Réveil 8h. Oui, on se couche tôt, on
dort bien et on se lève tôt, c'est ça des vacances bien remplies !
Chaque matin, la vue de la chambre ne
ressemble à aucun autre : la lumière, les nuages, rien n'est
jamais pareil et chaque jour nous offre une nouvelle facette du
paysage. C'est ce que j'aime à la montagne. Il y a toujours quelque
chose de nouveau à regarder, toujours un truc qu'on n'a pas vu
avant, ou pas sous cet angle. Enfin, pour des gens comme moi qui
scrutent chaque arête et chaque pierre, évidemment, il y a toujours
quelque chose à découvrir. Rah, c'est con, j'aurais tellement du
prendre mes jumelles !
Aujourd'hui, le temps s'annonce pour le
moins radieux, bien que potentiellement orageux. On part donc assez
tôt pour commencer la rando. Mais d'abord, détour à l'OT de Saint
Gervais pour savoir si on a besoin de raquettes selon eux au
Prarion : « oh la, oui, y a encore beaucoup de neige
là-haut ! » me rétorque la madame. Ah, bon bon,
d'accord. « Par contre je vous préviens y a pas de balisage
hein, une fois là-haut c'est que des pistes de ski donc nous
clairement on vous le déconseille ». D'accord d'accord,
merci ! Tu parles. Ça va, pas de balisage okay, mais je sais
quand même lire une carte, c'est pas très compliqué de se repérer
au travers des pistes de ski ! Go au Skimium en face de l'OT.
- Bonjour on veut louer des raquettes
- Vous allez où ?
- Vous allez où ?
- Au Prarion, en partant de Saint
Gervais
- Franchement vous en aurez pas besoin, vous allez vous les trimballer pour rien alors qu'en haut y a 20 cm de neige tassée...
- Ah oui, bon, d'accord, merci alors !
C'est parti, les mains dans les poches, du coup. On a quand même pris des bâtons dans une malle dans la cave du chalet, ça nous aidera. Aparté, malle dans laquelle j'ai découvert le matos d'alpinisme de la famille Nonienne et je dois vous faire un aveu : voir des crampons et des piolets me donne des frissons d'adrénaline. Voilà, c'est dit. Y a des gens qui fantasment devant des fleurs, des tableaux impressionnistes, la voie lactée... moi tu me mets un piolet dans les mains et j'ai les yeux qui pétillent. Remarquez, ça me fait un peu la même chose avec les hélicoptères... (On y reviendra.) Oui bon j'ai des attirances bizarres, soit. Parfois je me fais penser à ce pauvre gamin en CE1 qui restait accroché à la grille de la cour et regardait les tracteurs passer dans les champs, le regard pétillant et citant le modèle de chaque tracteur. Dire que je me moquais.
- Franchement vous en aurez pas besoin, vous allez vous les trimballer pour rien alors qu'en haut y a 20 cm de neige tassée...
- Ah oui, bon, d'accord, merci alors !
C'est parti, les mains dans les poches, du coup. On a quand même pris des bâtons dans une malle dans la cave du chalet, ça nous aidera. Aparté, malle dans laquelle j'ai découvert le matos d'alpinisme de la famille Nonienne et je dois vous faire un aveu : voir des crampons et des piolets me donne des frissons d'adrénaline. Voilà, c'est dit. Y a des gens qui fantasment devant des fleurs, des tableaux impressionnistes, la voie lactée... moi tu me mets un piolet dans les mains et j'ai les yeux qui pétillent. Remarquez, ça me fait un peu la même chose avec les hélicoptères... (On y reviendra.) Oui bon j'ai des attirances bizarres, soit. Parfois je me fais penser à ce pauvre gamin en CE1 qui restait accroché à la grille de la cour et regardait les tracteurs passer dans les champs, le regard pétillant et citant le modèle de chaque tracteur. Dire que je me moquais.
C'est donc de bonne humeur, plein
d'entrain et sous le soleil (bleu marine et blue, ébloui pareil - référence hautement intellectuelle) que l'on
entame cette belle rando. On grimpe dans les bois pendant un moment,
sans neige au début. Le dénivelé est assez fort au début, un bon
nombre de tortillons plus tard nous amène à 1500m. Partis du
parking des Toilles de St-Gervais (1150m), quelques 800m de dénivelé positif nous attendent : l'hôtel du Prarion est
à 1846m, et le sommet du Prarion lui même à 1969m.
