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13 juillet 2017


Free Spirit


Free spirit : pourquoi ce titre pour cet article ? Eh bien parce que ça correspond pas mal à mon idée de ce 13 juillet et puis à l'idée générale de la randonnée en montagne. Et puis, surtout, parce que c'est dans mon top 3 de mes musiques préférées d'Ibrahim Maalouf ! Du coup, je vous invite à vous libérer l'esprit :





22h30. Réveil frileux. Replacement du tapis de sol qui se barre à cause de la tente penchée. A retenir pour les prochains jours : ne plus planter la tente en pente.

2h40. Réveil GLACIAL. A retenir pour la Laponie : emmener un legging polaire.

3h44. Mal de gorge terrible. Tapis de sol qui se barre. Froid, froid, froid.

5h24. Réveil impatient de voir le soleil réchauffer la tente. Il fait un peu moins froid malgré tout.

6h56. Réveil avec les cris des marmottes. J'ai eu des bosses dans le dos toute la nuit. Le tapis de sol ne m'a pas aidé.




Toujours pas de soleil, mais il est temps de sortir malgré tout. Il faut enfiler les fringues glacées qui sont restées en dehors du duvet toute la nuit, c'est pas très agréable. Et puis il faut sortir de la tente, en constatant que le soleil est pas prêt d'arriver...




La nuit fut entrecoupée (c'est le moins qu'on puisse dire !) mais reposante malgré tout. Les températures sont faiblardes ce matin... J'ai ma polaire, un gilet en laine, mon écharpe, et je grelotte de toutes parts. Brrrrrrrrrrggggrrrrrrr. Je me fais violence pour aller faire mon petit déjeuner sur les pierres du feu de camp, je mets vite mes mains autour des flammes parce que je ne sens plus le bout de mes doigts (y compris ceux des pieds). 
8h07 : le voilà qui arrive, le tant attendu, le messie, j'ai nommé le SOLEIL !






Fiou, ça change tout, j'ai très vite chaud, voire trop chaud ! Je vais me laver les dents dans la rivière avant de sonner, à 9 heures, l'heure du départ.




C'est parti pour une descente puis remontée : en gros, je descends d'un côté de la rive du ruisseau de la vallée étroite jusqu'au Lac Vert (-300m) pour remonter de l'autre côté de la rive via le pont de la fonderie et le GRP du tour du mont Thabor. Techniquement, j'aurais pu "couper" jusqu'au GR et aller directement au refuge du mont Thabor sans me taper vraiment la descente puis remontée de 300 mètres, mais 1. J'aurais eu une étape de 5 km et 300m de dénivelé, je suis pas venue pour ça, et 2. Je veux aller voir le lac vert de la vallée étroite.
Me voici donc descendant par l'ancienne mine de Blanchet et la maison des chamois (un genre de refuge pour colonie catholique) jusqu'au Lac Vert.




Il y a pas mal de monde sur le sentier aujourd'hui, notamment des gens qui partent de la Vallée étroite et montent au Thabor. J'espère que le lac vaut le détour parce que le sentier pour y accéder est constitué d'une bonne montée et une bonne descente dont je me serai bien passée avec le sac !

PAMAL. Bon y a un peu de monde mais je profite de ce lieu magique pour retirer mes genouillères (AAAAHHHH LIBÉRATIONNNN) et manger un SNICKER. Miam.






Il est environ 11h quand je remonte et entame la montée vers le refuge du mont Thabor. Je me sens vachement en forme ce matin, et je double tout le monde, même avec mon gros sac !
Arrivée au Pont de la Fonderie, je m'arrête 5 minutes pour aller voir la cascade avant d'entamer la première des deux grosses montées de la journée.




Punaise, je marche quelques dizaines de mètres sans mon sac et j'ai l'impression de voler tellement je me sens légère sans ce poids sur mes épaules ! Je repars avec ma maison sur mon dos et entame la montée en tortillons. Fiou, c'est joli !


Le pique-nique est à portée de vue, en haut sous les sapins !!

Je savais pas que les papillons se déplaçaient en meute.


C'est rigolo, je vois cette fois le Grand Séru depuis son autre face, dire que j'étais de l'autre côté ce matin même, ça me fait bizarre !
La première montée faite, je m'assois à l'abri du vent hyper fort et bien frais pour pique-niquer, il est près de 13 heures. Ma vue pour le repas est particulièrement plaisante !




