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22 avril 2019


Réveil 8h. Oui, on se couche tôt, on dort bien et on se lève tôt, c'est ça des vacances bien remplies !

Chaque matin, la vue de la chambre ne ressemble à aucun autre : la lumière, les nuages, rien n'est jamais pareil et chaque jour nous offre une nouvelle facette du paysage. C'est ce que j'aime à la montagne. Il y a toujours quelque chose de nouveau à regarder, toujours un truc qu'on n'a pas vu avant, ou pas sous cet angle. Enfin, pour des gens comme moi qui scrutent chaque arête et chaque pierre, évidemment, il y a toujours quelque chose à découvrir. Rah, c'est con, j'aurais tellement du prendre mes jumelles !

Aujourd'hui, le temps s'annonce pour le moins radieux, bien que potentiellement orageux. On part donc assez tôt pour commencer la rando. Mais d'abord, détour à l'OT de Saint Gervais pour savoir si on a besoin de raquettes selon eux au Prarion : « oh la, oui, y a encore beaucoup de neige là-haut ! » me rétorque la madame. Ah, bon bon, d'accord. « Par contre je vous préviens y a pas de balisage hein, une fois là-haut c'est que des pistes de ski donc nous clairement on vous le déconseille ». D'accord d'accord, merci ! Tu parles. Ça va, pas de balisage okay, mais je sais quand même lire une carte, c'est pas très compliqué de se repérer au travers des pistes de ski ! Go au Skimium en face de l'OT.
- Bonjour on veut louer des raquettes
- Vous allez où ?
- Au Prarion, en partant de Saint Gervais
- Franchement vous en aurez pas besoin, vous allez vous les trimballer pour rien alors qu'en haut y a 20 cm de neige tassée...
- Ah oui, bon, d'accord, merci alors !

C'est parti, les mains dans les poches, du coup. On a quand même pris des bâtons dans une malle dans la cave du chalet, ça nous aidera. Aparté, malle dans laquelle j'ai découvert le matos d'alpinisme de la famille Nonienne et je dois vous faire un aveu : voir des crampons et des piolets me donne des frissons d'adrénaline. Voilà, c'est dit. Y a des gens qui fantasment devant des fleurs, des tableaux impressionnistes, la voie lactée... moi tu me mets un piolet dans les mains et j'ai les yeux qui pétillent. Remarquez, ça me fait un peu la même chose avec les hélicoptères... (On y reviendra.) Oui bon j'ai des attirances bizarres, soit. Parfois je me fais penser à ce pauvre gamin en CE1 qui restait accroché à la grille de la cour et regardait les tracteurs passer dans les champs, le regard pétillant et citant le modèle de chaque tracteur. Dire que je me moquais.

C'est donc de bonne humeur, plein d'entrain et sous le soleil (bleu marine et blue, ébloui pareil - référence hautement intellectuelle) que l'on entame cette belle rando. On grimpe dans les bois pendant un moment, sans neige au début. Le dénivelé est assez fort au début, un bon nombre de tortillons plus tard nous amène à 1500m. Partis du parking des Toilles de St-Gervais (1150m), quelques 800m de dénivelé positif nous attendent : l'hôtel du Prarion est à 1846m, et le sommet du Prarion lui même à 1969m. 



Il est joli le Joly

C'est là qu'on commence à avancer moins vite. Le dénivelé est moins fort, par contre on s'enfonce pas mal dans la neige, sans pour autant avoir nécessairement besoin de raquettes, il faut l'avouer, ça n'aurait pas été rentable. On grimpe quelques temps sur ce sentier féérique et forestier, croisant tantôt quelques chalets perdus.




Il est 13 heures passées quand nous rejoignons le haut du télésiège des chamois sur les pistes. Waaaaaaaouh ! C'est si beau ! Une telle étendue de neige, sans personne, le monde semble n'être que pour nous ! On se pose devant ce sublime désert blanc pour pique-niquer, sous un ciel d'azur. Il fait beau, il faut chaud, purée, on est bien.


14 heures, reprenons la route vers l'hôtel du Prarion. Cette fois, plus aucune balise, on suit les traces de pas de quelques randonneurs et nous repérons avec la carte pour rejoindre l'hôtel du Prarion, quelques minutes plus tard. Et là, c'est je pense la meilleure chose que j'ai vue de toute la semaine. Le ciel est plus dégagé que jamais, et nous sommes plus proches que jamais du Mont Blanc et ses acolytes. Ça prend aux tripes... On voit même le refuge du Goûter !




