Madère, terre où tu peux
PAS couper entre deux sentiers, même quand y a un sentier.
6h15, le réveil sonne. Wah,
j'ai bien dormi ! Mal aux hanches, évidemment, à cause du
tapis de sol. Un peu eu froid en milieu de nuit, mais j'ai connu 10
fois pire. Brr, fait pas chaud ce matin !
6h50. J'aimerais sortir
petit déjeuner mais il fait encore nuit (et froid, du coup), ça
m'encourage pas des masses. Du coup je bouine dans ma tente, range
quelques affaires et fait mon apparition à 7h30 avec le soleil.
Il est 8 heures quand
j'empaquette la tente et le reste de mes affaires, et décolle un peu
avant 9 heures. Le jour est levé, s'il y a du soleil je ferai sécher
mes fringues. Pour l'heure, je dois m'habiller de ma polaire mouillée
et puante (oui ben hein, c'est la vie). Hors de question de mettre ma
polaire du dodo, s'il y a bien des fringues que je veux garder
propres, c'est celles avec lesquelles je dors !
Bon. Donc au programme du
jour : faire demi tour jusqu'au PR qui remonte jusqu'à la
route, faire du stop ou marcher (selon le temps qu'il me reste)
jusqu'à Rabaçal, et se balader sur le chemin des 25 sources avant
de camper à Rabaçal. Faisable ? FAISABLE !
9h30. J'arrive au bout du
tunnel-douche infernal d'hier ! Normalement, selon ma carte, il
n'y a pas d'autres choix (et je n'ai d'ailleurs pas vu d'autres
failles dans la roche) : le sentier est là.
Bon, ça m'a l'air douteux
cette histoire, mais j'ai pas le choix. Je m'enfonce dans ce qui
ressemble plus à un éboulement qu'à un sentier jusqu'à tomber sur
une petite cascade, avec à son pied, un bon mètre de flotte.
CHIOTTE. Impossible de contourner, autour de moi : des falaises
de plusieurs mètres de haut.
J'ai quand même beaucoup de
mal à croire que c'est le sentier, mais je n'ai absolument aucune
autre alternative. Je réfléchis 2 minutes, analyse l'objet en
question... Ok. Il faut que je vois si je peux traverser la flotte et
escalader la mini cascade, déjà sans sac. C'est parti : je me
désappe, retire mes chaussures, enfile mes sandales (OH ELLES SONT
UTILES). Je laisse René au sec et m'enfonce dans l'eau. La
vache, c'est froid. J'ai de l'eau jusqu'à la taille. J'arrive au
pied de la cascade et grimpe d'un ou deux pas... En sandales, c'est
pas le top, mais je pense que ça va le faire. Vamos ! Je
retraverse la flotte et retrouve René. Je fourre tout à
l'intérieur du sursac et remonte les bretelles au max ainsi que la
ceinture, afin que mon sac ne descende pas en dessous de ma taille
(sinon il sera dans l'eau).
Me voici donc, à 10h du
mat, en sous-vêtements, avec 20 kilos sur le dos, à tenter
d'escalader une cascade en sandales pour rejoindre un supposé
sentier dont je n'ai aucune assurance de l'existence. Je replonge
dans l'eau froide... Tout se passe plutôt bien, mon sac arrive juste
au-dessus de l'eau. Je marche tout doucement pour ne pas glisser,
m'accroche aux herbes et autres plantes le long de la roche. Me voici
au pied de la petite cascade que je vais devoir grimper. Là, ça
rigole moins. Déjà sans le sac c'était faisable mais pas aisé, là
faut vraiment que je fasse gaffe parce qu'en soi, je ne crains rien,
par contre je n'ai AUCUNE envie que mon sac tombe dans l'eau.
Quelques pas peu rassurés plus tard, me voici grimpée !
Yahouuuuu ! Heureuse Nini ! Je m'apprête à retirer mon
sac et mes sandales quand...
NOOOOOOONNNNNNN WTF ???????
