La
nuit fut fraiche, mais pas intenable, une fois coupées du vent dans la tente. Je
me lève et m'apprête à préparer le petit déjeuner. Camille se
réveille : elle a MÉGA soif. Elle commence à le répéter en
boucle quand elle se rend compte qu'on n'a vraiment plus beaucoup d'eau. On
opte pour évincer le café du matin et finir ce qu'il nous reste à
boire dans la gourde en attendant le ravitaillement à la yourte. On
met des plombes à ranger notre packetage, j'ai l'impression. Il fait
déjà si chaud, à 9 heures. Et le sac ne diminue pas bien vite en
terme de poids.
[Edit
du 7 août : les pages du carnet écrites hier viennent de s'effacer suite à
un plantage de Pedro, mon ordi. Condition d'écriture actuelle : énervée.
Je vous préviens que la suite sera relativement expéditive.]
Donc
on se bouge le cucul en direction de la prochaine yourte pour avoir
de la FLOTTE parce qu'il fait CHAUD et on a SOIF.
Après quelques
minutes de marche, on arrive chez une famille de kirghizes :
trois générations, deux yourtes, trois chiens, un enclos fabriqué
à la main, un troupeau éparpillé au loin dans les montagnes. On
demande de l'eau. Le petit monsieur qui nous accueille ne parle ni anglais ni français, on commence à s'y attendre un peu. Sa femme appelle l'unique fille
qui parle un peu anglais. Jeune, sympa. On lui montre la carte. Le
monsieur d'un certain âge la prend et la retourne dans tous les
sens, il n'a pas l'air trop de se repérer sur la carte mais il
cherche des noms qu'il connait. La jeune nous dit qu'on est à
Shamsy. Faut savoir que Shamsy pour nous, c'est un bled de l'autre
côté du col, et on n'a pas passé le col. Pour c'est une réserve naturelle, qui comprend la vallée de Shamsy, donc c'est assez
étalé. Du coup ça nous donne pas trop d'indications sur où on est. Petit
monsieur nous montre le chemin d'où on vient et nous dit « Song
Kul ! » QUOI ? Chiotte. Prévisible, mais chiotte tout de
même ! Hors de question de faire demi-tour. « Et par
là ? » qu'on lui demande en pointant le sentier qu'on
suit depuis deux jours. « Issyk Kul ! »
Bon.
Donc visiblement, tous les gens à qui on a demandé « Song
Kul ? » ont compris Issyk Kul. Alors pour donner une
petite vue d'ensemble :
Voilà.
On est bien déterminée à ne pas faire demi-tour, persuadée qu'on
va encore se planter de toute manière parce qu'on n'a pas vu d'autre
chemin. Le petit monsieur nous dit que Issyk Kul est à 2 jours de
marche. Vendu, instauration du plan B : on a qu'à aller à
Issyk Kul, rester une journée là-bas, et rejoindre la fin du
sentier prévu initialement. On remercie chaleureusement les
habitants et retournons sur le sentier. On se pose quelques minutes
pour réfléchir à notre chemin. Et pour consulter la carte.
On
est là. Oui, dans le trou.
Je
m'énerve et déchire un peu plus la carte (oui, bon). Ça amuse un
peu Camille, je crois. C'est pas si grave, en fait. Mais sur le coup
ça m'use de ne rien comprendre à ce sentiers qui n'existent pas sur
la carte et cette carte qui montre des sentiers qu'on ne trouve pas.
Mbon. On décide de se mettre en route quand les deux petites filles
de la yourte viennent nous voir. « Oooooooh »
s'exclament-elles en voyant notre dictionnaire franco-kirghize. Elles
le feuillettent. « OOOOOOHHHH » s'exclament-elles en
voyant mon appareil photo. Elles le prennent et se mettent à nous
prendre en photo.
On
communique, comme on peut, avec des gestes, des rires et des
sourires. Elles sont si adorables. Aklaï et Kenndja, 7 et 9 ans.
Deux petites boules d'amour... Et c'est moi qui dit ça, attention,
moi qui supporte difficilement les gamins (et qui travaille avec eux,
allez comprendre)... Mais là, je sais pas, elles sont curieuses,
aimantes, enthousiastes, souriantes, d'une gentillesse infinie,
terriblement attachantes.
