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2 mars 2019


Madère, terre des énergies renouvelables

J'ai pas si mal dormi, ma foi, à part un réveil en sursaut à 2h parce que j'ai étouffé dans mon duvet. Réveil 7 heures. Epreuve difficile que de sortir du duvet. Le froid est glaçant dès qu'une partie du corps entre en contact avec la zone « hors duvet ». Deuxième épreuve, une fois la première passée : s'habiller. Ce qui signifie retirer des vêtements chauds et secs pour se vêtir de vêtements plus légers, froids et humides. Joie. Technique des Alpes : les mettre dans le duvet pour qu'ils se réchauffent... Allez courage Ninie.



Je sors mon nez de la tente pour me faire un thé. Ce matin, le temps est un peu couvert, mais ici le temps change constamment et les nuages passent très vite. 70% du temps il fait soleil, pas comme en Ecosse où « le temps change vite » mais qu'il flotte quand même 80% du temps. Huhu.

Je plie bagage vers 9h30 et remonte au parking où m'ont déposée les hollandais hier, mais cette fois par la route, ce qui me prend une petite heure. Fiou, il fait bien chaud maintenant ! J'entame la levada da Paul I et II, que je galère un peu à trouver parce qu'y a des travaux partout. Tant pis pour les 25 sources.

C'est un peu dur aujourd'hui, le corps dit stop, j'avance au ralenti et ressens la fatigue physique. C'est là que le dépassement de soi et la musique permettent de puiser dans le réservoir qui finalement est loin d'être à sec si on y fourre un peu les mains. La levada longe des champs de panneaux solaires sur la crête, au milieu des buissons jaunes et restes d'incendie. Dommage que les nuages bouchent la vue sur la côte que l'on devine au loin.





La levada da paul II est encore plus belle mais surtout bien vertigineuse. Les kilomètres s'enchaînent assez bien mais la route me paraît quand même longue... Je vais jusqu'à Encumeada, mine de rien, ça fait bien 25 bornes !




Evidemment, je veux encore couper un chemin là où y en a pas, parce que je veux pas faire demi-tour. Sauf que là c'est au niveau du plateau da Serra et ça me paraît faisable. Je sors du sentier de la levada pour grimper sur le plateau. Ugh. C'est raide. Le but est de rejoindre la route puis Bica da cana puis Encumeada. Je sais pas trop comment ni en combien de temps, mais pour l'heure, il est près de 15 heures, alors j'avance. J'erre dans un désert d'éoliennes et de vaches. Ma carte n'est pas assez fiable, je n'ai pas beaucoup de repères. Si j'en suis mon flair, la route est de l'autre côté du bosquet.




Le problème est qu'il y a une clôture tout du long du dit-bosquet, donc il va falloir la longer et contourner. Je longe la crête, mauvais signe. Je suis censée m'en éloigner. J'aurais du prendre ma boussole ! Bon je suis pas perdue, pas condamnée, et au pire, je plante ma tente au milieu des vaches, c'est cool quand même. Mais bon, si je pouvais avancer dans ma traversée de l'île, pour une fois, ça serait bien quand même ! Après une petite heure d'errance, je finis par tomber sur une barrière et un sentier ! Puis la route !



Bon, je suis arrivée 2 km trop bas, m'enfin, c'est déjà ça !

J'arrive à Bica da cana. Je commence le PR17, a priori j'ai 5 km pour arriver jusqu'à la route. De là, je ferai du stop jusqu'à Encumeada. Puis je rebrousse chemin pour faire un petit détour au point de vue de Casa de Abrigo... Wow. De là haut, une vue partielle sur les pics au loin, mais surtout une mer de nuages par dessus la mer d'eau.




Je rencontre deux français très cools qui me proposent de me déposer à Encumeada. Il est 17 heures... Non merci, je préfère faire mes 5 km, l'allemande m'a dit que la levada da serra était jolie, alors... Je descends un petit sentier qui existe (!!!) et mène à la levada da serra. Bon, y a un peu de nuages, mais c'est vrai que c'est magnifique !


18h20. Je me traine un peu. J'en peux plus, c'est long 5 km. Je ne vois ni n'entends la route et tout à coup, ALLELUIA !!


Wow, le panorama est quand même bien sympatoch. J'entends la route, la vois au loin, mais la descente est interminable !! Je n'arrive en bas qu'à 19h. La nuit tombe déjà... Je fais du stop.


Une bagnole tous les quarts d'heure... aucune ne s'arrête. OK je suis sur une route pas très pratique pour le stop, mais en même temps yen a PAS D'AUTRE ! Et je vais pas poireauter une heure sur un bas côté en attendant que quelqu'un s'arrête... Alors j'avance. Les nuages tombent, il se met à pleuvoir, je sors ma frontale pour passer les tunnels, que je garde sur la tête puisque finalement... il fait nuit. Je vois que dalle, entre les nuages, la pluie et la frontale qui éclaire que dalle. Sur la dernière demie-heure, aucune bagnole. C'est quoi cette route centrale où y a une voiture toutes les 10 minutes ? Même dans ma cambrousse normande y a plus de passage !
J'arrive à Encumeada. J'ai encore deux petits kilomètres jusqu'à l'aire de bivouac de Chao dos Louros. Je prends la route qui descend vers Sao Vincente, il est 20 heures passées. Nuit noire. Nuages, crachin. Je vois que dalle, j'ai MAL aux pieds sa race, la descente est raide... J'entends une bagnole arriver, monte mon pouce. OUIIIIIIIIIIII, elle s'arrête !!
Le mec me fait monter, me dit de déposer mon sac à l'arrière de la bagnole, mais il y a une dizaine de paquets de clopes. « Mets ça dessus, c'est vide ». Ah, ok. Il me dépose à peine un kilomètre plus loin... pfffff, plus de 6 kilomètres que je marche sur la route dans les nuages et la nuit, et on me prend que maintenant !! Bon l'essentiel est d'être arrivée...

Il m'explique que c'est un genre de parc où on a le droit de camper, mais pas un camping à proprement parler. Ouais ouais, bon, commence à comprendre le principe. Je m'éclaire à la frontale dans l'herbe haute. Je trouve un plan. Ok, je vais me mettre entre les sanitaires et une fontaine. Je trouve un chemin et le suis, puis j'entends la bagnole du mec repasser derrière moi. Hm ? J'entends des rires, puis la bagnole qui repart. J'éteins la frontale. Hm... Je continue d'avancer, rallume la frontale. De nouveau la bagnole repasse. Mais qu'est-ce qu'il fout ? Bon. J'ai trouvé un coin où planter ma tente, c'est parti.

21h30, tente montée. Toilette faite. Douleur ignoble aux pieds. Soins des ampoules. 20 minutes que je suis dans la tente, il pleut des cordes... Ok, j'ai pas faim, et une flemme insurmontable d'aller me faire à manger sous l'abri dégueu des sanitaires dans le froid : JE NE SORS PAS D'ICI. Je tape dans le pain de mie et le boursin et grignote avant de m'endormir comme un bébé.



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