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16 juillet 2017


Red and Black light


Allez,  je vais faire court cette fois-ci : déjà Red and Black light est probablement dans mon top 3 des musiques d'Ibrahim Maalouf (okay, c'est la 5e fois que j'écris ça dans mon carnet, c'est fait exprès, c'est juste que c'est très difficile de déterminer mes 3 préférées, mais R&B Light je crois en fait vraiment partie). D'autre part, j'aurais pu citer également sa musique Essentielles, car IM explique que cette chanson représente l'hymne des choses les plus importantes. Et cet adieu aux montagnes, en ce 16 juillet, correspond parfaitement à cet état d'esprit. D'ailleurs, je pourrais nommer tout le carnet Red and Black Light, parce que ce périple a été un genre de cure pour un retour aux choses importantes, Essentielles.

Version live de Red and Black Light, un des plus beaux morceaux à chanter quand on est public.



Bizarrement, pendant ce périple, je n'ai pas écouté de musique. A vrai dire, j'avais des écouteurs, mais je n'avais pas assez de batterie sur  mon téléphone pour écouter de la musique. Me faudrait un lecteur MP3 à piles, comme mon appareil photo. C'est vrai, faut vachement compter sur les piles quand on est en bivouac : pas d'EDF pendant une semaine, ça joue ! Bref, du coup, aucune musique ne m'a accompagnée comme au Beaufortain, et ça joue vachement je trouve. On pense pas pareil, on vit pas pareil. C'est pas forcément mieux ou moins bien, c'est juste une manière très différente d'aborder la réalité.

Nuit pas mal, semblable à celle au refuge du Thabor, sans le vent dans la tronche au réveil. J'essaye de partir tôt, j'ai 15 bons kilomètres devant moi avant d'atterrir au camping de Valloire. Du coup, me voilà, à 6h30, à manger avec les poules : au sens figuré comme au sens propre, puisque trois poules se baladent sur la terrasse du refuge. Je m'amuse aussi de voir un border collie et un berger blanc (je connais pas la race exacte, mais je pense à un berger de Podhale ou pas loin) se chamailler comme des enfants. Ok, y a peut-être des vieux un peu bruyants, mais l'avantage du refuge c'est aussi : LES CHIENS. Et c'est pas négligeable.

8h30, deux heures après, me voilà prête pour la journée de marche, avec mon sac-manouche !







C'est sous un beau ciel bleu que je m'en vais pour mes derniers kilomètres jusqu'à la civilisation. Pendant que j'entame la montée au Lac de la Clarée, je prends conscience que le périple touche à sa fin : il me reste 1 jour et demi jusqu'au train qui m'emmènera dans le Jura retrouver Jenna et Claire. C'est toujours sur la fin qu'on se rend compte qu'on veut rester et combien c'est passé vite. Ce soir je serai dans un camping dans un village, loin de mes bivouacs des derniers jours. Même s'il a fait froid, notamment au lac blanc, j'ai adoré l'aspect sauvage, et la solitude, essentielle. Ça ressource et renforce mes convictions à propos de la nature, si précieuse, pure et aux propriétés apaisantes. Je crois que j'essayerai de faire ça tous les ans, même un week end, au mieux 5 ou 6 jours, avec ma tente, loin de tout. Bon cette fois j'ai eu quand même beaucoup de chance au niveau de la météo, ça joue aussi, c'est pas toujours le cas. Mais il y a quelque chose de très serein, voire spirituel, qui me fait prendre du recul et surtout conscience de ce qui est important, de combien on aime et a aimé les gens. J'ai été totalement calme et apaisée tout du long, malgré les douleurs, la fatigue, le temps froid, même quand la tente était pas droite. A vrai dire, je ne crois pas avoir réellement ressenti la faim ni la fatigue (pas d'une manière négative en tout cas). Je ne me suis pas énervée une seule fois pendant ces quelques jours, je n'ai ressenti aucune sorte d'anxiété, nervosité, aucune tristesse, je n'ai pas été blasée une seconde, je n'en ai jamais eu marre, je n'ai jamais eu envie de rentrer. Au quotidien, il ne m'arrive jamais plus de deux jours de ne pas être ou peinée, ou perturbée, ou angoissée, ou énervée. C'est comme si toute émotion et énergie négatives ont été balayées. Je crois que j'ai pleinement incarné, du mieux que l'on peut, les verbes "profiter" et "se ressourcer".
Mon plus grand espoir, aujourd'hui, est d'arriver à garder au maximum cette approche si ouverte et positive de la vie, même dans mon boulot, dans ma vie personnelle... J'en doute, malheureusement, il me faudrait une cure beaucoup plus longue :D