Il est joli le Joly
C'est là qu'on commence à avancer
moins vite. Le dénivelé est moins fort, par contre on s'enfonce pas
mal dans la neige, sans pour autant avoir nécessairement besoin de
raquettes, il faut l'avouer, ça n'aurait pas été rentable. On
grimpe quelques temps sur ce sentier féérique et forestier,
croisant tantôt quelques chalets perdus.
Il est 13 heures passées quand nous
rejoignons le haut du télésiège des chamois sur les pistes.
Waaaaaaaouh ! C'est si beau ! Une telle étendue de neige,
sans personne, le monde semble n'être que pour nous ! On se
pose devant ce sublime désert blanc pour pique-niquer, sous un ciel
d'azur. Il fait beau, il faut chaud, purée, on est bien.
14 heures, reprenons la route vers
l'hôtel du Prarion. Cette fois, plus aucune balise, on suit les
traces de pas de quelques randonneurs et nous repérons avec la carte
pour rejoindre l'hôtel du Prarion, quelques minutes plus tard. Et
là, c'est je pense la meilleure chose que j'ai vue de toute la
semaine. Le ciel est plus dégagé que jamais, et nous sommes plus
proches que jamais du Mont Blanc et ses acolytes. Ça prend aux
tripes... On voit même le refuge du Goûter !
Devant nous se dresse le Mont Blanc, le
glacier de Bionnassay, l'aiguille du midi, la vallée de Chamonix,
une étendue de neige... Impossible de dégager mes yeux de ce qui
m'entoure. Je m'imaginer arpenter les sommets, et puis je réalise
qu'il faut y aller.
Cliquez sur la photo pour voir le panoramique en grand.
Nous montons en direction du sommet du Prarion,
que nous atteignons en une petite heure.
Au loin, nous entendons comme des
grondements, du tonnerre. Le temps, bien que brumeux au loin, ne
semble pas orageux. Des avalanches ? On ne le saura jamais.
Arrivés à la table d'orientation où la neige doit s'accumuler sur
un bon mètre, il est temps de redescendre. Sur la carte, j'avais une
petite inquiétude quant à ce passage :
Si vous voyez bien, la descente est
effectivement raide, et sur le versant Nord du Prarion, ce qui laisse
sous entendre qu'il y aura plus de neige qu'à la montée. Mbon.
Let's see.
Au début, tout va bien ...
Puis la pente se raidit de plus en plus et glissades commencent...
Les premières dizaines de mètres sont
assez ludiques, on s'enfonce dans la neige mais ma foi, ça fait
toujours moins mal aux cuisses que sur la terre ferme puisqu'on se
laisse glisser. Et puis, voici qu'arrive la pente raide. Nono passe
en premier. Il glisse un peu dans la buissons. Ok, je vais tenter la
même. « Pousse-toi, je vais glisser et atterrir dans le
buisson » (3 mètres plus bas). De toute manière, on n'a pas
trop le choix, la pente est si raide qu'on se taule même quand on
essaye de marcher pas après pas, le plus prudemment possible. Bon
allez, je me lance et... euhhhaaaaaaaïeeee. Bon, alors j'ai pas
vraiment atterri dans le buisson. Je sais pas trop ce qui s'est passé
mais je me retrouve sur le ventre, étalée dans la neige, accrochée
par les mains à ce que je peux (des buissons), j'ai cette impression
d'être suspendue dans le vide, et surtout une douleur prononcée à
la fesse gauche. « J'AI MAL À LA FESSE AAAAH ». On se
retrouve à descendre non pas directement perpendiculaire à la pente
mais à flanc de montagne pour avoir une pente plus douce. Chaque pas
me semble complètement hasardeux et le vide à quelques mètres ne
me rassure pas.
« Ça m'étonne pas que tu aies
mal à la fesse, ton pantalon est ouvert sur 15 cm et tu saignes »
me dit Nono. Ah. Bon au moins la neige, ça anesthésie, et comme je
passe mon temps à tomber et glisser sur les fesses... Je me dis que
cette putain de descente est quand même épique et que ça mérite
d'être immortalisé. Je porte ma main à la poche latérale de mon
sac.
« Nono, j'ai perdu mon appareil photo en tombant. »
- Je vais le chercher.
- Hein ? Mais c'est super dangereux, ça vaut pas le coup, on s'en fiche c'est pas grave !
