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3 août 2018


6h30. Dormi comme un sac. Je me suis réveillée pas mal de fois, je sens que Camille me collait un peu mais ça m'a pas dérangée, j'imagine qu'elle voulait s'éloigner le plus possible de son voisin. On avait prévu de se lever à 5 heures pour voir le lever de soleil mais avec les déboires de la veille on n'a pas pensé à mettre notre réveil et puis, de toute façon, il fait gris et moche. Je réveille Camille : « de toute façon je dors pas. » Ah. Alors je ne réveille pas Camille, elle est déjà réveillée. Je sens à son ton qu'il va me falloir être douce ce matin. Rangement des sacs. Petit déjeuner avec le couple de français. Camille a pas super bien dormi : réveillée en pleine nuit pour devoir aller aux toilettes sous la flotte (joie ultime, je ne connais que trop bien cette horrible sensation de sortir de la tente / du refuge pour aller se peler les fesses sous la pluie au milieu de la nuit). En plus, elle a rêvé qu'elle trouvait des toilettes. Déception ultime au réveil. Et puis surtout, elle était saucissonnée entre moi et son voisin qui puait. La pauvre. Et n'oublions pas qu'elle ne peut pas fumer. OKAY. Ça va aller.

On se met en route vers 7h30 / 8h. On a seulement 12 kilomètres pour rejoindre Sligachan, à travers une immense vallée dominée par les Cuillins (le principal massif de Skye). Ça a l'air beau. Pour l'instant c'est surtout blanc.





On longe le loch na Creitheach en marchant dans la bouillasse qu'on doit contourner pendant une bonne demie-heure. Tiens donc, des airs de Laponie... Hier on nous a proposé de passer par le loch Coruisk mais vu le temps qu'il fait, le temps qu'on a et la hauteur de la rivière, on zappe directement l'idée.



Je sens que la nuit a été dure malgré tout. La reprise est difficile. Faut dire qu'il y a un moment qu'on a pas fait une grosse rando. Les quelques 6 kilomètres pour rejoindre le refuge étaient gentillets. On traverse plusieurs rivières. Les chaussures sont trempées. Les chaussettes imperméables aussi... Chiotte. Jusque là on avait pas eu d'eau assez haute pour les mouiller.

Quand on dépasse le deuxième lac, le sentier devient plus praticable et les nuages commencent à se lever... Waaah ! Franchement, ça vaut le coup. Ok le temps est pas radieux, mais assez haut pour qu'on discerne les montagnes qui nous entourent, majestueuses.







On est quasiment seules en plus, on croise deux personnes à l'heure. Ça change du West Highland Way !! Par contre, ce qui ne change pas, ce sont les midges... A chaque pause on se fait attaquer en bande.  Les Cuillins m'émerveillent un peu plus que le ciel se dévoile.






13 heures. Pause pique-nique : babybel, compote, kitkat. Camille fait un genre de malaise. Chute de tension ? Hypoglycémie ? Elle se sent faible et a la tête qui tourne. Elle plane. Je lui dis de s'asseoir et sort une tablette de chocolat. On reste là un bon quart d'heure et ça va tout de suite beaucoup mieux... C'est qu'elle m'a fait un peu peur la p'tite là. Crois-moi faire un infarctus ici, t'as l'air con : pas de réseau, personne à la ronde. Enfin bon. Tout va bien c'est l'essentiel. On croise une québécoise toute mignonne avec son gros sac qui nous tape la discut'. Elle a monté le Ben Nevis en même temps que nous, on a du se croiser, elle est partie à 7 heures et s'est pris la pluie seulement en descendant. Elle a bien fait !

Arrivons à Sligachan vers 14 heures. Nickel. On a le temps de se poser à l'auberge avant le bus de 16h20 pour Portree. Le type de l'auberge est hyper accueillant et l'auberge en elle-même est très sympa : il fait chaud, c'est spacieux, propre.



Nous sommes dans un dortoir de 4 lits. Camille, moi, Elisa et Robert (des enveloppes sont disposées sur les lits à notre intention). Je sais pas pourquoi, la personne que je redoute le plus sans même l'avoir vue, c'est Robert. Ça sent le type solitaire bedonnant et ronfleur.

