Straight to the
mountain
On est restés je
crois... deux heures et demie arrêtés à Dijon, et à Chambéry
personne n'est monté, c'était le bordel, certains sont descendus
prendre un bus pour Bourg Saint Maurice (la ligne est coupée depuis
l'éboulement de Moûtiers en Avril dernier). Une dame devait
rejoindre Milan en train, sachant qu'y a des directs Paris-Milan, ils
lui ont fait prendre un train de nuit et descendre à Aix-les-bains
à 5h30 pour prendre un train vers Genève, d'où elle en prendra un
autre pour Milan... La pauvre.
Par contre j'ai plus
d'eau et je m'hydrate avec du Pulco, ce qui est assez écoeurant à 5
heures du mat. On est trois dans le wagons après Chambéry, et je
discute avec une dame hyper sympa qui s'étonne de me voir voyager
seule. Ce qui est dingue c'est que si j'avais été un mec, personne
m'aurait rien dit, on m'aurait pas « mise en garde », on
se serait que moyennement étonné. Comme si femme + solitude =
DANGER. Ou alors les femmes seraient des chochottes peureuses de
l'inconnu, et les hommes moins ? Les femmes sont plus
« communautaires » que les hommes ? Moins
débrouillardes ? Je sais pas. Je pense qu'il s'agit plus d'une
espèce de règle absurde qui dit que les femmes, de par leur « faiblesse »,
sont plus sujet à être dans la merde que les hommes. Ahah. Mais
Nini pas peur ! Bref, après avoir discuté avec la dame qui
arrive pas à dormir parce qu'elle a froid, je lui file une polaire
en lui conseillant d'aller dans sa couchette, qu'elle n'ose pas
rejoindre parce que c'est en plein milieu de la nuit... Enfin bon, les gens ne se dérangent pas pour se lever et sortir des
compartiments à toute heure ! Nous repartons de Chambéry et
je me rendors.
7 heures. Nous venons de
passer Annecy, j'ai dormi pépouz avec mon duvet. Je retrouve sur mon
siège ma polaire et la dame a disparu, j'en conclus qu'elle a
finalement été rejoindre la couchette (qu'elle a quand même payé
60 balles, hein). Je regrette pas d'avoir sorti mon gros duvet et
dormi comme un bébé.
9 heures, nous arrivons à
Saint-Gervais-les-bains, où je transite en express vers le TER qui
fait Saint-Gervais / Chamonix.
Je retrouve la dame du
train qui va jusqu'à Chamonix, de là on vient la chercher en
voiture pour aller jusqu'à Courmayeur... Punaise, quelle nuit. Elle
rentre le 18, comme moi, mais préférera un train de jour (tu
m'étonnes). Pour ma part, je ne pousse pas jusqu'à Chamonix, je
m'arrête à la gare des Houches, à 25 minutes de Saint-Gervais.
Hors de question que j'aille fourrer mon nez au Mont Blanc et à la
mer de glace, payer 50 balles un télécabine pour monter à 4000
mètres et voir « la bête », entourée de gamins
brailleurs et de parents qui tentent de les gérer. No, thx. Je vais
déjà me retrouver dans un truc assez touristique aujourd'hui, je
crois, et ça sera bien assez (comme le glacier, ahahahaha.) En vrai,
aujourd'hui mon programme c'est d'aller jusqu'au glacier Bionnassay
(c'était ça le jeu de mots, ahah, bien assez, Bionnassay, bref.)
Me voici donc à la gare
des Houches, où il n'y a ni guichet ni borne, rien du tout, juste un
quai. De là, deux kilomètres à pieds pour rejoindre le camping de
Bellevue, qui comme son nom l'indique est à Bellevue, et au pied du
téléphérique de Bellevue. J'espère au moins qu'il y a une belle
vue. Arrivée sur place, ça va, on va dire que je suis pas déçue.
Après avoir installé ma
tente et avoir fait quelques courses à Carrefour, me voici dans le
télécabine qui me projette 1000 mètres plus haut, jusqu'à la
gare de tram « Bellevue » à 1800 mètres. L'idée c'est
de longer la voie du tramway à l'aller et de redescendre par le
sentier plus long et plus escarpé, qui longe le glacier Bionnassay.
Au moment où j'arrive en haut, le tramway du mont blanc est
justement en train de partir de la gare, bondé. Urk.
Je vais voir la madame de
la gare pour lui demander si c'est bien par les rails qu'on monte au
refuge du Nid d'aigle, elle me répond que « c'est interdit
mais bon ça c'est pas un problème y a pas de gendarmes, mais par
contre c'est pas du tout agréable, vaut mieux monter par le sentier
qui descend ». Oui je sais, monter par le sentier qui descend.
Je sais je sais. En fait il descend un peu pour remonter de plus
belle après. Allez bim, c'est parti pour 5 kilomètres jusqu'au Nid
d'aigle, et dis donc, qu'est ce que c'est beau. Et puis qu'est ce
qu'il fait beau !