Sans un mot, il entame une remontée, à la recherche de ce qu'il sait être un de mes objets les plus précieux en vacances. Je meurs de trouille pour lui, s'il glisse... Il fait quelques mètres en arrière, rien. Il remonte plus haut, rien. « Désolé, je peux pas remonter plus haut c'est trop dangereux. » C'est pas vital, mais ça fout le seum quand même... Il a du être recouvert par la neige quand j'ai dévalé la pente, il a pu aussi bien tomber 5 mètres plus bas, ou être enfoui dans la neige 10 mètres plus haut, ou dans les arbustes qui étaient censés amortir ma chute... Bref, il peut être n'importe où, et il est hors de question qu'on reste une heure en équilibre dans cette pente glacée pour le retrouver. Allons, allons. Nono me rejoint et repasse devant. A force d'en avoir mal de se casser la gueule, on développe la technique de l'escalier à reculons. On descend comme d'une échelle dans la neige, en se collant au sol. Au moins, en cas de chute, les mains sont prêtes à accrocher tout et n'importe quoi et s'enfoncer dans la neige pour faire frein.
« Nono, j'ai perdu mon appareil photo en tombant. »
- Je vais le chercher.
- Hein ? Mais c'est super dangereux, ça vaut pas le coup, on s'en fiche c'est pas grave !
Sans un mot, il entame une remontée, à la recherche de ce qu'il sait être un de mes objets les plus précieux en vacances. Je meurs de trouille pour lui, s'il glisse... Il fait quelques mètres en arrière, rien. Il remonte plus haut, rien. « Désolé, je peux pas remonter plus haut c'est trop dangereux. » C'est pas vital, mais ça fout le seum quand même... Il a du être recouvert par la neige quand j'ai dévalé la pente, il a pu aussi bien tomber 5 mètres plus bas, ou être enfoui dans la neige 10 mètres plus haut, ou dans les arbustes qui étaient censés amortir ma chute... Bref, il peut être n'importe où, et il est hors de question qu'on reste une heure en équilibre dans cette pente glacée pour le retrouver. Allons, allons. Nono me rejoint et repasse devant. A force d'en avoir mal de se casser la gueule, on développe la technique de l'escalier à reculons. On descend comme d'une échelle dans la neige, en se collant au sol. Au moins, en cas de chute, les mains sont prêtes à accrocher tout et n'importe quoi et s'enfoncer dans la neige pour faire frein.
Seulement, c'est une technique plus
rassurante mais clairement LENTE. On a de la neige dans les
chaussettes imperméables, dans les chaussures, dans le pantalon, qui
est lui même trempé jusqu'aux cuisses. Je ne sens ni mes mains, ni
mes genoux, ni mes tibias. Mais on continue. Il faut dire qu'on a pas
croisé grand monde, et les 3 pauvres pélauds qu'on a vus sont
arrivés en sens contraire. En fait, comme on nous l'a dit à
l'office de tourisme, le sentier n'est évidemment pas balisé
puisque recouvert par la neige. En revanche, nos prédécesseurs ont
fait des marques dans la neige quand ils sont montés (ils ont du en
baver, d'ailleurs), donc on les suit. Une bonne heure plus tard, on
commence à trouver des pans de terre entre deux glissades dans la
neige. On s'arrête pas de descendre. Nono rejoint la terre ferme et
m'attend en bas.
« Bon on galère un peu mais dans le fond c'est quand même marrant ! » que je lui lance en glissant sur les fesses une Nème fois.
- Très, tellement marrant qu'il faut immortaliser ça !
« Bon on galère un peu mais dans le fond c'est quand même marrant ! » que je lui lance en glissant sur les fesses une Nème fois.
- Très, tellement marrant qu'il faut immortaliser ça !
Et le voici sortant de sa poche... mon
appareil photo !!! J'affiche mon plus grand sourire, il m'a fait
un bel ascenseur émotionnel là ! Yeaaaah, mes photooooos :-)
Les traces de pas des gens qui sont
montés avant sont presque fondues et on ne les distingue presque
plus des trous naturels. Et bientôt, on ne les voit plus du tout.
C'est là que je commence à avoir un doute sur notre chemin.
