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14 juillet 2019



Le réveil n'a pas sonné. Il est 8h30 quand je me réveille. Chiotte ! Décidément, quelle perte de temps... Bon, on se lève et se prépare pour aller chercher du gaz... Je sais pas pourquoi, je le sens pas. Je vérifie une dernière fois l'adresse : en face de la banque, à 5 minutes à pieds. J'écris à Alex qui est censé nous commander un taxi pour la station de bus de Bishkek pour aller à Tokmok puis descendre jusqu'au départ de la rando en stop. Go.

Rien. Y a rien du tout. Des habitations, des rues MORTES. Je commence à m'énerver. Dans mes mains, ma cigarette électronique. Je vais éclater un truc par terre dans 3, 2, 1... Je la range dans ma poche. Evitons trop les conneries.

Camille arrête des gens pour leur demander s'ils connaissent Red Fox. Ils comprennent rien à ce qu'on dit et ne semblent pas connaître. C'est dingue ça ! Au bout d'un moment, une nana parlant un peu anglais dégaine son smartphone et recherche l'adresse. Elle commence à nous dire qu'y en a deux, et qu'y en a un qui est pas loin en bus, à 15 minutes. Camille prend le trajet en photo avec son portable. Elle me demande si on y va en bus : « rien à foutre, comme tu veux » que je lui réponds. Ah oui, j'étais vraiment saoulée, et persuadée qu'on allait encore perdre 2 heures pour ne rien trouver du tout. Le problème c'est qu'on est dimanche et je sens que 1 on va se paumer dans les trajets en bus et 2 on va attendre le bus 45 minutes.
Camille regarde le plan : « bon, apparemment c'est pas trop loin de l'hôtel mais dans le sens inverse, faut revenir sur nos pas et continuer ». Ok.

20 minutes plus tard, on arrive devant Red Fox. Un mur gris, une porte fermée, des indications d'horaires en kirghize. Je ne lis pas le cyrillique mais compte les jours inscrits : 7. On est d'accord qu'en Asie centrale y a 7 jours aussi, hein ? Bon, donc en théorie c'est ouvert tous les jours de 7h30 à 20h00. Sauf que là, y a juste rien du tout du tout, même l'entrée a l'air complètement abandonnée. On va à la pharmacie JUSTE À CÔTÉ du Red Fox pour demander si c'est ouvert, la dame nous dit qu'elle en sait rien. Fffffffffff.
Je fais le tour du bâtiment par un espèce de coupe-gorge. Camille repère une porte entrouverte très glauque : « tu veux pas l'ouvrir ? »
- Euh, nan.
- Ok parce que moi non plus.

Merci Kaykay :D

Un peu loin dans la rue, 3 nanas devant un centre esthétique avec leur smartphone. Allez, tentatives n°4 : « hello do you speak english ? »
Un peu. Bon, elles finissent par nous indiquer un centre commercial à 5 minutes d'ici, où il y a un magasin de sport. Great. J'y crois tellement PAS.
Effectivement, on tombe sur un centre commercial énorme ouvert le dimanche, avec une grande enseigne d'un magasin de sport. On devrait trouver, là ! On monte au 3e étage. On se divise en se disant qu'on cherche chacune de notre côté pour se retrouver, comme ça fait un cercle. Je pars de mon côté et demande à un fast-food. Le mec me dit de me retourner. Juste derrière moi, le fameux magasin de sport. J'entre. Personne. J'attends. Je crie « CAMIIIIIIILLE » dans le centre commercial. La voilà qui arrive : « Mais on avait dit qu'on se retrouvait dans le cercle !!! »
- Mais non on avait dit qu'on s'appelait si on trouvait quelque chose !!!
Dialogue de sourds. « Bon, il est où le mec du magasin ? » me dit-elle.
- J'en sais rien, parti faire un tour ce con.
Le gars arrive finalement, et c'est sans grand étonnement qu'il nous fait une vieille moue désolée quand on demande du gaz en mime (puisqu'il ne parle pas anglais non plus). Il nous indique un magasin et un nom de rue dont j'oublie automatiquement les noms. « Vas-y ça me fait chier, ça fait deux heures qu'on traine dans les rues de magasin en magasin, on va encore mettre 2 heures à trouver un magasin soit fermé soit sans gaz, ça me saoule, on a qu'à retourner à l'hôtel, demander à Alex et lui il va nous trouver ça, il connaît sa ville, en plus il est trop gentil. »
Camille tolère gentiment mon mécontentement et agrée la solution. On descend les 3 étages. Au premier escalator, on arrive devant un petit kiosque. Je vois des gourdes. Tiens. Je m'arrête. Camille s'arrête aussi, on est devenues des radars à gaz.
« Vas-y laisse ça va encore être un truc où on croit trouver et en fait y a rien, ça me saoule ». Puis mon regard tombe sur des tapis de sol. Lueur d'espoir. Tapis de sol ? Gourde ? Mais oui !
Camille est déjà en train de demander à la dame du kiosque s'ils ont des bouteilles de gaz. Ça donnait un truc du genre :
- Hello excuse me do you have [ses yeux tombent sur une bouteille de gaz] OUUUUIIIII ÇAAAAAA !!!! dit-elle en sautillant de joie.
Trop mignonne. MISSION ACCOMPLIE. Je n'y croyais vraiment pas, surtout pas dans un petit kiosque planté au milieu d'un centre commercial !!




