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11 juillet 2018



I don't need a therapy, I just need to go to the mountain.


8 heures, j'ouvre les yeux. Faut pas que je déconne, je vais pas au terminus donc faut pas que je rate mon arrêt. Les gamins et leur mamie se préparent à descendre et j'ai la cabine libre pour me préparer moi-même : déjà extirper mon paquetage de 16 kilos du porte bagages, puis aller me laver les dents dans les sanitaires dégueu en essayant de toucher le moins possible de portion de mur / lavabo / robinet que les gens ont pu toucher avant moi.

« Mesdames messieurs nous arrivons en gare d'Andorre l'Hospitalet. Attendez l'arrêt complet du train avant de descendre et veillez à ne rien oublier à votre place. La SNCF et l'équipe Intercités vous souhaitent une agréable journée. » 

Merci merci, allez, en route Nini le mulet. La gare c'est un quai et un tout petit bâtiment qui a l'air un peu vieux et fermé tout le temps. Je me mets en route pour attaquer le GR vers les Bésines. Je traverse le village désert, c'est très bizarre. Il fait gris, c'est pas encore dégagé mais ça devrait venir. Je m'arrête sur un banc pour réorganiser quelques trucs dans mon sac et me souviens que j'ai oublié un truc important : retirer des sous. Bah oui, c'est bien beau d'aller de refuge en refuge, mais si je peux même pas aller y boire un coup, c'est con. Heureusement il y a LA POSTE dans ce village et je m'en vais gaiement avec mes soussous dans la popoche. 


Je m'élève en altitude, aperçoit L'hospitalet et la route en contrebas et sors mon lecteur mp3. HEY OUAIS, parce que moi j'ai des amis trop cool et que mon ami Jeannot il m'a offert un lecteur mp3 à PILES et ça c'est génial parce que si y a bien un truc trop cool en rando, c'est d'écouter de la musique. Sauf que si y a rien un truc relou en rando, c'est de pas avoir d'électricité. Et la musique, ça en bouffe de l'énergie. Du coup, j'ai un sac de piles. Et c'est trop cool. Donc merci encore Jeannot, best cadeau de rando ever (avec les chaussettes thermiques de Claire et Jenna, j'avoue).

[Ellipse temporelle] Aujourd'hui mardi 17 juillet, le lecteur mp3 a pris l'eau. Il ne s'allume plus. Je suis dégoutée. RIP. [/Ellipse temporelle]

Mad World, Eddie Veder, America… Des trucs qui font déjà voyager sans qu'on voyage, alors là, c'est le combo parfait. C'est tellement bon d'associer la musique au fait de se perdre dans ce genre d'endroits. Je suis persuadée que la musique a un pouvoir émotionnel dont on n'est même pas capable de comprendre le mécanisme, mais un pouvoir hallucinant. En tout cas sur moi, c'est certain.




J'arrive bientôt à un virage qui me sort de la forêt et m'emmène au cœur des montagnes. Ça y est, plus de voiture en vue, juste une immense plaine, des cailloux, des montagnes (des gros cailloux, donc), et de l'eau. Pendant que Brad Mehldau et Joshua Redman jouent leur reprise lancinante de Dream brother, je m'enfonce au creux des pics. Je me retrouve dans mon élément, mon monde, ma bulle de paix. C'est assez indescriptible comme émotion, mais je suis émue.


L'avantage avec la musique, c'est qu'elle peut aussi nous faire passer par plein de stades émotionnels en très peu de temps. Et c'est ainsi que je me retrouve à danser le mia avec 15 kilos sur le dos, tanguant au rythme de la musique, et un peu au rythme du sac qui m'emporte à droite et à gauche.



J'arrive assez vite à la cabane de Bésines et son barrage hydraulique. Je m'arrête au bord du lac pour pique-niquer. Ahzy, putain de mimolette, mais quelle idée. Les Vosges m'ont dégoutée des noix et des amandes, la Laponie m'a dégoutée du gouda et de la mimolette. Le seul fromage que j'ai encore à peu près plaisir à manger c'est le babybel. Par contre, je ne me lasserai jamais des noix de cajou et du chocolat au riz en tablettes. Ça, ça coulera toujours. Bref : pour les encas de journée, j'ai emporté 5 snickers, 3 tablettes de chocolats, un petit sac de noix de cajou, 12 babybels, 2 mimolettes (laissez moi vomir), du pain grillé et des compotes. Autant vous dire que j'ai peiné à finir la première mimolette et que j'ai pas touché à la deuxième. Pour le soir, j'ai 2 sachets de riz, de la sauce beurre / citron, et des soupes lyophilisées avec un peu de semoule dedans. Voilà, c'était le point repas. Avouez ça fait envie.

Du coup, je peine à manger mon frometon, mais je suis vite consolée par ça :




Des petits ruisseaux se dessinent dans la vallée et plus je monte, plus j'ai l'impression d'être dans la comté (pas le fromage, hein).



Et c'est au bout de mes peines, ruisselante de sueur, que j'arrive au refuge des Bésines, il est 15 heures. Mbon. Deux options : rester là pour la nuit, ou continuer jusqu'à la Cabane du Rouzet. Avant la cabane, ça va être compliqué, vu la carte, ça a pas l'air d'être trop propice au bivouac. Mais la Cabane c'est 500m de dénivelé pas très doux en plus. Et puis le ciel se couvre. Et puis bordel je suis pas si mal ici. Mais l'idée c'est aussi de faire le pic Carlit. Et si je m'arrête là, pas de Carlit, ça fera trop pour mes petites épaules en une journée. Allez, je pose la tente et vais voir la gardienne qui me fait raquer 5€ pour le bivouac (jamais vu ça). Je suis partagée entre la déception d'abandonner le bivouac et le Carlit, et la joie de me poser et profiter de la vue du refuge. Je me retrouve à boire une bière avec Lamielle, une nana très cool qui vadrouille un peu partout dans le monde et qui se fait 12 jours de rando jusqu'à la Méditerranée. On partage un peu nos envies et notamment notre goût pour la solitude en montagne. Faut dire que ça fait du bien de la retrouver, cette brave bête. Un an que j'attendais ça.



La belle vie.

17h. Je me pose sur une table pour écrire. J'entends les gens parler et s'esclaffer. Ça m'énerve. La nuit prochaine je me promets de m'éloigner largement voir totalement du refuge. La balance « confort VS connexion avec la nature » est difficile à gérer. Je me rabats toujours sur les refuges à contre-coeur, il y a toujours le « on sait jamais, si t'as besoin de... » de quoi, gourdasse ? T'as besoin de te ressourcer, pas de brouhaha de gens qui parlent !
18h. J'ai cramé. Malgré la crème solaire. Il est temps de prendre une douche, l'orage arrive.
19h. L'orage est bien là, et pas à moitié. Les gens accourent pour récupérer leur linge qui séchait. Je suis visiblement la seule à ne pas manger au refuge et je fais cuire mon riz au réchaud sur la terrasse couverte (ouf) du refuge, devant des trombes d'eau. Miom miom. J'avoue que j'apprécie de faire à manger au sec.
20h. La foudre n'en finit pas de tomber, le ciel n'en finit pas de gronder, la pluie n'en finit pas de ruisseler. Je m'endors en combinaison contre le froid : legging polaire, t-shirt avec un petit chat (parce que les petits chats ça fait chaud au cœur), pull polaire, chaussettes polaires.


2 commentaires :

  1. RIP in peace le lecteur mp3 :(
    À noter pour le prochain : à piles ET étanche.

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    Réponses
    1. Tkt je vais tenter la technique du sèche-cheveux

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