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15 juillet 2019


« Anaïs ? Anaïs ! »
- Mh ?
- Il est 9 heures.
Réveil en sursaut : j'étouffe. Il fait si chaud. Ouverture express du duvet, ouverture de la tente, retirage de la polaire. Ouf, je respire. Y a des mecs qui pêchent devant nous. Y en a d'autres qui viennent nous parler pour nous demander ce qu'on fout là et où on va. C'est marrant, tout le monde vient nous parler pour nous demander ce qu'on fait. Mbon. On se traine un peu ce matin et ne partons qu'à 11h30. Déjà parce que je dois RECOUDRE MON P****** DE SAC et ensuite parce qu'on a un peu comme une grosse flemmingite.

Camille a la brillante idée de mouiller sa chemise pour la mettre sur sa tête, ce que j'imite brillamment, ce qui à la fois limite le risque d'insolation et rafraîchit bien ! Par contre, paye ta dégaine...




Z'ont pas peur eux.

Il fait clairement CHAUD, pas de vent, pas d'ombre. On monte gentiment. C'est dur, oh la la. Dire qu'on doit se taper 1100m de dénivelé pour monter le col demain, je sais pas comment on va faire. Aujourd'hui, on va y aller molo. De toute façon, on doit avoir 8 kms max.



On longe la rivière un bon moment, puis on s'en éloigne, la surplombant de plus en plus. L'eau commence à manquer, on a déjà évincé 2 litres sur 3. Heureusement, on tombe sur une ferme et une yourte. Une nana et deux gamins viennent vers nous. On leur montre la gourde : « water ? » Directement, la fille donne la gourde à un des petits gamins qui se met à courir pour aller la remplir. Il revient, suivi de ses parents, ils nous observent tous partir, et pendant de longues minutes. Je me dis que c'est quand même un style de vie hyper cool, de vivre là au milieu de rien, entre la rivière et la montagne, avec des chevaux à monter et un troupeau à rassembler. On monte de plus en plus, un des gosse arrive en cheval et me lance « mi nèm iz XXX » (j'ai oublié son prénom, faut dire que c'est pas simple aussi). Je lui réponds avec le mien et il s'en va au galop.



Un peu plus loin, on fait une pause snickers. La vache, faut que j'arrête de me lever vite, j'ai la nausée et des vertiges violents à chaque fois. Camille remplit les gourdes et remouille nos chemises à la source.



Il est presque 14 heures quand on s'arrête pique-niquer dans un coin paradisiaque. Montagnes, chevaux quasi sauvages, deux ruisseaux qui nous entourent... et du gouda fondu.



Ça vend du rêve, admettez.


Le berger vient nous voir. On lui demande la route du Song Kul, il nous indique le seul et unique chemin qui existe, et que l'on suit depuis notre départ ce matin. Great. Il vit dans la yourte à côté (le rêve) et a trois chiens, semble-t-il de la même race. Un gris, un brun, un beige. Magnifiques.



Il fait bien chaud et bien beau encore, on cuit modérément. Heureusement, Camille a trouvé THE technique pour ne pas cramer de la tête.



Allez, zou, 14h30, il faut se remettre en route. La route nous semble assez douce mais on ne voit toujours pas quel col on est censées passer. On le devine seulement, et c'est assez flippant.


 Là, les trucs gris derrière.

Une belle montée nous casse complètement les pattes. Plusieurs 4x4 s'arrêtent, tout sourire, nous demandant si on a besoin d'aide ou d'être prises en stop. Non non, merci mais on aime souffrir.

On fait une halte dans l'unique point d'ombre repéré depuis deux jours.




Nous nous éloignons de la rivière. C'est mauvais signe. On est censées la longer jusqu'au col. Je comprends rien. Plus on avance, plus je répète inlassablement la même chose : « non mais y a plus du tout de rivière là hein... »
On arrive bientôt à un camp de yourtes. Pas un truc touristique où les voyageurs viennent dormir en ayant au préalable réservé un trek, non. Ici on sent que peu de touristes mettent les pieds. De fait, les gens sont relativement étonnés. On se croirait dans une autre époque. Un village de yourtes rudimentaire avec des animaux partout, chiens, vaches, chevaux, des voisins qui se parlent depuis l'autre bout du village, puis le silence. Une micro société, la plus simple et basique possible. On ne nous parle pas. On nous fait un signe de tête quand on passe, avec un sourire en option si la personne le souhaite. On demande de l'eau, deux fois, à deux endroits différents, pour ne pas exagérer. Ils n'ont pas de rivière (donc nous non plus, aha) et ont une espèce d'énorme cuve comme ravitaillement, qu'ils vont chercher je ne sais pas où. On demande notre chemin, deux fois aussi.
« Song Kul ? »
- Da, da ! (ça veut dire oui en russe)
On nous indique un croisement plus loin, il faudra prendre à droite. Ok, well, à l'aventure, compagnon. On se sent déjà plus rassurées avec la confirmation des locaux.



