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16 juillet 2019



La nuit fut fraiche, mais pas intenable, une fois coupées du vent dans la tente. Je me lève et m'apprête à préparer le petit déjeuner. Camille se réveille : elle a MÉGA soif. Elle commence à le répéter en boucle quand elle se rend compte qu'on n'a vraiment plus beaucoup d'eau. On opte pour évincer le café du matin et finir ce qu'il nous reste à boire dans la gourde en attendant le ravitaillement à la yourte. On met des plombes à ranger notre packetage, j'ai l'impression. Il fait déjà si chaud, à 9 heures. Et le sac ne diminue pas bien vite en terme de poids.

[Edit du 7 août : les pages du carnet écrites hier viennent de s'effacer suite à un plantage de Pedro, mon ordi. Condition d'écriture actuelle : énervée. Je vous préviens que la suite sera relativement expéditive.]

Donc on se bouge le cucul en direction de la prochaine yourte pour avoir de la FLOTTE parce qu'il fait CHAUD et on a SOIF. 


Après quelques minutes de marche, on arrive chez une famille de kirghizes : trois générations, deux yourtes, trois chiens, un enclos fabriqué à la main, un troupeau éparpillé au loin dans les montagnes. On demande de l'eau. Le petit monsieur qui nous accueille ne parle ni anglais ni français, on commence à s'y attendre un peu. Sa femme appelle l'unique fille qui parle un peu anglais. Jeune, sympa. On lui montre la carte. Le monsieur d'un certain âge la prend et la retourne dans tous les sens, il n'a pas l'air trop de se repérer sur la carte mais il cherche des noms qu'il connait. La jeune nous dit qu'on est à Shamsy. Faut savoir que Shamsy pour nous, c'est un bled de l'autre côté du col, et on n'a pas passé le col. Pour c'est une réserve naturelle, qui comprend la vallée de Shamsy, donc c'est assez étalé. Du coup ça nous donne pas trop d'indications sur où on est. Petit monsieur nous montre le chemin d'où on vient et nous dit « Song Kul ! » QUOI ? Chiotte. Prévisible, mais chiotte tout de même ! Hors de question de faire demi-tour. « Et par là ? » qu'on lui demande en pointant le sentier qu'on suit depuis deux jours. « Issyk Kul ! »


Bon. Donc visiblement, tous les gens à qui on a demandé « Song Kul ? » ont compris Issyk Kul. Alors pour donner une petite vue d'ensemble :




Voilà. On est bien déterminée à ne pas faire demi-tour, persuadée qu'on va encore se planter de toute manière parce qu'on n'a pas vu d'autre chemin. Le petit monsieur nous dit que Issyk Kul est à 2 jours de marche. Vendu, instauration du plan B : on a qu'à aller à Issyk Kul, rester une journée là-bas, et rejoindre la fin du sentier prévu initialement. On remercie chaleureusement les habitants et retournons sur le sentier. On se pose quelques minutes pour réfléchir à notre chemin. Et pour consulter la carte.



On est là. Oui, dans le trou.

Je m'énerve et déchire un peu plus la carte (oui, bon). Ça amuse un peu Camille, je crois. C'est pas si grave, en fait. Mais sur le coup ça m'use de ne rien comprendre à ce sentiers qui n'existent pas sur la carte et cette carte qui montre des sentiers qu'on ne trouve pas. Mbon. On décide de se mettre en route quand les deux petites filles de la yourte viennent nous voir. « Oooooooh » s'exclament-elles en voyant notre dictionnaire franco-kirghize. Elles le feuillettent. « OOOOOOHHHH » s'exclament-elles en voyant mon appareil photo. Elles le prennent et se mettent à nous prendre en photo.



On communique, comme on peut, avec des gestes, des rires et des sourires. Elles sont si adorables. Aklaï et Kenndja, 7 et 9 ans. Deux petites boules d'amour... Et c'est moi qui dit ça, attention, moi qui supporte difficilement les gamins (et qui travaille avec eux, allez comprendre)... Mais là, je sais pas, elles sont curieuses, aimantes, enthousiastes, souriantes, d'une gentillesse infinie, terriblement attachantes.



