Madère, terre … de mer.
1h20, réveillée par le
froid glacial : je me suis endormie, la casserole de soupe à
mes pieds. C'était moins une ! Je la mets dehors et me faufile
dans mon duvet. J'ai un collant, deux legging dont un polaire, un
débardeur, un tshirt, deux polaires l'une par dessus l'autre, un
cache col mis sous forme de bonnet, des chaussettes imperméables à
défaut de chaussettes thermiques : je crève de froid.
2h30. Le sol est penché, je
me retrouve constamment la tronche dans la toile de tente. J'ose même
pas imaginer la température dehors.
3h. Rage de dents. Réveillée d'un bond, je cherche mes dolipranes et me tord dans tous les sens en me pressant la mâchoire comme si elle allait tomber.
4h. Froid.
5h. Réveillée par la
douleur : mon coup de soleil me brûle. Le frottement avec le
cache col me défonce la peau. Je sors de mon duvet (GGNNNNNNNHHHH),
cherche mes lunettes et la frontale à tâton. Je me suis couchée
comme une merde, j'arrête pas de bouger entre le froid et la tente
penchée, tout est en vrac, je trouve que dalle. J'ai froid, bordel.
Je trouve finalement mon portable qui me sert de lampe de poche le
temps de trouver mes lunettes et la frontale. Je me dessape et me
fais un pansement de biafine de 20cm x 10 et me colle le tout sur le
cou... Ça devrait aller mieux. Allez hop, je me rhabille de mes 50
couches et m'emmitoufle dans mon duvet, cette fois complètement
fermé.
6h15. J'en peux plus.
7h. Réveillée par des
rires. Ouf, enfin le matin. J'ai rêvé que je bossais pour Thierry
Ardisson qui m'adorait et que je faisais un featuring avec Grand
Corps malade.
Nuit terrible, rarement été
aussi mal en point : entre les nausées la veille, les douleurs
du dodo (la base), le froid (la base bis), la tronche dans la toile
de tente toutes les 10 minutes (la base ter) et le réveil avec le
cou en feu... Fiou. Bon, au moins, j'ai dormi par tranches
resserrées, mais j'ai quand même « dormi » presque 10
heures !
Bon, c'est quoi cette
histoire là, ces rires qui m'ont réveillée ? Qui ose troubler ma
quiétude solitaire ? Barrez-vous, vils rats ! Retournez donc
dans vos galeries côtières et laissez moi la montagne !
Non mais.
Je les entends, au loin :
deux allemands (ENCORE EUX) qui viennent voir le lever de soleil.
Grmpf. Va falloir être sociable, j'aime pas ça. Ils s'éloignent.
Parfait. Je sors de ma tente, la violence. GGGNNNNNNIIIIII FROID. Le
vent est tombé, le soleil semble pointer le bout de son nez, mais
Grands Dieux ce qu'il caille ! Je manque de marcher dans ma
soupe et m'habille en triple-couches. Finalement, ils tombent plutôt
à pic ces allemands (comme quoi), ils m'auront réveillée pour le
lever de soleil qui, il faut dire, ne doit pas se louper... Je prends
mon petit-déjeuner devant cette immense mer de nuages, guettant
l'astre qui s'éveille. Les allemands sont un peu plus bas, seul le
bruit de leur drone trouble mon précieux silence. Je suis là, plus
sereine que jamais, seule face à un monde entier à mes pieds. Un
monde qui se réveille, que je vois de loin, intouchable, et
pourtant, auquel je me sens on ne peut plus connectée. Loin, les
lumières de la ville. Loin, la fourmilière humaine. Loin,
l'intelligible. Loin, le langage, les mots, le sensé.
Ceci étant fait et ma foi
fort agréable, il est temps de réfléchir à un plan B, non sans
référence à un grand artiste avec qui je fais des feat. Le plan A
était d'aller au Pico de Arieiro, revenir ici, redormir ici et
repartir demain matin vers Queimadas. Vous voyez où ça coince dans
mon plan ou pas ? Oui, vous avez bien compris : JE NE DORS
PAS UNE NUIT DE PLUS ICI. Surtout que là j'ai eu du pot, il a fait
grand beau ! Je n'ose imaginer sous la flotte ou même sans le
soleil pour me réchauffer le lendemain ! Bref, du coup le plan
B c'est de laisser ma tente ici, avec tout dedans, je prends un petit
sac pour faire l'aller retour Arieiro / Ruivo en début de journée,
et je tente de descendre à Queimadas en fin d'aprèm. Allez zou, je
perds pas de temps. Mon petit baluchon est prêt vers 10h me voilà
en route sous un soleil magnifique vers le Pico de Arieiro.
