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18 juillet 2019



Il a bien flotté cette nuit. Mais le soleil est là pour réchauffer la petite Tautau (la tente) avec nous dedans. 

 J'ai mal. 

Journée tranquille aujourd'hui, on sait qu'on a juste à faire demi-tour, qu'on va pas se perdre, qu'on va pas mourir (normalement), et que ça devrait pas être trop dur. Le plan D consiste donc à retourner à la rivière où on avait pique-niqué la veille et faire du stop (c'est pas très fréquenté mais on avait quand même vu passer quelques bagnoles).

Retraversée des gués, re trempage de grolles, pause snickers en regardant les photos.


Le retour jusqu'à la source se fait facilement, en une heure et demie environ, on se retrouve à notre halte de la veille. 


 
« Le midi, c'est pas une partie de plaisir, hein » me dit Camille en croquant dans sa barre de tofu à l'ail des ours. C'est pas faux. Bien que ce soit moins dur à avaler qu'en Laponie, le frometon et le tofu, ça allait deux jours, après faut avouer que c'est pas avec grande hâte qu'on déjeune. On n'a même pas très faim, on mange parce qu'il faut manger (et ça alourdit le sac, aussi).

On ne s'arrête pas bien longtemps, on repart assez vite sur nos pas de la veille, sans le lasser des immenses plaines désertes hormis, par ci par là, une petite yourte, plantée au milieu de rien, au pieds des montagnes encore enneigées. Je veux vivre dans cette yourte.



Oui, là au milieu, le minuscule point blanc, c'est une yourte.

On fait une minuscule pause pour laisser passer un camion de foin qui tangue de tous côtés et dans lequel on aimerait pas monter...



On avance relativement bien, esquivant quelques veaux qui, apeurés, s'enfuit en nous dévisageant. On entend gronder pas très loin. L'orage stagne au-dessus des montagnes mais le vent semble jouer en notre faveur. Je me délecte de ces rares instants où règnent la foudre et les centaines de moutons.



Arrivées au col à 15h30. On fait une pause. Deux types s'approchent et commencent à nous parler. Comme d'hab, on comprend rien, et ils ne comprennent rien. Il faut un long temps d'adaptation les uns aux autres pour commencer à se comprendre en gestes. L'un d'eux est plus loquace. Il nous demande si on veut monter son cheval, nous demande à quoi sert tout ce qu'il y a sur notre sac (tapis de sol, chargeur solaire). L'autre est intrigué par ma cigarette électronique et se marre à chaque fois que j'expire de la fumée par le nez. Le premier nous offre une pomme, nous dit de venir chez lui pour en manger d'autres. Ils sont vraiment adorables. On finit par ne plus trop savoir quoi leur dire et, au bout d'une bonne demie-heure de gesticulation, on se décide à les saluer pour redescendre à la rivière.




C'est encore une fois le sourire jusqu'aux oreilles qu'on redescend sur notre sentier de terre rouge en chantonnant et, parfois, quand le cœur y est, en trottinant. Bon, pas longtemps.

Il est un peu plus de 16 heures quand nous revoilà à la rivière, un peu plus de 24 heures plus tard, attendant qu'un mec passe pour nous emmener on sait pas où. De toute façon, on n'a pas de carte, on ne sait pas vraiment où est, et surtout on ne sait pas du tout où va la route, donc on opte pour une stratégie simple : le premier qui passe, on monte avec lui et on lui demande de nous déposer à une route, s'il y va. Point. Sauf qu'après réflexion, je me dis qu'on est un peu mal barrées et qu'on risque de passer la nuit ici (ce qui ma foi n'est pas dérangeant non plus, vu le cadre). Il se trouve que la route d'où on vient est semble-t-il un cul-de-sac, et que pour que quelqu'un nous prenne en stop, encore faudrait-il qu'on ait CROISÉ quelqu'un. Or, nous n'avons aucun souvenir d'avoir croisé qui que ce soit... Quoique...



