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12 juillet 2018


7 heures. Les deux allemands à côté font du bruit, ils parlent comme si j'existais pas depuis une demie heure. Au moins en bivouac sauvage c'est les oiseaux qui te réveillent. Des allemands, quoi, des ALLEMANDS. Je me demande, si je crie « VOGEL », s'ils vont croire à une attaque d'oiseaux ou comprendre qu'ils parlent trop fort. 11 heures de sommeil entrecoupées par le froid et les douleurs aux hanches qui commencent... Ah, le mal du campeur... Tu dors sur le côté parce que t'as moins froid, mais ça fait super mal aux hanches, alors tu te mets sur le dos mais t'as froid donc tu te mets sur le côté parce que t'as moins froid et... bref. C'est comme ça toute la nuit à peu près. Mais bon, on s'y fait !

Mes fringues d'hier puent tellement. Ouais désolée c'est pas glamour mais par souci d'authenticité, comprendrez que je dois être honnête : je puais. J'ai qu'un change, je sais pas comment c'est possible, en Laponie j'avais beaucoup plus d'affaires que ça et je suis partie deux fois plus longtemps. Enfin en Laponie mon duvet était SUR le sac, pas dedans. Faut dire qu'il prend 1/3 du sac.

Comme à chaque fois que je me réveille en montagne depuis la première fois où j'ai campé en montagne, j'attends inlassablement que le soleil vienne réchauffer la tente avant que je doive en sortir. Et comme à chaque fois que je me réveille en montagne – quand il y a du soleil, il n'arrive qu'une fois que je suis prête à partir. Je me fais donc un petit déjeuner à l'entrée de la tente et range tout le bordel que je défais tous les soirs, ce qui prend toujours une plombe, même en étant organisée et efficace. Je crois que ma trousse à pharmacie c'est le truc qui a le plus médiocre rapport utilité / volume. Mais bon, d'expérience, vaut mieux avoir tout et pas avoir besoin de s'en servir que rien avoir et souffrir de divers maux.

9h30, je croise Lamielle qui boit son café au soleil. Je vais laver mes fringues qui puent pour les faire sécher au soleil sur mon sac, ça devrait être rapide vu le ciel dégagé qui s'offre à nous ce matin.



D'ailleurs il fait déjà très chaud quand je pars, enfin, à 10 heures. Comme toujours, je suis la dernière. Que ce soit avec Camille ou seule, chaque fois que je passe la nuit en refuge, je me retrouve à partir quand il ferme, une fois que tout le monde est parti. En même temps, c'est pas plus mal, comme ça j'ai personne devant ni personne derrière. Parfait.

La montée vers le col de la coume d'Aniel est rude, j'ai clairement bien fait de pas me l'enquiller hier après-midi. Je crois que je mets plus de deux heures à atteindre le col, à seulement 3 kilomètres du refuge. Mais c'est toujours aussi magique... Surtout avec Ibrahim Maalouf ou Arvo Pärt dans les oreilles, j'ai l'impression de vivre dans un rêve.







J'envoie quelques photos par MMS puisque j'ai un tout petit peu de réseau, j'en profite. Et là : Info Free. Votre encours sur le service internet à l'étranger est supérieur à 50€. Merde. Mon portable utilise le réseau d'Andorre pour envoyer les MMS. Donc il a activé les données mobiles. Oups. Bon ben tant pis hein.

Quelques névés à traverser, des passages rocheux où je sens que l'escalade m'a servi à pas me casser la gueule emportée par le poids du sac, et me voilà bientôt en haut... 



Woouh ! C'est magique ! On voit l'étang Lanoux, là en contrebas, et derrière, le pic Carlit qui le surplombe, avec tous ses petits copains dont j'ignore le nom (mais si vous allez sur Google maps vous allez trouver, ça va y a pas écrit Wikipédia, non mais oh).





Il est presque 13 heures quand je franchis le col. Et là : Info Free ! Votre encours d'appels à l'étranger est supérieur à 40€. MAIS QUUUOOOOOIIIIIIIIIIIIII ???? J'ai appelé PERSONNE BORDEL J'AI PAS DE RÉSEAU, Y A QUOI Y A QUOI ???? Bon. Ben tant pis hein.

Y a plus important pour l'heure, y a un ciel qui s'assombrit derrière moi. Chiotte. Je trace. Je commence à descendre du col dans la neige glissante. J'aime pas trop ça, avec le sac j'ai l'impression que je vais tomber à chaque pas. Surtout que comme j'ai une jolie vue, je regarde, donc je regarde pas mes pieds, donc je glisse. Evidemment.

