Réveil, comme toujours,
entre 6h et 7h. Comme toujours, attente interminable du soleil sur la
tente. Comme toujours, attente en vain. J'ouvre la tente et commence
à me faire un petit dej en étudiant l'avancée chronométrée du
soleil. OK, ça va pas trop tarder.
Roah, c'est quand même
trop cool le bivouac au milieu de rien. C'est dommage que j'ai pas
Ainsi parlait Zarathoustra dans ma tracklist - vous savez, le
truc de Strauss là, mais si... ça :
Strauss a décrit un
lever de soleil sur la montagne dans cette musique, et les crescendos
montrent l'avancée des rayons avec l'illumination progressive des
montagnes. C'est marrant, c'est la dernière œuvre que j'ai étudiée
avec mes sixièmes. J'avais pas pensé que deux semaines plus tard je
me retrouverais précisément à l'intérieur de cette œuvre.
Je fais chauffer à bloc
mon thé pour me réchauffer puis quand le soleil arrive, étends mes
fringues à sécher sur les sapins pendant que je range le bordel
dans ma tente. Ça prend toujours un sacré moment, et j'avoue que je
me presse pas non plus...
En évitant de passer par
le refuge des Bouillouses, je m'épargne 6 km AR, ce qui ramène mon
étape du jour à un peu plus de 9 km. Je me mets en route dans le
creux de la vallée (ooooohooooo de Danaaaaa lalilala) illuminée du
soleil matinal. Mes fringues sont presque toutes sèches, le reste
est pendu à mon sac. Je mets de la crème solaire à solaire à gogo
parce que je sens que je crame un peu plus de jour en jour, malgré
la crème mise consciencieusement plusieurs fois par jour. Mais
qu'importe, sous ce ciel bleu, le paysage m'éblouie toujours un peu
plus de sa beauté.
Oui il y a régulièrement des champignons qui poussent dans les bouses.
J'arrive très vite au
croisement du lac de Bouillouse et prend la direction opposée au
refuge éponyme, vers celui des Camporells. Reste 6 km. Izi boy.
J'arrive du coup très vite à la cabane de la Balmeta, avec la
musique du hobbit dans les oreilles, où deux personnes sont en train
de pique-niquer. La solitude me manque. Je trace et me dis que je
vais moi-même prendre mon déjeuner (ma poignée de noix de cajou
mouillées et mon bout de mimolette dégueu) au bord de l'étang de
la Balmeta, un peu plus loin. Ça descend pas mal pendant 10 minutes,
et ma foi, c'est pas si foufou, mais au moins je suis seule...
Ouaaaais.......
Mbon. J'enfile ma ration
journalière, en prenant soin de finir par le meilleur, à savoir le
chocolat au riz. J'en peux plus de la mimolette. Franchement.
Achevez-moi.
Il est à peine 13 heures
quand je reviens à la cabane de la Balmeta pour monter ensuite vers
les Camporells. Y a un mec il a construit sa cabane ICI. Je suis très
jalouse.
Je grimpe sur la serra
dels alarbs, alias la sierra des arabes (ne tapez surtout pas alarbs
dans google, vous allez tomber sur des articles de grosse conne qui
puent la haine). Que c'est bon ! Mogwai, Neil Young et Grand
corps malade dans les oreilles, je suis refaite !! C'est si
féérique, paisible, un air de Highlands avec le petit et le grand
pérics face à moi.
Le sentier s'ensuit dans
une forêt toute mignonne où on se croirait un peu dans Alice au
pays des merveilles, tandis que la musique continue de m'enivrer.
15 heures. J'arrive au
refuge des Camporells sous une petite pluie. Du coup, la dame du
refuge me dit que comme c'est une réserve, normalement la tente
c'est le plus tard possible, mais que là comme il pleut, je peux la
planter. Ooooookaaaay. Alors, voyons voir.
Y a une nana et deux mecs
qui sont en train de planter leurs deux tentes, je me mets un peu
plus loin, entre les arbres et proche du lac. Fiou. Ma tente a jamais
été aussi bien montée et tendue !! J'suis fière de moi sur
ce coup là, elle est nickel. Il est 16 heures et l'heure de sortir
ma petite bière locale achetée au refuge (oui je bois beaucoup de
bière, c'est pourtant pas du tout dans mes habitudes).
A peine 2 minutes après
que j'aie fini de poser ma tente, un type arrive. Je lis sur sa veste
« Office Nationale des Forêts »... merde. Je sais ce
qu'il va me dire. Et ça a pas loupé.