On
se dit au revoir, elles repartent à leur yourte. Deux minutes plus
tard, les revoilà avec un chaton de 2 mois, tout noir, portrait
craché de Bagheera, le chat de Camille. Re-séance photos,
re-rigolades et re-boule d'amour dans le bide.
On
finit par leur dire qu'on doit s'en aller. Aklai, la plus grande,
fait une petite moue triste. Elles nous dévisagent et se lancent
vers nous pour nous faire un énorme câlin. OOOOOOHHHHHHHH <3 <3
<3 quels amouuuuuuuuurs de petites filles !! On s'en va en
leur faisant des grands coucous à distance et elles nous répondent
des bisous qui s'envolent. Oooooooooooh... On a le cœur tout plein
d'amour !
On
continue notre marche pleine d'entrain et croisons plein de petites
yourtes sur notre chemin. Certains viennent nous voir, rigolent et
repartent. D'autres viennent nous voir, ne disent rien, ne bougent
pas. On leur dit bonjour, ils ne répondent pas, sourient un peu, et
reste là, à nous regarder remplir nos gourdes. Et puis il y a ceux
qui viennent nous parler et nous invitent dans leur yourte, comme ce
petit bonhomme tout chétif, qui m'a vue avec mon appareil photo et
s'est empressé de nous dire de nous installer dans sa yourte pour
prendre plein de photos avec lui, posant en faisant la star. J'ai
oublié son prénom, mais les 5 minutes de ma vie passées à ses
côtés seront gravées d'une chaleur humaine incroyable.
Après
s'être faufilé un chemin entre les troupeaux de moutons et de veaux
mélangés, nous arrivons en surplomb d'une magnifique rivière. Il
est 11h30, on est large.
Rah,
si on avait su, on aurait bivouaqué ici, c'est juste merveilleux...
Du
coup on décide de se faire une énorme pause pique-nique. La vallée,
le soleil, les pieds dans l'eau, le gouda fondu... un rêve éveillé,
quoi. On est arrivées enfin à la route et voyons quelques bagnoles
et camions passer. La civilisation ! L'eau est claire, on peut
remplir nos gourdes et les laisser se rafraîchir dans l'eau. On a
hyper mal au dos. Les douleurs de portage, ça prend toujours un
temps... Je m'allonge sur deux cailloux, c'est pas très agréable
mais arrive tout de même à m'endormir une grosse demie-heure. Un
cheval venant boire à côté de moi me réveille. Je jette un œil à
ma droite : Camille dort assise. Elle dort vraiment, en plus !
Elle est incroyable.
Je
finis par la réveiller après une longue pause midi de presque deux
heures pour qu'on se remette en route. Une belle montée nous attend
avant d'atteindre ce qu'on suppose être un col.
On
se démerde pas trop mal, une pause de temps en temps, mais la
cadence se tient pas mal. Quelques voitures nous doublent, des types
en cheval qui nous demandent si on veut qu'ils prennent nos sacs pour
les déposer en haut. Non non merci, on veut toujours souffrir !!
Mais ils sont gentils, vraiment. La montée se fait dans un terrain
sec et chaud. Au loin, derrière nous, les montagnes et la rivière
s'éloignent tandis que l'on évolue dans un terrain de terre
rougeâtre assez unique, sans trop savoir où on va.
Dernière
ligne droite. La fin est douce, on voit une ferme en haut, on suppose
que c'est la fin. Effectivement, quelques centaines de mètres plus
loin, on arrive enfin au col, à côté d'un troupeau de... gens. Des
touristes ! Tiens donc ! Les premiers en 4 jours !
« Hello »
- Bonjour !
- Bonjour !
-
Tiens, des français !
-
Vous êtes que deux ?
-
Ben oui.
-
Vous allez où ?
-
A la base au Son Kul, et puis on s'est perdues, du coup on va à
Issyk Kul
-
Ah oui, nous on y va au Song Kul, ça fait 3 jours qu'on marche et on
atteint le Son Kul dans 8 jours à peu près.
Le
guide a l'air sympa. Un des randonneurs nous demande combien de kilos
on porte.
« Bah,
on sait pas trop, vu qu'on a un peu mangé, on est peut-être à 18
là ? »
-
Ah oui quand même, vous devez le sentir dans les descentes.