Une deuxième cascade m'attend, cette fois l'eau est pas tellement
profonde, par contre la paroi fait ma taille les bras tendus. Et je
vois pas du tout comment je vais pouvoir grimper ce truc totalement
vertical, glissant et sans aucune prise avec mon sac... toujours sans
être sûre de trouver un sentier de l'autre côté ! Mais
NON !!! Ce temps de perdu, je suis tellement vénère !
J'essaye en vain d'escalader le niveau 2 du jeu « Climb the
waterfalls ! » et me plante royalement. C'est peine
perdue, je risque seulement de glisser et tremper toutes mes
affaires. Oh mais c'était trop beau, je suis dégoutée.
Bon, ben j'ai plus le choix.
Je dois redescendre ma putain de cascade là, rejoindre le sentier
d'hier, me retaper le tunnel-douche, les 15 km qui reviennent au
parking, et faire du stop jusqu'à Rabaçal.
Autant vous dire que
descendre le truc, c'était bien moins rassurant que de le monter. Il
s'en est fallu de peu pour que je me viande dans l'eau ! Après
recherches sur internet quelques temps plus tard, visiblement, ce
sentier existe vraiment et j'ai du louper son entrée... mais j'ai
trouvé ceci sur internet...
Me revoilà sur la terre
ferme. Me sèche, me rhabille, me remet en chemin. Je comprends
vraiment pas comment j'ai pu louper le sentier, mais visiblement je
l'ai loupé. Je comprends rien. J'ai perdu 2 heures et je compte bien
rattraper ce temps. Mais avant, je fais un break, je me sens pas très
bien, je crois tourner de l'oeil. Je m'assois, j'ai des fourmillement
dans le crâne.
Bon, il est presque 11h, JE
TRACE. Je me retape le tunnel d'un kilomètre, sauf que cette fois je
mets le sursac de René, mon kaway, mon surpantalon et ma capuche.
Une fois sortie du tunnel, je trace à 5km/H sans faire une seule
pause : je veux rejoindre la route au plus vite. Ça n'en finit
pas.
13h30. Je n'ai pas trainé
pour faire les 12 km qui me séparaient de ma tente et me pose à la
même table de pique-nique qu'hier. Repas express en compagnie de
petites mésanges.
Il est 14 heures quand je
repars et je compte bien couper à travers un chemin agricole pour
retrouver la départementale directement, beaucoup plus court qu'en
revenant au parking.
Il ne faut pas trop de temps
avant que je le trouve (enfin un sentier qui existe, MERCI) et me
mette à grimper dans la forêt. Wow, 300m de dénivelé, ça me
casse les pattes là, c'est dur.
Une heure et demie plus
tard, je rejoins une ferme et … LA ROUTE ! Oui ! Enfin !
Je fais une pause pour grignoter.
Un petit chemin de bitume
m'amène en 10 minutes à peine à la ER110 qui traverse l'île par
le centre. Yeah ! Pouce en l'air, j'entame les quelques 11 km
qui me séparent de Rabaçal. Au bout de 5 minutes et 3 bagnoles, des
hollandais s'arrêtent. Ils vont à paul do mar, donc pas jusqu'à
Rabaçal et proposent de me lâcher à la jonction avec la 210, à 4
km de Rabaçal. Parfait ! Je m'installe en voiture, explique mes
aventures et admire la route panoramique.
Une fois arrivés à la
jonction, mon chauffeur me dit qu'ils font un détour pour m'amener
jusqu'à Rabaçal... trop gentils !!! Merci !!
Ils me lâchent au parking,
il est un peu plus de 16 heures. Ah bah c'est sûr que ça va
beaucoup plus vite en voiture hein !! Merci merci, allez, j'ai
encore de la route moi ! Finalement je m'en sors pas si
mal niveau timing avec toutes ces histoires.
Je décide de rejoindre
Rabaçal en faisant un détour par la levada do Paul et la cascade de
Risco.
Le sentier a quelque chose
de très féérique, avec des arbres qui « encadrent » le
chemin. Et de temps à autre, une vue se dégage. Je me dresse sur un
énorme rocher au bord du vide, et passe quelques minutes à
simplement profiter de ce qui m'est offert. Aaaaah, je retrouve cette
paix et cette sérénité qui bercent mes voyages... Je réalise que
même si j'avais trouvé le sentier, j'en aurais probablement bien
chié pour monter mes 700m de dénivelé, finalement c'est un mal
pour un bien, j'aime juste pas faire demi-tour sur 15 km, ça a un
côté frustrant.
