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16 juillet 2018


8h. Réveil. Il a fait tellement chaud, waouh, où sont mes 2000m ?
9 heures : il pleut des cordes. Ça ne s'arrête pas. Je me réjouis d'avoir eu si beau temps pendant mes jours d'itinérance. Je crois que c'est mort pour la rando avec Féli et Cyprien. Aujourd'hui de toute manière j'ai pas trop envie de discuter. Je crois que je vais rejoindre Ax-les-thermes à pieds et glander là-bas en attendant mon train. Je range tout doucement mes affaires, je suis pas pressée. Je sors de la tente et la replie sous la flotte, mais je m'en fous, c'est le dernier jour, elle peut bien être trempée, ça n'a pas d'importance... Elle sèchera à Paris.



Ahah, même ma tente est asociale, je l'ai plantée exprès dans un petit coin, le plus loin possible des gens, et l'entrée tournée vers la rivière. Au moins j'entends plus le bruit de la rivière que des gens qui parlent...

Me reste six petits kilomètres jusqu'à Ax. C'est de la rigolade, même sous la flotte... Même chose que les moustiques, je crois qu'après la Laponie, il me faut beaucoup de pluie pour me faire peur... Je pars donc en tenue de commando imperméable : kaway / surpantalon / sursac pour René / chaussettes imperméables. Eh oui, j'en parlais l'autre jour de ces chaussettes ! C'est l'occasion aujourd'hui de les tester, je vais bien marcher dans la flotte pour tester leur résistance.


Je suis même plutôt contente de pas avoir emmené mes vêtements de pluie pour rien, tiens. Au moins je vais pas prendre le train puante de sueur (bah oui faut dire ce qui est). Pas mécontente non plus d'avoir rien à faire, ça m'évite les regrets.

Le sentier est plutôt mignon, plat, il ne pleut pas trop, je suis contente.






13 heures à peine, j'arrive à Ax. A la recherche d'un restau pour manger, je tombe sur des petites ruelles, et une crêperie. PARFAIT.





Je suis seule en terrasse, dedans c'est étouffant, et le soleil revient. Je me prends deux bonnes crêpes salée / sucrée et digère gentiment.

14h30. Plus que 5 heures à tuer ici. Je vais chercher des trucs à acheter, tiens. Je demande au serveur qui m'indique le centre-ville. Je me balade et tombe sur une boutique de produits locaux. J'achète de l'Hypocras en boisson et en gelée : c'est une spécialité ariégeoise (brevetée et tout hein) à base d'épices. Ça a l'air très bizarre. Vu comme ça on dirait juste une potion magique vieille du Moyen-Age, mais bon. A tester... En tout cas c'est typique. Je continue de déambuler et à vrai dire il n'y a vraiment rien d'intéressant à voir ni à acheter...




Même les boutiques de souvenirs sont pourries, j'ai jamais vu ça. C'est pourtant une stations de ski !! Entre mauvais goût et néant, je finis par tomber dans une salle troglodyte où il a marqué « exposition ». A l'entrée, un touareg. Qu'est-ce qu'il fout là ? Il s'appelle Kaka, il est éleveur-bijoutier. Il vit au Niger et fabrique des bijoux depuis l'âge de 9 ans avec ses mains et ses pieds. Il a été reconnu dans le monde entier et avec les recettes de ses ventes, il a creusé un puits dans son village pour que les femmes aient pas à faire 15 km à pieds pour chercher de l'eau. Et il fait vivre sa communauté. Du coup je lui prends un bracelet que je fais graver pour Camille. Très chouette ce petit bonhomme.

Je continuer d'errer inlassablement dans les rues d'Ax, entre une averse et une éclaircie, le temps est si long... Je finis naturellement en terrasse couverte avec une bière.


Il est 18h20 quand je décide de partir pour la gare. Ça va m'occuper, ça doit être loin. Je m'arrête dans une boulangerie pour acheter un genre de croque-monsieur à la béchamel (mon ventre vraiment il comprend rien là) et demande le chemin pour la gare : ok, c'est à 5 minutes à pieds.
Donc il est 18h40 quand j'arrive à la gare minuscule.

