23 avril 2015


QU'EST CE QUE JE DISAIS. 5H30, le réveil sonne. Oui c'est tôt. Et j'écris en majuscules parce que c'est TÔT. Je me lève avec l'envie de pas me lever mais tout en me disant "non mais si tu te lèves pas, Camille va jamais se lever et tout est foutu". Donc, je me lève. Une demie heure après, je lève Camille, et nous partons pour le port prendre notre bateau à 7 heures.

Au passage, la vue depuis la terrasse au lever du soleil !


 
10 heures, arrivons au Stromboli, majestueux, nous dominant avec un air de « héhéhé, à nous ! Vous allez en chier ! » J'ai beaucoup de mal à réaliser que ce n'est que la deuxième véritable journée que nous passons ici. J'ai toujours l'impression de vivre trois jours en un, et une fois que le séjour est terminé, il me paraît si court. Enfin, c'est le lot de tout le monde, j'imagine.

Nous déposons nos affaires à l'hôtel *** (EH OUAIS) avant de partir en quête de l'ancien observatoire, où apparemment on peut manger des pizzas en voyant le volcan cracher. Pour cela, trois quart d'heure de marche le long des plages noires de cendre nous attend. Le soleil tape dur, j'ai le cou qui crâme, on a pas de crème solaire, j'ai PAS ENVIE de redevenir bélouga comme en 2012.
Le Stromboli nous crache dessus du haut de ses 920 mètres. Nous passons par les rues minuscules et désertes de Piscità surplombant les plages noires et, au loin, le Strombolicchio. C'est très joli.



 (C'est très joli, non ?)

Bon. On comprend rien. On a une espèce de carte qui indique l'observatoire à un endroit qui a pas l'air d'exister, on a le routard qui nous dit que c'est sur tel chemin mais on sait pas de quel chemin il parle (je sais c'est pas clair mais j'essaye de rendre compte de la réalité : c'était pas clair du tout). Bref, on monte, on monte, mais on voit rien du tout aux alentours, on est persuadées d'avoir loupé un chemin QUI N'EXISTE PAS, et on commence à se dire qu'on va pas manger à l'observatoire. On se le dira définitivement quand on se rendra compte qu'on a pas de liquide et que le guide nous indique que le restaurant ne prend pas la carte.
Boooooooooooon. Et si on rentrait au village ? Bonne idée ! Demi-tour, donc.


Du coup, en passant devant Magmatrek, l'agence avec qui on va faire l'ascension du Stromboli (ah ben oui hé hein, on vient pas là pour rester en bas!) on tombe sur un restaurant où je mange des antipasti « végétariens » avec du jambon et du poisson, HAHAHA. Quand j'ai dit qu'ils parlaient pas anglais, hein. Mais le reste était très bon !




De retour à l'hôtel, en passant par une petite épicerie où on s'en tire pour 15€ de trois fois rien, nous organisons notre « sac Stromboli », ce qui n'est clairement pas une mince affaire étant donné que nous n'avons qu'un tout petit sac à dos pour deux, et qu'il faut au minimum 3 litres d'eau, deux lampes de poche, à manger, deux gros pulls, deux kaway. Résultat, je déballe et remballe le sac au moins trois fois avant de trouver des places stratégiques pour chaque objet. (Oui je sais, c'est très intéressant). C'est reparti vers Magmatrek, à même pas 10 minutes de l'hôtel, rendez-vous à 16h15 pour un départ à 16h45 (je ne saurais m'empêcher de vous narrer la croustillante anecdote selon laquelle on est passées devant une supérette bon marché sur le chemin).

Et alors là, les cocos, une des plus belles expériences de ma vie débute : la montée du Stromboli. En gros, on passe de 0 à 900 mètres en 4 kilomètres. En groupe de 10 à 15 personnes (les guides parlent plein de langues), vous commencez modérément (un peu trop d'ailleurs) une montée ardue mais régulière, les uns derrière les autres, dans la végétation éparse au pied du volcan. Quelques pauses pour boire et prendre quelques photos au besoin.





Petit à petit, la végétation se raréfie. Vous commencez à avancer dans des espèces de hautes herbes épaisses, ou des bambous morts, je sais pas trop ce que c'est, mais c'est haut et y en a partout. La terre devient de la cendre, et les pierres, des lapilli. Après 400 mètres de montée (vers le haut, hein), c'est la limite autorisée en randonnée libre : au dessus de 400, il faut un guide. Ça tombe bien, on en a un ! Et même qu'il est super cool, très sympa et intéressant. Et là, quasiment plus de végétation, tout semble mort, seulement une vaste montagne de cendre et de lave séchée. Il n'y a aucune vie, ici. Alors, la montée devient plus dure. La pente se raidit, on marche dans un mélange de graviers de lave et de cendre. Les groupes se suivent, on voit le sommet, on voit en bas, on voit tout, on surplombe la ville, c'est magnifique.



La dernière étape est la plus dure : on grimpe dans la cendre, autant dire qu'on fournit deux fois plus d'efforts pour avancer aussi vite que sur de la terre. La poussière vole sous nos pas et le sommet se fait toujours aussi loin. Mais, enfin, après 2 heures et demie de montée raide, on y parvient, à ce sommet. A peine on arrive face au premier cratère qu'on l'entend gronder, comme le tonnerre, et une épaisse fumée noire en sort. C'est incroyable de voir ça. On dirait presque que c'est vivant.