Depuis la vallée on voit
la chaîne des Aravis (je crois que c'est ça, je suis pas sûre), et
je me souviens d'il y a quelques mois, quand je me trouvais juste de
l'autre côté de ces montagnes avec ma mère lors d'un séjour en roulotte du côté d'Annecy. C'était vraiment chouette ces quelques
jours... Ça commence à grimper après la vallée et je me fais un
pique-nique assez immonde : bière pas bonne et du pain avec du
fromage frais dedans, qui a goût de lait caillé, c'est bizarre. Je
fais ensuite un petit détour sur une petite grimpette où je vois
des gens monter, il se trouve qu'on y découvre le glacier.
Le sentier finit sur une
belle montée finale de 400 mètres sur un kilomètre et demi, et je
commence à être essoufflééééée. C'est donc parti pour la
musique, qui va me booster. La musique a vraiment un pouvoir
absolument incroyable sur le corps, et je crois que je vais écrire
une thèse là-dessus (sans déconner). On te met devant un paysage,
dans un endroit, face à une image, selon la musique qu'on te
diffuse, tu peux ressentir au moins 10 émotions différentes pour
les mêmes conditions, j'suis sûre. Et je crois que ça joue surtout
sur l'énergie : mets du funk avec un bon orchestre de cuivres
et un bon beat, tu vas pas marcher de la même manière que sur le
mouvement lent d'un quatuor à cordes en mineur. Cette parenthèse
musicale terminée, c'est donc avec Keith Jarrett, que je commence ma montée, ce qui me donne une
sensation de grandeur, d'espace envahissant, de beauté un peu
triste, mais belle quand même. S'en suit The White Birch et la voix
du chanteur qui apporte sa petite dose de mélancolie, et quand je
commence à en avoir marre de monter et qu'il faut enclencher la 5ème
malgré la fatigue, mon carburant c'est Survivor et Iggy Pop.
Deux belles bêtes.
A l'approche du Nid
d'aigle, le glacier se dévoile, avec ses petits chamois qui courent
partout, et... ses touristes. Ben oui, je sais bien que le Mont Blanc
est une activité touristique et que les installations qui en
dépendent doivent rapporter un paquet de thunes, mais c'est quand
même dommage ce tramway. C'est vrai que tout le monde ne peut pas
grimper ici, que c'est quand même mieux d'emmener ses enfants sur un
glacier que de les laisser faire des châteaux de sable pendant qu'on
bronze à Biarritz (c'est très personnel, je n'ai rien contre les
bronzeurs), que tout le monde a le droit à son Mont Blanc, et que ce
tram, il dénature pas vraiment le paysage, il est même plutôt
chouette et sympathique. Mais si encore tout le monde était là pour
se ressourcer, pour apprécier la nature exceptionnelle qui s'offre à
eux... Mais j'ai cette mauvaise impression que c'est pas le cas. Je
m'assois sur un rocher pas loin du glacier, je savoure cette espèce
de pureté incroyable qui m'entoure, je regarde les chamois qui me
regardent en retour, et je me demande qui de nous deux est l'animal :
finalement, on est là en train de se dire « oh, des
chamois ! », presque surpris de les trouver là, alors
qu'ils sont quand même cent fois plus dans leur élément que nous.
Régulièrement, des morceaux de glace tombent du glacier et un petit
éboulement de pierres déferle. L'unique spectacle qu'on a à voir
ici est un truc qu'on ne maîtrise pas, et qu'on ne pourra jamais
maîtriser, et qui semble soudain beaucoup plus fort que nous. Et à
côté de moi y a un troupeau familial (comprendre « parents
tonton tata enfants »), et c'est la course aux photos, ça
court après les chamois, ça crie. « Héééé les enfants
venez voir là y a trois chamois à MEME PAS TROIS METRES !!
Dépêchez-vous, prends l'appareil Machine !! » Gueule
encore un peu plus fort et ils vont vite se barrer, tes chamois.
Okay, je suis un peu dure je pense, à la place des gamins j'aurais
été pareil, et à la place des parents j'aurais sûrement été
pareil aussi. Mais à ma propre place, je dois avouer que je suis un
tantinet aigrie, même si c'est pleinement assumé. Je me rappelle ce
moment sur le sommet du Stromboli où Camille me disait que ce
qu'elle aimait dans ce genre de randonnées, c'est que seuls ceux qui
l'ont gravi ont accès au spectacle. L'idée d'une chose
inaccessible, qu'il faut aller chercher pour être « récompensés ».
Okay c'est pas cool pour les handicapés, mais très égoïstement,
je partage pas mal ce point de vue. Du coup, je vous partage aussi le point de vue sur le Nid d'aigle.