Devant nous se dresse le Mont Blanc, le glacier de Bionnassay, l'aiguille du midi, la vallée de Chamonix, une étendue de neige... Impossible de dégager mes yeux de ce qui m'entoure. Je m'imaginer arpenter les sommets, et puis je réalise qu'il faut y aller. 

Cliquez sur la photo pour voir le panoramique en grand.


Nous montons en direction du sommet du Prarion, que nous atteignons en une petite heure.



Au loin, nous entendons comme des grondements, du tonnerre. Le temps, bien que brumeux au loin, ne semble pas orageux. Des avalanches ? On ne le saura jamais. Arrivés à la table d'orientation où la neige doit s'accumuler sur un bon mètre, il est temps de redescendre. Sur la carte, j'avais une petite inquiétude quant à ce passage :


Si vous voyez bien, la descente est effectivement raide, et sur le versant Nord du Prarion, ce qui laisse sous entendre qu'il y aura plus de neige qu'à la montée. Mbon. Let's see.


Au début, tout va bien ...


 Puis la pente se raidit de plus en plus et glissades commencent...



Les premières dizaines de mètres sont assez ludiques, on s'enfonce dans la neige mais ma foi, ça fait toujours moins mal aux cuisses que sur la terre ferme puisqu'on se laisse glisser. Et puis, voici qu'arrive la pente raide. Nono passe en premier. Il glisse un peu dans la buissons. Ok, je vais tenter la même. « Pousse-toi, je vais glisser et atterrir dans le buisson » (3 mètres plus bas). De toute manière, on n'a pas trop le choix, la pente est si raide qu'on se taule même quand on essaye de marcher pas après pas, le plus prudemment possible. Bon allez, je me lance et... euhhhaaaaaaaïeeee. Bon, alors j'ai pas vraiment atterri dans le buisson. Je sais pas trop ce qui s'est passé mais je me retrouve sur le ventre, étalée dans la neige, accrochée par les mains à ce que je peux (des buissons), j'ai cette impression d'être suspendue dans le vide, et surtout une douleur prononcée à la fesse gauche. « J'AI MAL À LA FESSE AAAAH ». On se retrouve à descendre non pas directement perpendiculaire à la pente mais à flanc de montagne pour avoir une pente plus douce. Chaque pas me semble complètement hasardeux et le vide à quelques mètres ne me rassure pas.
« Ça m'étonne pas que tu aies mal à la fesse, ton pantalon est ouvert sur 15 cm et tu saignes » me dit Nono. Ah. Bon au moins la neige, ça anesthésie, et comme je passe mon temps à tomber et glisser sur les fesses... Je me dis que cette putain de descente est quand même épique et que ça mérite d'être immortalisé. Je porte ma main à la poche latérale de mon sac.
« Nono, j'ai perdu mon appareil photo en tombant. »
- Je vais le chercher.
- Hein ? Mais c'est super dangereux, ça vaut pas le coup, on s'en fiche c'est pas grave !
Sans un mot, il entame une remontée, à la recherche de ce qu'il sait être un de mes objets les plus précieux en vacances. Je meurs de trouille pour lui, s'il glisse... Il fait quelques mètres en arrière, rien. Il remonte plus haut, rien. « Désolé, je peux pas remonter plus haut c'est trop dangereux. » C'est pas vital, mais ça fout le seum quand même... Il a du être recouvert par la neige quand j'ai dévalé la pente, il a pu aussi bien tomber 5 mètres plus bas, ou être enfoui dans la neige 10 mètres plus haut, ou dans les arbustes qui étaient censés amortir ma chute... Bref, il peut être n'importe où, et il est hors de question qu'on reste une heure en équilibre dans cette pente glacée pour le retrouver. Allons, allons. Nono me rejoint et repasse devant. A force d'en avoir mal de se casser la gueule, on développe la technique de l'escalier à reculons. On descend comme d'une échelle dans la neige, en se collant au sol. Au moins, en cas de chute, les mains sont prêtes à accrocher tout et n'importe quoi et s'enfoncer dans la neige pour faire frein.