La suite du chemin est vraiment sympa, ça monte très très faiblement, si bien que ça semble plat. Je me retrouve dans une immense plaine, avec beaucoup de verdures, un ravin à ma droite et quasiment personne sur le sentier à part un mec qui fait la sieste (il a bien raison, tiens) et une famille qui pique nique. J'évolue dans un véritable paradis, je dois dire. Je longe un petit ruisseau. Tout autour de moi, une immensité d'herbe et, tout autour, des montagnes.








Nini, fort contente.


D'un côté il y a le grand Séru, que je vois d'un nouvel angle, et de l'autre, la vue sur le Mont Thabor, ma destination de demain.

Le Grand Séru

Le Mont Thabor


C'est vraiment un chouette endroit. Je me sens vraiment apaisée, et ça faisait longtemps. Free spirit.  J'arrive bientôt à la troisième et dernière partie. Après une montée assez raide, j'aurai encore une traversée de plaines en longeant les ravins pour arriver au col de la Vallée Etroite, puis le refuge sera un peu après.








Un peu avant la montée, je tombe face à ... des vaches. Plein. Gros deal : est-ce que je peux aller les caresser ?




"Puis-je les caresser ?"


Bon. Y a quand même beaucoup de veaux, ce qui est TRÈS MIGNON, mais dans le doute, si jamais le troupeau entier me prend pour une menace, je suis clairement dans la merde. Je me limite donc à passer juste à côté d'eux en criant des "OH MAIS VOUS ÊTES TELLEMENT MIGNONNES LES VAVACHES !! OOOHHHH Y A DES BÉBÉS VAAAAAAAACHEEEEES"  (... pas de commentaire merci !) avant d'entamer ma montée, d'où je vois combien le troupeau était plus grand que ce que je voyais d'en bas ! Y a même des gens qui ont planté leur tente à côté d'elles, LA CHANCE.




Je retrouve un peu de réseau quand je monte en altitude et envoie quelques sms pour donner des nouvelles avant de reprendre la route. La deuxième montée est terminée, c'était clairement pas imbuvable franchement ! Il m'en restera deux petites d'ici le refuge, c'est plutôt bien réparti tout ça. Les 700m de dénivelé se font ma foi plutôt bien.

C'est marrant, je me retrouve sur le GR5, celui-là même que j'ai parcouru dans les Vosges il y a moins de deux mois. J'trouve ça à la fois chouette et rigolo de se dire qu'on peut traverser la France, l'Europe voire une grande partie du monde (si on pense à la Route de la Soie), rien qu'en suivant un seul et même chemin.



Du col de la Vallée étroite, la vue est magnifique. En fait, on voit sensiblement les mêmes montagnes qu'au col du Vallon, mais de plus près, disons. En tout cas, c'est bien beau.
Dernière montée vers le refuge, c'est un peu dur, mais on y est presque.




La route n'est plus très longue ensuite et me voici, un peu après 15 heures, au refuge du Mont Thabor (je n'aurais pas trainé encore aujourd'hui !) Je me commande une crêpe au chocolat (QUAND MEME) et un diabolo fraise. La gardienne du refuge super gentille m'indique qu'il n'y a pas de douche mais un lavabo. Ça fera l'affaire. C'est amusant, du haut du refuge, on voit des écritures faites avec des cailloux en contrebas.






J'installe ensuite ma tente non loin du refuge, sur un plat parfait et sur un gros tapis d'herbes hautes : ce soir, pas mal au dos et pas de tapis de sol qui se barre dans la toile !! Parfait. En plus, le panorama est dingue.
 





Ma tente est au soleil, tout est installé dedans, il est 16h20. Que faire ? Comme il y a un peu trop de gens pour moi au refuge (oui bon, j'ai du mal avec les gens, mais comprenez-moi, y a 15 personnes  et ma moyenne ces deux derniers jours c'est 3 personnes croisées / jour), je m'extirpe aux deux lacs de Sainte Marguerite, juste au dessus du refuge. Deux personnes se trempent les pieds au bord du lac Rond. J'en fais la moitié du tour pour me trouver un coin un peu seule et ils s'en vont bientôt. Je reste là je crois plus d'une heure et demie, et cela m'en parait trois fois moins.