-
Ah bah on le sent surtout dans les montées !! D'ailleurs on n'a
fait que ça, c'est pas compliqué.
Le
troupeau passe en premier, leur berger reste un peu pour fumer à
l'écart de ses protégés et en profite pour nous expliquer la route
jusqu'à Issyk Kul. 40 km annoncés... Ouais bon, c'est pas du tout 2
jours de marche en fait, ils avancent vite les nomades !! Il
nous montre sa super carte topographique avec tous les sentiers et
nous explique le chemin à prendre. Dans mon souvenir, ça faisait à
peu près ça : « Alors là vous allez descendre un peu,
et puis après y a une source, vous pouvez camper à la source mais
c'est petit, faut pas la rater. Sinon y a un torrent un peu avant
mais il est assez boueux. Après faut bifurquer à gauche, et puis
vous recontournez à droite. Ou alors sinon vous passez à droite
après la fourche mais c'est pas facile à trouver non plus. Ou sinon
bah vous demandez aux gens en fait parce que vous avez pas de
carte... »
Ouais,
bon, on va encore se paumer, quoi. Bon, dans tous les cas, on prend
sa carte en photo et on verra bien. On le remercie chaleureusement et
il s'en va, pompes et sacs déchirés, retrouver son troupeau déjà
bien loin dans la descente. A nous de se mettre en route vers
(l'infini et au-delà) les steppes immenses, les troupeaux à perte
de vue, les dunes de terre rouges et arides, et les potentielles
rivières, qu'on aimerait bien trouver avant la tombée de la nuit,
pour une fois.
Yihaaaa,
la descente se fait vraiment bien ! En une petite demie-heure,
on arrive à un espèce de torrent. Mmmmh, et si on campait là ?
L'eau a l'air un peu boueuse quand même, y a des troupeaux
partout... Ah tiens, ça serait bien ce que nous indiquait le type.
Mbon, allez, vendu. Il est 17 heures, on est bien, il fait soleil,
assez chaud, on se pose là. On fera bouillir l'eau trois bonnes
minutes après une micropur et puis voilà.
Nous
voilà en train de griller gentiment au soleil et se laver les
cheveux dans la rivière avant de se faire un café.
J'ai
sorti la moitié de mon sac, tout est étalé par terre sur quatre
mètres carrés à la ronde, quand un type se pointe en cheval.
Toujours avec une communication à base de dialogue de sourds et de
gestes, il nous demande si on dort ici. On acquiesce, alors il nous
indique un endroit un peu plus peace et sans les moutons et les
voitures (bien que rares) qui passent à côté de nous.
Fffffff,
bon, il a peut-être pas tort, ça vaut le coup d'aller jeter un œil,
bien que j'ai clairement la FLEMME de déplacer les trois quarts de
mon sac étalés partout sans aucune logique. M'enfin. Je pars voir
le spot du petit monsieur... Ok. Ça vaut carrément le coup. D'un
peu plus bas, on voit toute la vallée, les terres désertiques au
loin, le ciel, les plaines verdoyantes... Rien à redire. Je sonde
Camille qui va aussi faire son petit tour d'inspection et on déplace
nos affaires jusqu'au petit coin de paradis.
On
profite du temps radieux (encore et encore) pour laver quelques
vêtements et simplement se laver nous-mêmes, dans le torrent un peu
marron, en faisant attention à éviter les sangsues. Ça vend du
rêve, hein ? Il ne fait pas froid, on profite de cette fin
d'après-midi et cette soirée apaisante, face à une étendue de
nature sauvage et déserte... Déserte, ou presque. Vers 21 heures,
un berger kirghize (le chien) rassemble un immense troupeau au loin,
d'où émerge un gros nuage de fumée. Je regarde ce spectacle, toute
en contemplation, écoutant le bruit des pas et des aboiements, si
loin et pourtant si audibles, résonant dans ce vaste espace. Je me
prends à m'émerveiller d'une chose aussi banale pour les nomades,
mais qui ici, maintenant, pour moi, a quelque chose de parfaitement
magique.
Simplement ma vision du bonheur : une tente, une rivière, des montagnes, et DE LA BOUFFE.





















Aucun commentaire :
Enregistrer un commentaire