Après une courte pause au premier cratère, le guide nous conseille de partir vers le véritable sommet, encore quelques mètres plus haut, où l'on surplombera les deux cratères fumant. On y parvient, et là aussi, spectacle inoui. Le guide nous apprend que le volcan a une activité faible en ce moment (normalement il est à 200 / 300 éruptions par jour, là c'est plutôt 20 / 30) mais nous avons la chance de le revoir relativement réveillé et d'assister à trois éruptions. Au sommet, tout est désert, il n'y a que des cendres et des bombes volcaniques, rien d'autre n'a d'intérêt que ce trou béant d'où s'échappent d'épaisses fumées, noires pour les plus profondes, blanches pour les échappées constantes. C'est vraiment unique à voir. On est là, face à ce trou qui nous crache les entrailles de la terre, et qui paraît soudain encore plus imposant que quand on le voyait d'en bas. On se croirait dans un autre monde, sur la lune, sur Mars, j'en sais rien, mais c'est un truc vraiment fascinant. Il gronde parfois, crache d'autres fois, crépite de temps en temps. On s'attendrait presque à sentir le sol trembler. On reste là une bonne heure, il fait un froid torride, mais on savoure le spectacle durant tout le coucher de soleil, et, quand la nuit est tombée, on n'aperçoit plus que la lueur rougeâtre qui vacille au fond du cratère bouillonnant. Ici, l'ambiance est très particulière. Bien sûr, il y a la convivialité, l'effet de groupe qui empêche de se sentir vraiment « ailleurs », mais si on se laisse happer par le spectacle, on peut vraiment ressentir des choses qu'on avait jamais ressenties avant. On se sent minuscule, pas important, on ne peut que s'écraser devant cette force de la nature fumante, impressionnante, puissante, qui semble nous dire haut et fort qu'on ne peut rien face à elle. Il est très difficile de décrire cette expérience. Je crois qu'elle se passe de mots, le mieux est de la vivre.


 



La descente pourrait paraître secondaire, mais en fait elle est tout aussi unique à vivre que l'heure passée au sommet les yeux rivés sur les cratères. On nous donne des masques pour la poussière (on comprendra vite l'intérêt de la chose), il fait nuit noire, chacun sort sa lampe de poche et c'est parti pour une descente très raide (de nuit c'est difficile à estimer, mais c'était clairement très pentu), et dans un amas de cendre qui nous fait enfoncer les jambes jusqu'aux chevilles à chaque pas. Je ne sais pas non plus dire combien de centimètres de cendres étaient sous nos pieds, mais franchement un bon paquet. On est là, en file indienne, pendant au moins une heure, à descendre cette pente vertigineuse, dans ce paysage lunaire et une nuit noire. C'est complètement intemporel. C'est tellement... tellement. Non, vraiment, les mots me manquent.


(la série de lumières ce sont les groupes après le notre qui descendent du sommet)

Après une pause à 400 mètres où nous retrouvons les espèces de bambous (on ne redescend pas par le même chemin qu'à l'aller), le guide nous conseille vivement de mettre notre masque pour ceux qui ne l'avaient pas mis dès le départ. On comprend vite pourquoi : on se retrouve très vite dans un brouillard de cendre, en fait. L'idée c'est de marcher les uns derrière les autres en suivant les pas du précédent, mais les nuages de poussière que créent nos pas sont si épais qu'on n'éclaire bientôt plus le chemin mais un nuage blanc. On marche alors complètement à l'aveuglette, en se disant « bon ok, si y a un gros caillou, je vais juste me péter la cheville, mais pas grave, j'avance ». Oui, t'avances. De toutes façons, t'as pas le choix, le rythme du groupe est ainsi. Tu fais de longues enjambées, sans te poser de questions sur où tu dois ou pas poser tes pieds, eux qui s'enfoncent de 10 centimètres à chaque pas. T'avances juste dans un nuage blanc, devinant à peu près la silhouette de la personne devant toi, qui est pourtant à même pas un mètre.

Enfin, on arrive dans le village plongé dans le noir, poussiéreux, les jambes en coton. Après dépôt des casques et remerciement du guide à l'agence, nous retournons à l'hôtel en essayant tant bien que mal de réaliser ce qu'on vient de vivre, mais sans vraiment y parvenir. Je n'ai jamais ressenti ni vécu un truc pareil. C'est unique à voir, à faire, à sentir. Même l'odeur d'oeuf pourri dégueulasse me manquerait presque (bon ok, j'exagère, le souffre ça pue vraiment trop).
Je ne saurais vraiment pas quoi ajouter si ce n'est : faites le, si vous le pouvez. Oui, c'est physique, ça peut paraître long parfois, c'est dur (surtout vers la fin), l'été ça doit être une horreur, mais... c'est exceptionnel. Si je devais le remonter, je le ferai. Bon, c'est sûr que la surprise et la confrontation à l'inconnu joue beaucoup aussi dans le plaisir que cette ascension procure. Mais quand même, je le referai demain volontiers.


Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire