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1er août 2018


Réveil 8 heures. Les bouseux puants sont partis. Parfait. Le lever est difficile pour Camille. Je vais la chercher toutes les 10 minutes, enfilant mon timbre de voix spécial Réveil-Kay : « Camiiiiille... Allez ton délai est écoulé, faut se lever... » Réponse habituelle : « Mh. » J'aime cette réponse. Je sais que la première étape est franchie : elle m'a entendue. A la prochaine, si elle ne s'est pas rendormie, elle parlera de manière concise, voire confuse. A la troisième elle ouvrira les yeux, peut-être qu'elle me racontera les rêves qu'elle a fait, elle demandera probablement l'heure qu'il est. Enfin, à la dernière étape, elle se lèvera avec un petit soupir qui dénotera de la violence du passage à la verticale.
Le père de famille français partage le dortoir avec nous, il assiste au rituel. Je vais faire le petit dej.
« Alors elle est réveillée ta copine ? » me lance-t-il.
- Oh la, j'y suis allée que deux fois, j'ai encore de la marge ! »
Il se marre. Je perçois dans son rire un mélange de sympathie et de reconnaissance de notre amitié. Du moins c'est ce que j'aime à croire. Probablement que je surinterprète, mais il faut dire que j'ai une certaine fierté à montrer combien le duo que nous formons roule comme sur des roulettes grâce à un principe de confiance, de complémentarité et d'unité. Et puis faut dire qu'elle est trop mimi la petite Kay quand elle essaye de se réveiller.

On prend clairement notre temps, on l'a. Le programme de la journée c'est de rejoindre Broadford sur l'île de Skye, et ce en 4 étapes :
- marche de 4 km jusqu'à Fort William
- train de Fort William à Mallaig
- ferry de Mallaig à Amardale
- bus d'Amardale à Broadford

On ne décolle de l'auberge que vers 10 heures. On s'arrête au Ben Nevis Visitor center, j'achète quelques souvenirs, des cartes postales. On marche quelques minutes le long de la route, passons par le parking Braveheart (pourquoi?)




C'est pas foufou ces derniers kilomètres sur le trottoir. Faut dire qu'après ce qu'on a vécu hier, le crachin et le bitume c'est pas ce qu'y a de plus palpitant.

Une camionnette s'arrête à quelques dizaines de mètres de nous. En sort un chien que son maître attrape par le collier et balance violemment dans la forêt. Je crois rêver. Mon cœur palpite. Je regarde Camille pour avoir son approbation : elle a bien vu ce que j'ai vu. Je presse le pas, j'ai les nerfs, putain. On s'approche du petit bois où le connard est descendu avec son chien. En contrebas, une rivière. « J'ai peur » me dit Camille. Ouais. Moi aussi, j'ai peur de ce qu'on va trouver au bord ou dans la rivière. On descend quelques marches et on trouve le type, un gaillard assez costaud, qui lance une balle de tennis à son chien... dans la rivière où le courant se débite à une vitesse folle. Le chien, pas plus de 6 mois, galère à revenir à la nage. Il la lance de plus en plus loin.
« Hello » amical. Le chien revient sur la berge et nous le couvrons de caresses, accompagnées de phrases de gaga-style du type « oooooohhhhh il est trop mignonnnnnnnnn, viens loulou ! Viens ! », histoire de faire comprendre à l'autre con qu'on a pas l'intention de partir. On s'asseoit. Quelques coups d'oeil à la merde ambulante qui continue de lancer la balle dans la rivière. Hors de question qu'on bouge de là.

