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27 février 2019


Madère, alias Jurassic Park

Je n'ai toujours pas de smartphone (et j'compte bien ne pas m'en procurer), donc c'est depuis mon ordinateur que je découvre les sites de VTC et me commande un chauffeur pour me rendre à l'aéroport. Comment ça j'ai des goûts de luxe ? 25 balles pour aller à Orly en 40 minutes au lieu de 1h45 avec 18 kg sur le dos et plus de 15€ de transports en commun (dont 9 d'OrlyVal), c'est vite calculé...

Arrive à l'aéroport vers 10h, j'enregistre mon bagage directement en soute : 14,1 kg, j'ai droit à 15, ça tombe bien.
Je suis en première ligne pour l'embarquement à 12h30 et, quelques minutes avant, j'ai ce sentiment de libération, comme si on enlevait des mains de ma trachée. Je raque 12€ pour une vulgaire salade et une compote. 



Décollage. Je suis côté hublot, comme toujours, pour un accès immédiat à la Terre vue du ciel.
Et comme je suis une prof parfaitement consciencieuse, j'ai pris avec moi pas moins de 86 copies de 4èmes. Eh oui, 5 heures d'avion, c'est long. Et puis on sait jamais, un soir pluvieux sous la tente, un séjour à l'hôpital... Ya toujours un moment pour mettre l'ennui à profit ! Du coup, c'est dans les airs que j'entame les 25 premières copies. 






On arrive à Porto, une escale de 30 minutes le temps de faire descendre et de récupérer des passagers. Nous autres restons à bord et attendons, comme dans le train.




C'est relativement moche, en tout cas vu du ciel. C'est reparti, il reste deux bonnes heures de vol. J'arrête les copies et me colle mon nouveau lecteur mp3 sur les oreilles. Yaaaaaah, merci Jeannot !! Il faut comprendre que l'an dernier, mon ami Jeannot m'a offert un super lecteur mp3 à PILES, ce qui est génial pour les rando puisqu'on a juste pas accès à l'électricité pendant plusieurs jours. Sauf qu'entre temps, je suis allée dans les Pyrénées, et le lecteur en question est tombé dans la rivière avec René (mon sac). Du coup il est mort. De fait, mon anniversaire étant en décembre, ne v'la-t'y pas quelle idée sompteuse que Jeannot a eue de m'offrir un NOUVEAU lecteur mp3 à piles !! Du coup, je m'éclate avec ma playlist et... m'endors.

Je me réveille quelques temps plus tard avec Exit music (for a film) de Radiohead. Elle est belle, cette musique. Elle me renvoie toujours en 2006, me rappelle des souvenirs tournés vers des personnes précises et pointés de nostalgie. Je regarde dehors, il y a tant d'eau, tout est si bleu, si vaste. La musique de Dark Souls III démarre, si intense, m'enivre, je m'envole hors de tout (comme c'est bizarre depuis un avion, lolz).


A l'approche de Madère, je me plais à prendre conscience qu'ici, je ne suis personne. Je ne suis pas prof, je ne suis pas parisienne, je ne suis pas normande (si, toujours quand même, c'est dans le sang), je ne suis pas parente de X, je suis pas tous les critères qui font qu'on me connait telle que moi. Je suis une anonyme parmi tant d'autres, une inconnue au milieu de l'inconnu, dans un coin du temps et de l'espace. Et ça, je crois, c'est la force qui me pousse à foncer tête baissée. Bien loin de la peur que la solitude peut apporter, en ces temps de perte dans l'inconnu qui sont assez nouveaux pour moi, ici, c'est un sentiment de liberté qui s'offre à moi. Et ça me plait.