On se dit au revoir, elles repartent à leur yourte. Deux minutes plus tard, les revoilà avec un chaton de 2 mois, tout noir, portrait craché de Bagheera, le chat de Camille. Re-séance photos, re-rigolades et re-boule d'amour dans le bide.



On finit par leur dire qu'on doit s'en aller. Aklai, la plus grande, fait une petite moue triste. Elles nous dévisagent et se lancent vers nous pour nous faire un énorme câlin. OOOOOOHHHHHHHH <3 <3 <3 quels amouuuuuuuuurs de petites filles !! On s'en va en leur faisant des grands coucous à distance et elles nous répondent des bisous qui s'envolent. Oooooooooooh... On a le cœur tout plein d'amour !

On continue notre marche pleine d'entrain et croisons plein de petites yourtes sur notre chemin. Certains viennent nous voir, rigolent et repartent. D'autres viennent nous voir, ne disent rien, ne bougent pas. On leur dit bonjour, ils ne répondent pas, sourient un peu, et reste là, à nous regarder remplir nos gourdes. Et puis il y a ceux qui viennent nous parler et nous invitent dans leur yourte, comme ce petit bonhomme tout chétif, qui m'a vue avec mon appareil photo et s'est empressé de nous dire de nous installer dans sa yourte pour prendre plein de photos avec lui, posant en faisant la star. J'ai oublié son prénom, mais les 5 minutes de ma vie passées à ses côtés seront gravées d'une chaleur humaine incroyable.




Après s'être faufilé un chemin entre les troupeaux de moutons et de veaux mélangés, nous arrivons en surplomb d'une magnifique rivière. Il est 11h30, on est large.



Rah, si on avait su, on aurait bivouaqué ici, c'est juste merveilleux...




Du coup on décide de se faire une énorme pause pique-nique. La vallée, le soleil, les pieds dans l'eau, le gouda fondu... un rêve éveillé, quoi. On est arrivées enfin à la route et voyons quelques bagnoles et camions passer. La civilisation ! L'eau est claire, on peut remplir nos gourdes et les laisser se rafraîchir dans l'eau. On a hyper mal au dos. Les douleurs de portage, ça prend toujours un temps... Je m'allonge sur deux cailloux, c'est pas très agréable mais arrive tout de même à m'endormir une grosse demie-heure. Un cheval venant boire à côté de moi me réveille. Je jette un œil à ma droite : Camille dort assise. Elle dort vraiment, en plus ! Elle est incroyable.

Je finis par la réveiller après une longue pause midi de presque deux heures pour qu'on se remette en route. Une belle montée nous attend avant d'atteindre ce qu'on suppose être un col.



On se démerde pas trop mal, une pause de temps en temps, mais la cadence se tient pas mal. Quelques voitures nous doublent, des types en cheval qui nous demandent si on veut qu'ils prennent nos sacs pour les déposer en haut. Non non merci, on veut toujours souffrir !! Mais ils sont gentils, vraiment. La montée se fait dans un terrain sec et chaud. Au loin, derrière nous, les montagnes et la rivière s'éloignent tandis que l'on évolue dans un terrain de terre rougeâtre assez unique, sans trop savoir où on va.



Dernière ligne droite. La fin est douce, on voit une ferme en haut, on suppose que c'est la fin. Effectivement, quelques centaines de mètres plus loin, on arrive enfin au col, à côté d'un troupeau de... gens. Des touristes ! Tiens donc ! Les premiers en 4 jours !

« Hello »
- Bonjour !
- Tiens, des français !
- Vous êtes que deux ?
- Ben oui.
- Vous allez où ?
- A la base au Son Kul, et puis on s'est perdues, du coup on va à Issyk Kul
- Ah oui, nous on y va au Song Kul, ça fait 3 jours qu'on marche et on atteint le Son Kul dans 8 jours à peu près.