Au bout de cinq minutes, le type finit par remonter vers son van et appeler son chiot, qui le suit. Ils sont hors de vue... mais pas d'ouïe. Des coups. Des cris. Je regarde Camille dans les yeux et lis dans son regard horrifié la même chose que dans le mien.
« Il est en train de le frapper là ? » me demande-t-elle avec un ton qui implore la contradiction.
On se lève d'un bond et on court en direction du van en interpellant le type. Le chien vient vers nous, le mec nous voit, attrape l'animal par le cou et le met dans le van avant de revenir vers nous. On fait demi-tour. Si un homme est potentiellement capable de noyer son chien, ça le dérangera pas de nous mettre une droite hors de la vue de tout témoin. Il finit par partir au volant de son van. On se rasseoit au bord de la rivière. Camille a envie de vomir. Je bouillonne. Dans certaines situations, j'aimerais bien être un homme bien baraqué d'1m90. Ou simplement être armée. Je me vois sortir un poing américain prolongé d'une lame affûtée et lui ordonner de me filer le chien. Non, en vérité, la menace ne me fait rien. Je me vois surtout le rouer de coups. La violence inspire la violence. C'est peut-être pas très éthique mais une ordure pareille ne mérite pas mieux. Je suis prise de regrets. J'ai mal au bide.
On reste ici une grosse demie-heure, regardant la rivière couler à flot devant nous, s'attendant à tout instant à voir le chien y flotter.

On finit par briser le silence en changeant de sujet et surtout en continuant notre route vers Fort William. Une heure durant, le sentiment de rage et de culpabilité n'aura de cesse de tournoyer en moi. On arrive à Fort William vers 12h. Un panneau nous indique qu'on a fini le West Highland Way et qu'on peut aller chercher un certificat à la boutique.





Ils sont pas magnifiques ces produits, alors ?

On se contentera d'y acheter quelques souvenirs – notamment des bouteilles de whisky les plus petites au monde, que vous pouvez vous aussi acheter ici :


On va à la gare déposer nos sacs dans une consigne. 5£ pour un grand casier, 4£ pour un moyen. Tous les grands sont pris. Merde. Hors de question d'en prendre deux petits. En faisant du forcing, on finit par caser nos deux énormes sacs dans un petit casier !


Nous avons 4 heures pour nous balader et découvrir le petit centre-ville : c'est vite fait. On fait quelques boutiques de souvenirs, passons par la poste, la banque... Et finissons dans un restaurant « world friendly », le Geographer, qui tacle Trump sur la pancarte d'entrée. Forcément, ça nous attire.




14h10, retour vers le futur la gare pour aller voir le Jacobite steam partir. Il s'agit du train qui a servi au tournage d'Harry Potter pour les plans extérieurs. Il va de Fort William à Mallaig et passe notamment sur le viaduc de Glenfinnan, que nous allons emprunter tout à l'heure. C'est la même ligne de train, sauf que le train à vapeur coûte 30£ et le train banal coûte 7£. Pas de regrets, à part une petite cabine avec quelques friandises Harry Potter, les wagons ne sont pas exceptionnels. Les compartiments à l'intérieur du train sont en fait refaits en studio et d'ailleurs visibles aux studios Warner Bros de Londres. Du coup, le train en lui-même n'a pas grand chose de la saga de J. K. Rowling. On en profite quand même pour aller acheter des dragées de Bertie Crochu, comme à notre habitude... héhéhé.








15 heures. On repart de la gare couvertes de charbon. Ah bah bravo. On se prend une crêpe au nutella à un stand breton où on discute avec le type et son gamin.



MIOM. Tellement de calories aujourd'hui ! Flânons une heure et retournons une dernière fois à la gare pour récupérer nos sacs et prendre le train à 16h20. 



Camille n'arrive plus à ouvrir la poche de son kaway, la fermeture éclair semble coincée. Mbon. On verra ça dans le train. Le problème c'est qu'elle a tout dedans : passeport, carte bleue, cigarette électronique... (Vous le voyez venir ou pas ?) 
On s'installe dans le train et elle s'affaire sérieusement à la chose : pas moyen d'ouvrir cette foutue poche. Elle soupire. « Tu peux aller me chercher les ciseaux s'il te plait ? » Emploi des gros moyens. Elle troue la poche de l'intérieur pour voir ce qui coince.



