7 heures. Les deux
allemands à côté font du bruit, ils parlent comme si j'existais
pas depuis une demie heure. Au moins en bivouac sauvage c'est les
oiseaux qui te réveillent. Des allemands, quoi, des ALLEMANDS. Je me
demande, si je crie « VOGEL », s'ils vont croire à une
attaque d'oiseaux ou comprendre qu'ils parlent trop fort. 11 heures
de sommeil entrecoupées par le froid et les douleurs aux hanches qui
commencent... Ah, le mal du campeur... Tu dors sur le côté parce
que t'as moins froid, mais ça fait super mal aux hanches, alors tu
te mets sur le dos mais t'as froid donc tu te mets sur le côté
parce que t'as moins froid et... bref. C'est comme ça toute la nuit
à peu près. Mais bon, on s'y fait !
Mes fringues d'hier puent
tellement. Ouais désolée c'est pas glamour mais par souci
d'authenticité, comprendrez que je dois être honnête : je
puais. J'ai qu'un change, je sais pas comment c'est possible, en
Laponie j'avais beaucoup plus d'affaires que ça et je suis partie
deux fois plus longtemps. Enfin en Laponie mon duvet était SUR le
sac, pas dedans. Faut dire qu'il prend 1/3 du sac.
Comme à chaque fois que
je me réveille en montagne depuis la première fois où j'ai campé
en montagne, j'attends inlassablement que le soleil vienne réchauffer
la tente avant que je doive en sortir. Et comme à chaque fois que je
me réveille en montagne – quand il y a du soleil, il n'arrive
qu'une fois que je suis prête à partir. Je me fais donc un petit
déjeuner à l'entrée de la tente et range tout le bordel que je
défais tous les soirs, ce qui prend toujours une plombe, même en
étant organisée et efficace. Je crois que ma trousse à pharmacie
c'est le truc qui a le plus médiocre rapport utilité / volume. Mais
bon, d'expérience, vaut mieux avoir tout et pas avoir besoin de s'en
servir que rien avoir et souffrir de divers maux.
9h30, je croise Lamielle
qui boit son café au soleil. Je vais laver mes fringues qui puent
pour les faire sécher au soleil sur mon sac, ça devrait être
rapide vu le ciel dégagé qui s'offre à nous ce matin.
D'ailleurs il fait déjà
très chaud quand je pars, enfin, à 10 heures. Comme toujours, je
suis la dernière. Que ce soit avec Camille ou seule, chaque fois que
je passe la nuit en refuge, je me retrouve à partir quand il ferme,
une fois que tout le monde est parti. En même temps, c'est pas plus
mal, comme ça j'ai personne devant ni personne derrière. Parfait.
La montée vers le
col de la coume d'Aniel est rude, j'ai clairement bien fait de pas me
l'enquiller hier après-midi. Je crois que je mets plus de deux
heures à atteindre le col, à seulement 3 kilomètres du refuge.
Mais c'est toujours aussi magique... Surtout avec Ibrahim Maalouf ou
Arvo Pärt dans les oreilles, j'ai l'impression de vivre dans un
rêve.
J'envoie quelques photos
par MMS puisque j'ai un tout petit peu de réseau, j'en profite. Et
là : Info Free. Votre encours sur le service internet à
l'étranger est supérieur à 50€. Merde. Mon portable utilise le
réseau d'Andorre pour envoyer les MMS. Donc il a activé les données
mobiles. Oups. Bon ben tant pis hein.
Quelques névés à
traverser, des passages rocheux où je sens que l'escalade m'a servi
à pas me casser la gueule emportée par le poids du sac, et me voilà bientôt en haut...
Woouh ! C'est
magique ! On voit l'étang Lanoux, là en contrebas, et
derrière, le pic Carlit qui le surplombe, avec tous ses petits
copains dont j'ignore le nom (mais si vous allez sur Google maps vous
allez trouver, ça va y a pas écrit Wikipédia, non mais oh).
Il est presque 13 heures
quand je franchis le col. Et là : Info Free ! Votre
encours d'appels à l'étranger est supérieur à 40€. MAIS
QUUUOOOOOIIIIIIIIIIIIII ???? J'ai appelé PERSONNE BORDEL J'AI
PAS DE RÉSEAU, Y A QUOI Y A QUOI ???? Bon. Ben tant pis hein.
Y a plus important pour
l'heure, y a un ciel qui s'assombrit derrière moi. Chiotte. Je
trace. Je commence à descendre du col dans la neige glissante.
J'aime pas trop ça, avec le sac j'ai l'impression que je vais tomber
à chaque pas. Surtout que comme j'ai une jolie vue, je regarde, donc
je regarde pas mes pieds, donc je glisse. Evidemment.
Je descends, je descends,
je descends. C'est super joli. Le sentier est parfois dur à repérer
parce que les balises sont pas hyper visibles, et le sentier encore
moins. Du coup j'y vais à tâton et je me retrouve évidemment à un
endroit où je devais pas me retrouver, accroupie en équilibre
précaire sur un rocher, en train de glisser. Bon. Réfléchis. Mes
pieds glissent. Mes bras retiennent mon sac qui m'emmène en arrière.