Impossible de se repérer avec la carte, on sait juste qu'on descend
en pente raide, tantôt dans la neige, parfois sur une terre friable
recouverte de branchage. Les cuisses fatiguent, mais on ne s'arrête
pas, ayant l'espoir de toujours tomber sur le sentier, apercevant au
loin des parcelles de terre qui nous semblent être le sentier et,
une fois arrivés dessus, pas du tout. Le yoyo d'espoir / déception
dure encore une bonne heure avant que Nono s'arrête et prenne son
téléphone : « bon là, on a plus le choix, faut appeler
les secours ». Effectivement, on se retrouve face à un trou
béant, impossible à contourner par la droite ni la gauche. On ne
sait pas si on pourra faire demi-tour, au risque de se paumer encore
plus. La descente quant à elle est extrêmement périlleuse, il y a
deux possibilités : désescalader d'énormes rochers glissants
et lisses, ou bien dévaler une pente de 40 / 45° qui s'effrite sous
les pieds, sans prise également. Bon. On s'assoit sur notre
promontoire et Nono appelle les secours de Chamonix. Le gendarme
tente de nous localiser : Nono envoie des photos ainsi que nos
coordonnées GPS (comme quoi ça sert parfois un smartphone). Ils
parlementent un bon moment. Nono raccroche, le gendarme rappelle, ça
dure une bonne demie-heure. Le gendarme essaye de convaincre Nono
qu'on doit continuer, Nono essaye de faire comprendre au gendarme que
c'est compliqué. Finalement, Nono raccroche et me dit qu'on doit
descendre : le sentier est tout proche, il suffit de rejoindre
le bas de la pente.
Mh. Vu d'où on est, ça semble pas
impossible, et les mots du gendarme ont un effet encourageant, mais
dès qu'on y pose un pied tremblant, la peur de chuter et la terre
qui s'affaisse sous nos pieds nous dissuadent clairement d'y aller en
mode bourrin. Nono passe en premier. Il opte pour la pente de terre
friable. Je le sens moyen, il est pas en confiance et n'a rien pour
s'accrocher. J'entame une descente plutôt vers les rochers lisses.
Pas top. Ma probabilité de ne pas tomber tient à une racine plantée
dans la terre friable pour ma main gauche et une branche un peu morte
pour ma main droite. Au niveau des pieds, y a le droit qui glisse
petit à petit, et le gauche qui est calé sur une botte de terre
qui, je le sais, va s'écrouler dès lors que j'y mettrai tout mon
poids. Ok donc le but c'est de rester accroupie et de monter mon pied
droit en hauteur, et me hisser non pas en me redressant sur ma jambe
gauche mais à la force de mes bras, en espérant que ni la racine ni la branche se barre. Allez hop, un deux trois, go !
J'ai à peine posé le pied sur le rocher que l'autre glisse. Fiou.
Je suis sur un rocher de 50 cm de large. Ok. En contrebas, y en a
deux autres, mais difficile de voir si je peux les atteindre, s'ils
sont assez plats, et surtout, rien pour me retenir avec les mains à
part une paroi lisse et humide.
Oui, il y a un sac dans la neige tout en bas. Vous comprendrez pourquoi.
Ça c'est là d'où je viens, je sais qu'on voit pas grand chose mais bon
Pendant le temps de ma galipette, Nono
a atteint une espèce de promontoire où il est stable. Impossible de
descendre. Il rappelle le gendarme qui continue de nous convaincre
qu'on ne craint rien. J'en ai ras le bol. Je commence à
m'impatienter, j'en ai marre de tourner en rond. On fait quoi, en
fait ? On y va, on y va pas ? Si on y va, c'est pour de
bon, j'en ai marre de rester coincée là. Nono raccroche. Le
gendarme nous rappelle plus tard et insiste pour qu'on essaye une
dernière fois de descendre, ce qu'on fait. Allez, fuck, j'en ai
marre. Je me hisse le long du rocher lisse à ma gauche et tente de
me baisser pour atteindre le rocher d'en bas du pied gauche. La
vache, je vais me casser la... Oh putain. En équilibre précaire,
dans mon champ de vision, j'aperçois une forme noire qui dévale la
pente et vient s'éclater dans la neige en bas. Il ne me faut qu'une
demi seconde pour réaliser que ce n'est pas Nono lui-même mais son
sac qui lui a échappé des mains, mais une demi-seconde suffit à
me faire paniquer. De peur de perdre l'équilibre, je retourne sur
mon rocher. Ça va être compliqué cette affaire. Nono trouve ça
trop dangereux : c'est mort, on rappelle une dernière fois.