Je longe la Clarée et monte le long de la rivière jusqu'au lac du même nom. J'avale les quelques 200 mètres de dénivelé que j'ai eu la flemme de faire hier soir. Je crois que j'ai effectivement bien fait, j'aurais eu beaucoup trop la flemme x) Le long du sentier, plein de petits cairns dont on se demande comment ils tiennent encore en équilibre !









Il est  9h30 quand j'arrive au lac de la Clarée. La voilà, la source de la rivière qui a creusé cette vallée si sublime !





Je pousse jusqu'aux lacs rond et du grand ban pour faire ma pause snicker. 10 heures, me voici au Lac Rond : un peu de gens sur le sentier, je ne vais pas me plaindre, mais toute seule je crois que j'aurais encore plus savouré cet endroit. Mais la plupart vont au lac des Cerces et ne vont donc pas me suivre au col des Plagnettes. Je remarque qu'un couple s'était déjà installés pour bivouaquer au lac rond hier soir.




10h30. Le lac du grand ban est assez magique, je le surplombe depuis un immense rocher où je me pose pour manger mon snicker.








Je bifurque ensuite au col de la Plagnette, j'ai quasiment monté tout mon dénivelé de la journée, c'est parti pour 12 km et 1200m de descente jusqu'à Valloire ! J'emprunte le GR57 jusqu'à m'élever jusqu'au col de la plagnette et des petites marmottes font leur vie comme si j'étais pas là. Y a des trous partout !! J'imagine pas le nombre de marmottes qui vit là dessous. C'est rigolo, elles sont vraiment chez elles, beaucoup plus que nous. Je me mets à imaginer leur vie quand aucun humain n'est là pour les observer.
Hop, quelques minutes plus tard, me voici au col de la plagnette à 2525m (j'adore les cols, la vue arrive tout d'un coup, ça fait comme une surprise)




Finie la montée !  Me voici en train de commencer à descendre dans un immense pierrier assez impressionnant, voire intimidant... J'aurais pas aimé être là quand tout ça s'est cassé la gueule o_o
C'est peut-être ce qui est arrivé à GV le 23 août 1984...




J'arrête pas de glisser et trébucher (comme souvent après plusieurs heures de rando, mes jambes se laissent aller, mais je ne suis jamais tombée encore !). Pas tomber Nini, pas finir comme GV :(
J'évolue longtemps dans ce pierrier avec des marmottes régulièrement qui me passent devant le nez puis se mettent à courir pour s'arrêter une fois à distance raisonnable de l'humain : pourquoi nous fuient-elles ? Les marmottes auraient-elles été chassées ?
Comme quand je suis descendue du col du Vallon, cet emprisonnement par les montagnes immenses est assez angoissant, et à la fois très fascinant.




Je m'arrête après le pierrier, et me retourne. J'ai le ventre serré comme quand je dois quitter quelqu'un que j'aime. Comment c'est possible qu'une montagne m'émeuve autant ? J'étais bien dans ma montagne, j'ai pas trop envie de retrouver la populace citadine.




Une fois arrivée dans la plaine,  en bas de la grande descente du col, le chemin est très long... Il faut longer le vallon jusqu'à Valloire via la bergerie de la plagnette, et ce sur de lonnnnnnnnnngs kilomètres.




Je mets un moment avant de trouver un coin pour pique-niquer. Je trouve mon bonheur un peu à côté du GR, en face le col des Setaz, entre deux magnifiques maisons (le début de la civilisation !) que j'aimerais bien voler. Mais bon, Thérèse monterait pas jusqu'ici...