Je finis par me laver le visage, les cheveux et les jambes dans le lac, je me sens parfaitement bien. Il est difficile de retranscrire ce que je ressens à ce moment là. Un genre de quiétude, de sérénité et d'apaisement que j'ai pas ressenti depuis très longtemps, et que très très peu de choses peuvent me procurer. Je suis ici, seule, dans un décor paradisiaque, sans un bruit. Le soleil me réchauffe, je suis loin de tout, de tout le monde. Le temps n'a aucune sorte d'importance. C'est quoi le temps, finalement ? Une invention humaine qui permet de concrétiser la dégénérescence des cellules et d'organiser sa façon de vivre. Mais ici, le temps n'a aucune valeur. Il n'est pas palpable, il est peu mesurable, il n'a pas d'importance. Les marmottes ne comptent pas les secondes, ni les heures. L'eau coule sans limite. Le vent souffle à sa guise. Je me trouve dans un état presque spirituel où rien ne me manque, alors même que je ne me suis pas lavée décemment depuis trois jours, que le sol est dur et les nuits glaciales, que j'ai les yeux éclatés et les lèvres desséchées, que je ne mange presque rien, et que je suis enfermée dans un mutisme et une solitude quasi permanents. Pourtant, je me sens plus libérée que je ne me suis sentie pendant un an, facilement. Aucune question ne vient perturber cet état, aucune angoisse, aucune préoccupation, même pas l'ennui de ne "rien" faire. J'existe et les simples faits d'exister, de vivre, et de respirer m'apaisent. Il est très rare pour moi de ressentir cet espèce de joie de vivre en soi, sans raison. Même pas du bonheur, à proprement parler, mais une profonde simplicité. Un retour à l'essentiel, à la pureté, à la liberté. Free spirit. Un peu comme ce sentiment que je ressens à l'écoute de certaines musiques, comme le Paris Concert de Keith Jarrett. Ce truc inexplicable avec des mots mais qui fait tant de bien à l'âme. Ibrahim Maalouf, dans la vidéo que vous avez peut-être regardé sur l'article précédent du 12 juillet, parle de son morceau Ya Ha La comme d'une musique symbolique qui représente le chemin que l'on doit parcourir avant de se sentir bien. Peut-être que selon lui, je devrais intituler ce 13 juillet "Ya Ha La", comme symbole des 21 premiers kilomètres parcourus jusqu'à cet instant précis.
J'aimerais que le temps s'arrête. J'aimerais rester comme ça, ici, pour toute ma vie. J'aimerais me sentir aussi pure et apaisée pour le restant de mes jours. Mais je sais qu'une fois à Paris, une fois devant ma télé, une fois devant mes élèves, rien ne sera plus pareil. Peut-être que ce lac, ce souvenir, me fera l'effet de ce concert de Keith Jarrett qui m'apaise comme aucune autre musique. Peut-être que le souvenir de ce que j'ai ressenti pourrait suffir à le ressentir à nouveau ? J'en doute. Mais j'espère.




Partir me déchire le coeur, mais il est déjà 18 heures quand un groupe de jeunes vient perturber ma méditation.  Je pars, vers le lac suivant, le lac Long, mais à la montagne, les voix résonnent comme si les personnes étaient à côté de vous, même à 100 mètres. Du coup, je finis par m'éloigner franchement et rencontre quelques marmottes qui courent sans vraiment se soucier de moi. Je trouve ça dingue de trouver ce moment précieux alors que c'est leur quotidien à elles. Elles vivent dans ce silence, dans cet espace majestueux, dans cette nature magnifique, dont nous, humains, payons pour profiter. Je suis ravie que des endroits comme ça soient limités en humains. J'aimerais qu'il y en ait tellement plus. J'aimerais tellement que la plupart de la surface habitable le soient par des espèces qui n'ont rien à prouver, rien à détruire, rien demandé, sinon vivre en paix. "L'intelligence qu'on nous avait donnée n'était qu'un beau cadeau empoisonné", chantent les Cowboys Fringants. Pourtant, même l'Antarctique est soumis au tourisme. L'Antarctique, le dernier continent presque épargné par l'Homme, aujourd'hui pollué par des gens qui payent 5000€ pour une croisière sur "le continent glacé", pour pouvoir dire qu'eux l'ont fait, qu'eux ont caressé des pingouins... de quels tristes exploits doivent-ils encore se vanter pour exister aux yeux des autres et de la société ? Il suffit de prendre son sac et d'aller marcher à la rencontre de la beauté terrestre pour se sentir proche d'Elle, la Terre. Pourquoi je me sens plus proche de l'eau, de la roche et des animaux que des humains ? Pourquoi je préfère qu'eux vivent plutôt que ma propre espèce ? Pourquoi celle-ci me meurtrit-elle à ce point aujourd'hui ?

