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2 août 2018

On chille toute la matinée pour finalement décoller vers 11h de l'auberge. On se pose dans un café en face l'arrêt de bus où on fait les sandwichs en mangeant un brunch à base d'oeuf et d'épinards : miom. Camille est en extase culinaire.






On se fait une grosse demie-heure de bus jusqu'à Kirkibost. L'île de Skye dévoile ses atouts.






Il est 13 heures quand on attaque la petite montée de quelques 300m de dénivelé pour rejoindre la baie de Camasunary. Il fait pas trop froid, par contre on ne voit strictement rien, on est dans les nuages, littéralement.





Ça reste sympa et après tout on n'a rien d'autre à faire que d'accepter la météo. Vers 14 heures, on se pose au col pour pique-niquer avant de redescendre sur le refuge. Et là, comme balayés furtivement, les nuages s'en vont en quelques secondes, et la vue se dévoile. Ouah ! On s'attendait pas du tout à voir ça, quelle surprise ! C'est sublime ! Des montagnes, un lac, une immense baie sauvage, 2 cabanes, quelques tentes, la mer... Au loin, des îles. Magnifique.










On contemple ce tableau quelques minutes avant que des gens arrivent d'en bas ce qui nous pousse à repartir. En à peine une heure, nous nous trouvons déjà au bord de la mer, criblée de déchets humains. Eh oui. On dirait que l'océan vomit ce qu'on lui injecte de force.



On se plante en allant jusqu'à l'ancien refuge pour revenir sur nos pas et arriver au vrai refuge. On entre. Plein de gens. Une odeur nauséabonde : les chaussures de tous ces gens sont à l'entrée. Une grande cuisine avec deux tables, bancs, plan de travail. Une unique porte nous amène au dortoir, deux étages de planches en bois superposés. Pas de matelas, et déjà les places sont bien remplies... Il est que 15 heures. Damned, moi qui avait espéré pendant un instant que l'on puisse se retrouver seule ici. Que nous en ne nenni !! On discute avec un couple d'espagnols qui nous indiquent les deux dernières places, en bas. On a du bol quand même. Camille me laisse gentiment la place contre la rambarde car elle sait que je supporte difficilement de dormir à côté d'inconnus. Comme c'est gentil. Je me retourne pour installer mon duvet, et je vois l'horreur. Sur la rambarde de bois qui sépare le dortoir en deux, un type fait sécher ses chaussettes et ses caleçons. Ok donc juste à côté de ma tête, à 5 centimètres, il y aura donc des chaussettes humides et probablement sales.

… Je veux pleurer.



Joshua vient discuter avec nous : un américain qui bosse pour une association chrétienne où des jeunes des 4 coins du monde (Europe et USA surtout) étudient la religion tout en voyageant. Ils sont allés aux Etats Unis, en Allemagne, et les voici maintenant sur l'île de Skye. Il est vraiment sympa. Je comprends pas tout ce qu'il dit mais il nous parle, nous pose beaucoup de questions sur nos vies respectives, bref il est avenant et c'est chouette. Son groupe est constitué de 13 jeunes gens plutôt dynamiques et conviviaux qui troublent la quiétude du couple espagnol, visiblement désappointé. « Ils viennent que pour faire du bruit », qu'ils nous disent. Bah au moins c'est vivant quoi. Parce qu'une fois les 13 jeunes partis, on se retrouve à prendre un goûter avec le type espagnol qui essaye de faire un puzzle d'une carte IGN et un anglais en face de lui qui mange des dattes en lisant Les deux tours de Tolkien. Et franchement c'est badant. On se regarde, on finit notre café et on se presse de sortir de là. On profite qu'il ne pleuve plus et que la vue soit assez dégagée pour faire une balade dans la baie : c'est magnifique.







On tente de suivre Joshua et sa bande jusqu'au loch Coruisk de l'autre côté de la rivière mais quand on voit qu'elle leur monte jusqu'aux genoux, on lâche l'affaire et on préfère remonter le cours d'eau en le longeant. Ce qui nous vaut quelques pas d'escalade et une vue sublime sur la baie et les montagnes.