Seulement, c'est une technique plus rassurante mais clairement LENTE. On a de la neige dans les chaussettes imperméables, dans les chaussures, dans le pantalon, qui est lui même trempé jusqu'aux cuisses. Je ne sens ni mes mains, ni mes genoux, ni mes tibias. Mais on continue. Il faut dire qu'on a pas croisé grand monde, et les 3 pauvres pélauds qu'on a vus sont arrivés en sens contraire. En fait, comme on nous l'a dit à l'office de tourisme, le sentier n'est évidemment pas balisé puisque recouvert par la neige. En revanche, nos prédécesseurs ont fait des marques dans la neige quand ils sont montés (ils ont du en baver, d'ailleurs), donc on les suit. Une bonne heure plus tard, on commence à trouver des pans de terre entre deux glissades dans la neige. On s'arrête pas de descendre. Nono rejoint la terre ferme et m'attend en bas.
« Bon on galère un peu mais dans le fond c'est quand même marrant ! » que je lui lance en glissant sur les fesses une Nème fois.
- Très, tellement marrant qu'il faut immortaliser ça !
Et le voici sortant de sa poche... mon appareil photo !!! J'affiche mon plus grand sourire, il m'a fait un bel ascenseur émotionnel là ! Yeaaaah, mes photooooos :-)

Les traces de pas des gens qui sont montés avant sont presque fondues et on ne les distingue presque plus des trous naturels. Et bientôt, on ne les voit plus du tout. C'est là que je commence à avoir un doute sur notre chemin. Impossible de se repérer avec la carte, on sait juste qu'on descend en pente raide, tantôt dans la neige, parfois sur une terre friable recouverte de branchage. Les cuisses fatiguent, mais on ne s'arrête pas, ayant l'espoir de toujours tomber sur le sentier, apercevant au loin des parcelles de terre qui nous semblent être le sentier et, une fois arrivés dessus, pas du tout. Le yoyo d'espoir / déception dure encore une bonne heure avant que Nono s'arrête et prenne son téléphone : « bon là, on a plus le choix, faut appeler les secours ». Effectivement, on se retrouve face à un trou béant, impossible à contourner par la droite ni la gauche. On ne sait pas si on pourra faire demi-tour, au risque de se paumer encore plus. La descente quant à elle est extrêmement périlleuse, il y a deux possibilités : désescalader d'énormes rochers glissants et lisses, ou bien dévaler une pente de 40 / 45° qui s'effrite sous les pieds, sans prise également. Bon. On s'assoit sur notre promontoire et Nono appelle les secours de Chamonix. Le gendarme tente de nous localiser : Nono envoie des photos ainsi que nos coordonnées GPS (comme quoi ça sert parfois un smartphone). Ils parlementent un bon moment. Nono raccroche, le gendarme rappelle, ça dure une bonne demie-heure. Le gendarme essaye de convaincre Nono qu'on doit continuer, Nono essaye de faire comprendre au gendarme que c'est compliqué. Finalement, Nono raccroche et me dit qu'on doit descendre : le sentier est tout proche, il suffit de rejoindre le bas de la pente.

Mh. Vu d'où on est, ça semble pas impossible, et les mots du gendarme ont un effet encourageant, mais dès qu'on y pose un pied tremblant, la peur de chuter et la terre qui s'affaisse sous nos pieds nous dissuadent clairement d'y aller en mode bourrin. Nono passe en premier. Il opte pour la pente de terre friable. Je le sens moyen, il est pas en confiance et n'a rien pour s'accrocher. J'entame une descente plutôt vers les rochers lisses. Pas top. Ma probabilité de ne pas tomber tient à une racine plantée dans la terre friable pour ma main gauche et une branche un peu morte pour ma main droite. Au niveau des pieds, y a le droit qui glisse petit à petit, et le gauche qui est calé sur une botte de terre qui, je le sais, va s'écrouler dès lors que j'y mettrai tout mon poids. Ok donc le but c'est de rester accroupie et de monter mon pied droit en hauteur, et me hisser non pas en me redressant sur ma jambe gauche mais à la force de mes bras, en espérant que ni la racine ni la branche se barre. Allez hop, un deux trois, go ! J'ai à peine posé le pied sur le rocher que l'autre glisse. Fiou. Je suis sur un rocher de 50 cm de large. Ok. En contrebas, y en a deux autres, mais difficile de voir si je peux les atteindre, s'ils sont assez plats, et surtout, rien pour me retenir avec les mains à part une paroi lisse et humide.