L'avantage, c'est que les gens font majoritairement la rando dans
l'autre sens, donc là y a juste personne ni devant ni derrière, ou
bien les minoritaires qui la font dans mon sens ne sont pas encore
arrivés ici puisqu'ils partent d'Achada da Teixeira et montent au
Pico Ruivo avant d'aller à Arieiro, donc ils sont pas prêts de
m'emboîter le pas, surtout que, sans vouloir me la péter encore une
fois, j'ai l'impression DE VOLER sans mon sac de 18 kilos !!!
Mes pieds me remercient ! Je dévale les escaliers à toute
allure et bois le paysage sublime tout autour de moi.
Je croise les premiers
pélauds qui sont partis d'Arieiro. Ils partent tôt, et ils ont bien
raison : on a tendance à dire que les nuages montent vers midi,
et qu'il faut mieux la faire le matin. Les gens qui me croisent me
demandent interloqués :
« Vous avez déjà fini ??
« Vous avez déjà fini ??
- Ah non, je pars moi, j'ai
dormi là haut !
- Au Ruivo ?
- Oui !
- Pas trop froid ?
- Si.
- Ahaha !
- :| »
- Au Ruivo ?
- Oui !
- Pas trop froid ?
- Si.
- Ahaha !
- :| »
Le sentier descend un bon
moment, puis reste à flanc de montagne, parfois creusé dans la
roche elle-même, pour remonter ensuite vers Arieiro. Vers 11h, je
commence à croiser beaucoup de monde.
La dernière montée est
similaire à la descente du Ruivo, assez raide, mais avec de la bonne
zik dans les oreilles ça avance tout seul ! Pas mal de marches,
mais j'ai vachement de mal à penser que ça fait plus de 900m de
dénivelé... ! Comme quoi le sac, ça change tout !
NB : 2 ans et demi plus tard, en relisant ce carnet, j'ai encore un énorme doute sur les 900m de dénivelé positif... En fait, après avoir épluché les cartes IGN, ce sont 900 mètres de positif ET de négatif. Tout de même, faut pas déconner.
11h50, DATS' DONE. Me
voilà enfin au Pico Arieiro, wouhou ! Moins de 2 heures pour 6
km et 450m de dénivelé, je suis pas trop mécontente !
J'ai emmené mon paté et
mon jambon, mais comme il y a une terrasse... je me pose et commande
un toast au fromage et une poncha. C'est pas le festin mais y a peu
de bouffe végétarienne, et si je prends une pizza je vais juste
jamais repartir.
A la vôtre ! Putain,
trop de voiture, trop de soleil, trop de degré d'alcool dans cette
poncha... J'attends mon toast un moment, j'ai pas mangé hier soir,
deux barres de céréales ce matin, j'peux vous dire que le verre de
poncha traditionnelle à 25° il monte bien, là. Je mange mon toast
et commence à me sentir mal. Oh la la, loin la chaleur, vite, oh la
la, des toilettes. Vertiges, nausées, chaleur. Hell, ça va pas. Je
me barre... titube. Non mais c'est quoi cette tenue d'alcool de
parisienne ? Je suis normande moi, wesh !
Je raque 50 cts pour aller
aux toilettes et en profite pour m'asperger de flotte et me faire une
toilette approfondie du visage à l'eau fraiche. Je profite de
toilettes propres, ça change des toilettes de refuge, crados ou sans
verrou ou sans... porte. Bref je me lave la figure, les lunettes, les
mains... ah ben ça fait 5 jours que je me lave aux lingettes bébé
et que j'ai les mains grasses, pour une toquée comme moi, le savon
c'est du luxe... ça va tout de suite bien mieux ! Je me remets
un peu de crème solaire et c'est reparti pour le sens inverse !
Il est 13 heures pétantes quand je repars vers le Pico Ruivo. Comme
disait le Rother, rando magnifique mais à faire avant midi, après
les nuages sont montés !
Je suis de retour à la
tente avant 15 heures, j'ai pas trainé, je suis contente ! La
tente a eu le temps de sécher, super !
