Si les images n'apparaissent pas, désactivez Adblock pour blogspot.com

28 février 2019


Madère, terre de levadas et de tunnels

Nuit relativement fraîche. Et encore, on est en bas. J'imagine pas au Pico Ruivo... Chiotte, j'ai pas pris mes chaussettes thermiques, pensant que Madère, hé, c'est bon il fait chaud ! Hélas, je crois qu'on est en février ici aussi.
Je daigne sortir de ma tente pour me faire à manger : le petit minou est toujours là, à l'entrée de la tente, à croire qu'il a passé la nuit là ! Elle aurait pu dormir avec moi à ce compte là, on aurait gagné en chaleur toutes les deux !




10h30, je décolle, peu après mes acolytes de tente, que je suis dans la montée... pas longtemps ! Ils me larguent assez vite, mon sac est lourd, la vache ! 21 kilos, comment est-ce possible ? La montée est raide, mais magnifique.



J'arrive à la route, enfin, et me pose au point de vue de Faja do Barro, devant l'immensité de l'océan et quelques pics qui sortent de l'eau.



Encore une heure d'effort pour atteindre le village de Lamaçeiros, un genre de lieu-dit de Porto Moniz. Y a pas âme qui vive là dedans. Les nuages libèrent la place pour le soleil et je m'étale sur un banc, regarde les rares voitures passer. Quelques 350m de dénivelé, fiou, ça puise dans les cuisseaux !



Quelques centaines de mètres plus loin, je trouve le départ de la levada de Ribeira da Janela, mon premier sentier de levada, accompagné des premiers touristes. Un panneau parle de 25 km AR jusqu'au long tunnel, donc 12 km pour moi. Rajouter 3 ou 4 km jusqu'à la rivière. Il est 12h30, ça devrait aller.



J'alterne l'écoute du silence avec ma musique. Dans ce sentier forestier, la musique de Philip Glass fait parler les arbres immenses qui semblent m'écraser de leur grandeur. Le morceau, issu de la BO de Koyaanisqatsi, s'appelle Prophecies. Il y a quelque chose de musicalement mystique qui s'accorde avec ce qui m'entoure. J'ai une boule au ventre.



Je commence à comprendre les gens de Voyage Forum qui me disaient « difficile de bivouaquer à Madère, la plupart des sentiers longent des levadas, le reste c'est de la falaise. ». En fait, la rando est clairement à flanc de montagne et les sentiers ne font que la largeur idéale pour randonner. Il me faut me « ranger » quand je croise quelqu'un (c'est parce que j'ai un sac énorme, aussi). Et de l'autre côté, le vide. Faut pas avoir le vertige !






Je pique-nique sur une table vers 13h30 et arrive bientôt à mon premier tunnel.



Chiotte, mais c'est quoi ces galeries pour nains ? Je fais 1m60 et il m'arrive de me cogner la tête ! Le plus chiant reste mon tapis de sol qui, accroché au sac, racle en permanence la paroi rocheuse sur le côté au fur et à mesure que j'avance. Je dois donc me baisser et marcher penchée vers la droite.



Mais c'est très rigolo ! Par contre c'est un peu galère de croiser des gens, heureusement les frontales permettent d'anticiper et se ranger dans un coin.
Au bout du tunnel, « la » cascade du sentier... L'eau ruissèle sur les fougères et autres plantes qui fourmillent et dégoulinent le long du mur végétal. En dessous a été aménagé un petit abri pour éviter que les passants ne soient trop trempés, le tout nous projetant en forêt tropicale. En face, un trou béant. C'est juste sublime...




Mbooonnnn eh bien je sens que je vais aimer Madère ! Entre levadas ancestrales, tunnels peu banals et cascades tropicales, moi je me régale !

La plupart des gens font demi-tour une fois arrivés à la cascade, ce qui libère le sentier des pélauds pour la suite de la journée. De plus, les gens font l'aller-retour, donc personne ne reste aussi tard à 10 km du début de la rando : je me retrouve bientôt seule, et ma foi, TANT MIEUX.
Deuxième petit tunnel, et me voici sautillant au son de Survivor. Je suis fort heureuse !


Je passe devant une espèce de maison de garde forestier avec un petit chat trop mignon (encore!) à qui je donne du babybel (à qui je donne mon babybel entier, en fait).


Je demande aux rares personnes que je croise combien de temps me reste-t-il pour arriver au long tunnel (de plus d'un kilomètre, on va se marrer). 1H30 me dit la première, 1H la deuxième... Bon. Je veux pas frimer mais j'y étais en 30 minutes, hein, et j'ai 20 kilos sur le dos. Mais bon, je veux pas me la péter.

Il est 17h30, je ne croise définitivement plus personne. Après plusieurs tunnels traversés, je commence à avoir le coup de pattes pour pas me casser la gueule, pas trop raper mon tapis de sol sur la paroi, et surtout étudier le pattern des gouttes d'eau, tel un jeu vidéo, pour éviter de m'en manger dans le cou. Malgré tout, j'ai une petite poussée d'adrénaline avant d'entrer dans celui-ci, entre l'appréhension et l'excitation. Le point lumineux est quand même archi petit, là tout au bout... 