 Oui, il y a un sac dans la neige tout en bas. Vous comprendrez pourquoi.

Ça c'est là d'où je viens, je sais qu'on voit pas grand chose mais bon

Pendant le temps de ma galipette, Nono a atteint une espèce de promontoire où il est stable. Impossible de descendre. Il rappelle le gendarme qui continue de nous convaincre qu'on ne craint rien. J'en ai ras le bol. Je commence à m'impatienter, j'en ai marre de tourner en rond. On fait quoi, en fait ? On y va, on y va pas ? Si on y va, c'est pour de bon, j'en ai marre de rester coincée là. Nono raccroche. Le gendarme nous rappelle plus tard et insiste pour qu'on essaye une dernière fois de descendre, ce qu'on fait. Allez, fuck, j'en ai marre. Je me hisse le long du rocher lisse à ma gauche et tente de me baisser pour atteindre le rocher d'en bas du pied gauche. La vache, je vais me casser la... Oh putain. En équilibre précaire, dans mon champ de vision, j'aperçois une forme noire qui dévale la pente et vient s'éclater dans la neige en bas. Il ne me faut qu'une demi seconde pour réaliser que ce n'est pas Nono lui-même mais son sac qui lui a échappé des mains, mais une demi-seconde suffit à me faire paniquer. De peur de perdre l'équilibre, je retourne sur mon rocher. Ça va être compliqué cette affaire. Nono trouve ça trop dangereux : c'est mort, on rappelle une dernière fois. Comme il n'a plus de batterie, c'est à moi d'appeler le centre de secours. Je tombe sur le même gendarme, toujours léger, qui m'assure qu'on ne courre aucun danger. « De quoi vous avez peur ? Je vois très bien où vous êtes, il peut rien vous arriver. Au pire vous tombez sur les fesses, et puis quoi ? » Je crois que le type réalise pas bien. En ce qui me concerne, si je tombe, déjà je tombe pas sur les fesses, mais surtout je tombe sur deux rochers un mètre plus bas. Alors certes, on ne risque pas de mourir, mais on a pas trop envie de se casser une patte. Il me demande si on peut faire demi-tour et revenir là où on pense avoir perdu le sentier. Ben peut-être qu'on aurait pu s'il nous avait pas incité à descendre pour qu'on reste bloqués ?
« Ben déjà on sait pas où on a perdu la trace, ni si on peut la retrouver, y a jamais eu de sentier, on a juste suivi des traces de pas. On a mis 2 heures à descendre 200m de dénivelé et je sais pas si on peut vraiment remonter tout ça. Ensuite, faire demi-tour ça me paraît très compliqué. » Je demande du regard son avis à Nono, qui me fait non de la tête. Ok. Finalement, le gendarme comprend qu'on est littéralement bloqués dans la pente et envoie un hélico.
Eh bien, il en aura fallu du temps et des appels ! Je tiens à dire qu'on en veut pas du tout à ce gendarme qui faisait clairement son boulot et qui doit recevoir des dizaines d'appels de gens qui peuvent s'en sortir sans secours, alors il fait tout pour encourager les troupes ! En soi c'est pleinement justifié et il fait son travail, et peut-être qu'on y serait arrivés sans encombre, a priori on était très proches du sentier. Le problème c'est ce qui nous en séparait.

