se regarde pendant quelques secondes, il est à quelques mètres seulement. Soudain, il se met à avancer vers nous de quelques pas, et s'arrête, tout en continuant de nous fixer. Impossible de savoir s'il est curieux, angoissé ou menaçant. De notre côté, on continue de le fixer en se demandant pourquoi il reste ici et surtout pourquoi il s'approche de nous. Il s'approche à nouveau de quelques pas hésitants. Camille suggère d'arrêter de le regarder : « on doit le stresser à le fixer, s'il se sent menacé et qu'il nous charge on est dans la merde quand même ». Certes, elle a pas tort. Du coup on détourne le regard, et effectivement, il s'éloigne un peu dans les bois, puis se retourne pour nous regarder à nouveau. Evidemment, on le regarde aussi. Il se rapproche. On arrête de le regarder. Il s'éloigne. On se regarde. Ce petit jeu dure quelques minutes. Chacun de notre côté, sans pouvoir déterminer les intentions de l'autre, nous nous jaugeons en détournant le regard tout en se surveillant mutuellement. C'est très bizarre comme expérience, mais à la fois très chouette. C'est la première fois qu'on voit un renne, et il est là en train de nous fixer, à quelques mètres de la tente. Ça parait infini. Finalement, une fois qu'il s'est beaucoup approché, Camille propose judicieusement qu'on descende vers la rivière en l'ignorant pour le laisser partir, et quand on s'éloigne, effectivement, il s'en va tout tranquillement dans les bois en passant à côté de la tente. Je comprends pas bien pourquoi il n'est pas parti de l'autre côté, là d'où il venait. Peut-être qu'il attendait qu'on lui « laisse le passage ». On retourne à la tente : « J'ai eu un renne pour mon anniversaire » me lance Camille avec un petit sourire :-)
J'imagine que c'est assez rare.

Allez hop, après un renne, un spasfon et une aspirine, je me sens un peu mieux et on remballe nos affaires. Il a cessé de pleuvoir, et on sent même que le soleil essaye de faire sa place dans ce bain de nuages gris...




Camille a rêvé que je ne l'aimais plus. Si elle savait ce qui l'attend...

9h15, départ sous un temps radieux pour l'anniversaire de Camille (temps radieux = pluie, évidemment, faut pas rêver). Je me sens beaucoup mieux quand on commence à marcher. J'ai plus trop mal au ventre, je pense que manger m'a fait un peu de bien aussi. Le sentier passe, comme toujours, par la gadoue et la forêt. Sur les premiers kilomètres, on avance relativement vite parce qu'il y a beaucoup de planches installées pour faciliter la marche.



Mais après notre première pause vers 10h30, la cadence ralentit... Des rivières à traverser par dizaines, et nos chaussures sont imbibées de flotte et la gadoue ne nous aide pas à avancer. Avec la quantité d'eau qu'il est tombée cette nuit, le sentier ressemble parfois à... un ruisseau.




Trois rennes nous passent devant le nez, puis nous sortons enfin de la forêt, après trois jours dans les fougères, sapins et bouleaux. La végétation dense laisse place aux paysages magnifiques typiques de nos expectatives lapones...



C'est vraiment sublime, exactement ce à quoi j'aspirais en venant ici. Finalement, cette météo d'automne s'accorde plutôt bien avec le décor et comme on s'y habitue, ça devient pas plus dérangeant que ça.



Nous nous arrêtons sur des espèces de ruines samies pour pique-niquer. Il pleut, il fait très froid, c'est clairement la lose et on ne s'éternise pas. Un des pique-nique les plus nuls que j'ai fait :D
Camille a toujours hyper mal aux pieds, la pauvre. Ma cheville se montre ma foi douloureuse mais à la limite c'est pas ce qui est le plus dérangeant aujourd'hui.

Nous traversons pas mal de cours d'eau et rivières, comme tous les jours.


Avec 18 kg sur le dos c'est pas toujours aisé !

Les épaules, quant à elle, en pâtissent un peu, il faut dire. Autant la marche en elle-même ne procure ni courbatures, ni fatigue musculaire, ni essoufflement, les douleurs de portage quant à elles, bien que le corps s'habitue au poids, sont persistantes. On a régulièrement besoin de pauses pour soulager la douleur du portage, plus que la douleur de l'effort en lui-même.

Ah ben oui c'est dur hein !! Allez Kaykay !

Dans l'après-midi, le ciel semble se dégager un peu mais nous donne grossomodo des faux espoirs et il se remet à pleuvoir régulièrement. Je propose à Camille de dormir au refuge ce soir. À la base, je sais qu'elle ne voulait pas dormir en refuge, et j'étais plutôt d'accord pour ne pas succomber à la "tentation du confort", persister dans le bivouac et le côté sauvage, mais il est vrai qu'une fois sur place, on se sent moins chaudes pour faire les warriors (ok, le terme est un peu fort, c'est pas non plus foufou de camper sous la pluie, on est d'accord, mais bon chacun à son échelle hein, on est pas des pro de l'autonomie.) Sans pluie et si on avait été au sec, j'aurais volontiers bivouaqué, mais après nous, on n'a pas signé de contrat, et là je vois clairement pas l'intérêt de s'obliger à repasser une nuit de merde trempées de la tête aux pieds alors qu'on a de toute façon décidé d'arrêter notre étape non loin du refuge cette nuit : du coup, pourquoi ne pas y dormir ? En plus, c'est l'anniversaire de Camille, on peut bien s'offrir ça. Camille est hésitante mais s'accorde plutôt avec moi, je crois. En plus, elle a GRAVE mal aux pieds, même si elle s'en plaint franchement pas, et je loue son self-control là-dessus parce que concernant ma tendinite, j'encaisse pas aussi bien qu'elle et pousse des coups de gueule de temps à autres.