Mais oui ! Le camion de foin ! A peine un quart d'heure après notre arrivée, le voilà qui redescend, vide. Yihaaaa ! Il s'arrête à notre hauteur et nous fait signe de grimper dans son engin. On a pour projet d'aller à Kotchkor, une ville pas loin du Son Kul : de là, on pourra finir le trek initialement commencé (en ayant zappé une centaine de kilomètres, certes.) - plan E.
- Issyk Kul ?
- Kotchkor ?
Il s'arrête et nous fait signe que Kotchkor est derrière nous, là d'où on vient.
- Ok ok, no Kotchkor alors, where you want.
- Issyk Kul ?
- Yes !

C'est parti. On se retrouve ballotées de toute part dans ce camion tout terrain qui roule sur des pierres de 30 cm de diamètre, pare-brise pété (la base). Camille a la place passager, moi je me tiens comme je peux sur la banquette arrière du camion, coincée entre les deux sacs énormes, avec des objets assez dégueu un peu partout. La conversation est limitée, mais il a l'air bien gentil ce petit bonhomme. On dévale toute la vallée, sublime, via ce petit chemin de cailloux, pendant de longues minutes. On croise un autre camion de foin, qui lui monte. Notre chauffeur s'arrête, discute avec l'autre chauffeur. Son camion est plein aussi. Deux mecs en sortent et viennent dans le notre. Euuuh, ça va être chaud niveau places, non ? Notre chauffeur fait signe à Camille de me rejoindre sur la banquette. La vache, on est BIEN TASSÉES, là ! Un type et son fils se partagent le siège passager. Yolo ! C'est reparti.
Dans des positions inconfortables, certes, on se marre bien et apprécie ce trajet des plus authentiques ! Ce qui est génial, c'est que dans l'imprévu, rien de ce qu'on avait envisagé n'est arrivé, et pourtant, tout ce qu'on vit est unique et génial. On fait des rencontres drôles, parfois magiques, aucune journée ne se ressemble, le paysage évolue de jour en jour, on s'enfonce dans des sentiers inconnus, et de fait, on ne sait jamais à quoi s'attendre et on laisse tout arriver. Et c'est génial.



Oui, le mec dort. Je fais les gros yeux, regarde Camille. Elle se marre. Comment peut-il dormir ? Nous, on est accrochées aux sièges, on manque de s'écraser l'une l'autre, le dos collé contre une barre de fer dans laquelle on se cogne à chaque sursaut. Non, vraiment, il est hallucinant. Ou habitué...

Une heure et demie de camion plus tard, LA ROUTE !! DU BITUUUUME ! Incroyable. Le chauffeur nous dépose au croisement : à gauche Bishkek, à droite Issyk Kul. Ok, d'après mes calculs, on est sur la route entre Bishkek et Issyk Kul, donc certainement pas très loin de Tokmok, à savoir notre POINT DE DÉPART de la rando, il y a 4 jours. Tout va bien !! En descendant du camion, un troisième type entre à notre place :
- Mais, il était où lui ? Je suis sûre qu'il est descendu avec nous, il était dans le camion qu'on a croisé !
- Bah, dans la benne. Me répond Camille le plus simplement du monde.

Ouaaaaah, il fait chaud en bas ! Je transpire à grosses gouttes. On a mal partout. On se met en route sur la petite route goudronnée en direction d'Issyk Kul, le pouce tendu. Peu de bagnoles, souvent pleines.



Un type finit par s'arrêter avec une camionnette : il nous dit un nom de ville qu'on ne connaît pas, on préfère lui dire non et attendre.
- Il a dit quoi ?
- Orlovka, un truc comme ça, me répond Camille
- Hein ? Mais Orlovka j'ai vu ce nom, c'est bien ça ! On aurait du monter avec lui !

Orlovka c'est une ville sur une petite route secondaire, selon la carte, qui passe non loin de l'autoroute qui va de Bishkek à Issyk Kul.



Du coup, j'en déduis qu'on est sur la route un peu avant Orlovka. Pas du tout loin de Tokmok, du coup. Là d'où on est parties. Huhuhu.