Comme il n'a plus de batterie, c'est à moi d'appeler le centre de
secours. Je tombe sur le même gendarme, toujours léger, qui
m'assure qu'on ne courre aucun danger. « De quoi vous avez
peur ? Je vois très bien où vous êtes, il peut rien vous
arriver. Au pire vous tombez sur les fesses, et puis quoi ? »
Je crois que le type réalise pas bien. En ce qui me concerne, si je
tombe, déjà je tombe pas sur les fesses, mais surtout je tombe sur
deux rochers un mètre plus bas. Alors certes, on ne risque pas de
mourir, mais on a pas trop envie de se casser une patte. Il me
demande si on peut faire demi-tour et revenir là où on pense avoir
perdu le sentier. Ben peut-être qu'on aurait pu s'il nous avait pas
incité à descendre pour qu'on reste bloqués ?
« Ben déjà on sait pas où on a
perdu la trace, ni si on peut la retrouver, y a jamais eu de sentier, on a juste suivi des traces
de pas. On a mis 2 heures à descendre 200m de dénivelé et je sais pas si on peut
vraiment remonter tout ça. Ensuite, faire demi-tour ça me paraît
très compliqué. » Je demande du regard son avis à Nono, qui
me fait non de la tête. Ok. Finalement, le gendarme comprend qu'on
est littéralement bloqués dans la pente et envoie un hélico.
Eh bien, il en aura fallu du temps et
des appels ! Je tiens à dire qu'on en veut pas du tout à ce
gendarme qui faisait clairement son boulot et qui doit recevoir des
dizaines d'appels de gens qui peuvent s'en sortir sans secours, alors
il fait tout pour encourager les troupes ! En soi c'est
pleinement justifié et il fait son travail, et peut-être qu'on y
serait arrivés sans encombre, a priori on était très proches du
sentier. Le problème c'est ce qui nous en séparait.
Il commence à cailler sur nos
promontoires respectifs. Une demie-heure passe avant que le pilote de
l'hélico ne m'appelle : « Oui bonjour, c'est l'hélico,
là on passe la crête, on est là dans une minute environ, dites moi
quand vous avez un visuel. » J'attends.
« On va lui mettre une petite
musique d'ambiance ». Le mec se met à chanter. Je me marre.
Effectivement, quelques secondes plus tard, j'entends l'hélico, Nono
le voit, puis c'est à mon tour. Le pilote me demande de le guider
pour qu'ils nous trouvent. Bingo. Le secouriste me fait signe de
m'assoir et je crois comprendre pourquoi. Les sapins en face de moi
bougent dans tous les sens... Putain, le vent que ça fait. Je
m'accroche aux rochers. L'hélico descend encore et encore pour se
trouver au dessus de moi, un mec pendu au bout du fil. Oh putaing, je
me prends un nombre incalculable de brindilles dans la tronche et
dans les yeux, je tiens mes lunettes de peur qu'elles s'envolent. Ce
serait quand même très con. Le secouriste descend à ma hauteur, se
décroche. Il a des crampons et marche telle une araignée jusqu'à
moi. Il me rejoint sur mon petit rocher :
« comment vous avez fait pour arriver là ? » me dit-il avec un grand sourire.
- J'en sais rien, et vous ?
Tout a l'air simple pour ce genre de type, ils ont une telle maîtrise du terrain, de la montagne, de l'escalade, de l'alpinisme, c'est impressionnant. Il me fout un harnais autour des jambes et l'hélico lui renvoie l'accroche pour qu'on remonte ensemble. Je vois un autre secouriste avec Nono. Mes lunettes bougent dans tous les sens. Quand on commence à monter par hélitreuillage, deux choses m'obsèdent : mes lunettes qui vont s'envoler, et repérer le sentier pour essayer de comprendre où on a fait une erreur. Je vois des chalets au loin. Effectivement, on était pas loin. Mais impossible de me repérer réellement. J'arrive jusqu'à l'hélico, le type qui nous me réceptionne me retire mes lunettes (merci!) et m'installe dans l'hélico. Quelques secondes plus tard, Nono me rejoint. Fiou, on se retrouve enfin. La vue en hélico est superbe jusqu'à Chamonix. On survole les glaciers, la vallée, la mer de glace... Je trouve ça génial et ça confirme le sentiment que j'avais eu en voyant les secouristes en Suisse y a trois ans : je veux piloter un hélicoptère. C'est tellement cool !!! Par contre si vous avez 74000€ à me dépanner, je prends, parce que je compte pas entrer dans l'armée de terre.
