6h30.
Dormi comme un sac. Je me suis réveillée pas mal de fois, je sens
que Camille me collait un peu mais ça m'a pas dérangée, j'imagine
qu'elle voulait s'éloigner le plus possible de son voisin. On avait
prévu de se lever à 5 heures pour voir le lever de soleil mais avec
les déboires de la veille on n'a pas pensé à mettre notre réveil
et puis, de toute façon, il fait gris et moche. Je réveille
Camille : « de toute façon je dors pas. » Ah. Alors
je ne réveille pas Camille, elle est déjà réveillée. Je sens à
son ton qu'il va me falloir être douce ce matin. Rangement des sacs.
Petit déjeuner avec le couple de français. Camille a pas super bien
dormi : réveillée en pleine nuit pour devoir aller aux
toilettes sous la flotte (joie ultime, je ne connais que trop bien
cette horrible sensation de sortir de la tente / du refuge pour aller
se peler les fesses sous la pluie au milieu de la nuit). En plus,
elle a rêvé qu'elle trouvait des toilettes. Déception ultime au
réveil. Et puis surtout, elle était saucissonnée entre moi et son
voisin qui puait. La pauvre. Et n'oublions pas qu'elle ne peut pas
fumer. OKAY. Ça va aller.
On se
met en route vers 7h30 / 8h. On a seulement 12 kilomètres pour
rejoindre Sligachan, à travers une immense vallée dominée par les
Cuillins (le principal massif de Skye). Ça a l'air beau. Pour
l'instant c'est surtout blanc.
On
longe le loch na Creitheach en marchant dans la bouillasse qu'on doit
contourner pendant une bonne demie-heure. Tiens donc, des airs de
Laponie... Hier on nous a proposé de passer par le loch Coruisk mais
vu le temps qu'il fait, le temps qu'on a et la hauteur de la rivière,
on zappe directement l'idée.
Je
sens que la nuit a été dure malgré tout. La reprise est difficile.
Faut dire qu'il y a un moment qu'on a pas fait une grosse rando. Les
quelques 6 kilomètres pour rejoindre le refuge étaient gentillets.
On traverse plusieurs rivières. Les chaussures sont trempées. Les
chaussettes imperméables aussi... Chiotte. Jusque là on avait pas
eu d'eau assez haute pour les mouiller.
Quand
on dépasse le deuxième lac, le sentier devient plus praticable et
les nuages commencent à se lever... Waaah ! Franchement, ça
vaut le coup. Ok le temps est pas radieux, mais assez haut pour qu'on
discerne les montagnes qui nous entourent, majestueuses.
On
est quasiment seules en plus, on croise deux personnes à l'heure. Ça
change du West Highland Way !! Par contre, ce qui ne change pas,
ce sont les midges... A chaque pause on se fait attaquer en bande. Les Cuillins m'émerveillent un peu plus que le ciel se dévoile.
13
heures. Pause pique-nique : babybel, compote, kitkat. Camille
fait un genre de malaise. Chute de tension ? Hypoglycémie ?
Elle se sent faible et a la tête qui tourne. Elle plane. Je lui dis
de s'asseoir et sort une tablette de chocolat. On reste là un bon
quart d'heure et ça va tout de suite beaucoup mieux... C'est qu'elle
m'a fait un peu peur la p'tite là. Crois-moi faire un infarctus ici,
t'as l'air con : pas de réseau, personne à la ronde. Enfin
bon. Tout va bien c'est l'essentiel. On croise une québécoise toute
mignonne avec son gros sac qui nous tape la discut'. Elle a monté le
Ben Nevis en même temps que nous, on a du se croiser, elle est
partie à 7 heures et s'est pris la pluie seulement en descendant.
Elle a bien fait !
Arrivons
à Sligachan vers 14 heures. Nickel. On a le temps de se poser à
l'auberge avant le bus de 16h20 pour Portree. Le type de l'auberge
est hyper accueillant et l'auberge en elle-même est très sympa :
il fait chaud, c'est spacieux, propre.
Nous
sommes dans un dortoir de 4 lits. Camille, moi, Elisa et Robert (des
enveloppes sont disposées sur les lits à notre intention). Je sais
pas pourquoi, la personne que je redoute le plus sans même l'avoir
vue, c'est Robert. Ça sent le type solitaire bedonnant et ronfleur.
16h30.
