Madère, terre de levadas et
de tunnels
Nuit relativement fraîche.
Et encore, on est en bas. J'imagine pas au Pico Ruivo... Chiotte,
j'ai pas pris mes chaussettes thermiques, pensant que Madère, hé,
c'est bon il fait chaud ! Hélas, je crois qu'on est en février
ici aussi.
Je daigne sortir de ma tente
pour me faire à manger : le petit minou est toujours là, à
l'entrée de la tente, à croire qu'il a passé la nuit là !
Elle aurait pu dormir avec moi à ce compte là, on aurait gagné en
chaleur toutes les deux !
10h30, je décolle, peu après mes acolytes de tente, que je suis dans la montée... pas longtemps ! Ils me larguent assez vite, mon sac est lourd, la vache ! 21 kilos, comment est-ce possible ? La montée est raide, mais magnifique.
J'arrive à la route, enfin,
et me pose au point de vue de Faja do Barro, devant l'immensité de
l'océan et quelques pics qui sortent de l'eau.
Encore une heure d'effort
pour atteindre le village de Lamaçeiros, un genre de lieu-dit de
Porto Moniz. Y a pas âme qui vive là dedans. Les nuages libèrent
la place pour le soleil et je m'étale sur un banc, regarde les rares
voitures passer. Quelques 350m de dénivelé, fiou, ça puise dans
les cuisseaux !
Quelques centaines de mètres
plus loin, je trouve le départ de la levada de Ribeira da Janela,
mon premier sentier de levada, accompagné des premiers touristes. Un
panneau parle de 25 km AR jusqu'au long tunnel, donc 12 km pour moi.
Rajouter 3 ou 4 km jusqu'à la rivière. Il est 12h30, ça devrait
aller.
J'alterne l'écoute du
silence avec ma musique. Dans ce sentier forestier, la musique de
Philip Glass fait parler les arbres immenses qui semblent m'écraser
de leur grandeur. Le morceau, issu de la BO de Koyaanisqatsi,
s'appelle Prophecies. Il y a quelque chose de musicalement mystique
qui s'accorde avec ce qui m'entoure. J'ai une boule au ventre.
Je commence à comprendre
les gens de Voyage Forum qui me disaient « difficile de
bivouaquer à Madère, la plupart des sentiers longent des levadas,
le reste c'est de la falaise. ». En fait, la rando est
clairement à flanc de montagne et les sentiers ne font que la
largeur idéale pour randonner. Il me faut me « ranger »
quand je croise quelqu'un (c'est parce que j'ai un sac énorme,
aussi). Et de l'autre côté, le vide. Faut pas avoir le vertige !
Je pique-nique sur une table
vers 13h30 et arrive bientôt à mon premier tunnel.
Chiotte, mais c'est quoi ces galeries pour nains ? Je fais 1m60 et il m'arrive de me cogner la tête ! Le plus chiant reste mon tapis de sol qui, accroché au sac, racle en permanence la paroi rocheuse sur le côté au fur et à mesure que j'avance. Je dois donc me baisser et marcher penchée vers la droite.
Mais c'est très rigolo !
Par contre c'est un peu galère de croiser des gens, heureusement les
frontales permettent d'anticiper et se ranger dans un coin.
Au bout du tunnel, « la »
cascade du sentier... L'eau ruissèle sur les fougères et autres
plantes qui fourmillent et dégoulinent le long du mur végétal. En
dessous a été aménagé un petit abri pour éviter que les passants
ne soient trop trempés, le tout nous projetant en forêt tropicale.
En face, un trou béant. C'est juste sublime...
Mbooonnnn eh bien je sens
que je vais aimer Madère ! Entre levadas ancestrales, tunnels
peu banals et cascades tropicales, moi je me régale !
La plupart des gens font
demi-tour une fois arrivés à la cascade, ce qui libère le sentier
des pélauds pour la suite de la journée. De plus, les gens font
l'aller-retour, donc personne ne reste aussi tard à 10 km du début
de la rando : je me retrouve bientôt seule, et ma foi, TANT
MIEUX.
Deuxième petit tunnel, et
me voici sautillant au son de Survivor. Je suis fort heureuse !
Je passe devant une espèce
de maison de garde forestier avec un petit chat trop mignon (encore!)
à qui je donne du babybel (à qui je donne mon babybel entier, en
fait).
Je demande aux rares
personnes que je croise combien de temps me reste-t-il pour arriver
au long tunnel (de plus d'un kilomètre, on va se marrer). 1H30 me
dit la première, 1H la deuxième... Bon. Je veux pas frimer mais j'y
étais en 30 minutes, hein, et j'ai 20 kilos sur le dos. Mais bon, je
veux pas me la péter.
Il est 17h30, je ne croise
définitivement plus personne. Après plusieurs tunnels traversés,
je commence à avoir le coup de pattes pour pas me casser la gueule,
pas trop raper mon tapis de sol sur la paroi, et surtout étudier le
pattern des gouttes d'eau, tel un jeu vidéo, pour éviter de m'en
manger dans le cou. Malgré tout, j'ai une petite poussée
d'adrénaline avant d'entrer dans celui-ci, entre l'appréhension et
l'excitation. Le point lumineux est quand même archi petit, là tout
au bout...