Allez, il est plus de 11 heures, il est temps de rentrer à l'hôtel. On rend les clefs à Alex qui nous commande un taxi dans la foulée. On se dit que le taxi étant cheap, le mieux serait peut-être d'aller directement à Tokmok plutôt que d'aller à la gare de bus, attendre le bus, et rejoindre Tokmok. Allez vendu, pour la modique somme de 10€ à deux, le taxi nous emmène jusqu'au rond point central de Tokmok, à 1h20 de là. On découvre le paysage urbain et la conduite kirghizes... Ici, chacun est prioritaire sur les autres. Si bien que c'est celui qui klaxonne en premier qui pousse les autres voitures ainsi que les piétons. Ici, les sièges sont protégés par des espèces de tapis en moumoute moches. Ici, pas de ceinture à l'arrière. Ici, les pare-brises sont tous fêlés. Sur toutes les bagnoles dans lesquelles on est montées (peut-être une trentaine), seulement une n'avait pas le pare-brise pété :D Ici, des vaches se promènent au bord de la route, à côté de petites madames, tous les 100 mètres, qui vend des trucs à boire au coin des rues. Plantées là sur une chaise toute la journée, sous un parasol, à côté de la route, avec des bouteilles de soda et des gobelets... Quelle journée de merde ce doit être.
Dans le taxi, j'allume mon TEENO (mon smartphone B-)) pour enregistrer mon carnet en dictaphone (la flemme d'écrire). Enfin je veux l'allumer. Mais il ne s'allume plus. MAIS NON. On m'avait pourtant dit que c'était de la merde. ET VOILA, PUT*** !!! Je le balance sur le siège et grommèle :
« Bonbenvoilàcommeçajeracheteraipasdesmartphone.Voilàjevaisreprendremonvieuxtéléphonepourriaumoinsluiilmarche.Voilà. » Après quelques minutes de tension, je me calme un peu et me dit qu'au moins, il aura tenu le temps qu'il faut, de toute façon dans les jours à venir on n'aura pas accès au Wifi. Enfin ça fait chier quand même. Je le renverrai, hein.
Je le laisse réfléchir 5 minutes et il finit par se rallumer, sans me demander de code PIN. Je comprends rien à ce truc, putain. Qu'il marche ou qu'il marche pas, de toute manière, je comprends rien. J'ai l'air d'une petite vieille à qui on vient de donner un ordinateur et qui, fascinée, ne sait même pas faire bouger la souris et demande toutes les trois secondes « mais comment je fais ça ? Et puis pourquoi y a ça qui apparaît ? » Camille en peut plus. C'est dur de passer dans les années 2010, quand même.

Bon. Il se rallume, c'est déjà ça. On raconte un peu notre arrivée sur le territoire kirghize et l'expédition gaz quand on arrive à Tokmok. On paye le taxi 800 çom (10€) et descendons en vitesse. Il fait chaud et lourd. On est au rond-point central, il ne nous reste plus qu'à faire du stop sur une vingtaine de kilomètres pour rejoindre le départ de la rando. On se pose 5 minutes au rond-point, Camille sort une cigarette. Machinalement, je cherche ma cigarette électronique. Holy shit, elle est introuvable. OK, zen. Zen. (zen). Je prends mon sang froid et retourne là où était le taxi, au cas où il se trouve encore dans les parages. Fail. Je reviens vers Camille : « bon bah c'est comme le téléphone, au moins j'en rachèterai pas et c'est terminé. » Je reste posée 2 minutes, entre mutisme et dents grinçantes.
Camille, dans toute sa compassion, n'a pas tellement envie de rire. Elle ne sait trop bien ce que ça fait, après l'épisode écossais où elle a elle-même cassé ses lunettes, sa clope électronique et son kaway neuf à 40€, le tout à une ou deux journées d'intervalle. Ça rend fou ! Du coup, elle propose d'appeler Alex, le gars de l'hôtel, qui nous a commandé le taxi, en se disant qu'il a peut-être son numéro. Bingo ! Il m'envoie un sms pour me dire que le taxi revient de suite et 2 minutes plus tard, le voici, toute expression glaciale et air malaimable, me tendre l'objet par la fenêtre. Grand sourire, merci beaucoup. Il accuse réception du remerciement par un simple acquiescement sous-entendant « vous me faites chier » et repart dans la foulée.
Boooooon, va-t-on pouvoir commencer cette rando un jour ? Je prends mon sac sur les épaules. Une lanière a déjà craqué. La vache, c'est vraiment de la merde. Allez jamais deux sans trois que je me dis, il va finir par me craquer dans les mains et j'aurai l'air con. Camille, d'expérience, me dit de le recoudre ce soir avant de laisser le karma provoquer le drame. Ouais mais c'est que presque TOUTES les lanières sont décousues, wesh ! Bon, on verra.