Allez zou, quand faut y aller, faut y aller ! Je m'enfonce dans l'obscurité. Je n'entends bientôt plus que mon souffle et mes pas. Je m'arrête, j'écoute. Le silence complet. Je fais quelques centaines de mètres, me voilà maintenant presque au milieu du tunnel. J'éteins ma lampe frontale, écoute le silence, observe le noir complet... Au bout, la lumière qui ne s'agrandit pas. D'où je viens, la lumière a bien rétréci. C'est assez déstabilisant. Je reprends ma route quand je commence à entendre des voix. Je m'arrête. Aucune lumière en face, aucun bruit de pas. Je ne comprends pas, je continue. Encore des voix. Je m'arrête. Chiotte, c'est quoi ça ? Plus j'avance dans le tunnel, plus je comprends ce qui se passe : de l'eau ruissèle sur la roche et la résonance des gouttes crée des fréquences qui ressemblent, de loin, à des voix. Plus j'avance aussi, et plus l'écoulement d'eau me paraît énorme... Je ne vois rien, j'entends seulement comme une cascade. Je suis d'ailleurs sidérée que la quantité d'eau qui semble couler ne s'entendent pas du bout du tunnel.
Et effectivement, y a une douche dans le tunnel en fait. Sans prévenir, et sans savoir combien de temps ça durera, je m'enfonce sous un rideau d'eau. L'eau s'infiltre par le haut et par les côtés avec une pression assez flippante. Holy shit, si ça s'effondre, je MEURS !




LA VACHE, j'aurais du mettre mon sursac et mon kaway ! Je suis trempée. J'ai de l'eau sur les lunettes, de la buée s'échappe de ma bouche, créant un brouillard que ma lampe éclaire : je ne vois rien, en somme. Le sol est boueux voire recouvert que plusieurs centimètres d'eau. Je me presse, j'aimerais juste sortir de là et me sécher. Seulement le bout du tunnel est encore loin, alors je presse encore le pas, me prenant la paroi rocheuse régulièrement dans le sac qui me fait valdinguer sur la droite. Enfin, j'arrive au bout, il est 18 heures. Waouh, 30 minutes là dedans ! J'ai pas l'impression d'être restée si longtemps...


Voilà, et je vous raconte pas l'état de la carte qui était judicieusement accrochée sur le dessus de mon sac. J'arrive alors à l'intersection avec le sentier que je suis censée prendre pour remonter jusqu'à la route. 




Mbon. Déjà, le sentier m'a l'air assez hasardeux. Ensuite, il est 18 heures, j'ai pas le temps de monter 700m de dénivelé. Alors je vais m'approcher du lit de la rivière, trouver un endroit où camper, et je récupèrerai le chemin demain matin.

Allez, en route Nini. Je longe des gorges impressionnantes aux falaises dégoulinantes et arrive bientôt à une rivière... presque à sec. Bien ! Des gens sur l'internet ont désigné avoir bivouaqué dans le coin, c'est qu'on doit pouvoir trouver un brin d'herbe !




Bon bon bon bon bon, je sais pas où ils ont campé mais soit ça a changé, soit ils ont dormi sur des cailloux, soit faut aller grimper je sais pas où pour trouver je sais pas quoi, et j'ai pas du tout envie. Je reste une bonne demie-heure à tourner en rond ici. Il est 19h00, la nuit commence à tomber. C'est vrai qu'on est en février, chiotte, j'oublie tout le temps ce détail ! Bon, me reste une solution : un peu plus haut sur le sentier, j'ai repéré un coin un peu plus large que la normale et je m'étais dit « si y a rien pour camper à la rivière, je me mettrai là. » Du coup, c'est parti ! Demi-tour toutes, et me voici en train de planter ma tente littéralement SUR le sentier. J'ai du bol, y en a pas beaucoup des coins comme ça... Je sais pas du tout où j'aurais dormi sinon.



Je suis contente de cette tente quand même : elle est verte, discrète, légère (1,8 kg), très étanche, ultra solide. Le point négatif c'est quand même qu'elle est relativement imposante ! M'enfin, ça fait un bon ratio poids / m2 (je ne parlerai pas du ratio € / m2 en revanche, :D)

Je mets 1000 ans à défaire le nœud de mes sandales (qui je sens ne me serviront à rien). Ras le bol, je charcute le lacet à l'opinel et... me loupe royalement. Le nœud est toujours aussi impeccable, par contre j'ai un peu rippé sur mon doigt.

20h00, voici la tente installée, il fait nuit. Yahou ! Je pense que je vais passer une nuit pas mauvaise ma foi... Jusqu'à ce que je déplie mes affaires et me rende compte que la plupart sont soit humides, soit mouillées. Notamment mon duvet. Uuuuuuuhuhhhhhh :(
Les moustiques arrivent, évidemment, qui dit nuit, douceur et flotte pas loin... dit moustiques ! M'enfin je vais pas chouiner pour 4 pauvres bestioles. Encore une fois, après la Laponie, rien ne paraît insurmontable niveau moustiques. Je me lave aux lingettes, sauf les pieds que je trempe dans la levada, et ça fait du bien fou. Je me fais cuire une soupe et me fourre dans mon duvet mouillé. Y a des bruits un peu chelou dehors, je suis vraiment « into the wild », braouhhhh ! =)

Il ne fait pas tellement froid, les falaises coupent du vent. 20 km estimés aujourd'hui, dont 15 le long de la Ribeira da Janela. Pas tellement de douleurs, let's see tomorrow. Je me couche tôt pour pouvoir partir tôt aussi. J'ai quand même une bonne trotte demain... Réveil programmé à 6h15.


Aucun commentaire :

Enregistrer un commentaire