A ma droite, la rivière. A ma gauche, un névé en forte pente avec,
en bas de la pente, la rivière. J'essaye de me redresser, me
stabiliser. Je galère, je vais tomber, c'est obligé. J'essaye de
caler mes pieds dans l'espèce de fente creusée dans le rocher. Ça
marche pas. J'ai qu'une solution : jarter mon sac de mes
épaules, sinon on va tomber tous les deux. Déso René (oui mon sac
s'appelle René, comme la taupe : mignon mais gros, gros, gros).
Je le retire et le bascule sur mon côté gauche en me disant que je
vais le tenir à bout de bras et le poser délicatement sur le névé
pour ensuite me stabiliser moi-même. Sauf que « délicatement »
et « sac de 15 kilos », ça va pas ensemble. Je vois
alors René rouler, glisser, doucement mais sûrement sur le névé
jusqu'à aller se viander dans la rivière. Nooooooooooooonnnnnn...
Je saute de mon caillou et cours pour le récupérer, et évidemment,
tout est trempé, notamment les fringues que j'avais lavées et qui
avaient séché toute la matinée... Damned.
Camille dit que je
ressemble à un shar-pei
J'ai réussi à éviter
les orages jusqu'à maintenant, et je trouve quand même le moyen de
tremper mes affaires. J'ouvre pour voir l'étendue des dégats :
mon duvet, mon portable, mes fringues... MES BILLETS ! Me voilà
en train de faire sécher des billets de 10 et 20€ sur un
caillou... Heureusement, mon pyjama est intact ! J'étale tout
sur un caillou au soleil et... je crois que c'est le bon moment pour
faire la pause pique-nique. A vrai dire ça me fait plutôt rire
cette histoire, de toute façon il y aura bien un moment de soleil
pour que tout ça sèche, c'est pas bien grave. Par contre mon
téléphone ayant pris l'eau, il fonctionne toujours très bien -
parce que j'ai l'intelligence de ne pas avoir de smartphone (OUI
MESDAMES MESSIEURS JE N'AI PAS PEUR DE LE DIRE) et que mon téléphone
résiste à tout, par contre l'objectif de l'appareil photo est clairement
embué, du coup ça donne ça :
14h00. C'est le moment de
repartir. La cabane de Rouzet n'est plus très loin et le ciel
s'assombrit vraiment de plus en plus.
Je me tâte : dois-je
dormir à la cabane ? Pff, il sera même pas 15 heures une fois
arrivée, j'aurais fait juste un peu plus de 5 km, franchement à ce
rythme là je vais faire une boucle de 25 km, c'est pas possible...
Mais en même temps, le refuge des Bouillouses me paraît tellement
loin... Et avec l'orage qui approche, je sais pas.
En arrivant proche de la
cabane, je croise pas mal de gens. D'ailleurs, à la cabane-même, il
y a une famille d'espagnols avec 3 ânes. Chiotte. Ils me disent à
peine bonjour et continuent leur discussion. OK c'est appropriation
du terrain ou comment ça se passe ? Mbon... Balek, je me casse,
j'ai vu des gens grimper (oui parce que ça monte encore, y a un
autre col à passer après) donc je les suis. Je fais 200 mètres et
là une averse de grêle me tombe dessus. J'enfile mon kaway, le
kaway de René, et je retourne à la cabane où je me fraye une
petite place le temps que l'averse passe, et je repars. Ça n'aura
pas duré bien longtemps, fort heureusement, en 10 minutes c'était
réglé. Cette fois je monte. Et puis comme je galère, je me fous
Eminem dans les oreilles pour me donner du courage.
Vous trouvez pas qu'on dirait un peu le Mordor ? Avec un volcan au milieu.
Quand je cours j'essaye
de synchroniser mes pas avec la pulsation, là c'est à la mesure x)
Je grimpe les 250m
jusqu'au col en une petite demie-heure et de l'autre côté, c'est
chargé en névés ! Fiou, va falloir descendre tout ça...
Et évidemment, même si
les photos sont relativement médiocres, on distingue le ciel d'un
magnifique gris qui suggère... ? Eh oui, vous l'avez deviné,
je me prends une averse violente pile quand je suis au col, et j'ai
pas du tout envie de me prendre un orage à un point « culminant ».
Donc je commence à descendre le névé un peu vite et, sous l'averse
et le vent qui se lève, cherche désespérément le sentier, au
milieu des rochers. Les balises sont soit bien cachées, soit sous la
neige, alors je commence à paniquer, tandis que ça gronde derrière
moi. Je sors la carte (mouillée, même sous plastique, sinon c'est
pas drôle) et arrive à voir où retrouver le sentier glissant en
évitant les névés. Allez go go go Nini. Je descends je descends,
et plus je descends plus je suis quand même rassurée, mais en même
temps cet espèce d'abruti d'énorme nuage qui gronde me suit et se
rapproche de plus en plus.