Il commence à cailler sur nos promontoires respectifs. Une demie-heure passe avant que le pilote de l'hélico ne m'appelle : « Oui bonjour, c'est l'hélico, là on passe la crête, on est là dans une minute environ, dites moi quand vous avez un visuel. » J'attends.
« On va lui mettre une petite musique d'ambiance ». Le mec se met à chanter. Je me marre. Effectivement, quelques secondes plus tard, j'entends l'hélico, Nono le voit, puis c'est à mon tour. Le pilote me demande de le guider pour qu'ils nous trouvent. Bingo. Le secouriste me fait signe de m'assoir et je crois comprendre pourquoi. Les sapins en face de moi bougent dans tous les sens... Putain, le vent que ça fait. Je m'accroche aux rochers. L'hélico descend encore et encore pour se trouver au dessus de moi, un mec pendu au bout du fil. Oh putaing, je me prends un nombre incalculable de brindilles dans la tronche et dans les yeux, je tiens mes lunettes de peur qu'elles s'envolent. Ce serait quand même très con. Le secouriste descend à ma hauteur, se décroche. Il a des crampons et marche telle une araignée jusqu'à moi. Il me rejoint sur mon petit rocher :
« comment vous avez fait pour arriver là ? » me dit-il avec un grand sourire.
- J'en sais rien, et vous ?
Tout a l'air simple pour ce genre de type, ils ont une telle maîtrise du terrain, de la montagne, de l'escalade, de l'alpinisme, c'est impressionnant. Il me fout un harnais autour des jambes et l'hélico lui renvoie l'accroche pour qu'on remonte ensemble. Je vois un autre secouriste avec Nono. Mes lunettes bougent dans tous les sens. Quand on commence à monter par hélitreuillage, deux choses m'obsèdent : mes lunettes qui vont s'envoler, et repérer le sentier pour essayer de comprendre où on a fait une erreur. Je vois des chalets au loin. Effectivement, on était pas loin. Mais impossible de me repérer réellement. J'arrive jusqu'à l'hélico, le type qui nous me réceptionne me retire mes lunettes (merci!) et m'installe dans l'hélico. Quelques secondes plus tard, Nono me rejoint. Fiou, on se retrouve enfin. La vue en hélico est superbe jusqu'à Chamonix. On survole les glaciers, la vallée, la mer de glace... Je trouve ça génial et ça confirme le sentiment que j'avais eu en voyant les secouristes en Suisse y a trois ans : je veux piloter un hélicoptère. C'est tellement cool !!! Par contre si vous avez 74000€ à me dépanner, je prends, parce que je compte pas entrer dans l'armée de terre.

Arrivés à la base de Chamonix, on peut enfin discuter avec les gendarmes, pilotes et secouristes (on ne s'entendait pas vraiment avant). Ils sont tellement bienveillants et gentils ! Ils nous expliquent où on était (pile entre deux sentiers), nous confirment qu'on a bien fait d'appeler et qu'on était vraiment bloqués.


Ça a un côté rassurant de pas s'entendre dire le même discours qu'au téléphone, quelque chose du genre « ouais bon, vous aviez les jetons mais en soi vous aviez pas besoin de nous hein, c'était pas dangereux ». Encore une fois, aucune animosité envers le gendarme qu'on a eu au téléphone qui ne faisait que son boulot. A titre d'exemple, le secouriste nous raconte qu'il y a des gens qui appellent alors qu'ils sont à 10 mètres du sentier, ou encore se font une crampe et plutôt que d'attendre et se masser, demandent à être sauvés. Aucun jugement non plus pour ces personnes qui ont aussi le droit de paniquer. Nous n'avons pas tous les mêmes appréhensions ni le même jugement dans une situation donnée. Certains alpinistes chevronnés nous auraient dit de foncer dans la pente sans avoir peur, tandis que certains randonneurs ne seraient pas aventurés jusque là et auraient fait demi-tour dès la première glissade. Chacun fait ce qu'il peut, l'essentiel c'est de s'en sortir indemne ! N'empêche, ça fait un sacré souvenir !


Les gendarmes prennent nos identités et nous proposent de nous ramener dans le centre de Chamonix, vers la gare. Tandis qu'on monte dans la camionnette, ils reçoivent un appel d'urgence. Hop, c'est reparti pour eux ! Du coup on appelle un taxi pour nous ramener jusqu'au parking des Toilles de Saint Gervais. Holy shit, j'ai toujours mon trou sur la fesse, je viens de me souvenir, la HONTE. Je mets mon sweat autour de la taille. Une grosse demie-heure et 92€ plus tard (vive les taxis de proximité!!) nous retrouvons la voiture. Il est 20h passées. Allez zou, passage dans une pizzéria à Saint Gervais où on prend deux pizzas à emporter. On les a bien méritées !!


La douche et la nuit seront bienvenues. Plus de peur que de mal, ça restera un putain de souvenir qui, malgré tout, avec le recul, est vraiment un bon souvenir. Après tout, la vue était magique du Prarion, le temps radieux, on était seuls au monde, on s'est pas blessés, on s'est dépassés, physiquement et moralement, on a été au bout de ce qu'on pouvait faire, et puis j'ai bien kiffé le baptême en hélico et l'hélitreuillage !

Suite --> 23 avril 2019 

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