« Anaïs ?
Anaïs ! »
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Mh ?
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Il est 9 heures.
Réveil
en sursaut : j'étouffe. Il fait si chaud. Ouverture express du duvet, ouverture de la tente, retirage de la polaire. Ouf, je
respire. Y a des mecs qui pêchent devant nous. Y en a d'autres qui
viennent nous parler pour nous demander ce qu'on fout là et où on
va. C'est marrant, tout le monde vient nous parler pour nous demander
ce qu'on fait. Mbon. On se traine un peu ce matin et ne partons qu'à
11h30. Déjà parce que je dois RECOUDRE MON P****** DE SAC et
ensuite parce qu'on a un peu comme une grosse flemmingite.
Camille
a la brillante idée de mouiller sa chemise pour la mettre sur sa
tête, ce que j'imite brillamment, ce qui à la fois limite le risque
d'insolation et rafraîchit bien ! Par contre, paye ta dégaine...
Z'ont pas peur eux.
Il
fait clairement CHAUD, pas de vent, pas d'ombre. On monte gentiment.
C'est dur, oh la la. Dire qu'on doit se taper 1100m de dénivelé
pour monter le col demain, je sais pas comment on va faire.
Aujourd'hui, on va y aller molo. De toute façon, on doit avoir 8 kms
max.
On
longe la rivière un bon moment, puis on s'en éloigne, la
surplombant de plus en plus. L'eau commence à manquer, on a déjà
évincé 2 litres sur 3. Heureusement, on tombe sur une ferme et une
yourte. Une nana et deux gamins viennent vers nous. On leur montre la
gourde : « water ? » Directement, la fille
donne la gourde à un des petits gamins qui se met à courir pour
aller la remplir. Il revient, suivi de ses parents, ils nous
observent tous partir, et pendant de longues minutes. Je me dis que
c'est quand même un style de vie hyper cool, de vivre là au milieu
de rien, entre la rivière et la montagne, avec des chevaux à monter
et un troupeau à rassembler. On monte de plus en plus, un des gosse
arrive en cheval et me lance « mi nèm iz XXX »
(j'ai oublié son prénom, faut dire que c'est pas simple aussi). Je
lui réponds avec le mien et il s'en va au galop.
Un peu plus loin, on fait une pause snickers. La vache, faut que j'arrête de me lever vite, j'ai la nausée et des vertiges violents à chaque fois. Camille remplit les gourdes et remouille nos chemises à la source.
Il est presque 14 heures quand on s'arrête pique-niquer dans un coin paradisiaque. Montagnes, chevaux quasi sauvages, deux ruisseaux qui nous entourent... et du gouda fondu.
Ça
vend du rêve, admettez.
Le
berger vient nous voir. On lui demande la route du Song Kul, il nous
indique le seul et unique chemin qui existe, et que l'on suit depuis
notre départ ce matin. Great. Il vit dans la yourte à côté (le
rêve) et a trois chiens, semble-t-il de la même race. Un gris, un
brun, un beige. Magnifiques.
Il fait bien chaud et bien beau encore, on cuit modérément. Heureusement, Camille a trouvé THE technique pour ne pas cramer de la tête.
Allez,
zou, 14h30, il faut se remettre en route. La route nous semble assez
douce mais on ne voit toujours pas quel col on est censées passer.
On le devine seulement, et c'est assez flippant.
Une
belle montée nous casse complètement les pattes. Plusieurs 4x4
s'arrêtent, tout sourire, nous demandant si on a besoin d'aide ou
d'être prises en stop. Non non, merci mais on aime souffrir.
On
fait une halte dans l'unique point d'ombre repéré depuis deux
jours.
Nous
nous éloignons de la rivière. C'est mauvais signe. On est censées
la longer jusqu'au col. Je comprends rien. Plus on avance, plus je
répète inlassablement la même chose : « non mais y a
plus du tout de rivière là hein... »
On
arrive bientôt à un camp de yourtes. Pas un truc touristique où
les voyageurs viennent dormir en ayant au préalable réservé un
trek, non. Ici on sent que peu de touristes mettent les pieds. De
fait, les gens sont relativement étonnés. On se croirait dans une
autre époque. Un village de yourtes rudimentaire avec des animaux
partout, chiens, vaches, chevaux, des voisins qui se parlent depuis
l'autre bout du village, puis le silence. Une micro société, la
plus simple et basique possible. On ne nous parle pas. On nous fait
un signe de tête quand on passe, avec un sourire en option si la
personne le souhaite. On demande de l'eau, deux fois, à deux
endroits différents, pour ne pas exagérer. Ils n'ont pas de rivière
(donc nous non plus, aha) et ont une espèce d'énorme cuve comme
ravitaillement, qu'ils vont chercher je ne sais pas où. On demande
notre chemin, deux fois aussi.