Je me casse la gueule sur un caillou glissant et me retrouve coincée sous mon propre sac. Morte de rire, je crie à Camille de virer mon sac pour que je puisse me relever et accessoirement sortir de la gadoue. Fiou, il est temps d'arriver, c'est la déchéance !! Trempées, mal partout, on se casse la gueule régulièrement, mais on en rigole bien, il faut dire. La vie est belle, bro.




On aperçoit le refuge au loin, on y est presque. Il est 15h30, on a bien avancé malgré tout.

Alors je sais qu'on voit rien mais au loin, juste derrière le lac, 
il y a les quelques petites cabanes du refuge...


Avant le refuge, il y a une ultime rivière à traverser... Sauf que celle-ci est assez profonde et je me retrouve les jambes dans la flotte jusqu'aux genoux à m'accrocher aux buissons de la rive parce que le courant manque de me faire tomber.

Quelques secondes avant de prendre mon semi-bain.


Courage Kaykay, on est presque arrivées...


Il est 16 heures quand on arrive à Tarraluopal sous la flotte. On n'a pas traîné ! Bon par contre, on est clairement trempées du bas, mouillées du haut, et il pleut à gogo : ce soir on dort au chaud ! Le gardien du refuge nous accueille chaleureusement et nous attribue une cabane de 6 lits pour nous toutes seules ! Yeah ! Pour 360 couronnes par personne, on a une cuisine, une pièce pour laver des trucs, 6 lits et la tant attendue « drying room », à savoir une pièce où on fout le chauffage à fond et on met des vêtements mouillés dedans et ça sèche ! :-) Du coup on s'installe, et on s'étaaaaaaale !


Déesse Drying Room

Franchement on est TROP BIEN ici. J'suis trop contente. Je savoure littéralement le confort d'être au chaud sous un toit quand il pleut dehors... Franchement, y a des choses vraiment jouissives dans la vie, et ça, ça en fait clairement partie : être au chaud et au sec quand dehors il caille et il flotte. Je me rends compte à quel point avoir un toit est une chance, où qu'on soit.



Il n'y a pas d'eau courante ni électricité, seulement du chauffage et deux plaques au gaz. Du coup, Kay va chercher un seau d'eau à la source pour qu'on puisse faire du café et laver quelques fringues. Pendant qu'elle lave les siennes, je prépare son café, mon chocolat chaud, et ses surprises d'anniversaire !! Eh oui, ça m'arrange carrément d'être dans une cabane ce soir car j'ai emporté un fondant au chocolat et un énorme pot de crème anglaise (son péché mignon) pour l'occasion ! J'ai hâte de m'en débarrasser, la vache, ça pèse son poids. Hop, j'ai tout installé sur la table, reste plus qu'à ce qu'elle se rende compte... Elle passe devant la table sans rien calculer en allant chercher des chaussettes dans son sac. Mbon, en allumant les bougies peut-être qu'elle verra mieux ? Hop j'allume 4 bougies (elle a 24 ans, mais j'allais pas en emmener 24 hein) et une fois qu'elle repasse devant la table : « ooooooohhhhhhhhhhh merciiiiiiiii » :-)





C'est une journée difficile qui se termine en beauté, dans la chaleur et l'émotion. Pour l'occasion, j'ai emmené (et conservé précieusement, j'ai flippé tout le voyage avec la pluie) deux places pour le concert d'IAM en novembre à Bercy. En prime, j'ai préparé un slam en son honneur que je lui interprète sur une instru de Grand Corps Malade. On se fait un énorme câlin plein de larmes : qu'elle est chouette la vie, quand même.

Je garde de cette soirée un des plus beaux souvenirs de ce voyage, réconfortant et chaleureux. Il y a toujours, dans chacun de mes voyages, quelques rares moments comme ça, qui font aimer la vie simplement, ce petit sentiment où on se sent apaisé et allégé de tout. C'est rare, il faut garder ça au plus profond de soi et le ressortir dans les mauvais moments.
Aujourd'hui plusieurs jours après mon retour, je me souviens de ce bien-être et de cette espèce de bulle de chaleur dans laquelle je me sentais si bien, à fois physiquement et moralement. Cette sensation d'avoir mérité ce confort, d'une part, et de l'autre celle de se rendre compte combien on a de la chance, de s'avoir l'une l'autre, d'avoir des gens qu'on aime, d'avoir une vie honorable, d'avoir le pouvoir de faire ce qu'on en veut. C'est pas le cas de tout le monde sur cette Terre. Peut-être la meilleure soirée de notre périple.

On se prépare un ÉNORME plat de pâtes au pesto et on s'engage à tout finir même s'il y en a trop : faut pas gâcher, on a de la chance de manger au chaud ce soir, alors mangeons honorablement ! C'est le ventre bien rempli, au sec et au chaud que l'on se couche dans un lit moelleux. Bonheur ultime. On espère encore se réveiller avec du soleil demain...


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