Ça fait deux jours que j'ai abandonné le kiri, je crois que je vais les jeter, ils sont une sale tronche. Je finis mes petits carrés de boursin avec la fin de mon pain et observe ma terrine végétale... jusqu'à hier midi, elle avait encore une bonne tête, mais avec la chaleur d'aujourd'hui, on dirait du paté pour chat...







Finalement j'aurais pas trop gâché, faut pas se plaindre. Me reste des pâtes à l'eau pour ce soir, et pour demain un petit dej, une compote et un snicker ! Ça fait vide. L'avantage de porter sa bouffe c'est que ça fait vachement de place au fur et à mesure de la rando ! Et je vous raconte pas quand j'aurai vidé ma POUBELLE DE 5 JOURS !




Oui bon, elle a l'air un peu grosse mais elle est un peu gonflée par le vent hein. Mais par contre je croise toujours personne avec des poubelles, je sais pas comment font les gens pour pas avoir de déchets.

13h30 : c'est reparti... Hâte d'arriver à Valloire quand même, la fin va être lonnnnngue.

Un peu après les maisons, je croise un couple qui pique-nique : mes premiers humains depuis que j'ai quitté le col de la plagnette ce matin ! Ils me dévisagent et me fixent quand je passe devant eux. Grr, je déteste ça, regardez le paysage plutôt.

Après 48 heures sans réseau, j'aperçois la ville et peux envoyer quelques nouvelles. Depuis le col de la plagnette, je n'ai vu qu'une seule balise... jusqu'aux Selles, c'était pas gênant parce que y avait qu'un seul chemin, mais alors une fois qu'on est dans les hameaux, c'est le vrai bordel... Y a des chemins partout, le GR se confond avec les chemins empruntés par les vaches (et donc totalement boueux), bref, un vrai casse-tête. Ma carte a 5 ans en plus, et de fait elle n'est pas totalement à jour concernant les chemins et les travaux...
Je finis par rejoindre les pistes de ski de Valloire... Je devrais bientôt arriver au village. Sauf que je perds le GR et que je me paume dans les pistes de ski, qui ne sont pas indiquées sur le carte. Grrraaaaaaaaaaaahhhhh. Bon, si je continue toujours tout droit, je devrais arriver à la chapelle Saint Pierre et de là, je prendrais à droite pour descendre sur Valloire. Je vois le camping de là où je suis, j'ai envie de sauter loiiiinnnnnnnnnnn.




Finalement, j'arrive à la chapelle, et les gens sont tous assis sur des bancs et regardent le vide. Je me dis que ça doit être beau et... non. En fait c'est juste un hameau de Valloire.

Je trouve une poubelle pour larguer mes déchets (sous le commentaire d'un vieux qui me dit "oh ben didonk vous êtes bien chargée !" BEN OUI DIDONK) et enchaîne ma route vers la droite, comme prévu. Je trouve pas tout à fait le sentier que je cherche mais tant pis, je tombe sur une fin de piste de ski, alors j'y vais : DERNIÈRE DESCENTE AVANT LA VILLE !




Fiou. M'y voilà. Valloire. Finalement je me serais rallongée d'un kilomètre en faisant mon petit détour.
Je traverse la ville puisque le camping est totalement à l'opposé. Des gens me regardent bizarrement, ça m'agace. C'est quoi le problème avec ma serviette et mes chaussettes qui pendent de mon sac ? Et encore vous avez pas vu ma SUPER POUBELLE !!! Tss.

Bref, 16h30, j'arrive au camping, et la dame me propose de me mettre tout au fond du camping, dans l'espace "tente" (sans emplacement). Du coup je suis à L'OPPOSÉ des sanitaires, mais par contre je suis le plus loin possible des gens, et si on imagine qu'y a pas de grillage, je suis presque dans la forêt...