19 heures. Bon les gars, j'ai pas chômé. Oui parfois j'écris de manière rétroactive, ça vous immerge un peu plus dans mon quotidien, celui où j'écris seulement une fois que j'ai le temps. Non ? Allez je vous raconte ça, un peu.
Alors là actuellement je suis au bout d'une route, dans Funchal. Je suis arrivée à 16 heures à l'aéroport de Funchal (qui est à Machico d'ailleurs, pas du tout à Funchal), récupéré René, choppé le bus express de 16h15 pour le centre de Funchal, acheté une bouteille de gaz dans un des très rares magasins qui en vendent sur l'île (15€ la bouteille, fumiers) puis j'ai demandé dans un genre de prestataire qui organise des randos pour mon autorisation de bivouac dont j'ai pas eu de nouvelles : c'est grave ? J'explique que je vais à Porto Moniz ce soir, à l'autre bout de l'île, et que je reviens à pieds. La nana m'a supplié de ne pas faire ça. J'ai pas compris pourquoi, je l'ai regardé étonnée. Le mec à côté d'elle m'expliquait que c'était hyper long et que je pourrais jamais revenir ici avant la nuit. LOOOOOOOL, ils ont cru que je voulais traverser l'île en deux heures ! Je leur ai gentiment expliqué que je suis pas tarée et que je vais revenir en 6 jours de marche (d'où ma question initiale sur les aires de bivouac, en fait hein...) Il était alors 17h15 et la nana me dit que l'organisme pour mon autorisation de bivouac ferme à 17h30. Et c'est pas la porte à côté. Mbon, il était gentils quand même, même si globalement ils m'ont pas apporté grand chose. Je les ai remercié et me suis barrée. En face, il y avait l'Office du Tourisme, donc j'ai posé la même question à une nana à qui j'ai sorti mon mail imprimé avec les demandes, et mon laïus. Pas très aimable, elle m'a un peu prise de haut en me disant « non mais faut faire ça des mois à l'avance hein, ya plein de monde, votre mail date du 24, on est le 27 ! » (Hurf hurf hurf, je rigole, maintenant quand j'y repense). Oui ben j'ai une vie madame, et j'ai pas prévu mon voyage DES MOIS à l'avance. J'étais en train de me dire que j'aurais jamais du demander quoi que ce soit quand elle m'a proposé d'appeler le service des forêts qui délivre l'autorisation, celui qui ferme à 17h30 oui. Il est 17h25. Miracle, une nana a décroché, fouillé dans ses mails et a dit à la nana en face de moi qu'on m'avait renvoyé l'autorisation ce matin à midi ! Ah, mais j'étais dans l'avion ma bonne dame. « Donc c'est bon, vous avez juste à montrer votre autorisation », a-t-elle conclu en désignant mon portable. Aha, aha, aha. Ceux qui me connaissent savent. Pour les autres, j'ai eu trois portables dans ma vie : un sagem myx5, un ZTE F160 et l'actuel Samsung GT, qui est certes tactile mais c'est bien sa seule ressemblance avec un smartphone tel qu'on l'entend. Je lui ai donc expliqué que je n'avais pas internet, tout en me disant qu'on est à l'office du tourisme, et que si elle est pas trop con, elle va me proposer d'aller voir mes mails et d'imprimer l'autorisation. Ben non ! Elle me dit que de toute façon, on m'a dit oui, alors j'ai qu'à montrer le mail que j'ai envoyé si on me demande quoi que ce soit. De toute manière, j'ai comme l'impression que personne ne va rien me demander, mais je suis en règle et j'ai du gaz, c'est le principal. Mission accomplie.

Bref, après quoi je suis allée me poser sur un banc en attendant mon bus de 19 heures et en buvant une bière madéroise ouverte à l'opinel devant un concert de rock, dans la rue, en discutant avec des mamies canadiennes.








Demain on attaque le dur, vous aurez probablement moins de détails, mais là j'avoue que j'étais assez fière de ma course express tout en réussite. Le temps est couvert mais il fait 20°C, l'île ressemble à Jurassic Park, les maisons sont entassées à flanc de montagne ou de falaise, et j'ai déjà hâte de commencer ma deuxième course, bien moins express : la traversée.