Le guide a l'air sympa. Un des randonneurs nous demande combien de kilos on porte.
« Bah, on sait pas trop, vu qu'on a un peu mangé, on est peut-être à 18 là ? »
- Ah oui quand même, vous devez le sentir dans les descentes.
- Ah bah on le sent surtout dans les montées !! D'ailleurs on n'a fait que ça, c'est pas compliqué.

Le troupeau passe en premier, leur berger reste un peu pour fumer à l'écart de ses protégés et en profite pour nous expliquer la route jusqu'à Issyk Kul. 40 km annoncés... Ouais bon, c'est pas du tout 2 jours de marche en fait, ils avancent vite les nomades !! Il nous montre sa super carte topographique avec tous les sentiers et nous explique le chemin à prendre. Dans mon souvenir, ça faisait à peu près ça : « Alors là vous allez descendre un peu, et puis après y a une source, vous pouvez camper à la source mais c'est petit, faut pas la rater. Sinon y a un torrent un peu avant mais il est assez boueux. Après faut bifurquer à gauche, et puis vous recontournez à droite. Ou alors sinon vous passez à droite après la fourche mais c'est pas facile à trouver non plus. Ou sinon bah vous demandez aux gens en fait parce que vous avez pas de carte... »

Ouais, bon, on va encore se paumer, quoi. Bon, dans tous les cas, on prend sa carte en photo et on verra bien. On le remercie chaleureusement et il s'en va, pompes et sacs déchirés, retrouver son troupeau déjà bien loin dans la descente. A nous de se mettre en route vers (l'infini et au-delà) les steppes immenses, les troupeaux à perte de vue, les dunes de terre rouges et arides, et les potentielles rivières, qu'on aimerait bien trouver avant la tombée de la nuit, pour une fois.




Yihaaaa, la descente se fait vraiment bien ! En une petite demie-heure, on arrive à un espèce de torrent. Mmmmh, et si on campait là ? L'eau a l'air un peu boueuse quand même, y a des troupeaux partout... Ah tiens, ça serait bien ce que nous indiquait le type. Mbon, allez, vendu. Il est 17 heures, on est bien, il fait soleil, assez chaud, on se pose là. On fera bouillir l'eau trois bonnes minutes après une micropur et puis voilà.
Nous voilà en train de griller gentiment au soleil et se laver les cheveux dans la rivière avant de se faire un café.



J'ai sorti la moitié de mon sac, tout est étalé par terre sur quatre mètres carrés à la ronde, quand un type se pointe en cheval. Toujours avec une communication à base de dialogue de sourds et de gestes, il nous demande si on dort ici. On acquiesce, alors il nous indique un endroit un peu plus peace et sans les moutons et les voitures (bien que rares) qui passent à côté de nous.
Fffffff, bon, il a peut-être pas tort, ça vaut le coup d'aller jeter un œil, bien que j'ai clairement la FLEMME de déplacer les trois quarts de mon sac étalés partout sans aucune logique. M'enfin. Je pars voir le spot du petit monsieur... Ok. Ça vaut carrément le coup. D'un peu plus bas, on voit toute la vallée, les terres désertiques au loin, le ciel, les plaines verdoyantes... Rien à redire. Je sonde Camille qui va aussi faire son petit tour d'inspection et on déplace nos affaires jusqu'au petit coin de paradis.




On profite du temps radieux (encore et encore) pour laver quelques vêtements et simplement se laver nous-mêmes, dans le torrent un peu marron, en faisant attention à éviter les sangsues. Ça vend du rêve, hein ? Il ne fait pas froid, on profite de cette fin d'après-midi et cette soirée apaisante, face à une étendue de nature sauvage et déserte... Déserte, ou presque. Vers 21 heures, un berger kirghize (le chien) rassemble un immense troupeau au loin, d'où émerge un gros nuage de fumée. Je regarde ce spectacle, toute en contemplation, écoutant le bruit des pas et des aboiements, si loin et pourtant si audibles, résonant dans ce vaste espace. Je me prends à m'émerveiller d'une chose aussi banale pour les nomades, mais qui ici, maintenant, pour moi, a quelque chose de parfaitement magique.




Simplement ma vision du bonheur : une tente, une rivière, des montagnes, et DE LA BOUFFE.


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