Voyez la grosse masse gris foncé qui me suit ? Non vraiment, j'aimais
pas ça. Heureusement, là où je vais, ça semble un peu plus
dégagé... Ou pas.
Je retrouve deux femmes
qui m'ont demandé leur chemin juste avant que mon sac tombe dans
l'eau, elles vont aux Bouillouses. Je les suis pendant un moment, les double puis m'arrête faire une pause pour les laisser repasser devant. Je
croise alors un type qui monte sans sac, avec juste son kaway et en
short. Il va droit dans l'orage, je comprends pas, surtout qu'il est
relativement loin du refuge... Une demie-heure plus tard, je glisse
et me casse la gueule dans la neige et le voilà derrière moi. Il
m'a fait peur, le bougre. 5 minutes plus tard, il a disparu du
chemin. Je comprends pas où il est passé. C'est peut-être un homme
des bois, un esprit de la forêt, il s'est évaporé, que sais-je.
En tout cas, sur les
coups de 17h00, je commence à ressentir la même douleur au genou
qu'il y a deux ans dans le Beaufortain, et là, c'est HORS DE
QUESTION. Donc je me dis que je devrais peut-être ne pas aller
beaucoup plus loin et bivouaquer dans le coin. De toute manière
j'avais déjà dans la tête de ne pas poser ma tente au refuge.
Après tout, je suis en totale autonomie, autant en profiter pour me
perdre un peu dans les fourrés. Allez, vendu, je repère une zone
marécageuse assez mignonne, je vais aller tâter le terrain, dans
tous les sens du terme.
Vendu ! Je plante la
tente, et même pas deux minutes après, une énorme averse de grêle
s'abat sur moi. Je me réfugie dans la tente avec René, et on
attend, en silence. Ça fait un bruit hallucinant, les grêlons sont
énormes et tombent en masse sur la toile qui résonne. Ça dure
quelques minutes, puis la pluie prend le relais quelques temps avant
que le ciel ne finisse par se calmer vraiment. Je sors de la tente et
inspecte un peu les lieux.
Elle est pas bien là, ma petite tente ? Faut que je lui trouve un petit nom, quand même...
Je veux aller prendre de
l'eau dans le ruisseau qu'on voit ici, sauf qu'avec l'orage, l'eau
est complètement marronnasse. Du coup je pousse jusqu'à la rivière
qui n'est pas si loin contrairement à ce que je pensais. Je saute
par dessus les petites rigoles d'eau stagnante marécageuses, je suis
complètement épanouie. Je choppe l'eau à la rivière et revient
toute sautillante. Je m'arrête un moment pour juste regarder autour
de moi : je suis plantée là toute seule au milieu d'une vallée
immense, je suis minuscule, et j'ai l'impression d'être à ma place.
Voilà ce qui m'est
offert : comment voulez-vous trouver quoi que ce soit à redire
niveau bonheur ? C'est juste sublime et j'ai de la chance.
Je passe mon début de
soirée à soigner mes pieds (j'ai une sacrée ampoule) et à faire
ma toilette semi-rivière semi-lingettes. Puis je me fais une petite
soupe suivie d'une petite infusion.
Alors ce que vous voyez à
mes pieds là, les gars, c'est des chaussettes imperméables. On aura
l'occasion d'y revenir, mais c'est un truc de malade. C'est géant.
Il y a quelques
moustiques mais peu gênants. De toute manière, c'est comme la
pluie : après la Laponie, on devient tellement plus
tolérants...
Je me rends compte que
j'ai eu terriblement mal au dos mes trois dernières semaines de
cours au collège, et miraculeusement depuis que je fais 10 km par
jour avec 15 kilos sur le dos, aucune douleur. Dire que je me traine
une ceinture lombaire pour rien...
Je finis par me laver les
dents avant de m'insérer dans mon duvet avec de la musique. J'ai
vraiment bien fait de ne pas aller au refuge. La douche là
clairement je m'en bats la race. Aucun confort ne vaut ça... (je
parle bien de confort, pas de douleur, et c'est strictement
personnel). Je contemple le ciel rose autour de moi, les montagnes
formant des immenses silhouettes. J'entends simplement l'eau qui
coule, le silence humain, et Eddie Vedder hurlant à la mort dans mes
oreilles. Ça dure pas longtemps, mais que c'est bon. Du bonheur à
l'état pur : juste être là, vivre, sans que rien d'autre
n'existe. Si ce que je ressens s'appelle la sérénité, je crois que
je n'ai jamais été sereine de ma vie à part dans ce genre de
lieux. Je voudrais que ça ne s'arrête jamais.











Y'a des smartphones étanches hein tu sais... c'est pas parce que le premier pélo a un iphone cassé que ça pose le standard du smartphone. Mais bon.
RépondreSupprimerDepuis quand tu prends mes trolls au 1er degré toi ?
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