Madère, terre des escaliers
de merde.
Je me réveille avec mon
portable dans la main : je me suis endormie en écrivant un sms.
Ça arrive.
J'ai longuement dormi,
presque 10 heures ! Pas eu tellement froid, mais que de
douleurs ce matin... Les hanches, les coups de soleil, et mes
pieeeeeds aaaaargh ! Opération chirurgicale à l'aiguille et
l'opinel (oui bah pardon). Comme disait un type dans son carnet de
traversée de l'Islande, « tu fends la gueule de l'ampoule en
deux comme ça aucun risque de repousse », ahaha !
9h, je me lève et me fait à
manger : il fait beau, parfait !
Aujourd'hui je vais au
PICO RUIVOOOO, le sommet le plus élevé de Madère ! Yahou !
Seulement 11 km depuis Encumeada, mais hard physiquement paraît-il.
Beaucoup d'escaliers, on m'a dit. Mh. On y reviendra. Je pense avoir
fait entre 20 et 25 cumulés hier, mais avec peu de dénivelé. Là
1200m de montée m'attendent, huhuhu. Je prends tout de même mon
temps et ne décolle de Chaos dos Louros qu'à 11h. En sortant,
j'aperçois une tente. Ok, je crois comprendre le binz de la veille :
le mec a du reprendre des gens en stop après moi et les remonter au
camping, d'où les rires. Et comme il allait dans l'autre sens à la
base, il a refait demi-tour pour repartir.
Je tends le pouce, un
pick-up me prend direct ! Arrive à Encumeada à 11h10 !
Yey ! Allez en route Nini. Enfin en sentier ! Et pas... en
santiag, LOLOLOL !
Il fait bien beau, pas
froid, pas chaud, c'est parfait. Et je suis seule sur le sentier, et
ceci durera toute la journée... TANT MIEUX. Effectivement, pas mal
d'escaliers. C'est mignon. Mais c'est long.
Malgré tout, la montée se
fait pas trop mal. D'abord, au dessus de la mer de nuages, je me
retrouve bientôt à l'intérieur, là où je suis censée voir
jusqu'à la mer des deux côtés (pas de nuages, du coup). Impression de dominer le monde !
Oui, j'ai pris des coups de
soleil. Oui, j'ai mal.
Je profite d'une petite
pluie et des nuages environnants pour m'abriter sous un rocher et
pique-niquer vers 13h30.
Et c'est reparti pour des
escaliiiiieeeeeeeeeeeers. Heureusement y a la musique dans mes
oreilles pour me booster ! Mon lecteur mp3 me met « TIME »
d'Emy LTR, youtubeuse que je ne suis pas du tout, mais qui pour le
coup a fait une belle vidéo sur le temps. Le texte n'est pas si bien
écrit, mais les mots sont plutôt bien posés et la musique
m'enivre. Il défile à la fois si vite et si peu vite. Il est
tellement rempli et pourtant si rapide dans mon quotidien. Pourquoi
est-il si subjectif et si relatif ?
Vous avez 4 heures.
Je ne compte plus le nombre
d'escaliers que je descends pour en remonter le double après... Il
est 16h quand j'arrive à la jonction avec le PR1.1 qui descend à
Ilha. Me reste moins de 4km, je devrais pas arriver après la nuit
tout de même ! Je m'autorise une pause de 15 minutes. Au moins,
aucune mouche, aucun moustique, c'est cool ça !
C'est tellement beau que des
larmes apparaissent d'elles-mêmes. Waouh...
16h30. Allez, même en
allant à 2km/h, je devrais arriver vers 18h30 au sommet. Je table
sur 18h. Sauf que je le vois, le Pico Ruivo, et il me paraît
loiiiiiinnnnn...
J'en en ai MAAAAAAAAAAARRE
de ces ******* d'escaliiiieeeeeers !!!!! Je transpire et respire
comme un mufle. Je les maudis, je me demande quand est-ce que ça va
s'arrêter, je n'en puis plus messiiiiiire ! Je m'autorise une
pause de 3 secondes toutes les 20 marches, mais ça ne suffit pas, je
halète tel un petit chien courant après sa baballe.
Franchement, j'en avais
vraiment marre ! Mais je tenais bon la cadence, et c'est une
fois arrivée au panneau m'indiquant le sommet à 200m que je vois le
refuge, un peu en contrebas.
Yiha ! Je laisse René
en bas et grimpe les derniers mètres telle une gazelle dans la
savane (oui bon j'arrête avec les métaphores animalières).
ET ME VOILA AU SOMMET DE
L'ÎIIIIIIILE !
Il est presque 19 heures,
j'en aurais mis du temps ! Je trouve là haut deux français,
les uniques humains depuis les mecs qui m'ont prises en stop ce
matin. Il fait bien frais ici, mais LA VACHE, ça vaut toutes les
marches du monde !
Waw. Quelle piqure de
morphine. On voit jusqu'aux éoliennes du plateau da serra, où je me
trouvais hier, errant entre les vaches ! Et partout autour de
moi, la mer... C'est divin.
Le soleil se couchant, je
redescends auprès de René et rejoins le refuge, que je sais fermé
(tant mieux, y aura personne pour m'e****der) mais avec l'espoir de
trouver de quoi bivouaquer.
Mbon. Il se trouve que ce
n'est pas vraiment (du tout) à la hauteur de mes espérances, cette
histoire.
Il y a un vague terrain de
mousse et de cailloux, penché, sous un unique arbre, d'à peu près
3m sur 4... Ça fait pas beaucoup, mais j'ai pas le choix ! Je
plante la tente à la nuit tombante et me réfugie à l'intérieur
parce que OMG ÇA CAILLE ! Je sais pas à combien est la
température ressentie mais déjà à l'intérieur de la tente,
malgré la parade au vent, ça caille sévère. Mais c'est que j'ai
la dalle depuis un moment moi ! Alors on sort la tête dehors et
on fait cuire une soupe, avec en face de moi les lumières de la
ville, là, en bas, si loin. Je me sens vraiment seule au monde. Je
le suis, d'ailleurs, à des kilomètres à la ronde. Et tant mieux.
Je rentre vite ma soupe à
l'intérieur de la tente et mets la casserole sur mes pieds engourdis
par le froid. Une question me tourne en tête : et si je les sentais
plus jamais ? Est-ce qu'on peut perdre ses doigts de pieds en
dormant ?
Bref. J'entame une bouchée
quand j'ai soudain la tête qui tourne et une envie de vomir assez
prononcée. Je me force à manger deux bouchées. Non, ça va pas du
tout. Je sors la tête dehors. Respire, respire, ne vomis pas. Argh,
noooon, ça va pas du tout. Je rentre à l'intérieur, m'étale sur
le dos, ferme les yeux. Cinq minutes passent. Ça va, mon état
semble se stabiliser. Probablement une chute de tension ou autre
connerie. Je me relève : faut que je mange, quand même. Je
reprends 3 cuillères, mais manque de les vomir. Non, je peux pas. Je
m'allonge encore un instant en attendant que ça passe. Au pire, je
mangerai froid ou ferai réchauffer. J'attends une petite heure.
















Aucun commentaire :
Enregistrer un commentaire