Je descends, je descends, je descends. C'est super joli. Le sentier est parfois dur à repérer parce que les balises sont pas hyper visibles, et le sentier encore moins. Du coup j'y vais à tâton et je me retrouve évidemment à un endroit où je devais pas me retrouver, accroupie en équilibre précaire sur un rocher, en train de glisser. Bon. Réfléchis. Mes pieds glissent. Mes bras retiennent mon sac qui m'emmène en arrière. A ma droite, la rivière. A ma gauche, un névé en forte pente avec, en bas de la pente, la rivière. J'essaye de me redresser, me stabiliser. Je galère, je vais tomber, c'est obligé. J'essaye de caler mes pieds dans l'espèce de fente creusée dans le rocher. Ça marche pas. J'ai qu'une solution : jarter mon sac de mes épaules, sinon on va tomber tous les deux. Déso René (oui mon sac s'appelle René, comme la taupe : mignon mais gros, gros, gros). Je le retire et le bascule sur mon côté gauche en me disant que je vais le tenir à bout de bras et le poser délicatement sur le névé pour ensuite me stabiliser moi-même. Sauf que « délicatement » et « sac de 15 kilos », ça va pas ensemble. Je vois alors René rouler, glisser, doucement mais sûrement sur le névé jusqu'à aller se viander dans la rivière. Nooooooooooooonnnnnn... Je saute de mon caillou et cours pour le récupérer, et évidemment, tout est trempé, notamment les fringues que j'avais lavées et qui avaient séché toute la matinée... Damned.



Camille dit que je ressemble à un shar-pei


J'ai réussi à éviter les orages jusqu'à maintenant, et je trouve quand même le moyen de tremper mes affaires. J'ouvre pour voir l'étendue des dégats : mon duvet, mon portable, mes fringues... MES BILLETS ! Me voilà en train de faire sécher des billets de 10 et 20€ sur un caillou... Heureusement, mon pyjama est intact ! J'étale tout sur un caillou au soleil et... je crois que c'est le bon moment pour faire la pause pique-nique. A vrai dire ça me fait plutôt rire cette histoire, de toute façon il y aura bien un moment de soleil pour que tout ça sèche, c'est pas bien grave. Par contre mon téléphone ayant pris l'eau, il fonctionne toujours très bien - parce que j'ai l'intelligence de ne pas avoir de smartphone (OUI MESDAMES MESSIEURS JE N'AI PAS PEUR DE LE DIRE) et que mon téléphone résiste à tout, par contre l'objectif de l'appareil photo est clairement embué, du coup ça donne ça :



14h00. C'est le moment de repartir. La cabane de Rouzet n'est plus très loin et le ciel s'assombrit vraiment de plus en plus. 



Je me tâte : dois-je dormir à la cabane ? Pff, il sera même pas 15 heures une fois arrivée, j'aurais fait juste un peu plus de 5 km, franchement à ce rythme là je vais faire une boucle de 25 km, c'est pas possible... Mais en même temps, le refuge des Bouillouses me paraît tellement loin... Et avec l'orage qui approche, je sais pas.



En arrivant proche de la cabane, je croise pas mal de gens. D'ailleurs, à la cabane-même, il y a une famille d'espagnols avec 3 ânes. Chiotte. Ils me disent à peine bonjour et continuent leur discussion. OK c'est appropriation du terrain ou comment ça se passe ? Mbon... Balek, je me casse, j'ai vu des gens grimper (oui parce que ça monte encore, y a un autre col à passer après) donc je les suis. Je fais 200 mètres et là une averse de grêle me tombe dessus. J'enfile mon kaway, le kaway de René, et je retourne à la cabane où je me fraye une petite place le temps que l'averse passe, et je repars. Ça n'aura pas duré bien longtemps, fort heureusement, en 10 minutes c'était réglé. Cette fois je monte. Et puis comme je galère, je me fous Eminem dans les oreilles pour me donner du courage.




Vous trouvez pas qu'on dirait un peu le Mordor ? Avec un volcan au milieu.

Quand je cours j'essaye de synchroniser mes pas avec la pulsation, là c'est à la mesure x)
Je grimpe les 250m jusqu'au col en une petite demie-heure et de l'autre côté, c'est chargé en névés ! Fiou, va falloir descendre tout ça...



Et évidemment, même si les photos sont relativement médiocres, on distingue le ciel d'un magnifique gris qui suggère... ? Eh oui, vous l'avez deviné, je me prends une averse violente pile quand je suis au col, et j'ai pas du tout envie de me prendre un orage à un point « culminant ». Donc je commence à descendre le névé un peu vite et, sous l'averse et le vent qui se lève, cherche désespérément le sentier, au milieu des rochers. Les balises sont soit bien cachées, soit sous la neige, alors je commence à paniquer, tandis que ça gronde derrière moi. Je sors la carte (mouillée, même sous plastique, sinon c'est pas drôle) et arrive à voir où retrouver le sentier glissant en évitant les névés. Allez go go go Nini. Je descends je descends, et plus je descends plus je suis quand même rassurée, mais en même temps cet espèce d'abruti d'énorme nuage qui gronde me suit et se rapproche de plus en plus.