La lumière du soir est belle, et je me dirige vers mon arrêt de bus... que je ne trouve pas. Chiotte. Il est bientôt 19 heures, il passe à 19h00, et surtout c'est le dernier. Bon, au pire je ferai du stop, mais ça crame tout mon programme, ça. Je demande à 4 ou 5 personnes, je comprends rien à ce qu'on m'indique. Y a 3 compagnies différentes à Funchal : Horarios do funchal, SAM et Rodoeste, la dernière étant celle que je cherche. Evidemment que je ne croise que des arrêts de bus SAM et HF. Je fais un détour de 20 minutes pour finalement revenir juste à coté de là où je suis partie, et trouver l'arrêt de bus ridiculement petit (un panneau, en fait). Cela fait 15 minutes que j'attends, je demande à tous les bus qui passent quand arrive le bus pour Porto Moniz, tous me disent « c'est le prochain ». Bien bien bien bien. Finalement, le voilà, avec quelques 20 minutes de retard. Sauf que LOL, c'est un bus de ville... pas de soute, des sièges ridiculement petits, on se croirait dans les années 50 ! Le chauffeur m'explique que je vais devoir changer de bus, je comprends riennnnnnn. Et surtout, le bus est plein... Je passe même pas dans l'aller avec mon gros sac. Les gens me dévisagent comme si j'étais une extraterrestre, je m'excuse en souriant, on me répond pas. La vache, quel accueil. Je suis un peu refroidie, j'avoue. Je trouve une place pour René (mon sac) et une place pour moi, tassée à côté d'une dame qui semble me maudire d'être entrée dans ce bus. Bon bon bon ! Petit à petit, les places se libèrent et ne se remplissent pas tellement. La nuit tombe. Je sais pas quand et où je suis censée descendre du bus pour en prendre un autre. Je demande à une dame derrière moi qui a l'air gentille et souriante, mais qui ne comprend ni le français ni l'anglais. Du coup elle rigole et me fait oui de la tête. Il lui manque 3 dents.

On arrive à Sao Vincente, le chauffeur me fait signe. Ok c'est pour moi, je descends. Le temps de prendre mon sac et tout le bordel, je suis la dernière à descendre du bus. Je suis les gens et choppe le suivant qui attendait tout simplement qu'on arrive. OKAY, tout va bien. Il fait nuit noire. J'oubliais qu'on est en février.

20h30, j'arrive enfin au camping de Porto Moniz, situé en fait à Ribeira da Janela, 5 km plus au Sud. L'arrêt de bus n'en est même pas un, on me largue au bord de la route. Je ne sais pas comment rejoindre le camping qui se trouve être « en-dessous » de la route sur laquelle je me trouve. Je traverse un pont, un ado est là. Je lui demande comment aller au camping, il me désigne un espèce d'escalier minuscule plongé dans le noir. Ok, ok. Heureusement que t'étais là, mon ptit.


Il y a une tente, et c'est tout. Je rentre dans le bâtiment vide, un type est là, me fait payer les quelques 5€ pour ma nuit au camping. Merde, j'ai plus de cash, il doit me rester genre 4€. Je pense pas trouver de banque ou de distributeur avant un long moment... J'espère que j'aurai pas besoin de thunes.
J'installe ma tente à côté d'un chat qui me suit : une écaille de tortue !! La même race que mon chat. Je sais donc que c'est par définition une petite fille, puisque génétiquement, seules les femelles ont trois couleurs.


Je crois qu'elle m'aime.

21h30 : repas à la lueur du lampadaire. Du riz à la sauce champignons / crème. Plus de sauce que de riz, ça fait presque une soupe. Erk. Je saurai pour la prochaine fois : mettre moins d'eau... Le chat reste à côté de moi toute la soirée.



Je vais prendre ma douche. Ok ça a l'air parfaitement inintéressant mais les douches ont une particularité assez rigolote.


Oui, elles sont parfaitement ouvertes. Ça va que je suis seule, je m'en fous. Par contre, elles n'ont pas toute de l'eau chaude, donc je dois en essayer 4 avant d'en trouver une chaude. J'ai cru que j'allais me la faire en mode refuge pyrénéen d'en Beys (ou Camille au Canigou, au choix!) Un petit thé plus tard et me voilà dans mon duvet. Il est 23h. Armée d'ibuprofène et de doliprane 1000 (j'ai TRÈS mal aux dents), j'écoute Spiegel im spiegel d'Arvo Part dans la pénombre. Aucun mot ne peut décrire ma sérénité. Je repense justement à ma soirée dans le refuge d'en Beys dans les Pyrénées, et à ce type que j'avais renommé Emmett en raison de sa ressemblance avec Doc, tellement drôle et gentil. Que j'aimerais le recroiser au détour d'un feu de camp.


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