M'exposer un peu plus
au soleil
(désolée, pas trouvé d'autre citation)
Bon, j'me casse (petite
casse-dédi à Msieur le prof). C'est par un temps dégagé que
je me réveille et apprécie le luxe de prendre une petit dej dehors,
et même que j'suis allée acheter un croissant au boulanger qui
klaxonne à 8h30. La tente est presque sèche, ça fait tellement
plaisir. Je me prépare, range toutes mes affaires, nettoie la tente
au mieux avec éponge et torchon et range tout le bazar dans mon sac
qui me paraît tout à coup tellement léger ! Je sais pas
pourquoi, si c'est l'habitude ou parce qu'il est vraiment moins lourd
(j'ai pourtant deux bouteilles de bière en plus), mais ça va
carrément.
10h30, voilà, je pars du
camping et retourne au centre ville de Beaufort pour choper le bus
vers Les Saisies. Par contre... J'ai vraiment mal au genou, en fait.
Ça devrait passer, aujourd'hui j'vais pas faire grand chose, je vais
reposer mes jambes malformées (genu warum si tu me lis, wesh).
Arrivée au bus, je me
retrouve avec un groupe de VTTistes, d'ailleurs un mec me tape la
causette tout le trajet en me disant que maintenant il va faire beau
jusqu'à vendredi, que « c'est dommage que tu partes
demain »... OUI JE SAIS. Bon, ça aurait pu être pire, hein,
au moins si je suis pas mouillée les deux derniers jours, c'est
plutôt cool !
J'arrive aux Saisies
quand je demande partout le camping des Jorets, mais personne a l'air
de connaître... J'ai une adresse, « 342 rue de Mirantin »,
mais y a que des chalets de location, c'est dans le centre ville, je
comprends rien... Je demande aux gens, on me dit « ah bah y a
pas de camping ici ». Après une errance vaine, me voilà de
retour à l'office de tourisme.
« Bonjour monsieur,
je cherche un camping qui n'existe pas !
- Ah, le camping des
Jorêts ? [le monsieur sort un plan]
- Oui !!
- Ah bah il existe mais
c'est à 3 kilomètres et demie d'ici, faut prendre la route des
crêtes et monter jusqu'au col de la Légette.
- Ah bon :| »
Bon, y a deux bonnes
nouvelles, et une mauvaise. Les bonnes nouvelles c'est que le camping
existe, déjà, et ensuite que les 3 kilomètres en question, c'est
sur ma route de demain !! Sachant que 18 km m'attendent, je
crois que je vais apprécier d'avoir un peu d'avance demain, surtout
que je dois être de retour au col du Joly vers 16 heures pour être
au télécabine du Signal avant sa fermeture, à 17h. La mauvaise
nouvelle c'est que je vais me taper 300m de montée avec mon genou en
compote alors qu'y a un télésiège qui y monte et que le bus s'est
arrêté devant tout à l'heure. Mais bon, c'est loin maintenant,
tant pis, j'ai le temps de toutes façons.
Les Saisies c'est plutôt
mignon, mais ça sent quand même la grosse industrie touristique en
hiver. Je m'arrête dans un snack pour manger un panini et regarde les VTTistes couverts de boue passer devant moi. Hell, ils sont vraiment
dégueulasses.
Me mets en route vers le
camping un peu à l'aveuglette, je prends un sentier de randonnée
qui monte pour éviter la route, derrière moi y a un mec avec un
chien qui s'appelle Benji et qui arrête pas de courir partout et se
rouler dans la boue (le chien hein, pas le mec). J'entends son maître lui courir après et lui
dire d'un air désespéré « Benji, mais pourquoi t'as fait
ça ? », comme si le chien allait se rendre compte que
c'était pas cool et s'excuser, et ça me fait plutôt rire.
Chaque pas du pied gauche
me lance une vilaine douleur sur le côté du genou et je commence à
me dire que ça a pas l'air de s'arranger cette histoire. J'ai bien
un paracétamol mais ça va pas me faire tenir bien longtemps... J'arrive
au Col de la Légette où y a une blinde de bagnoles et de gens qui
viennent voir je sais pas trop quoi parce que comme y a pas mal de
nuages on voit pas grand chose...
Pour accéder au camping,
y a un gros gros souci : une saleté de descente qui me fait
vraiment très mal au genou.
Je mets 10 minutes à
faire les 200 mètres de descente jusqu'au camping, mais mon arrivée
me remplit de joie... Cet endroit a quelque chose de très paisible.
Le propriétaire est sympa, tu sens qu'il a passé un bon moment ici,
loin des touristes... Ah oui, ça, on est loinnnnnn du camping de
Beaufort remplis de caravanes et de miards qui gueulent dans tous les
coins. Y a 6-7 tentes, les voitures sont pas sur le terrain de
camping, y a même des poules qui se baladent entre les tentes, le
chalet d'alpage est trop mignon et tout ça donne envie d'y rester
plusieurs nuits... Quand j'exprime mon sentiment au propriétaire,
celui-ci clot notre discussion d'une phrase qui veut tout dire :
« c'est un état d'esprit de venir ici ».
