Le Kyrgyzstan, traduit Kirghizistan en français, est un pays d'Asie centrale peu connu.
Je
vais tâcher de faire une présentation non wikipédienne de ce petit
bout de terre perdu entre ses vastes et célèbres cousins,
l'Ouzbékistan, le Pakistan, le Kazakhstan, la Chine, la Mongolie.
Traversé
par la route de la soie, peu touristique, coincé entre le désert
ouzbek et l'Himalaya, il a appartenu comme ses voisins à l'URSS
jusqu'en 1991. Puis, il s'est reconstruit une identité, unique et
fidèle à son peuple.
- Pourquoi tout le monde s'en fout ?
Il
y a des pays ainsi, qui n'exportent et n'importent que très peu, qui
ne renvoient pas réellement d'image ni d'identité dans l'esprit
occidental. La plupart des gens ne savent pas même où ils se
situent, et ont du mal à se le représenter. Pourtant, ils ont bien
une identité propre à eux. C'est le cas de pays comme le
Turkménistan, ou encore le Bhoutan. Tandis que le Turkménistan est
une dictature aux frontières très fermées et que le Bhoutan
s'éloigne de toute occidentalisation et tourisme pour préserver à
la fois la culture et la nature, le Kirghizistan n'est pas fermé au
tourisme et il est très aisé d'y aller. Mais personne n'y va. Parce
qu'on ne sait pas. Parce qu'il ne s'y passe rien. Il n'y a pas
réellement de conflit qui touche ou intéresse l'Occident, il n'y a
pas beaucoup de pétrole, il n'y a pas la bombe A, il n'y a pas de
puissance. Et il n'en a pas besoin. Non, c'est un pays autonome qui
fait son petit bout de chemin seul, dans son coin. Alors on ne s'y
intéresse pas. Et c'est une grave erreur.
- On voit quoi au Kirghizistan ?
Au
Kirghizistan, on voit peu de gens, peu de routes, peu
d'infrastructures, peu ou pas de buildings, peu de trains, peu de
bus, peu de pollution, peu de bruit, peu de pare-brises sans fêlure
ou impact, peu de ceinture à l'arrière des voitures, peu de façades
neuves et belles, peu de richesse, peu de supermarchés.
Au
Kirghizistan, on voit des steppes et des yourtes qui n'ont rien à
envier à la Mongolie, des torrents et rivières qui n'ont rien à
envier aux canadiennes, des vallons qui n'ont rien à envier à
l'Irlande, des terres désertiques et arides qui n'ont rien à envier
à l'Arabie, des canyons qui n'ont rien à envier au Nevada, des
glaciers qui n'ont rien à envier aux suisses, des montagnes qui
n'ont rien à envier aux Alpes, des champs de fleurs qui n'ont rien à
envier aux néerlandais, des lacs qui n'ont rien à envier au Léman,
des mosquées qui n'ont rien à envier à celle de Paris, des
commerces rudimentaires qui n'ont rien à envier à Carrefour, des
fast-foods locaux qui n'ont rien à envier aux MacDo, des taxis qui
n'ont rien à envier aux New-Yorkais, des cavaliers qui n'ont rien à
envier aux cowboys, et surtout, il y a des kirghizes.
- Ah oui, et alors les kirghizes, ils sont comment ?
Ils
sont d'une gentillesse sans égale, ils sont naturellement généreux,
ils sont drôles, ils sont respectueux, ils sont souriants, ils sont
simples, ils sont dénués de préjugés, ils sont curieux, ils sont
toujours disposés à aider ceux qui n'ont même pas demandé d'aide,
ils sont chaleureux, ils sont affectueux, ils sont nomades, ils sont
pauvres, mais ont les plus belles richesses qui existent. Ils ne font
pas de chichis. Chacun demande ce dont il a besoin, et chacun donne
quand l'autre a besoin, sans fierté, sans attendre quoi que ce soit
en retour. Les kirghizes nomades, dont je parlerai principalement car
ce sont ceux que j'ai le plus côtoyé, sont dénués de toute
technologie. Ils vivent dans des yourtes, avec des troupeaux
mélangeant des centaines d'animaux, toutes espèces mélangées, où
cohabitent vaches, chèvres, moutons, chevaux, qui se répandent à
leur bon vouloir dans les vastes montagnes qui leur sont offertes.