Pas moyen de comprendre ce qui cloche dans la fermeture. Excédée, Camille se résoud à... découper la poche de tout son long pour en sortir tout ce qui s'y trouve. Elle tire un bon coup sur le zip et... le kaway se déchire. Je pouffe. Elle me jette un regard noir : « C'est pas très drôle. Il m'a coûté 45€. » J'ai plus envie de rire. Pourtant c'est quand même risible. Après les lunettes qu'on vient de réparer avec la glue, c'est maintenant le kaway qu'il faut recoudre. Son self-control est mis à l'épreuve. On change de place et on s'installe à un carré de 4 places pour avoir une table et Camille, dans le calme le plus maîtrisé, recoud tranquille son kaway en jetant des regards par la fenêtre. Entre temps, j'ai réussi à ouvrir la fermeture éclair. Hell, tout ça pour un zip de poche...



Camille me dit « jamais deux sans trois, tu vas voir que le dernier truc ça va être un truc chiant et cher, genre mes chaussures ou mon sac tout neufs. »

Le paysage est nuageux mais quand même appréciable. On passe sur le viaduc de Glenfinnan (le viaduc d'Harry Potter). Joli, comme en témoigne la tête de Camille à 0:10.



Comme on est dans le thème, on ouvre un paquet de dragées de Bertie Crochu pour jouer à notre jeu favori en voyage : manger des bonbons au goût de vomi ! Ahaha. Bon en vrai on s'épargne les pires (œuf pourri et vomi) parce qu'on sait que sans pouvoir cracher le bonbon et sans soda pour faire passer le goût, on va réellement vomir. On change un peu les règles du jeu parce qu'on connait par cœur les goûts associés à chaque couleur, donc à partir de maintenant le but c'est de piocher et manger un bonbec les yeux fermés et deviner au goût. Sauf que le paquet nous trolle et qu'y a visiblement des gros pièges.


Ah c'est marrant hein ? Ouais, c'est marrant. Franchement je comprends pas pourquoi personne aime ce jeu.

Arrivons à 17h45 à Mallaig. Le ferry est à 200m de la gare. Il pleut, le temps est très bas et la grisaille ne nous atteint pas trop moralement puisqu'on passe notre journée dans les transports. Le ferry décolle à 18 heures pour la traversée jusqu'à Amardale sur l'île de Skye. On y retrouve deux types et une nana qu'on a plus ou moins suivi tout au long du West Highland Way. Des suisses. Les deux mecs ont l'air sympa, la nana un peu froide.



19 heures, je sors des toilettes. Damned, on est déjà arrivées, c'est passé vite. Camille se tient face à moi, tout sac à dos mis sur ses épaules : « alors déjà, t'es dans les toilettes des hommes. Ensuite, quand tu t'en vas, ça serait bien de me le dire parce que je t'ai un peu cherchée Nini ». Oups. Pardon Kaykay.

Il fait toujours très moche sur l'île de Skye, le temps est tellement bas qu'on confondrait presque les nuages avec la mer.



On prend le bus 52 et descendons, comme nos acolytes suisses, à Broadford. Il flotte. Ils vont chercher un endroit où planter leur tente. Brr... Autant dans la nature sauvage je peux quand même prendre plaisir à camper sous la pluie, autant en bordure de ville... Mmmmmmboooof. Bien contente d'aller à l'auberge, à 800m de là. C'est cool, avec des correspondances de moins de 15 minutes, on aura fait Fort William / Broadford en un peu plus de 3 heures ! Great.

Pas très faim ce soir, on a tellement mangé à midi. On prend une barre de céréales et un thé dans la salle commune. Ecriture des cartes postales. Les deux nanas qui partagent notre dortoir ont déjà éteint la lumière (il est 21h) et soupirent quand on fait du bruit. Connasses. On aurait pu sentir le pet et parler fort comme certains le font, estimez vous heureuses.

Point météo : demain il flotte, pour changer. Je pensais qu'on pourrait prendre le bus de 7h05 pour Elgol et aller au refuge de Camasunary à pieds en faisant un grand tour de 12 km, mais vu la météo, je propose à Camille de prendre l'unique second bus de 12h30 pour faire seulement Kirkibost / Camasunary, à 6 km seulement. Vendu. Bon il pleuvra pas a priori, mais il fera pas BEAU non plus. L'Ecosse quoi.


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