Je remballe tout vite fait
et me barre d'ici à 15h30. Je voulais rejoindre le PR1 qui descend
jusqu'à Queimadas, mais je me rends compte que ça fait 6 bons kms
de descente raide et je ne crois pas que mes pieds aient envie de ça.
Je viens de me faire 1800m de dénivelé positif et négatif sur
11km, je vais faire simple pour la suite : rejoindre le parking
d'Achada do teixeira, trouver une bagnole qui me droppe au ranch et
finir à pieds, ce qui me fait 2,7 km jusqu'au parking puis 2 km en
forêt pour rejoindre Queimadas. Parfait !
Mon sac me paraît si
léger ! (Je crois que je fais cette remarque à chaque rando
itinérante...)
Pas besoin d'attendre très
longtemps au parking, je me plante à la sortie, lève mon pouce et
hop, une bagnole prête à sortir se gare et un couple londonien
super gentil me fait monter. On descend les 5-6 kms en voiture
jusqu'au croisement de la petite route du ranch. Il est 16h30. Fiou,
j'ai bienf ait je crois ! J'en aurais bavé avec ma descente
qui m'aurait pris encore 3 heures...
Les nuages sont bien bas,
c'est un beau brouillard, il fait pas chaud. Allez zou, 2 km et 30
minutes plus tard et me voilà à Queimadas. Je fais le tour du coin,
pas de tente en vue, ni de terrain qui semble s'y prêter. Je vais
voir au café et demande un peu comment qu'on fait pour dormir ici.
Adorable madame qui me
raconte que c'est interdit mais qu'après 18 heures, une fois que les
mecs du musée sont partis, je peux camper aux alentours. Le truc
c'est que je dois plier bagage avant 9 heures, quand les gars
reviennent, et moi je veux rester deux nuits ici et comme je suis au
départ de ma rando de demain (Caldeirao Verde), pas envie de tout
rempaqueter pour tout redéfaire demain ! Elle me propose alors
de monter un peu plus haut pour aller bivouaquer à côté d'un lagon
« hyper mignon, très paisible », me dit-elle. Vendu !
On papote une vingtaine de minutes, je lui raconte mon périple, ma
nuit au Pico Ruivo quand elle me dit « oh mais tu vas avoir
froid à camper ici ! » Je crois que ça ira... !!!
Mais avant, CHOCOLAT CHAUD !
Je monte ensuite jusqu'au
lagon et effectivement, c'est un très bel endroit, paisible, avec
plein d'oiseaux et de fleurs... Je pose ma tente, il est 18h.
Comme j'ai un peu de temps
avant la tombée de la nuit, il est temps de m'affairer à un truc
très ludique : recoudre mon baggy de rando. C'est un pantalon
que j'ai depuis au moins 10 ans, deux fois trop large, qui est troué,
recousu, puis retroué, et recousu... Il est temps de le recoudre !
Je l'aime beaucoup trop. Du coup me voici au bord de ma tente,
écoutant et chantant Eminem à tue-tête. Ahah. Recoudre un vieux
pantalon dans une tente, seule au bord d'un lac en chantant Eminem à
fond : la vraie vie, les gars.
Je passe ensuite à
l'écriture de mes cartes postales qui risquent d'arriver bien après
mon retour. M'enfin, c'est une attention que j'aime, palpable, plus
profonde qu'un simple SMS. Ah je suis trop de bonne humeur, je sens
que je vais bien dormir ici, je suis sur un bon terrain plat, il fait
pas froid ! Ces journées se sont tellement bien goupillées, je
repense aux coucher et lever de soleil au Pico Ruivo, déjà
nostalgique... Fiou, le bonheur. J'ai même pas vraiment de douleurs
(après je suis blindée aux antalgiques et anti-inflammatoires à
cause de mes rages de dent, ça joue peut-être). Par contre mes
cheveux c'est tout un concept...
Allez, petit riz à la sauce
beurre citron vers 20 heures et je file à la rivière à 20 mètres
pour faire ma petite toilette et la vaisselle. Demain je peux dormir
tranquille, j'ai pas de bagage à replier et seulement 13 km AR, sans
dénivelé et sans sac... Ça va être de tout repos cette histoire !
Dodo 22 heures.


















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