16h30. Départ pour Portree en bus. Le dernier bus de retour est à 18h30. Ok, on a 1h45 pour trouver au mieux un vapostore, au pire un chargeur de batterie au lithium (LOL, j'y crois tellement pas). On va faire 2-3 courses au Coop. Ils n'ont rien de tout ça et n'ont pas l'air de savoir où on pourrait trouver ça. Mbon. Direction un truc de bricolage : ils n'ont pas de chargeur de ce type, par contre ils nous indiquent la boutique Jans qui pourrait en avoir. C'est à 25 minutes à pieds. Il est 17h. Ça ferme à 17h30... Laisse tomber. On finit à l'Office du tourisme qui nous indique la même chose : Jans, à 20 minutes. Okay, il nous donne un plan. Il nous indique le truc en zone industrielle et on se met en marche forcée. Allez allez go go go. Rond point, première à droite. On est en dehors du plan. Merde. Grand coop immense. On retourne demander notre chemin : « c'est la 3e à droite, par contre ça ferme dans 9 minutes. » On trace. Je pique un sprint et tourne à droite. Evidemment, j'ai pris la 2e à droite. J'arrive chez un véto. Camille me suit en me disant que je me suis plantée. Le véto m'indique la prochaine en prenant soin de me signaler que « par contre ça ferme dans 4 minutes ». OUAIS JE SAIS BORDEL. Sprint again. Je veux vomir mes poumons. On arrive, on voit le magasin, immense, un genre de supermarché de l'électronique. Il est 17h29. J'arrive devant les portes automatiques, fermées. Derrière, un bonhomme dans le noir qui me regarde de haut en bas et tire une tronches de 15 pieds de long. Il doit se demander ce qu'une nana en kaway et chaussures de rando fout devant son magasin en le suppliant d'ouvrir. Il ouvre, je me mets à rigoler. Lui pas du tout. Camille me rejoint. On lui tend la batterie au lithium en lui expliquant qu'on cherche un chargeur. Il prend la batterie, s'éloigne de quelques mètres pour se rapprocher d'un collègue en train de ranger un truc. Il lui montre la pile en baragouinant un truc qu'on peut pas entendre de l'extérieur.




(bah quoi faut bien maintenir le suspens non?)




Son collègue fait non de la tête.

Ça aurait été trop beau, tiens. On s'asseoit sur le trottoir de la zone indus, muettes, pendant une dizaine de minutes. Dans trois jours, on est à Glasgow. On trouvera rien avant. Les employés sortent du magasin sans nous jeter un regard. J'aurais espéré que l'un d'eux nous propose de nous ramener au centre-ville mais ils ont l'air d'en avoir rien à carrer.

On repart, bredouille. Il est 17h40. On prend notre temps pour retourner au centre-ville, de toute façon on n'y trouvera rien... A moins que. Camille se souvient que le Coop vend du liquide pour e-cigarette. Peut-être qu'ils vendent aussi des cigarettes ? Bon, ça fait chier, mais ça pourrait faire l'affaire. Il est 18 heures quand on décide de se consoler en achetant un apéro pour ce soir, des desserts et un paquet de schokobons. Oui, c'est mérité. Il est 18h15, on va faire la queue... Aïe, elle n'en finit pas... Le dernier bus pour Sligachan est à 18h30, ça va être chaud. Pourquoi on est tout le temps pressées aujourd'hui ??? C'est fou !
On arrive en caisse à 18h25. La caissière nous propose une recharge pour cigarette électronique et un modèle de cigarette un peu chelou. On demande confirmation : c'est bien une cigarette électronique ? Elle y connait rien du tout. Nous non plus, franchement c'est chelou mais osef, on prend. Pour 20£, c'est pas non plus la mer à boire.

Allez cette fois on se casse et on va se réfugier dans le bus pour Sligachan. Camille déballe sa clope... C'est un modèle « Blu » un peu pourri avec du tabac à 16 mg dedans. Loin de ce qu'elle fume... Elle a un peu la sensation d'avoir perdu 20£, mais ça fera l'affaire. [Note : Finalement elle l'a filée à sa sœur et après s'est fait voler sa cigarette électronique sur les quais parisiens, s'en est racheté une pour elle... Comme quoi.]