Départ pour Portree en bus. Le dernier bus de retour est à 18h30.
Ok, on a 1h45 pour trouver au mieux un vapostore, au pire un
chargeur de batterie au lithium (LOL, j'y crois tellement pas). On va
faire 2-3 courses au Coop. Ils n'ont rien de tout ça et n'ont pas
l'air de savoir où on pourrait trouver ça. Mbon. Direction un truc
de bricolage : ils n'ont pas de chargeur de ce type, par contre
ils nous indiquent la boutique Jans qui pourrait en avoir. C'est à
25 minutes à pieds. Il est 17h. Ça ferme à 17h30... Laisse tomber.
On finit à l'Office du tourisme qui nous indique la même chose :
Jans, à 20 minutes. Okay, il nous donne un plan. Il nous indique le
truc en zone industrielle et on se met en marche forcée. Allez allez
go go go. Rond point, première à droite. On est en dehors du plan.
Merde. Grand coop immense. On retourne demander notre chemin :
« c'est la 3e à droite, par contre ça ferme dans 9 minutes. »
On trace. Je pique un sprint et tourne à droite. Evidemment, j'ai
pris la 2e à droite. J'arrive chez un véto. Camille me suit en me
disant que je me suis plantée. Le véto m'indique la prochaine en
prenant soin de me signaler que « par contre ça ferme dans 4
minutes ». OUAIS JE SAIS BORDEL. Sprint again. Je veux vomir
mes poumons. On arrive, on voit le magasin, immense, un genre de
supermarché de l'électronique. Il est 17h29. J'arrive devant les
portes automatiques, fermées. Derrière, un bonhomme dans le noir
qui me regarde de haut en bas et tire une tronches de 15 pieds de
long. Il doit se demander ce qu'une nana en kaway et chaussures de
rando fout devant son magasin en le suppliant d'ouvrir. Il ouvre, je
me mets à rigoler. Lui pas du tout. Camille me rejoint. On lui tend
la batterie au lithium en lui expliquant qu'on cherche un chargeur.
Il prend la batterie, s'éloigne de quelques mètres pour se
rapprocher d'un collègue en train de ranger un truc. Il lui montre
la pile en baragouinant un truc qu'on peut pas entendre de
l'extérieur.
…
…
…
(bah
quoi faut bien maintenir le suspens non?)
…
…
…
Son
collègue fait non de la tête.
Ça
aurait été trop beau, tiens. On s'asseoit sur le trottoir de la
zone indus, muettes, pendant une dizaine de minutes. Dans trois
jours, on est à Glasgow. On trouvera rien avant. Les employés
sortent du magasin sans nous jeter un regard. J'aurais espéré que
l'un d'eux nous propose de nous ramener au centre-ville mais ils ont
l'air d'en avoir rien à carrer.
On
repart, bredouille. Il est 17h40. On prend notre temps pour retourner
au centre-ville, de toute façon on n'y trouvera rien... A moins que.
Camille se souvient que le Coop vend du liquide pour e-cigarette.
Peut-être qu'ils vendent aussi des cigarettes ? Bon, ça fait
chier, mais ça pourrait faire l'affaire. Il est 18 heures quand on
décide de se consoler en achetant un apéro pour ce soir, des
desserts et un paquet de schokobons. Oui, c'est mérité. Il est
18h15, on va faire la queue... Aïe, elle n'en finit pas... Le
dernier bus pour Sligachan est à 18h30, ça va être chaud. Pourquoi
on est tout le temps pressées aujourd'hui ??? C'est fou !
On
arrive en caisse à 18h25. La caissière nous propose une recharge
pour cigarette électronique et un modèle de cigarette un peu
chelou. On demande confirmation : c'est bien une cigarette
électronique ? Elle y connait rien du tout. Nous non plus,
franchement c'est chelou mais osef, on prend. Pour 20£, c'est pas
non plus la mer à boire.
Allez
cette fois on se casse et on va se réfugier dans le bus pour
Sligachan. Camille déballe sa clope... C'est un modèle « Blu »
un peu pourri avec du tabac à 16 mg dedans. Loin de ce qu'elle
fume... Elle a un peu la sensation d'avoir perdu 20£, mais ça fera
l'affaire. [Note : Finalement elle l'a filée à sa sœur et après s'est fait voler sa cigarette électronique sur les quais parisiens, s'en est racheté une pour elle... Comme quoi.]