Une balade d'une bonne heure nous invite à reprendre la direction du refuge. On se pose un peu sur un gros caillou devant le refuge et observons nos gros tarés de voisins de chambre prendre un bain dans la mer. En même temps quand t'as Tolkien-boy qui te dit qu'il est là depuis deux jours et qu'il resterait bien encore deux jours, tu te dis qu'il doit un peu PUER et ça peut pas faire de mal.


Quand on parle du loup, il est 19 heures quand on retrouve les deux autistes attablés et l'odeur pestilentielle qui plane dans la pièce. (Oui je suis pas gentille mais ils me liront jamais, hein.)

Vision d'horreur : quelqu'un a posé ses chaussettes sales sur ma serviette. Je les écarte avec le dos de la casserole. Je m'asseois quelques minutes : « On va tellement passer une nuit de merde » que je lance à Camille qui éclate de rire. Je la suis et me marre. Le mec qui dort à côté de Camille débarque dans le dortoir. C'est elle qui a envie de pleurer maintenant : pour faire vite, on dirait qu'il a fait Koh Lanta. Je pense que je n'ai pas besoin d'en dire beaucoup plus. Elle fait les gros yeux dès qu'elle le voit s'approcher de son duvet. « Il a posé son t-shirt sur mon duvet là ? Attends il a touché mon duvet avec ses mains qui puent ? Sérieusement ? » me chuchote-t-elle, horrifiée. « Je suis sûre que c'est lui qui a posé ses chaussettes sur ta serviette putain ». Je pleure de rire. Je sais pas si je préfère pas les sous vêtements pendus à côté de ma tronche finalement !

On se fait une soupe avec de la semoule dans la salle commune avant qu'il ne fasse trop nuit : le temps est bas, il fait vite sombre. Joshua et sa bande sont de retour et font des PIZZAS. Oui, les mecs ils font des pizzas au réchaud, c'est tellement stylé. Et ça sent bonnnnnn. On discute avec un petit groupe de jeunes, notamment de foot parce qu'évidemment ON EST LES CHAMPIONS, et quand on dit qu'on est françaises, ça loupe pas.

21h. La moitié du dortoir est parti se coucher. On discute avec un couple de français et le couple d'espingouins : universités, études, bac... Gros débat en perspective. Le français, sympa mais un peu réac, est prof et chercheur en didactique. A la tombée de la nuit, on retourne faire une balade au bord de mer et en profitons pour nous laver les dents.


On s'installe sur notre rocher au bord de la flotte. Une fois l'idée de la nuit de merde acceptée, j'avoue qu'on commence à se plaire ici. On y est pas mal, le cadre est juste merveilleux, les gens sont cools dans l'ensemble. Franchement, j'y croyais pas en arrivant, mais je me résous à admettre que c'est peut-être la plus belle soirée de notre séjour. On observe la mer avec sa houle et les mouvements timides des vagues sombres.
« Y a pas un truc là qui dépasse de l'eau ? » note Camille.
- Mmmh, nan, ça doit être un rocher ?
- Ouais mais ça bouge. On dirait un sac plastique.
- Ah ouais, on dirait un chien qui sort la tête de l'eau un peu. WAIT !!

Soudain, la pierre coule. Oh fuck ! Oh plutôt oh phoque ! Il ressort sa petite tête, nous regarde quelques secondes pour replonger définitivement. Sûrement qu'il va vite se barrer prévenir ses potes : « bon les gars, on peut pas encore amarrer, y a deux connasses qui m'ont repéré ». Trop mignon !!!! On est clairement aux aguets, on veut pas rater une deuxième tournée de phoque. On scrute la plage.

« Y a pas des trucs qui bougent sur la plage ? » note Camille, toujours aussi observatrice.
- Mmmmh, nan, c'est des algues ?
Impression de déjà-vu. Il serait peut-être temps que je lui fasse confiance à Camille, elle a visiblement de meilleurs yeux que moi. Et pour cause... Sur la plage, trois biches dans la pénombre mangent des algues. Des campeurs non loin nous font des signes avec une lampe torche. On s'approche doucement... Ouah. Ça coupe un peu le sifflet. Elles nous regardent mais ne semblent pas plus perturbées que ça et continuent de grignoter leurs algues.


Tellement merveilleux... Je crois qu'on a gagné notre soirée là...