J'en viens bientôt à regretter de ne pas avoir planté ma tente loin du refuge, à côté du lac. Et puis je me rends vite compte que je ne suis pas seule à avoir eu cette idée, bien que j'envie un peu le mec qui fait du Tai-chi au bord du lac. Que voulez-vous, le confort matériel m'a appelé. C'est d'un ridicule. Le confort de l'âme est là, au bord du lac, au milieu des marmottes.






J'ai mis presque 48 heures depuis mon départ à trouver cette quiétude. Je pense que la météo fort clémente doit jouer aussi sur mon moral. En tant normal je me fiche complètement du soleil, de la pluie et des températures (sauf quand elles dépassent 30°C), mais à la montagne, surtout en bivouac, j'avoue que je bénis ce temps radieux que j'ai depuis deux jours et qui semble perdurer jusqu'à la fin de mon périple. Si j'avais eu trois jours de flotte comme au Beaufortain, je crois que j'aurais eu du mal à profiter autant de l'espace et de ce temps que je me suis accordée ici. Déjà la pluie en marchant c'est pas top, mais en bivouac en plus... Franchement c'est pas très agréable. Enfin bon, peut-être qu'on va devoir s'y affairer en Laponie... Y a des chances. En tout cas, pour l'instant, j'ai quelques douleurs de "portage" aux épaules et au dos, mais ce sont des douleurs ressenties après l'effort et pas pendant, et qui s'avèrent plutôt agréables. Ce sont les douleurs de l'itinérance. Mon seul bémol ce sont mes lèvres, complètement sèches et cassées, et quel comble, je n'ai pas emmené mon dermophil... J'ai un semblant de crème hydratante qui fait du bien très momentanément, mais étant donné le vent terrible et  l'air sec et froid qui s'y cognent toute la journée, c'est peine perdue.

Je reviens vers ma tente, une femme m'aborde et discute avec moi. Je réponds à peine. Elle est gentille, elle me raconte que c'est la première fois qu'elle fait de la randonnée avec son mari et ses enfants, que le refuge n'a plus de place donc ils vont dormir dans les tentes Quechua plantées devant le refuge, et que ses enfants ont souffert des 600M de dénivelé, du coup elle pense qu'elle ira au Thabor seule avec son mari demain. Je suis contente qu'elle apprécie la rando, ça a pas l'air d'être vraiment dans ses habitudes de vacances. Elle ne me pose aucune question, elle me regarde seulement m'étirer devant ma tente et me parle. Elle ne m'ennuie pas, au contraire. Je suis calme comme rarement je l'ai été, je me reconnais difficilement d'ailleurs, et lui réponds brièvement par des "oui", "non", ou des sourires.

19 heures. Les gens vont tous manger au refuge, je me retrouve seule dehors, avec le soleil qui ne va pas tarder à se barrer derrière les montagnes, il fait bon. Je me sens moi, je suis là où je dois être. Je me fais cuire quelques pâtes avec le reste de soupe tomate / mozza, devant un décor que beaucoup envieraient. Croyez-moi, c'est pourtant pas compliqué de venir ici. Une grosse marche de quelques heures, et le paradis est à vous.


Ma vision du bonheur, ni plus ni moins.


Je vais me laver les dents une petite demie heure plus tard. Les randonneurs sont tous à l'intérieur. Les marmottes en ont profité pour faire leur vie juste devant le refuge. Quand je passe la porte d'entrée, je vois deux marmottes se courir après. La plus grosse semble "chasser" la plus mince. Dispute de bonne femme ou de territoire ? En tout cas, je m'émerveille de voir ce petit groupe de 3 - 4 énergumènes courir devant moi, à quelques mètres seulement de l'entrée du refuge, comme s'ils savaient qu'entre 19 et 20 heures, les humains s'affairaient à autre chose qu'elles. Je me demande si les animaux ne nous connaissent pas mieux que nous les connaissons.

Ici, je capte merveilleusement bien, alors je profite de mes quelques barres de réseau pour échanger un peu avec mes proches avant de m'endormir vers 22h, heureuse et sereine comme je l'ai rarement été.

Free spirit.



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