« Euh bonjour, je
viens pour la tente »
« Ah. Oui. »
« Normalement c'est
19 heures... »
« Oui je sais, mais
au refuge on m'a dit que comme il pleuvait, je pouvais la monter
maintenant. »
« Ah bon, on vous a
dit ça ? »
« Ben oui. »
« Ah ben je suis
désolé, mais le règlement c'est pas ça. »
« D'accord. »
« Voilà, désolé. »
« Donc je dois la
démonter en fait ? »
« Ben oui, c'est le
règlement. »
« ... »
AHZY. è_é
Je jette un œil vers mes
acolytes de tente : la fille me regarde d'un air mi-désolé
mi-dégouté. Je lui lance un « fait chier » qu'elle
approuve en hochant la tête. On se tâte à la démonter... Au loin
je repère une tente dont les propriétaires n'ont pas l'air d'avoir
envie de se plier aux règles. Finalement, mes camarades démontent
et remballent carrément leur tente... Hors de question que je
remette la mienne dans son sac. Je déplante seulement les piquets
sauf un, et laisse les arceaux, comme ça elle est pas visible mais
elle sera en place pour plus tard, j'aurai plus qu'à retendre le
bordel. Du coup je vais me poser sur la table de la terrasse du
camping, écris mon carnet en écoutant d'une oreille la conversation
de mes copains de tente. Il est 16 heures. Ça va être long, jusqu'à
19 heures. Les nuages descendent, il se met à pleuvoir quelques
gouttes, puis le soleil les remplace, puis quelques gouttes, puis
soleil. Ils font un combat de pouces comme ça pendant une petite
demie-heure. Je commence à avoir froid donc je quitte la foule (oui,
12 personnes, et alors ?) pour rejoindre ma tente. De là, je me fais
un soin des pieds que je lave dans le lac et, vers 17h30, comme il
commence à repleuvoir assez fort, je remonte ma tente. Yiha !
Elle a hyper bien séché. L'intérieur est sec, sol et murs, et la
quasi-intégralité de mes vêtements aussi ! Maintenant,
opération séchage de noix de cajou. Elles étaient dans un sac de
congélation quand René a chuté dans la rivière, mais l'eau s'y
est quand même largement infiltrée. Je commence par les étendre au
soleil.
Evidemment deux minutes
après je trouve ça juste con comme idée (vous avez le droit de
partager mon avis), alors je sors le réchaud et je les fais
simplement griller. Yey, ça sent le popcorn un peu.
Dans la foulée, je me
fais un gouthé (lol) avec mes 4 derniers carrés de chocolat
journaliers. MIOM. Je sens que je vais pas manger ce soir, ou peu.
Je profite d'une
éclaircie pour aller écouter Eddie Vedder (la BO d'Into the wild)
devant le lac. Wow. Quelle jouissance. Je ferme les yeux, les ouvre,
observe le lac, les nuages, le ciel qui bouge. Ce genre de moments
déploient une spiritualité rare. Soudain, je sens un truc mouillé
sur mon bras qui me sort littéralement de ma méditation : UN
BORDER COLLIE QUI ME FAIT DES PAPOUILLES !!!!!! Je passe de la
nana la plus calme et sereine du monde à une attitude d'enfant de 8 ans. Il me monte dessus alors qu'il est trempé et je lui fais plein
de câlins.
Mon emblême.
Je retourne à ma tente
me faire une toilette mi-lac mi-molette (ahahahaha). Non, mi-lac
mi-lingettes. Je me fais un repas léger : une toute petite
portion de soupe avec un peu de semoule. MIOM. Si y a bien un truc
dont je me lasse pas, c'est ça. Il se met à nouveau à pleuvoir
pendant que je déguste ma pâtée sous l'abside, avec le border
collie qui vient sentir un peu ma popote, sans conviction. Ça doit
manquer de BARBAC.
Hop, accalmie de 10
minutes le temps de faire la vaisselle au lac et me faire une
infusion et je retourne dans mon terrier sous la pluie. Pour le
moment la météo a été vraiment chouette, j'espère que ça va
continuer en ce sens. Même s'il y a quelques orages en milieu
d'après-midi, le beau temps du début de journée permet de faire
une super étape sous le soleil et c'est très agréable. Y a pas à
dire, la météo ça joue quand même énormément sur la positivité.
Et comme demain je vais au pic de mortiers et longe la frontière
pyrénées orientalo-ariégeoise sur une crête jusqu'au pic de
terrers, j'ai bien l'intention de partir tôt pour y être tôt.
Départ prévu 8h30 max.





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