Ça me fait bizarre d'être ici. Je suis descendue à 800m d'altitude, il fait chaud. Presque trop chaud. J'installe ma tente,  et reste une grosse demie heure allongée par terre au soleil. Je me sens bien comme jamais. Le camping est assez affreux, très touristique, et je regrette mes bivouacs, mais en même temps je garde cette espèce de vide et la sérénité que je ressentais là-haut. J'ai l'impression d'avoir fait un long rêve et de ne pas en sortir, c'est très agréable.




Je fais ensuite une petite expédition pour trouver le sentier que je veux prendre demain : pour traverser la rivière, plutôt que de passer par la ville et faire un gros détour, je me rends compte sur la carte qu'un petit sentier "raccourci" passe au dessus de la valloirette (la rivière), y descend, puis remonte de l'autre côté. Pourquoi je m'inflige encore des montées et des descentes après 16 km ?! Fiou, j'ai mal au talon d'achille en plus...




Allez, il est l'heure d'aller prendre une petite douche. Les 5 minutes des Drayères étaient courtes mais CHAUDES. Ici c'est tiédasse et avec la fatigue, ça me frustre un peu. J'ai froid alors que tout le monde est en t-shirt, comme se fait-ce ? Cela dit, de temps en temps, dans la douche, y a des "vagues de chaud" très légères et ça me fait penser aux douches qu'on prenait en Corse avec Camille où on avait froid et qu'on attendait ces fameuses vagues des chaud avant d'éteindre la douche...
Tout allait bien jusqu'à la deuxième minute de ma douche, et ce jusqu'à la fin, lorsqu'une gamine se met à HURLER tandis que son père, désemparé, essaye de la laver. Ça donnait un truc du genre :

Etape 1
Gamine : AAAAHHHHHHHHHHHH CLÉMENT IL VA FAIRE PIPI DANS LA DOUCHE AAAAAHHHHHHHHHHHHH IL VA FAIRE PIPIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII
Père : Mais non ! Il a pas intérêt ! Allez ça suffit maintenant !
Gamine : AAAAAAHHAAAAAAAAAAHHHHHHHHHHHH NONOOOOOOONNNNNNN JE VEUX PAAAAAAAAAAS
Père : Bon je vais me fâcher ! [+ grommelage de trucs menaçants et inutiles]

Etape 2
Gamine : NOOOOOONNNNNNNNNNNN JE VEUX PAS LE SAVOOOOONNNNNNNN NNOOOOONNNN PAS LE SAAAAVVVOOONNNN HHHHAAAAAAHHHHHHHAAAAAAAAAAAA NOOOOOOAAAAAAAAOOOOONNNNN
Père : [menaces en tout genre]
Moi (me bouchant les oreilles) : Bah reste crade, on s'en fout.

Etape 3
La douche est terminée. Le père sort, et invite sa fille à le suivre.
Gamine : AAAAHHHHHHH JE VEUX PAAAAS MAAARCHEEEEEEERRRRRRR !!!!!! JEEEE VEUX PAAAAAS JE VEUX PAS MARCHEEEEERRR AAAAAAHAHAAAAAAAAAAHHHH
Père : Ah non je te porte plus hein ! Allez mets tes chaussures !
Moi, en mon for intérieur : Mais laisse-la là, tu l'attends à la sortie des sanitaires t'inquiète elle va arriver dans 2 minutes.

Voilà, et là je sors de la douche en me disant deux choses : 1. J'étais TRÈS BIEN dans la montagne, et 2. ça doit pas être simple d'être parent... Je savais même pas que c'était possible de hurler aussi fort.

J'ai un peu la nausée et hésite à manger. Je me repose un peu et finit par me faire cuire 3 petites poignées de coquillettes. Punaise, ça cuit hyper vite quand y a pas de vent froid :D




J'ai des remontées acides quasi instantanées, comme hier soir... Chelou. C'est peut-être les pâtes au sel !!

Bon, c'était une bonne journée malgré la descente qui fut très longue, monotone et pas balisée...
Il est 21h45, je ne vois presque plus rien pour écrire, je vous souhaite donc bonne nuit, surtout que demain, réveil à 6 heures pour moi : je dois partir avant 8 heures pour être sûre d'arriver à Saint-Michel de Maurienne avant mon train de 14 heures.



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