N'empêche que je sais pas où on va pouvoir camper s'il n'y a pas de rivière aux alentours. On commence à comprendre sur la carte qu'on n'est pas vraiment à l'endroit escompté et qu'on a du probablement contourner le col on ne sait pas comment (puisqu'il n'y a a priori pas de sentier). On fait une petite pause dans la montée après le village. Je fais joyeusement tomber mon sac dans la bouse. Génial, déjà que je me tape la poubelle et que mon hygiène corporelle n'est pas des plus irréprochables (oui bah c'est le trek, hein), voilà maintenant que mon sac sent la bouse.


Arrivées en haut de la petite montée, on sent qu'on ne peut pas monter beaucoup plus. On arrive au fameux croisement que nous a indiqué le kirghize au village, et prenons à droite comme il a dit. On est sur une espèce de petit col assez grand et large, le soleil commence à bien baisser. Va falloir trouver où camper.




Mbon, c'est mal barré c't'histoire. On repère une petite yourte. Allez, comme à chaque yourte, c'est parti pour déposer le sac, s'approcher des autochtones, mimer une rivière (magique), rire parce que l'autre comprend rien. Un petit gars, jeune, nous accueille avec le sourire. Bon allez, cette fois, je sors le dictionnaire franco-kirghize. Oui, voyez, ce n'est pas par oubli ou bêtise que nous oublions de sortir la boussole pour savoir où on doit aller ou de sortir le dictionnaire pour se faire comprendre, non non! C'est par pure volonté de s'en sortir sans artifice, avec notre instinct et notre capacité à tisser des liens avec d'autres humains. Mais si, mais si.
Bon finalement je lui montre comment on dit « source » (bulak) ainsi que « rivière » (darija). Bon, il finit par nous faire comprendre qu'y en a pas trop, et on s'en va parce qu'on comprend pas la suite. Très souriant ce ptit gars.

On poursuit notre route et croisons la mère du dit-garçon avec deux petits enfants qui ramène un troupeau. Toujours la même explication, les mêmes gestes. Cette fois on ne parle même pas du Song Kul, on voudrait juste une rivière pour ce soir. Au bout de 10 minutes de russe / kirghize, on finit par comprendre deux ou trois informations : 1. c'est la saison sèche (l'été), donc là où parfois il y a des ruisseaux, il n'y a rien. 2. On peut demander de l'eau aux yourtes, y en a une plus grande un peu plus loin (Camille confirme, elle l'a vue) 3. Sur notre route de demain, il y a deux rivières seulement. On ne sait pas où ni si on va les trouver. Bon ! C'est déjà ça...

Il est presque 19 heures, le soleil se cache derrière la montagne. On décide de planter la tente à 50 cm du sentier, sans eau. Il nous reste à peine 2 litres. Heureusement, on pourra en demander à la yourte demain.


Le panorama est des plus satisfaisants, mais il commence à cailler sa race. Faut dire qu'on est complètement en plein vent, et qu'il est complètement froid. Je me surblinde de couches de polaires pour aller faire à manger dans la nuit noire mais très belle. Le ciel est encore pleinement dégagé et la lune nous illumine. La vache, ce que j'ai froid. On décidé de faire des pâtes dans très peu de soupe pour économiser de l'eau : on boira toute l'eau sans en gâcher pour la cuisson. On met très peu de soupe pour ne pas avoir soif car elle est relativement salée. Fff, fff, fffffffff. Allez, réchauffez-vous, mains. Putain, avec ce froid, l'eau met des plombes à chauffer. Je me mets dos au vent pour protéger le réchaud des rafales qui me glacent le dos. Je ne sens plus mes orteils malgré les chaussettes thermiques. La dernière et seule fois où ça m'est arrivé, c'était au Pico Ruivo à Madère. Sale histoire.

Une fois la bouffe terminée, je me hisse rapidement dans la tente et ferme tout accès à l'extérieur. On s'enfile notre bol de soupe / pâtes et une demie tablette de chocolat. Il reste une demie gourde d'eau. Une grande gorgée chacune, et au lit.
 

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