« comment vous avez fait pour arriver là ? » me dit-il avec un grand sourire.
- J'en sais rien, et vous ?
Tout a l'air simple pour ce genre de type, ils ont une telle maîtrise du terrain, de la montagne, de l'escalade, de l'alpinisme, c'est impressionnant. Il me fout un harnais autour des jambes et l'hélico lui renvoie l'accroche pour qu'on remonte ensemble. Je vois un autre secouriste avec Nono. Mes lunettes bougent dans tous les sens. Quand on commence à monter par hélitreuillage, deux choses m'obsèdent : mes lunettes qui vont s'envoler, et repérer le sentier pour essayer de comprendre où on a fait une erreur. Je vois des chalets au loin. Effectivement, on était pas loin. Mais impossible de me repérer réellement. J'arrive jusqu'à l'hélico, le type qui nous me réceptionne me retire mes lunettes (merci!) et m'installe dans l'hélico. Quelques secondes plus tard, Nono me rejoint. Fiou, on se retrouve enfin. La vue en hélico est superbe jusqu'à Chamonix. On survole les glaciers, la vallée, la mer de glace... Je trouve ça génial et ça confirme le sentiment que j'avais eu en voyant les secouristes en Suisse y a trois ans : je veux piloter un hélicoptère. C'est tellement cool !!! Par contre si vous avez 74000€ à me dépanner, je prends, parce que je compte pas entrer dans l'armée de terre.
Arrivés à la base de Chamonix, on
peut enfin discuter avec les gendarmes, pilotes et secouristes (on ne
s'entendait pas vraiment avant). Ils sont tellement bienveillants et
gentils ! Ils nous expliquent où on était (pile entre deux
sentiers), nous confirment qu'on a bien fait d'appeler et qu'on était
vraiment bloqués.
Ça a un côté rassurant de pas s'entendre dire
le même discours qu'au téléphone, quelque chose du genre « ouais
bon, vous aviez les jetons mais en soi vous aviez pas besoin de nous
hein, c'était pas dangereux ». Encore une fois, aucune
animosité envers le gendarme qu'on a eu au téléphone qui ne
faisait que son boulot. A titre d'exemple, le secouriste nous raconte
qu'il y a des gens qui appellent alors qu'ils sont à 10 mètres du
sentier, ou encore se font une crampe et plutôt que d'attendre et se
masser, demandent à être sauvés. Aucun jugement non plus pour ces
personnes qui ont aussi le droit de paniquer. Nous n'avons pas tous
les mêmes appréhensions ni le même jugement dans une situation
donnée. Certains alpinistes chevronnés nous auraient dit de foncer
dans la pente sans avoir peur, tandis que certains randonneurs ne
seraient pas aventurés jusque là et auraient fait demi-tour dès la
première glissade. Chacun fait ce qu'il peut, l'essentiel c'est de
s'en sortir indemne ! N'empêche, ça fait un sacré souvenir !
Les gendarmes prennent nos identités
et nous proposent de nous ramener dans le centre de Chamonix, vers la
gare. Tandis qu'on monte dans la camionnette, ils reçoivent un appel
d'urgence. Hop, c'est reparti pour eux ! Du coup on appelle
un taxi pour nous ramener jusqu'au parking des Toilles de Saint
Gervais. Holy shit, j'ai toujours mon trou sur la fesse, je viens de
me souvenir, la HONTE. Je mets mon sweat autour de la taille. Une
grosse demie-heure et 92€ plus tard (vive les taxis de proximité!!)
nous retrouvons la voiture. Il est 20h passées. Allez zou, passage dans une
pizzéria à Saint Gervais où on prend deux pizzas à emporter. On
les a bien méritées !!
La douche et la nuit seront bienvenues.
Plus de peur que de mal, ça restera un putain de souvenir qui,
malgré tout, avec le recul, est vraiment un bon souvenir. Après
tout, la vue était magique du Prarion, le temps radieux, on était
seuls au monde, on s'est pas blessés, on s'est dépassés,
physiquement et moralement, on a été au bout de ce qu'on pouvait
faire, et puis j'ai bien kiffé le baptême en hélico et
l'hélitreuillage !
Suite --> 23 avril 2019



















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