Je n'ai pas le temps de
faire le sentier des 25 sources, mais je prends le PR2 jusqu'à la
cascade de Risco, magnifique et puissante. Le paradis ! Les
nuages arrivent mais c'est par en-dessous qu'il pleut !
Je trouve pas le PR1 pour
faire une boucle jusqu'au refuge de Rabaçal, du coup je reviens en
sens inverse... 18h15. Hell, je suis crevée... Je me sens mal,
faible encore. Mes jambes sont fébriles, je suffoque à chaque
marche montée, puis c'est la descente... J'exécute chaque pas avec
finesse pour ne pas tomber (dans le vide, accessoirement). J'ai
l'impression que tout le poids de mon sac va m'entrainer à chaque
pas descendu, j'ai des vertiges. Je mange un peu de chocolat et ça
va mieux. Allez, me reste 1,5 km... C'est long, surtout quand on
manque de déraper à chaque pas.
Il est 19 heures, la nuit
commence à tomber, je ne suis plus très loin. J'arrive enfin à la
route. J'ai des ampoules de malade à chaque talon, séance de
chirurgie à l'opinel ce soir. Je croise deux allemands.
« Vous allez pas
camper là, si ?
- Comment ça ? Si pourquoi ?
- Ok, cool, vous allez voir une tente, c'est la notre ! On part faire une marche nocturne, on sera de retour dans environ deux heures !
- Euh, ok ?
- A plus !
Pourquoi il me raconte sa vie lui ? On est pas potes ! D'abord, j'ai pas de pote allemand (ceci est un troll immonde, je vous l'accorde).
- Comment ça ? Si pourquoi ?
- Ok, cool, vous allez voir une tente, c'est la notre ! On part faire une marche nocturne, on sera de retour dans environ deux heures !
- Euh, ok ?
- A plus !
Pourquoi il me raconte sa vie lui ? On est pas potes ! D'abord, j'ai pas de pote allemand (ceci est un troll immonde, je vous l'accorde).
Brrrrr, eh bien il fait
frais à 1200m ! Enfiiinnnn je suis arrivée à mon point de
chute ! J'espère que les sentiers seront plus faciles à
trouver par la suite, bordel ! Enfin avant de partir, je savais
déjà que ce passage serait un peu délicat. Je m'en suis pas si mal
sortie.
Il fait nuit quand j'installe la tente à côté des germains. Les couleurs sont sublimes.
Il fait nuit quand j'installe la tente à côté des germains. Les couleurs sont sublimes.
Au refuge, il y a pas grand
chose. Un café ouvert de 9 à 19h, et puis des toilettes et un
lavabo. UN LAVABO ! \o/ Par contre ça pue un peu et c'est pas
très propre, mais ça fera l'affaire. Deux autres allemands arrivent
(ILS SONT PARTOUT), on discute. Ils sont hyper gentils ! (comme
quoi.)
Ils viennent d'Encumeada,
précisément là où je vais demain ! Ils me conseillent un
itinéraire car je leur demande un peu l'état des sentiers et
certains ont l'air fermés. Du moins, ils ne les ont pas trouvé.
Dommage qu'ils se soient mis sur un autre terrain un peu plus haut
(que je n'ai pas vu, sinon je m'y serai mise). Je me lave au lavabo
et à la frontale, ça fait du bien d'être propre et sèche !
Oui, vous avez bien vu, il n'y a pas de porte aux toilettes.
Je suis claquée. Je me fais du riz aux champignons. Il commence à bien cailler à la nuit tombée. Je finis mon repas avec un petit thé pendant que les allemands reviennent et me racontent leur rando.
22H, je me couche. J'ai froid, déjà... Mauvais signe pour la nuit à venir ! Je me mets en mode Laponie : collants sous mon legging polaire, tête dans le duvet, fermé avec un trou 3 cm pour respirer. Où sont mes chaussettes polaiiiiiires :'(

















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