Il est 15h45 et je dois
déjà penser au fait que je dois repartir bientôt. Ben oui, j'ai du
mettre deux heures et demie à monter, mais le télécabine de
Bellevue il ferme à 18 heures, donc faut pas que je déconne trop
trop non plus, pas envie de tout descendre à pattes. Après avoir
siroté mon citron à l'eau à 3€ (huhu), il est temps de me
barrer. Il est plus de 16 heures et je me dis que le temps que je
descende tout par le sentier longeant le glacier, je vais sûrement
arriver à temps, mais que c'est possiblement un peu chaud et j'ai
pas envie de courir. Donc je vais jusqu'à la gare du tramway et
tente un petit « hum, bonjour ? En fait je voulais savoir
où il était le sentier pour descendre le long de la voie parce que
je sais que c'est interdit mais bon, en descendant de l'autre côté
c'est long quand même... :) » Le mec me fait un petit sourire
et m'indique le sentier qui descend vers la voie, en m'indiquant de
faire attention au moment où il faut contourner le tunnel, à savoir
ça :
Là je commence à
comprendre pourquoi le sentier a été interdit, c'est quand même
très dangereux, faut pas avoir le vertige ou trébucher. Parce que
forcément, quand un tram se met à monter ou descendre, il faut se
ranger, et deviner de quel côté y a la place ??? :D Je
comprends aussi pourquoi la fille en bas m'a dit que c'était pas
terrible de monter par là... Les cailloux c'est quand même très
relou.
Là, pour le coup je suis
vraiment SEULE, personne ne descend de ce côté. Y a une espèce
d'immense vide tout autour de moi, tellement grand que j'ai
l'impression que c'est une boule qu'on peut prendre dans ses bras
(enfin faut pas trop essayer quand même). Quelques minutes plus
tard, je suis rattrapée par un mec avec son chien que j'avais déjà
croisé en haut. Je le vois qui s'assied sur le bord du vide avec son
chien, le gros taré quoi. Je commence à lui demander s'il sait un
peu pour combien de temps y en a pour rejoindre Bellevue, il me
répond « Oh, an hour, EASY ». Ahaha. Il a l'air bien
sympa alors on papote un peu sur la descente, son chien se met à
détaler dans la descente quand il entend une marmotte, le mec siffle
avec ses doigts, l'appelle « DJANGO !! », et le
chien se ramène. Vas-y c'est classe, moi mon chat il me répond pas
quand je siffle hein. Et puis de toutes façons je sais même pas
siffler avec les doigts.
Il me raconte qu'il est
du coin et qu'il aime bien se balader par là, du coup on prend un
sentier différent qui passe pas par la voie de tram avec tous ses
cailloux chiants mais qui contourne le Mont Lachat du côté Est, ce
qui nous offre une vue sublime sur la vallée de Chamonix et le
massif du Mont Blanc.
A l'inverse, je lui
raconte que j'suis arrivée de Paris ce matin à 9 heures par un
train de nuit, ce à quoi il me répond « oh yeah, straight to
the mountain ! » avec un geste qui indique une direction
franche droit devant lui. Et c'est exactement ça, c'est exactement
ce que je veux et ce que je voulais. Direct vers la montagne. Il me
quitte en courant parce qu'il est à la bourre et je finis mon petit
trajet à flanc de montagne, 1000m au dessus de ma tente que
j'aperçois là tout en bas...
Arrivée au téléphérique
vers 17h15, je suis explosée, j'espère que j'aurai une place
assise dans le télécabine, à l'aller on était que quatre.
J'arrive à l'entrée du machin où y a un troupeau d'espagnols qui
gueule... -_- SI SI MONTAGNAAAAAA VAMOS VAMOS :| Oh.
Punaise. Je les grille et passe avant eux pour avoir une place assise
et je me retrouve tout devant avec un couple de deux français, dont
la femme commence à dire au type « On peut attendre le
prochain si tu veux hein ? J'te préviens ils sont BRUYANTS ».
Je rigole un peu et une fois montés dans le téléphérique, on se
cale sur le banc et le troupeau entre dans la cabine en parlant fort
sans jamais s'arrêter, du coup on les critique un peu. Oui, les
français sont pas accueillants. Mais oui, les espagnols sont
bruyants. Tous les clichés sont bien au rendez-vous ? Okay
c'est bon, on peut descendre ! Me revoilà au camping à 18
heures, je prends une grosse douche et ça fait du BIEEEENNNNNNN. Je
me fais un petit repas ma foi pas mauvais (attends que j'ai mangé
ça 4 soirs de suite tu vas voir ce que j'en dirai), à base de riz,
protéines de soja et sauce tomate. Et pour finir, un bon petit thé
aux fruits des bois, parce que moi et le thé, c'est une grande
histoire d'amour. Le but c'est se coucher tôt et se lever tôt :
je dois choper un train aux Houches à 8h30 pour retourner à
Saint-Gervais et y prendre un bus à 10 heures pour les Contamines
Montjoie.
Je m'endors effectivement
très tôt en savourant les images sublimes que j'ai encaissé
aujourd'hui, en espérant que le temps se maintienne un minimum dans
cette lignée et en me disant que bon, le Mont Blanc, j'irais pas en
été. C'est quand même bien bien touristique, j'espère que le
Beaufortain ça sera un peu plus « sauvage » (bon tout
est relatif hein, on parle quand même des Alpes, même à Chamonix,
ça doit rester très chouette).

















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