Allez zou, quand faut y
aller, faut y aller ! Je m'enfonce dans l'obscurité. Je
n'entends bientôt plus que mon souffle et mes pas. Je m'arrête,
j'écoute. Le silence complet. Je fais quelques centaines de mètres,
me voilà maintenant presque au milieu du tunnel. J'éteins ma lampe
frontale, écoute le silence, observe le noir complet... Au bout, la
lumière qui ne s'agrandit pas. D'où je viens, la lumière a bien
rétréci. C'est assez déstabilisant. Je reprends ma route quand je
commence à entendre des voix. Je m'arrête. Aucune lumière en face,
aucun bruit de pas. Je ne comprends pas, je continue. Encore des
voix. Je m'arrête. Chiotte, c'est quoi ça ? Plus j'avance dans
le tunnel, plus je comprends ce qui se passe : de l'eau ruissèle
sur la roche et la résonance des gouttes crée des fréquences qui
ressemblent, de loin, à des voix. Plus j'avance aussi, et plus
l'écoulement d'eau me paraît énorme... Je ne vois rien, j'entends
seulement comme une cascade. Je suis d'ailleurs sidérée que la
quantité d'eau qui semble couler ne s'entendent pas du bout du
tunnel.
Et effectivement, y a une
douche dans le tunnel en fait. Sans prévenir, et sans savoir combien
de temps ça durera, je m'enfonce sous un rideau d'eau. L'eau
s'infiltre par le haut et par les côtés avec une pression assez
flippante. Holy shit, si ça s'effondre, je MEURS !
LA VACHE, j'aurais du mettre
mon sursac et mon kaway ! Je suis trempée. J'ai de l'eau sur
les lunettes, de la buée s'échappe de ma bouche, créant un
brouillard que ma lampe éclaire : je ne vois rien, en somme. Le
sol est boueux voire recouvert que plusieurs centimètres d'eau. Je
me presse, j'aimerais juste sortir de là et me sécher. Seulement le
bout du tunnel est encore loin, alors je presse encore le pas, me
prenant la paroi rocheuse régulièrement dans le sac qui me fait
valdinguer sur la droite. Enfin, j'arrive au bout, il est 18 heures.
Waouh, 30 minutes là dedans ! J'ai pas l'impression d'être
restée si longtemps...
Voilà, et je vous raconte
pas l'état de la carte qui était judicieusement accrochée sur le
dessus de mon sac. J'arrive alors à l'intersection avec le sentier
que je suis censée prendre pour remonter jusqu'à la route.
Mbon. Déjà, le sentier m'a
l'air assez hasardeux. Ensuite, il est 18 heures, j'ai pas le temps
de monter 700m de dénivelé. Alors je vais m'approcher du lit de la
rivière, trouver un endroit où camper, et je récupèrerai le
chemin demain matin.
Allez, en route Nini. Je
longe des gorges impressionnantes aux falaises dégoulinantes et
arrive bientôt à une rivière... presque à sec. Bien ! Des gens sur
l'internet ont désigné avoir bivouaqué dans le coin, c'est qu'on
doit pouvoir trouver un brin d'herbe !
Bon bon bon bon bon, je sais
pas où ils ont campé mais soit ça a changé, soit ils ont dormi
sur des cailloux, soit faut aller grimper je sais pas où pour
trouver je sais pas quoi, et j'ai pas du tout envie. Je reste une
bonne demie-heure à tourner en rond ici. Il est 19h00, la nuit
commence à tomber. C'est vrai qu'on est en février, chiotte,
j'oublie tout le temps ce détail ! Bon, me reste une solution :
un peu plus haut sur le sentier, j'ai repéré un coin un peu plus
large que la normale et je m'étais dit « si y a rien pour
camper à la rivière, je me mettrai là. » Du coup, c'est
parti ! Demi-tour toutes, et me voici en train de planter ma
tente littéralement SUR le sentier. J'ai du bol, y en a pas beaucoup
des coins comme ça... Je sais pas du tout où j'aurais dormi sinon.
Je suis contente de cette
tente quand même : elle est verte, discrète, légère (1,8
kg), très étanche, ultra solide. Le point négatif c'est quand même
qu'elle est relativement imposante ! M'enfin, ça fait un bon
ratio poids / m2 (je ne parlerai pas du ratio € / m2 en revanche,
:D)
Je mets 1000 ans à défaire le nœud de mes sandales (qui je sens ne me serviront à rien). Ras le bol, je charcute le lacet à l'opinel et... me loupe royalement. Le nœud est toujours aussi impeccable, par contre j'ai un peu rippé sur mon doigt.
Je mets 1000 ans à défaire le nœud de mes sandales (qui je sens ne me serviront à rien). Ras le bol, je charcute le lacet à l'opinel et... me loupe royalement. Le nœud est toujours aussi impeccable, par contre j'ai un peu rippé sur mon doigt.
20h00, voici la tente
installée, il fait nuit. Yahou ! Je pense que je vais passer
une nuit pas mauvaise ma foi... Jusqu'à ce que je déplie mes
affaires et me rende compte que la plupart sont soit humides, soit
mouillées. Notamment mon duvet. Uuuuuuuhuhhhhhh :(
Les moustiques arrivent,
évidemment, qui dit nuit, douceur et flotte pas loin... dit
moustiques ! M'enfin je vais pas chouiner pour 4 pauvres
bestioles. Encore une fois, après la Laponie, rien ne paraît
insurmontable niveau moustiques. Je me lave aux lingettes, sauf
les pieds que je trempe dans la levada, et ça fait du bien fou. Je
me fais cuire une soupe et me fourre dans mon duvet mouillé. Y a des
bruits un peu chelou dehors, je suis vraiment « into the
wild », braouhhhh ! =)
Il ne fait pas tellement
froid, les falaises coupent du vent. 20 km estimés aujourd'hui, dont
15 le long de la Ribeira da Janela. Pas tellement de douleurs, let's
see tomorrow. Je me couche tôt pour pouvoir partir tôt aussi. J'ai
quand même une bonne trotte demain... Réveil programmé à 6h15.
























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