Finalement, un deuxième s'arrête. Un papy et un autre gars. Il descend, me dessine le croisement des routes sur la poussière de son coffre et me dit qu'il nous amène à l'autoroute pour 200 çoms à deux. Vendu ! On monte dans sa caisse un peu pourrie (je suis gentille) qui sonne de partout. Ça pue l'essence. Des voyants lumineux clignotent régulièrement, ça n'a pas l'air de l'inquiéter. Je passe une tête discrète pour voir ce qui s'allume. Lave-glace, bon, ça... Il est plus à ça près, d'ici que le pare-brise soit complètement pété (puisqu'il est bien fêlé, évidemment)... Et puis le voyant d'huile et le voyant moteur. D'accord d'accord. Visiblement sa technique c'est de prendre un peu d'élan et couper le moteur en ligne droite.

Il dépose un gars dans un bled, reprend une nana plus loin, la redépose au bled suivant, chacun lui glissant un petit billet. Pas évident de faire du stop gratuitement en dehors des montagnes. Ma foi, on arrive à Orlovka pour moins de 3 euros. Papy nous propose, pour 100 çoms de plus, de nous emmener à Kemin, au bord de l'autoroute. Vendu bis !

C'est ainsi que vers 19 heures, on se retrouve à Kemin, une petite ville au bord de l'autoroute, un peu vide. Il nous dépose juste devant un hôtel, j'interroge Camille : « on dort là, non ? »
- Ouais, on va demander le prix avant.
 


On s'approche de l'entrée, une gentille madame nous demande ce qu'on veut dans un anglais approximatif. 1000 la chambre avec deux lits simples, 1400 la suite avec cuisine et salle de bain privative, 800 la chambre double sans salle de bain. Vendu ter, on prendra la chambre double. 10€ la nuit, ça doit être un sacré hôtel ! Hum hum... Oui 10€ c'est assez cher pour un hôtel de petite ville, mais il était pas sacré du tout ! Le fils de la madame nous emmène jusqu'à notre chambre en ouvrant toutes les portes à la recherche d'une chambre libre : oui, y a pas de clef. Voilà, chambre 11 ! Ooohhh un lit ! Ou plutôt une paillasse. Les lits sont durs comme le sol, un pauvre drap tout petit, des chewing-gums sur la tête de lit, et... c'est tout. Y a juste un lit dans une pièce. Inutile de dire qu'on oublie la clim. Bon, on n'est pas à ça près, hein !

Ça pue dans la chambre. Entre nos sacs, nos sakapus (sac de linge sale), le fromage, et la poubelle, j'en peux plus. Il faut évincer un des éléments. Allez hop, je descends voir la madame de l'accueil pour lui demander où jeter la poubelle. Apparemment son anglais est limité. Sac poubelle à la main, j'essaye de lui expliquer pendant deux minutes que je sais pas quoi en faire. Elle ne comprend pas... Les gens n'ont pas de poubelle ici ? Faut dire qu'on en trouve nulle part... Elle finit par s'approcher en me disant « montrez-moi ça sera plus simple ! » Je fais un pas en arrière « NO NO NO » dis-je en me pinçant le nez. Elle capte à ce moment-là et m'indique un espèce de gros fût où sont entassées des ordures et je suppose que régulièrement, ils y foutent le feu.

On profite un peu du Wifi (Camille capte dans la chambre, moi avec mon Teeno on doit aller dans le couloir. Sympa.) et on repart dans LA VILLE pour acheter à manger. 


20H30, tout est ouvert, mais on a oublié le dico kirghize et c'est un vrai combat pour faire comprendre aux commerçants que je veux pas de viande. Déjà, ici, trouver des plats sans viande c'est un peu limité, alors dans des supérettes bon marché où personne ne parle anglais, c'est une sacrée tranche de rigolade ! On se retrouve à imiter des poules et des vaches en montrant des sandwichs du doigt. Finalement, c'est dans une 5ème supérette que je trouve mon « bonheur » : des espèces de beignets de patates. J'en prends deux et retour à l'hôtel pour dîner copieusement. Deux, c'était beaucoup.




La soirée s'écoule entre geekage, douche (OUIIIIIIII !) et recherche d'un plan E pour le reste du séjour. On avait prévu d'aller à Issyk Kul, finalement on se dit que le mieux est peut-être d'aller directement au Son Kul, de finir notre trek initialement prévu, et ensuite de voir s'il nous reste 2 jours pour aller à Karakol. 



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