I don't need a therapy, I
just need to go to the mountain.
8 heures, j'ouvre les
yeux. Faut pas que je déconne, je vais pas au terminus donc faut pas
que je rate mon arrêt. Les gamins et leur mamie se préparent à
descendre et j'ai la cabine libre pour me préparer moi-même :
déjà extirper mon paquetage de 16 kilos du porte bagages, puis
aller me laver les dents dans les sanitaires dégueu en essayant de
toucher le moins possible de portion de mur / lavabo / robinet que
les gens ont pu toucher avant moi.
« Mesdames
messieurs nous arrivons en gare d'Andorre l'Hospitalet. Attendez
l'arrêt complet du train avant de descendre et veillez à ne rien
oublier à votre place. La SNCF et l'équipe Intercités vous
souhaitent une agréable journée. »
Merci merci, allez, en
route Nini le mulet. La gare c'est un quai et un tout petit bâtiment
qui a l'air un peu vieux et fermé tout le temps. Je me mets en route
pour attaquer le GR vers les Bésines. Je traverse le village désert,
c'est très bizarre. Il fait gris, c'est pas encore dégagé mais ça
devrait venir. Je m'arrête sur un banc pour réorganiser quelques
trucs dans mon sac et me souviens que j'ai oublié un truc
important : retirer des sous. Bah oui, c'est bien beau d'aller
de refuge en refuge, mais si je peux même pas aller y boire un coup,
c'est con. Heureusement il y a LA POSTE dans ce village et je m'en
vais gaiement avec mes soussous dans la popoche.
Je m'élève en altitude,
aperçoit L'hospitalet et la route en contrebas et sors mon lecteur
mp3. HEY OUAIS, parce que moi j'ai des amis trop cool et que mon ami
Jeannot il m'a offert un lecteur mp3 à PILES et ça c'est génial
parce que si y a bien un truc trop cool en rando, c'est d'écouter de
la musique. Sauf que si y a rien un truc relou en rando, c'est de pas
avoir d'électricité. Et la musique, ça en bouffe de l'énergie. Du
coup, j'ai un sac de piles. Et c'est trop cool. Donc merci encore
Jeannot, best cadeau de rando ever (avec les chaussettes thermiques
de Claire et Jenna, j'avoue).
[Ellipse temporelle]
Aujourd'hui mardi 17 juillet, le lecteur mp3 a pris l'eau. Il ne
s'allume plus. Je suis dégoutée. RIP. [/Ellipse temporelle]
Mad World, Eddie Veder,
America… Des trucs qui font déjà voyager sans qu'on voyage, alors
là, c'est le combo parfait. C'est tellement bon d'associer la
musique au fait de se perdre dans ce genre d'endroits. Je suis
persuadée que la musique a un pouvoir émotionnel dont on n'est même
pas capable de comprendre le mécanisme, mais un pouvoir hallucinant.
En tout cas sur moi, c'est certain.
J'arrive bientôt à un
virage qui me sort de la forêt et m'emmène au cœur des montagnes.
Ça y est, plus de voiture en vue, juste une immense plaine, des
cailloux, des montagnes (des gros cailloux, donc), et de l'eau.
Pendant que Brad Mehldau et Joshua Redman jouent leur reprise
lancinante de Dream brother, je m'enfonce au creux des pics. Je me
retrouve dans mon élément, mon monde, ma bulle de paix. C'est assez
indescriptible comme émotion, mais je suis émue.
L'avantage avec la
musique, c'est qu'elle peut aussi nous faire passer par plein de
stades émotionnels en très peu de temps. Et c'est ainsi que je me
retrouve à danser le mia avec 15 kilos sur le dos, tanguant au
rythme de la musique, et un peu au rythme du sac qui m'emporte à
droite et à gauche.