Pas de clôture, pas d'interdit. Ils sont presque à l'état sauvage.
Les kirghizes nomades sont bergers et quasiment autonomes. Ils n'ont
pas de douche, pas de vêtements de marque, pas souvent internet, pas
de télévision. Parfois une radio timide émerge d'une des yourtes.
Parfois, quelques panneaux solaires accrochés à l'entrée des
yourtes générant un minimum l'électricité pour avoir de la
lumière la nuit. On pourrait dire qu'ils n'ont rien, mais en
réalité, ils ont tout, et même beaucoup plus que nous. Ils ont à
manger, à boire, un toit, et ils ont surtout la liberté. Loin des
formalités, des obligations, de l'avidité, de la dépendance. Loin
du matérialisme et de la surconsommation occidentale de laquelle
nous sommes prisonniers au point de considérer comme nécessaires
des choses atrocement futiles. Loin de la crainte d'être jugé, loin
de l'importance de l'image qu'on renvoie, obsessionnelle et imposée
par la société, que ce soit par le style vestimentaire, la façon
de se tenir ou la taille d'un bonnet de soutien-gorge. Ils sont eux,
tels qu'ils ont été créés. Bruts, honnêtes, et beaux.
- Mais du coup, pourquoi et comment vous avez eu l'idée d'aller là-bas ?
Souvenez-vous
(non vous ne vous souvenez pas, mais nous si), à notre fin de
périple écossais, en août 2018, nous avions passé une soirée à
la guesthouse de Portree devant le planisphère, à chercher une prochaine
destination. On avait déjà programmé la traversée de l'Islande
pour l'été 2020. Il nous fallait donc une idée pour 2019.
Il
y a quelques mois, Camille regardait Mont blanc TV (à peu près la
seule chaîne intéressante, soyons honnêtes) et est tombée sur un
documentaire sur le Kirghizistan. Quand je suis rentrée (nous vivons
sous le même toit), elle m'a dit en résumé : « Je sais
où on va l'été prochain. Au Kirghizistan. C'est magnifique. »
D'abord septique, j'ai fait quelques recherches. Déjà pour savoir
si le pays était safe (pour reprendre l'exemple du Turkménistan,
c'est très joli aussi hein, mais je ne m'y aventurerai pas sur un
simple argument politique). Je ne lis que de bonnes choses. Et puis
je vois les images et vois tout ce dont j'ai parlé plus haut. Proche
de l'Himalaya, les montagnes du Tien Shan débordent sur le
territoire qui est aussi d'un désertique navarrois et d'un vert
normand. C'est ainsi que nous avons pris des billets chez Air Astana,
la compagnie jeune et kazakh, bon marché et très bien cotée.
L'avantage du Kirghizistan et de ses voisins, c'est qu'il n'y a pas
besoin de visa pour entrer sur le territoire. Du coup un passeport
suffit pour aller visiter le pays, et il en est de même pour le
Kazakhstan où nous faisons escale plusieurs longues heures. Le
deuxième avantage non négligeable, c'est la coût de la vie... Pour
des occidentaux, les tarifs sont hallucinants. Tandis qu'on paye 80€
pour nous emmener en taxi jusqu'à Charles de Gaulle, il faut compter
moins de 10€ pour faire quelques 80km et 1h30 de taxi. Je ne compte
pas également les repas copieux à moins d'1€ que nous avons
ingurgités... En bref : c'est beau, c'est pas cher, c'est pas
touristique, donc c'est pour nous. C'est donc le 12 juillet que nous
préparons nos 20 kilos de sac pour nous mettre en route...
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