On
est un peu dégoûtée pour le magasin d'électronique, j'y croyais
vraiment ! Enfin bon...pas si étonnant. Des piles au lithium y
en a pas partout non plus... Le ciel est dégagé, ça fait du bien.
En plus, on a fait un putain de plein de courses, et ça console
quand même. On va prendre des douches. Et faire pipi dans des
toilettes. Et ça console quand même.
Allez
ce soir c'est grosse ration avec desserts ! Elisa n'est pas
arrivée. Robert oui. Une famille de 10 aussi. Ils mangent tous dans
la cuisine en parlant de plein de trucs de société donc quelques
phrases attirent mon oreille, notamment : « tu sais les
arabes ils boivent pas d'alcool ». Vais-je commenter cette
phrase ? NON. Robert fait sa cuisine à côté de moi. Putain,
j'en étais sûre. La cinquantaine, un peu grassouillet, moustachu,
qui sent pas très bon, rougeâtre de peau. Il se fait cuire des
raviolis en boîte avec des crevettes. Hell... Ça lui va bien.
On se
couche pas tard : demain, on a prévu une randonnée de 18 km
aller-retour jusqu'aux Fairy Pools. Il paraît que c'est magnifique.
Espérons que la météo sera avec nous, depuis qu'on est sur Skye
c'est un peu pourri...
21h30.
J'écris mon carnet. Camille dort. Robert aussi. (Vous le voyez venir
ou pas ?)
22h.
J'ai fini d'écrire mon carnet. Camille dort toujours. Je ne sais pas
comment elle fait, mais elle en a de la chance. Robert ronfle si fort
qu'il fait vibrer mon matelas. Il ronfle sur le côté, sur le dos,
sur le ventre. Il fait des bruits que je ne pensais pas possibles.
Ses ronflements sont complètement irréguliers. Parfois, après une
expiration, j'ai l'impression qu'il suffoque et va mourir. Ça n'a
strictement aucun sens. Je ne comprends même pas comment ça ne peut
pas le réveiller lui-même.
Je
soupire. Je suis exaspérée. Je lance des CHHHUUUUUUUT réguliers,
sans aucun effet. Parfois, Robert semble se réveiller, une lueur
d'espoir m'anime alors : je vais avoir une fenêtre de 2 minutes
pour m'endormir !!! Allez on se concen... Même pas 10 secondes,
putain. Non seulement je n'arrive pas à dormir, mais en plus je
bouillonne. Non, vraiment, les ronflements c'est quelque chose qui
m'irritent grandement, je peux pas. Il a vraiment l'air gentil Robert
hein, et le plus déroutant c'est que son livre de chevet traite de
théories de physique quantique. Là, j'avoue, il casse tout le
personnage.
23h.
Fuck, je me casse. Je prends ma couette, mon oreiller, et sort de la
chambre, bien décidée à aller dormir sur le canapé de la salle
commune. Camille se réveille, me voit avec ma couette :
« Mais qu'est-ce que tu fous ? »
-
J'en peux plus putain, ça fait une heure qu'il ronfle comme un porc,
je vais dormir sur le canapé.
Je
ferme la porte et me casse. Evidemment, c'était en omettant la
famille de 4 générations qui prend la moitié de l'auberge (et soit
dit en passant se croient chez eux, rient et parlent fort dans les
couloirs). Je débarque dans la salle commune et tombe sur 4 clampins
qui boivent du whisky en jouant aux cartes. Putain ! C'est pas
vrai ! Je m'asseois sur le canapé, ils me regardent avec ma
couette dans les bras. « Je vais dormir là je crois. » Je
leur explique à coups d'imitation de Robert la raison de ma venue.
L'une des deux femmes me demande si j'ai des boules Quies.
…
Mais quelle conne. Evidemment que j'ai des boules Quies ! A
chaque fois que je prends le train de nuit je ne les utilise pas et
les garde dans ma trousse à pharmacie...
Je
retourne à ma chambre, prend ma trousse et sort. Camille me
rejoint : « ah ouais c'est horrible, maintenant que
je suis réveillée j'entends que ça ». Bah tiens. Par chance,
j'ai deux paires de boules Quies et en file une à Camille. On
retourne au pieu et tout de suite, ça va tellement mieux... !














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