Il a bien bien caillé cette nuit. Le
soleil est caché par les montagnes et ne peut pas nous réchauffer.
Réveil sans trop de douleurs dans les jambes, bizarrement. Nous
partons vers onze heures sur des vélos loués au camping. Nous
décidons d'emprunter la route jusqu'à Nesland et de prendre le
sentier jusqu'à Nusfjord pour faire une « boucle ». Le
problème est qu'on ne sait pas trop à quoi ressemble le sentier, et
si on peut y emmener les vélos.
Les derniers 7 ou 8 km avant Nesland se
font sur une route difficile à rouler car très caillouteuse. Juste
avant Nesland, nous nous arrêtons pour manger derrière un rocher à
l'abri du vent. On sort le réchaud et les repas lyophilisés, jusque
là tout va bien. Sauf qu'on a pas d'allumettes. On se dit que y a
deux voitures de garées à côté, on va bien trouver quelqu'un avec
du feu. On marche vers le parking tandis qu'on se rend compte...
qu'on a aussi oublié la casserole. Rofl. Il est presque 14 heures,
on a mangé une soupe hier et presque rien ce matin, c'est impossible
qu'on mange pas. Je dis que tant pis, on les fait réhydrater à
l'eau froide, ça prendra plus longtemps et ça sera moins bon, mais
au moins on mangera. De toutes manières on abandonne vite l'idée
quand on se rend compte qu'on a AUSSI oublié... les couverts !!! Des
as de la prévoyance, je vous avais prévenu. On est partis du
camping avec le réchaud, les repas, et hop. Bha quoi ? Y a un
problème ? Je vois pas ? … dégoutés de notre bêtise, on va
jusqu'à Nesland et on décide de rebrousser chemin vers le camping
(le sentier est impraticable à vélo, et l'idée de faire l'aller et
retour à pieds jusqu'à Nusfjord et de revenir en vélo sans avoir
mangé nous plait moyennement).
La route du retour est dure, on a le
vent en pleine face, la fatigue est très présente, et la faim aussi
! Quelle bande de nouilles, c'est pas vrai.
Meeeehhhh.
Le paysage le long de la route est magnifique
Y aurait pas un peu à manger là-dedans ?
Arrivés à Ramberg, on a qu'une envie
: s'acheter un gros truc bien gras. Bon là on a fait nos ouf, on a
pris une pizza à 150 kr et un hamburger à 135 kr... Je sais, 20
euros la pizza c'est cher, mais bon.
Pas motivés pour reprendre les vélos,
on décide de les rendre et de rester la fin de la journée à se
reposer (et digérer...) dans la salle commune - sans sport depuis 5
ou 6 ans, le corps en prend un peu pleinsagueule.) La gérante ne
nous fait payer que 100 kr par personne (la journée complète c'est
150 mais c'est de 7h à 23h, donc quand on ne prend qu'une partie de
la journée, elle fait un prix proportionnel, ce qui est plutôt
cool).
Sur le coup, j'ai regretté d'avoir
passé une demie journée à rien faire au camping, mais après coup,
je me dis que cette expérience nous a bien fait marrer, et qu'on a
passé la fin d'après midi à discuter avec des français sympas. On
a d'ailleurs retrouvé le mec qui nous avait conseillé de laisser
nos sacs au pied au Reinebringen, nous interpellant d'un « Ah
mais c'est vous ! En baskets / ballerines avec des sacs de malades
???? » Oui oui. C'est nous. (Royal.) Lui il l'a monté en 45
minutes le truc. Et là je me sens tout à coup une grosse merde. Je
ressens cette envie d'être comme ces gens, là, qui sillonnent les
routes et les montagnes, n'ont besoin de rien et se contente de
marcher là où bon leur semble, et qui ont pas l'air fatigués...
Pour moi, ces cinq jours dans les Lofoten, c'était un exploit
physique quoi. On croise des gens qui font des treks pendant 3 mois,
une femme qui voyage seule depuis Oslo à pieds, et nous, novices et
pas sportifs pour deux sous, on en chie pour faire 20 km à vélo (ok
on avait rien mangé ou presque depuis la veille mais quand même).
Je dois dire que la soirée m'a
déprimée. Je me suis sentie petite, dégonflée, mais surtout
envieuse. Je me couche avec la frustration de sentir que mes efforts
sont un peu minables. Je comprends mieux pourquoi les gens sont tous
super bien équipés. C'est clair qu'avec nos baskets et sans kaway,
on est loin du compte.



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