« Song
Kul ? »
-
Da, da ! (ça veut dire oui en russe)
On
nous indique un croisement plus loin, il faudra prendre à droite.
Ok, well, à l'aventure, compagnon. On se sent déjà plus rassurées
avec la confirmation des locaux.
N'empêche
que je sais pas où on va pouvoir camper s'il n'y a pas de rivière
aux alentours. On commence à comprendre sur la carte qu'on n'est pas
vraiment à l'endroit escompté et qu'on a du probablement contourner
le col on ne sait pas comment (puisqu'il n'y a a priori pas de
sentier). On fait une petite pause dans la montée après le village.
Je fais joyeusement tomber mon sac dans la bouse. Génial, déjà que
je me tape la poubelle et que mon hygiène corporelle n'est pas des
plus irréprochables (oui bah c'est le trek, hein), voilà maintenant
que mon sac sent la bouse.
Arrivées en haut de la petite montée, on sent qu'on ne peut pas monter beaucoup plus. On arrive au fameux croisement que nous a indiqué le kirghize au village, et prenons à droite comme il a dit. On est sur une espèce de petit col assez grand et large, le soleil commence à bien baisser. Va falloir trouver où camper.
Mbon,
c'est mal barré c't'histoire. On repère une petite yourte. Allez,
comme à chaque yourte, c'est parti pour déposer le sac, s'approcher
des autochtones, mimer une rivière (magique), rire parce que l'autre
comprend rien. Un petit gars, jeune, nous accueille avec le sourire.
Bon allez, cette fois, je sors le dictionnaire franco-kirghize. Oui,
voyez, ce n'est pas par oubli ou bêtise que nous oublions de sortir
la boussole pour savoir où on doit aller ou de sortir le
dictionnaire pour se faire comprendre, non non! C'est par pure
volonté de s'en sortir sans artifice, avec notre instinct et notre
capacité à tisser des liens avec d'autres humains. Mais si, mais
si.
Bon
finalement je lui montre comment on dit « source » (bulak)
ainsi que « rivière » (darija). Bon, il finit par nous
faire comprendre qu'y en a pas trop, et on s'en va parce qu'on
comprend pas la suite. Très souriant ce ptit gars.
On
poursuit notre route et croisons la mère du dit-garçon avec deux
petits enfants qui ramène un troupeau. Toujours la même
explication, les mêmes gestes. Cette fois on ne parle même pas du
Song Kul, on voudrait juste une rivière pour ce soir. Au bout de 10
minutes de russe / kirghize, on finit par comprendre deux ou trois
informations : 1. c'est la saison sèche (l'été), donc là où
parfois il y a des ruisseaux, il n'y a rien. 2. On peut demander de
l'eau aux yourtes, y en a une plus grande un peu plus loin (Camille
confirme, elle l'a vue) 3. Sur notre route de demain, il y a deux
rivières seulement. On ne sait pas où ni si on va les trouver.
Bon ! C'est déjà ça...
Il
est presque 19 heures, le soleil se cache derrière la montagne. On
décide de planter la tente à 50 cm du sentier, sans eau. Il nous
reste à peine 2 litres. Heureusement, on pourra en demander à la
yourte demain.
Le
panorama est des plus satisfaisants, mais il commence à cailler sa
race. Faut dire qu'on est complètement en plein vent, et qu'il est
complètement froid. Je me surblinde de couches de polaires pour
aller faire à manger dans la nuit noire mais très belle. Le ciel
est encore pleinement dégagé et la lune nous illumine. La vache, ce
que j'ai froid. On décidé de faire des pâtes dans très peu de
soupe pour économiser de l'eau : on boira toute l'eau sans en
gâcher pour la cuisson. On met très peu de soupe pour ne pas avoir
soif car elle est relativement salée. Fff, fff, fffffffff. Allez,
réchauffez-vous, mains. Putain, avec ce froid, l'eau met des plombes
à chauffer. Je me mets dos au vent pour protéger le réchaud des
rafales qui me glacent le dos. Je ne sens plus mes orteils malgré
les chaussettes thermiques. La dernière et seule fois où ça m'est
arrivé, c'était au Pico Ruivo à Madère. Sale histoire.
Une
fois la bouffe terminée, je me hisse rapidement dans la tente et
ferme tout accès à l'extérieur. On s'enfile notre bol de soupe /
pâtes et une demie tablette de chocolat. Il reste une demie gourde
d'eau. Une grande gorgée chacune, et au lit.

















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