Allez, on se met en route vers le Sud, pouce en l'air. Les bagnoles s'arrêtent à la pelle, demandant toutes 500 çoms pour aller à Kalinovka. Fffffffff, impossible de faire du stop gratos, on risque d'attendre 2 heures ou bien de marcher 10 km avant que quelqu'un nous prenne gentiment.




Résultat, on finit par céder et monter avec deux jeunes, la vingtaine. L'un souriant, bavard, l'autre complètement muet et les yeux rivés sur son téléphone.


Oui, les sièges sont en MOUMOUTE INTÉGRALE.

On commence à comprendre que les mimes seront importants car nos langages sont bien trop éloignés pour qu'on puisse se comprendre verbalement. Le conducteur nous demande si on est mariées. Facile, suffit de montrer bien haut notre bague à l'annulaire droit (qui ne sont absolument pas des bagues de mariage ni de fiançailles). Le conducteur regarde Camille toute en roulant. Je vois la voiture partir à gauche. Son voisin ne bronche pas, toujours sur son tel. Deux voitures arrivent en face. « Euh, look at the road » que je lui dis en pointant devant lui. Il m'ignore royalement. Putain, on va se prendre une bagnole. Il continue de parler en regardant derrière lui. ON VA SE PLANTER PUTAIN. Au dernier moment, il regarde en face de lui et donne un gros coup de volant sur la droite, comme si de rien n'était, en reprenant la conversation. Mais c'est quoi ces gens ?

On arrive enfin à destination. Enfin, presque. On arrive à un croisement, mais la route n'est pas terminée.




Ah, les montagnes arrivent, enfin. La vache, les 20 kilos pèsent pas mal sur les épaules. Les deux premiers jours en rando, c'est toujours la souffrance absolue. Mon sac est si merdique, en plus. Bon. J'annonce à Camille que je tendrai mon pouce aux prochaines bagnoles. On se fait prendre en stop 3 ou 4 fois pour arriver jusqu'au dernier village avant les montagnes. Personne ne comprend rien à ce qu'on veut dire. « On va au Song Kul » (en mime). On a soit des « oh c'est loin » (toujours en mime hein), soit un mec qui appelle un autre mec en parlant de nous. Il semble demander s'il y a de la place aux yourtes, on comprend rien. Ils finissent par tous nous emmener au point de départ. Il est 15 heures. Wouh !



Les premiers kilomètres sont plutôt plats, et c'est mieux ainsi, parce qu'on en bave pas mal. On se rend compte qu'on n'a même pas mangé ce midi. On marche une petite heure avant de se poser près d'une rivière.



C'est parti pour l'ouverture du gouda et des petits bâtons de tofu. « C'est pas mal ! C'est même bon ! » me dit Camille. (Rappelez-vous de cette phrase pour dans quelques jours). Il fait bien chaud ici et il n'y a pas un poil d'ombre. Ce n'est que le début... Du coup, on se protège la tête comme on peut.


 Le début d'une grande histoire d'amour.



Du coup, sieste pour Camille.


Pendant que je fais de la sculpture sur galet.

Allez, 17 heures, c'est reparti. On croise quelques voitures, mais ça devient de plus en plus rare et la route devient de moins en moins praticable à mesure que l'on s'enfonce dans le décor. On croise pas mal de vaches toutes mignonnes, des types à cheval, des bagnoles qui s'arrêtent toutes pour nous demander si on a besoin de quelque chose.






Il est 19h30 quand on arrive à notre premier point de chute, le bivouac, Aaaah, enfin. Posées à côté d'un petit pont où des camions passent (flippant), entre la rivière, la montagne et les déchets... PAS DE MOUSTIQUES. Et il ne fait même pas froid ! C'est le rêve ici !!





On prend carrément notre temps, on raconte des conneries à longueur de temps, on se marre. Arrive 21 heures quand on décide d'aller se laver à la rivière, magnifique et puissante. Le soleil s'est presque couché, il fait plus froid, mais au moins la circulation s'est raréfiée et on voit les voitures arriver de loin avec les phares. Oui parce qu'on n'a pas tellement envie de se laver devant des camionneurs kirghizes, voyez. On se fait un bon petit plat (les noodles non mangées la veille) avant de rêvasser et méditer à la lumière des étoiles et de la pleine lune. C'est très magique, très apaisant. Enfin, la nature. Enfin, l'aventure. Enfin, l'air pur. Enfin, la verdure. Enfin, les silhouettes obscures. Enfin, les astres dignes d'une peinture. Enfin, la couture... Eh merde. J'ai oublié de coudre mon sac.



Bon, je me couche, on verra ça demain. Encore une fois, je pense aux parisiens et touristes agglutinés au Trocadéro pour voir le feu d'artifice et je me plais à me dire que je suis loin de tout ça.


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