« Bonjour bonjour ! » me lance un type.
- Hey ! Cyprien ! Qu'est-ce que tu fous là ?
Féli sort de la gare. Quelle surprise de les retrouver ici ! Ils sont allés en Andorre cet après-midi et me disent « c'est con on aurait du passer te prendre ». Ah bah OUI, je confirme, je me suis emmerdée comme un rat mort, moi. Bon, pas grave... Je traverse le mini-hall de la gare et m'approche du panneau d'affichage.


QUOOOOOIIIIIIIIIIIIII ? Comment ça « supprimé » ??? Whuuuuuut. Je m'approche du guichet, fermé. Il ferme à 18h35. Il est 18h40. Noooooon. Aucune information. Heureusement, Féli et Cyprien sont là, ça me rassure un peu, je me dis qu'au pire des cas ils me dépanneront si je dois rester un jour de plus ici.

J'ai pas internet. J'ai plus de batterie. J'ai 90€ de hors forfait.
« Bon, vazy, Cyprien, tu veux pas pédaler pendant que j'appelle la SNCF ? »
J'appelle le 3635. 40 centimes la minute. On me fait patienter 7 minutes.
« Oui bonjour Machine pour vous aider »
- Bonsoir alors je vous explique je suis à la gare de Ax-les-thermes en Ariège, je dois prendre un train de nuit pour Paris à 19h50, il a été supprimé parce que les voies sont inondées entre Saverdun et Auterive, j'ai aucune information, le guichet est fermé, y a personne. Comment je rentre à Paris ?
- Ah. Vous êtes où ?
- Ax-les-thermes.
- Normalement il y a un chef de gare dans toutes les gares tant que des trains passent.
- Il y a personne, on est même allés dans la cabane de cheminots à côté.
- Bon attendez, je me renseigne et je vous reprends.
- …

Féli vient me chercher : elle a trouvé le chef de gare en cognant à la porte de service et en criant « Y A QUELQU'UN LÀ DEDANS ? » Je pense que le minimum ça serait de laisser la porte ouverte, ou alors d'ouvrir le guichet, histoire que les gens aient pas besoin justement d'aller toquer à toutes les portes. Le monsieur nous informe qu'un bus viendra nous chercher à l'heure du train, nous amènera à Toulouse, d'où on rejoindra un autre train de nuit pour Paris. Mmmmh ok !
Je remercie Féli et Cyprien qui rentrent chez eux et promets à Féli qu'on se verra à Paris.

Et je pédale... pour recharger mon portable.

19h40, je vais dehors pour attendre le bus. Je vois arriver une mamie et ses petits enfants : tiens donc ! La petite famille avec qui j'ai partagé la cabine à l'aller ! Je leur explique le bordel du train supprimé et le bus arrive. 2H30 de route où je constate effectivement les champs et routes complètement noyés.

22h. On arrive à Toulouse. On rejoint le train qui arrive de Cerbère à 22h45. On poireaute un moment devant le quai parce qu'on doit nous recaser dans le train. Je suis dans une cabine avec 5 autres femmes avec qui on partage un peu nos anecdotes. Je me cale dans un coin en tête de wagon pour prendre quelques trucs dans mon sac qui prend une place folle et laisser la cabine libre pour les autres. J'ai vu sur les toilettes. Franchement ça me donne la gerbe. Les gens sont immondes. C'est d'une saleté à vomir. Je suis pas hyper maniaque mais là c'est juste pas possible du tout. Y a une bonne femme avec son gosse qui prennent toute la place, se croient seuls et la mère a un pouvoir de nuisance hallucinant. « Tu as lavé tes dents ? T'es allé faire pipi ? Non ? Bah va faire pipi ! » … LOURDEUR ABSOLUE.

Allez, zou, je rejoins mes acolytes de couchettes et m'endors timidement. Il est 23h30.




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