Madère, terre des énergies
renouvelables
J'ai pas si mal dormi, ma
foi, à part un réveil en sursaut à 2h parce que j'ai étouffé
dans mon duvet. Réveil 7 heures. Epreuve difficile que de sortir du
duvet. Le froid est glaçant dès qu'une partie du corps entre en
contact avec la zone « hors duvet ». Deuxième épreuve,
une fois la première passée : s'habiller. Ce qui signifie
retirer des vêtements chauds et secs pour se vêtir de vêtements
plus légers, froids et humides. Joie. Technique des Alpes : les
mettre dans le duvet pour qu'ils se réchauffent... Allez courage
Ninie.
Je sors mon nez de la tente
pour me faire un thé. Ce matin, le temps est un peu couvert, mais
ici le temps change constamment et les nuages passent très vite. 70%
du temps il fait soleil, pas comme en Ecosse où « le temps
change vite » mais qu'il flotte quand même 80% du temps. Huhu.
Je plie bagage vers 9h30 et
remonte au parking où m'ont déposée les hollandais hier, mais
cette fois par la route, ce qui me prend une petite heure. Fiou, il
fait bien chaud maintenant ! J'entame la levada da Paul I et II,
que je galère un peu à trouver parce qu'y a des travaux partout.
Tant pis pour les 25 sources.
C'est un peu dur
aujourd'hui, le corps dit stop, j'avance au ralenti et ressens la
fatigue physique. C'est là que le dépassement de soi et la musique
permettent de puiser dans le réservoir qui finalement est loin d'être à
sec si on y fourre un peu les mains. La levada longe des champs de
panneaux solaires sur la crête, au milieu des buissons jaunes et
restes d'incendie. Dommage que les nuages bouchent la vue sur la côte
que l'on devine au loin.
La levada da paul II est
encore plus belle mais surtout bien vertigineuse. Les kilomètres
s'enchaînent assez bien mais la route me paraît quand même
longue... Je vais jusqu'à Encumeada, mine de rien, ça fait bien 25
bornes !
Evidemment, je veux encore
couper un chemin là où y en a pas, parce que je veux pas faire
demi-tour. Sauf que là c'est au niveau du plateau da Serra et ça me
paraît faisable. Je sors du sentier de la levada pour grimper sur le
plateau. Ugh. C'est raide. Le but est de rejoindre la route puis Bica
da cana puis Encumeada. Je sais pas trop comment ni en combien de
temps, mais pour l'heure, il est près de 15 heures, alors j'avance.
J'erre dans un désert d'éoliennes et de vaches. Ma carte n'est pas
assez fiable, je n'ai pas beaucoup de repères. Si j'en suis mon
flair, la route est de l'autre côté du bosquet.
Le problème est qu'il y a
une clôture tout du long du dit-bosquet, donc il va falloir la
longer et contourner. Je longe la crête, mauvais signe. Je suis
censée m'en éloigner. J'aurais du prendre ma boussole ! Bon je
suis pas perdue, pas condamnée, et au pire, je plante ma tente au
milieu des vaches, c'est cool quand même. Mais bon, si je pouvais
avancer dans ma traversée de l'île, pour une fois, ça serait bien
quand même ! Après une petite heure d'errance, je finis par
tomber sur une barrière et un sentier ! Puis la route !
Bon, je suis arrivée 2 km
trop bas, m'enfin, c'est déjà ça !
J'arrive à Bica da cana. Je
commence le PR17, a priori j'ai 5 km pour arriver jusqu'à la route.
De là, je ferai du stop jusqu'à Encumeada. Puis je rebrousse chemin
pour faire un petit détour au point de vue de Casa de Abrigo... Wow.
De là haut, une vue partielle sur les pics au loin, mais surtout une
mer de nuages par dessus la mer d'eau.
Je rencontre deux français
très cools qui me proposent de me déposer à Encumeada. Il est 17
heures... Non merci, je préfère faire mes 5 km, l'allemande m'a dit
que la levada da serra était jolie, alors... Je descends un petit
sentier qui existe (!!!) et mène à la levada da serra. Bon, y a un
peu de nuages, mais c'est vrai que c'est magnifique !
18h20. Je me traine un peu.
J'en peux plus, c'est long 5 km. Je ne vois ni n'entends la route et
tout à coup, ALLELUIA !!
Wow, le panorama est quand
même bien sympatoch. J'entends la route, la vois au loin, mais la
descente est interminable !! Je n'arrive en bas qu'à 19h. La
nuit tombe déjà... Je fais du stop.
Une bagnole tous les quarts
d'heure... aucune ne s'arrête. OK je suis sur une route pas très
pratique pour le stop, mais en même temps yen a PAS D'AUTRE !
Et je vais pas poireauter une heure sur un bas côté en attendant
que quelqu'un s'arrête... Alors j'avance. Les nuages tombent, il se
met à pleuvoir, je sors ma frontale pour passer les tunnels, que je
garde sur la tête puisque finalement... il fait nuit. Je vois que
dalle, entre les nuages, la pluie et la frontale qui éclaire que
dalle. Sur la dernière demie-heure, aucune bagnole. C'est quoi cette
route centrale où y a une voiture toutes les 10 minutes ? Même
dans ma cambrousse normande y a plus de passage !
J'arrive à Encumeada. J'ai
encore deux petits kilomètres jusqu'à l'aire de bivouac de Chao dos
Louros. Je prends la route qui descend vers Sao Vincente, il est 20
heures passées. Nuit noire. Nuages, crachin. Je vois que dalle, j'ai
MAL aux pieds sa race, la descente est raide... J'entends une bagnole
arriver, monte mon pouce. OUIIIIIIIIIIII, elle s'arrête !!
Le mec me fait monter, me
dit de déposer mon sac à l'arrière de la bagnole, mais il y a une
dizaine de paquets de clopes. « Mets ça dessus, c'est vide ».
Ah, ok. Il me dépose à peine un kilomètre plus loin... pfffff,
plus de 6 kilomètres que je marche sur la route dans les nuages et
la nuit, et on me prend que maintenant !! Bon l'essentiel est
d'être arrivée...
Il m'explique que c'est un
genre de parc où on a le droit de camper, mais pas un camping à
proprement parler. Ouais ouais, bon, commence à comprendre le
principe. Je m'éclaire à la frontale dans l'herbe haute. Je trouve
un plan. Ok, je vais me mettre entre les sanitaires et une fontaine.
Je trouve un chemin et le suis, puis j'entends la bagnole du mec
repasser derrière moi. Hm ? J'entends des rires, puis la
bagnole qui repart. J'éteins la frontale. Hm... Je continue
d'avancer, rallume la frontale. De nouveau la bagnole repasse. Mais
qu'est-ce qu'il fout ? Bon. J'ai trouvé un coin où planter ma
tente, c'est parti.
21h30, tente montée.
Toilette faite. Douleur ignoble aux pieds. Soins des ampoules. 20
minutes que je suis dans la tente, il pleut des cordes... Ok, j'ai
pas faim, et une flemme insurmontable d'aller me faire à manger sous
l'abri dégueu des sanitaires dans le froid : JE NE SORS PAS
D'ICI. Je tape dans le pain de mie et le boursin et grignote avant de
m'endormir comme un bébé.

















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