Voyez la grosse masse gris foncé qui me suit ? Non vraiment, j'aimais pas ça. Heureusement, là où je vais, ça semble un peu plus dégagé... Ou pas.




Je retrouve deux femmes qui m'ont demandé leur chemin juste avant que mon sac tombe dans l'eau, elles vont aux Bouillouses. Je les suis pendant un moment, les double puis m'arrête faire une pause pour les laisser repasser devant. Je croise alors un type qui monte sans sac, avec juste son kaway et en short. Il va droit dans l'orage, je comprends pas, surtout qu'il est relativement loin du refuge... Une demie-heure plus tard, je glisse et me casse la gueule dans la neige et le voilà derrière moi. Il m'a fait peur, le bougre. 5 minutes plus tard, il a disparu du chemin. Je comprends pas où il est passé. C'est peut-être un homme des bois, un esprit de la forêt, il s'est évaporé, que sais-je.

En tout cas, sur les coups de 17h00, je commence à ressentir la même douleur au genou qu'il y a deux ans dans le Beaufortain, et là, c'est HORS DE QUESTION. Donc je me dis que je devrais peut-être ne pas aller beaucoup plus loin et bivouaquer dans le coin. De toute manière j'avais déjà dans la tête de ne pas poser ma tente au refuge. Après tout, je suis en totale autonomie, autant en profiter pour me perdre un peu dans les fourrés. Allez, vendu, je repère une zone marécageuse assez mignonne, je vais aller tâter le terrain, dans tous les sens du terme.




Vendu ! Je plante la tente, et même pas deux minutes après, une énorme averse de grêle s'abat sur moi. Je me réfugie dans la tente avec René, et on attend, en silence. Ça fait un bruit hallucinant, les grêlons sont énormes et tombent en masse sur la toile qui résonne. Ça dure quelques minutes, puis la pluie prend le relais quelques temps avant que le ciel ne finisse par se calmer vraiment. Je sors de la tente et inspecte un peu les lieux.





Elle est pas bien là, ma petite tente ? Faut que je lui trouve un petit nom, quand même...

Je veux aller prendre de l'eau dans le ruisseau qu'on voit ici, sauf qu'avec l'orage, l'eau est complètement marronnasse. Du coup je pousse jusqu'à la rivière qui n'est pas si loin contrairement à ce que je pensais. Je saute par dessus les petites rigoles d'eau stagnante marécageuses, je suis complètement épanouie. Je choppe l'eau à la rivière et revient toute sautillante. Je m'arrête un moment pour juste regarder autour de moi : je suis plantée là toute seule au milieu d'une vallée immense, je suis minuscule, et j'ai l'impression d'être à ma place.




Voilà ce qui m'est offert : comment voulez-vous trouver quoi que ce soit à redire niveau bonheur ? C'est juste sublime et j'ai de la chance.

Je passe mon début de soirée à soigner mes pieds (j'ai une sacrée ampoule) et à faire ma toilette semi-rivière semi-lingettes. Puis je me fais une petite soupe suivie d'une petite infusion.



Alors ce que vous voyez à mes pieds là, les gars, c'est des chaussettes imperméables. On aura l'occasion d'y revenir, mais c'est un truc de malade. C'est géant.

Il y a quelques moustiques mais peu gênants. De toute manière, c'est comme la pluie : après la Laponie, on devient tellement plus tolérants...

Je me rends compte que j'ai eu terriblement mal au dos mes trois dernières semaines de cours au collège, et miraculeusement depuis que je fais 10 km par jour avec 15 kilos sur le dos, aucune douleur. Dire que je me traine une ceinture lombaire pour rien...
Je finis par me laver les dents avant de m'insérer dans mon duvet avec de la musique. J'ai vraiment bien fait de ne pas aller au refuge. La douche là clairement je m'en bats la race. Aucun confort ne vaut ça... (je parle bien de confort, pas de douleur, et c'est strictement personnel). Je contemple le ciel rose autour de moi, les montagnes formant des immenses silhouettes. J'entends simplement l'eau qui coule, le silence humain, et Eddie Vedder hurlant à la mort dans mes oreilles. Ça dure pas longtemps, mais que c'est bon. Du bonheur à l'état pur : juste être là, vivre, sans que rien d'autre n'existe. Si ce que je ressens s'appelle la sérénité, je crois que je n'ai jamais été sereine de ma vie à part dans ce genre de lieux. Je voudrais que ça ne s'arrête jamais.




2 commentaires :

  1. Y'a des smartphones étanches hein tu sais... c'est pas parce que le premier pélo a un iphone cassé que ça pose le standard du smartphone. Mais bon.

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    1. Depuis quand tu prends mes trolls au 1er degré toi ?

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