J'arrive assez vite à la
cabane de Bésines et son barrage hydraulique. Je m'arrête au bord
du lac pour pique-niquer. Ahzy, putain de mimolette, mais quelle
idée. Les Vosges m'ont dégoutée des noix et des amandes, la
Laponie m'a dégoutée du gouda et de la mimolette. Le seul fromage
que j'ai encore à peu près plaisir à manger c'est le babybel. Par
contre, je ne me lasserai jamais des noix de cajou et du chocolat au
riz en tablettes. Ça, ça coulera toujours. Bref : pour les
encas de journée, j'ai emporté 5 snickers, 3 tablettes de
chocolats, un petit sac de noix de cajou, 12 babybels, 2 mimolettes
(laissez moi vomir), du pain grillé et des compotes. Autant vous
dire que j'ai peiné à finir la première mimolette et que j'ai pas
touché à la deuxième. Pour le soir, j'ai 2 sachets de riz, de la
sauce beurre / citron, et des soupes lyophilisées avec un peu de
semoule dedans. Voilà, c'était le point repas. Avouez ça fait
envie.
Du coup, je peine à
manger mon frometon, mais je suis vite consolée par ça :
Des petits ruisseaux se
dessinent dans la vallée et plus je monte, plus j'ai l'impression
d'être dans la comté (pas le fromage, hein).
Et c'est au bout de mes
peines, ruisselante de sueur, que j'arrive au refuge des Bésines, il
est 15 heures. Mbon. Deux options : rester là pour la nuit, ou
continuer jusqu'à la Cabane du Rouzet. Avant la cabane, ça va être
compliqué, vu la carte, ça a pas l'air d'être trop propice au
bivouac. Mais la Cabane c'est 500m de dénivelé pas très doux en
plus. Et puis le ciel se couvre. Et puis bordel je suis pas si mal
ici. Mais l'idée c'est aussi de faire le pic Carlit. Et si je
m'arrête là, pas de Carlit, ça fera trop pour mes petites épaules
en une journée. Allez, je pose la tente et vais voir la gardienne
qui me fait raquer 5€ pour le bivouac (jamais vu ça). Je suis
partagée entre la déception d'abandonner le bivouac et le Carlit,
et la joie de me poser et profiter de la vue du refuge. Je me
retrouve à boire une bière avec Lamielle, une nana très cool qui
vadrouille un peu partout dans le monde et qui se fait 12 jours de
rando jusqu'à la Méditerranée. On partage un peu nos envies et
notamment notre goût pour la solitude en montagne. Faut dire que ça
fait du bien de la retrouver, cette brave bête. Un an que
j'attendais ça.
La belle vie.
17h. Je me pose sur une
table pour écrire. J'entends les gens parler et s'esclaffer. Ça
m'énerve. La nuit prochaine je me promets de m'éloigner largement
voir totalement du refuge. La balance « confort VS connexion
avec la nature » est difficile à gérer. Je me rabats toujours
sur les refuges à contre-coeur, il y a toujours le « on sait
jamais, si t'as besoin de... » de quoi, gourdasse ? T'as
besoin de te ressourcer, pas de brouhaha de gens qui parlent !
18h. J'ai cramé. Malgré
la crème solaire. Il est temps de prendre une douche, l'orage
arrive.
19h. L'orage est bien là,
et pas à moitié. Les gens accourent pour récupérer leur linge qui
séchait. Je suis visiblement la seule à ne pas manger au refuge
et je fais cuire mon riz au réchaud sur la terrasse couverte (ouf)
du refuge, devant des trombes d'eau. Miom miom. J'avoue que
j'apprécie de faire à manger au sec.
20h. La foudre n'en finit
pas de tomber, le ciel n'en finit pas de gronder, la pluie n'en finit
pas de ruisseler. Je m'endors en combinaison contre le froid :
legging polaire, t-shirt avec un petit chat (parce que les petits
chats ça fait chaud au cœur), pull polaire, chaussettes polaires.









RIP in peace le lecteur mp3 :(
RépondreSupprimerÀ noter pour le prochain : à piles ET étanche.
Tkt je vais tenter la technique du sèche-cheveux
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