On est un peu dégoûtée pour le magasin d'électronique, j'y croyais vraiment ! Enfin bon...pas si étonnant. Des piles au lithium y en a pas partout non plus... Le ciel est dégagé, ça fait du bien. En plus, on a fait un putain de plein de courses, et ça console quand même. On va prendre des douches. Et faire pipi dans des toilettes. Et ça console quand même.



Allez ce soir c'est grosse ration avec desserts ! Elisa n'est pas arrivée. Robert oui. Une famille de 10 aussi. Ils mangent tous dans la cuisine en parlant de plein de trucs de société donc quelques phrases attirent mon oreille, notamment : « tu sais les arabes ils boivent pas d'alcool ». Vais-je commenter cette phrase ? NON. Robert fait sa cuisine à côté de moi. Putain, j'en étais sûre. La cinquantaine, un peu grassouillet, moustachu, qui sent pas très bon, rougeâtre de peau. Il se fait cuire des raviolis en boîte avec des crevettes. Hell... Ça lui va bien.

On se couche pas tard : demain, on a prévu une randonnée de 18 km aller-retour jusqu'aux Fairy Pools. Il paraît que c'est magnifique. Espérons que la météo sera avec nous, depuis qu'on est sur Skye c'est un peu pourri...

21h30. J'écris mon carnet. Camille dort. Robert aussi. (Vous le voyez venir ou pas ?)
22h. J'ai fini d'écrire mon carnet. Camille dort toujours. Je ne sais pas comment elle fait, mais elle en a de la chance. Robert ronfle si fort qu'il fait vibrer mon matelas. Il ronfle sur le côté, sur le dos, sur le ventre. Il fait des bruits que je ne pensais pas possibles. Ses ronflements sont complètement irréguliers. Parfois, après une expiration, j'ai l'impression qu'il suffoque et va mourir. Ça n'a strictement aucun sens. Je ne comprends même pas comment ça ne peut pas le réveiller lui-même.
Je soupire. Je suis exaspérée. Je lance des CHHHUUUUUUUT réguliers, sans aucun effet. Parfois, Robert semble se réveiller, une lueur d'espoir m'anime alors : je vais avoir une fenêtre de 2 minutes pour m'endormir !!! Allez on se concen... Même pas 10 secondes, putain. Non seulement je n'arrive pas à dormir, mais en plus je bouillonne. Non, vraiment, les ronflements c'est quelque chose qui m'irritent grandement, je peux pas. Il a vraiment l'air gentil Robert hein, et le plus déroutant c'est que son livre de chevet traite de théories de physique quantique. Là, j'avoue, il casse tout le personnage.

23h. Fuck, je me casse. Je prends ma couette, mon oreiller, et sort de la chambre, bien décidée à aller dormir sur le canapé de la salle commune. Camille se réveille, me voit avec ma couette :
« Mais qu'est-ce que tu fous ? »
- J'en peux plus putain, ça fait une heure qu'il ronfle comme un porc, je vais dormir sur le canapé.

Je ferme la porte et me casse. Evidemment, c'était en omettant la famille de 4 générations qui prend la moitié de l'auberge (et soit dit en passant se croient chez eux, rient et parlent fort dans les couloirs). Je débarque dans la salle commune et tombe sur 4 clampins qui boivent du whisky en jouant aux cartes. Putain ! C'est pas vrai ! Je m'asseois sur le canapé, ils me regardent avec ma couette dans les bras. « Je vais dormir là je crois. » Je leur explique à coups d'imitation de Robert la raison de ma venue. L'une des deux femmes me demande si j'ai des boules Quies.

… Mais quelle conne. Evidemment que j'ai des boules Quies ! A chaque fois que je prends le train de nuit je ne les utilise pas et les garde dans ma trousse à pharmacie...
Je retourne à ma chambre, prend ma trousse et sort. Camille me rejoint : « ah ouais c'est horrible, maintenant que je suis réveillée j'entends que ça ». Bah tiens. Par chance, j'ai deux paires de boules Quies et en file une à Camille. On retourne au pieu et tout de suite, ça va tellement mieux... !



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