Et en plus, il fait
soleeeeeil, et j'installe ma tente sereinement, avec un sentiment
d'allégresse hyper agréable. Une fois le tout installé, il est 15
heures passées quand je me lance pour un petit tour de 3 kilomètres
autour de la Légette. Je ménage mon genou pour ce qu'il me reste
demain... Mais quand même, c'est dur. Le plat me fait moyennement
souffrir, la montée un peu plus, mais lors de la descente, même très
légère, je morfle bien. Je me demande comment je vais
faire, la pharmacie la plus proche est aux Saisies à 3,5 km en
descendant... Chiottes, c'est mort, je vais pas me taper 7 km de descente puis montée pour une crème qui servira probablement à rien. Mais bon, hormis ça, le ciel est plutôt dégagé et le
tour est plutôt sympa.
Normalement quand c'est bien dégagé on voit des grosses montagnes genre le Mont Blanc et tout.
Les Saisies et le Mont Bisanne.
16h30, je m'offre un
goûter de luxe (comprendre gaufre au chocolat + thé aux fruits
rouges) dans au café-restau du col de la Légette. A côté de moi,
un groupe de vieux débattent du rapport qualité-prix des
lamborghini en citant leur ami François qui en possèdent deux. Une
gamine arrive près d'eux avec un sweat « SAINT JEAN DE LUZ »
et une idée me vient en tête : fuir ces clichés ambulants.
Ces types aux lunettes de soleil et gomina avec leurs bonnes femmes
au rire de diva, ça me file la gerbe (oui, je suis toujours aussi
aigrie et c'est toujours aussi assumé). Une fille se pose derrière
moi et je l'entends appeler plusieurs personnes à la suite en leur
reprochant d'avoir oublié son anniversaire la veille. Mais. Quoi ??
Jamais ça me viendrait à l'idée d'appeler quelqu'un en lui disant
« hé salut ça va ? DIS DONC T'AS PAS OUBLIÉ UN TRUC ? »
Allez, il est temps de
retourner dans mon camping d'alpage...
J'ai vraiment mal au
genou. Je sais que je le dis souvent, mais c'est pour vous rappeler
la douleur comme elle m'était rappelée à chaque pas. Je vais être
un peu dans la merde demain je crois... Le paracétamol que j'ai pris
en début d'après-midi a l'air de servir à rien du tout. Je me
fabrique une genouillère de fortune avec un torchon que je sers
autour de mon genou, mais je sens que ça va se barrer en moins de
deux... Punaise, je commence à déprimer là. C'est pas possible, y
a rien qui peut se passer bien ? Je peux pas avoir une journée
confortable, sans pluie, sans douleur ? Maintenant que le temps
commence à se dégager, voilà que je suis bloquée par mon propre
corps... En fait, c'est de la déception que je ressens. Je suis pas
déçue d'être là, pas déçue de mon projet ni de ce que je fais,
mais j'attendais tellement de cette semaine en solo. J'idéalisais un
peu le truc, je me voyais arpenter les montagnes en sautillant avec
une vue imprenable sur le massif du beaufortain ou du mont-blanc, des
pics à perte de vue... Résultat je me retrouve dans les nuages à
boiter comme une lépreuse. Alors bien sûr, ça reste chouette hein,
c'est la montagne, c'est forcément chouette. Mais j'avoue que
j'aurais bien aimé finir en beauté avec la randonnée de demain
sans peiner à poser le pied au sol... Donc je suis un peu partagée,
bizarrement, entre la plénitude et la tristesse. J'avais fait
tellement de plans sur la comète que cette perfection déchue fait
tomber un peu mon moral. Je crois que j'ai juste pas eu de chance. Et
je crois que je retenterai ma chance, de toute façon.
En plus il CAILLE,
sérieux. Forcément, on est plus dans la cuvette de Beaufort, à
1742 mètres dans la montagne, c'est pas la même chose. J'espère
être un peu plus d'attaque demain matin...
Bon, finalement je vais
voir un couple en caravane à côté de moi pour leur demander s'ils
ont pas une bande adhésive, je les sens bien... Je me retrouve face
à un ex-pompier et une ex-infirmière qui me filent de l'aspirine et
deux bandes autocollantes... Yahouuuuuu, ça risque de bien m'aider
cette histoire là !! Je les remercie chaudement et m'en vais
prendre une douche bien chaude le cœur léger sous un coucher de
soleil plutôt chouettos.
Je passe ma soirée dans
mon duvet, trop la flemme d'aller me faire cuire encore du riz, j'en
peux plus. Mon repas sera donc limité à un fond de chips en miettes
et deux compotes. De toutes façons, j'ai pas très faim.
M'en fous, plus tard
j'aurai un chalet d'alpage avec des moutons et un border collie et un
bouvier bernois et un nizinny (ça fait beaucoup de croquettes tout
ça). Na.








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