On ne les dérange pas plus longtemps et retournons dans le refuge avec une autre espèce avec qui cohabiter : les habitants du refuge. On retourne s'attabler quelques minutes avec les autres. Les jeunes de l'association viennent nous prévenir tout gentiment et en s'excusant par avance qu'ils se réveilleront à 4 heures du mat. Ils sont en tente mais ils viennent faire à manger à l'intérieur, du coup ils risquent de faire un peu de bruit. Ils sortent. « Ils vont nous faire chier jusqu'au bout » sort l'espingouine. Regard noir de Camille. Haussement de sourcils de Nini en direction de Camille.
« Viens on sort un peu » propose Camille. Avec plaisir.
Elle fume sous la pluie. Les jeunes sont trempés et courent jusqu'à leurs tentes. L'esprit rabat-joie des espagnols nous insupporte. Effectivement, 13 personnes dans une pièce de 20 mètres carré, ça fait un peu de bruit. Effectivement, ils passent une majeure partie de leur temps ici parce qu'il flotte et qu'y a rien d'autre à foutre – et accessoirement pour manger au chaud. Effectivement, ils discutent, rient... vivent, en fait ! Effectivement, le refuge ne t'appartient pas et si t'es pas contente fallait te payer une chambre en hôtel. Les nuits sauvages, ça demande une certaine tolérance niveau vie de groupe et si tu crois que j'ai envie de partager une planche de bois avec toi, tu te fourres le doigt dans l'oeil. Et pourtant, je te tolère sans broncher.

Bref, des connards quoi.

On rentre à nouveau dans le refuge. Camille n'a plus de batterie sur sa cigarette électronique. Il n'y a évidemment pas d'électricité dans le refuge donc je lui branche sur le booster. Rah, c'est pas intuitif ces trucs, celle de mon copain est pareille, faut la brancher à l'envers. Du coup je me gourre évidemment de sens et force un peu. Ah ouais, c'est vrai, c'est à l'envers. Je la rebranche dans le bon sens (tu le vois le truc venir ou pas ?) … Ah. Ça marche pas.
- Attends attends touche pas faut faire gaffe, ça se branche à l'envers ! Me dit Camille
- Ouais, je sais... mais je l'ai remise à l'endroit en fait. Et ça charge pas.
- Hein ? Non. Putain, non ! C'est pas possible.

Chiotte. « Jamais deux sans trois » disait-elle dans le train. Après les lunettes, le kaway, on se demandait bien ce qui pourrait tomber en rade chez Camille. Et cette fois c'est ma faute. Bordel, en plus je le savais en la branchant, j'ai pensé à celle d'Arnaud et je me suis dit « ah ouais c'est vrai que la sienne est sensible faut que je fasse gaffe » et j'ai pourtant cru faire gaffe et … raaaaaah, zut. Camille a envie de pleurer là je crois. Y a un petit morceau de la prise qui est tombé. Elle essaye de faire des trucs complètement improbables avec une pince à cheveux, sans aucun espoir. Silence. Je me souviens l'épisode des Vosges où elle avait emmené que 4 feuilles à rouler pour 4 jours... On avait bataillé pour dégotter des feuilles en plus. J'espère qu'elle sera forte parce qu'on trouvera pas de magasins e-cigarette par ici, et il est hors de question qu'elle se remette à fumer. Bon. On se couche. Je culpabilise. Elle me rassure en disant qu'elle préfère largement que ce soit moi qui l'ai cassée plutôt qu'elle. CERTES. Mais ça aurait été encore mieux que je casse rien du tout !!! Elle me dit que c'est pas grave et que je dois pas m'en vouloir. Je réfléchis à une solution. Bordel on est au bout du monde, y a PAS de solution. Je regarde les horaires des bus et lui propose de partir tôt demain, arriver tôt à Sligachan et prendre le bus pour Portree, la plus grande « ville » de Skye (c'est petit quand même hein). Peut-être qu'on trouvera un magasin qui vend des cigarettes électroniques... lol.

« S'il vous plaît, ne parlez pas dans la chambre ». La voix émerge du côté de Camille. On s'excuse. J'ai envie de répondre « Sil vous plaît, ne puez pas dans la chambre », mais bon. Je m'endors relativement vite, malgré le bois dur et l'absence d'oreiller. La bonne nouvelle de la soirée, c'est que le type à côté de moi a retiré ses sous vêtements... Ah ! Enfin un peu de décence dans ce monde.


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