7h. J'ai fait des rêves bizarres. J'ai pas du tout eu froid, même un peu trop chaud : incroyable ! Je me suis réveillée à 1h45 avec un mal aux fesses assez virulent avec le tapis de sol dans la porte. Je me rendors et me réveille au milieu de la nuit avec cette sensation de « Oh putain, c'était un rêve, ma vie est trop cool ! » Certainement que j'ai rêvé de ma mort, comme souvent. Je me rendors et me replonge dans les méandres de mon inconscient visiblement perturbé.
En quelques phrases : ma chienne attendait un bébé, le bébé en question a perforé son abdomen pour sortir, la chienne se baladait avec les boyaux à l'air. Le fœtus en question était un jouet de ma chatte qui lui fait peur. Je le mets à la poubelle. La chienne, ouverte en deux, est devenue ma chatte. J'ai du l'emmener chez le vétérinaire. Une fois chez le vétérinaire, mon chat est devenu le chat de Camille (un mâle qui a eu un bébé, donc, vous suivez bien). Je présente le chaton troué au vétérinaire qui me répond « oh la la, je sais pas ce que vous avez là, mais votre chat là il est plein de bactéries, et y en a une mortelle. S'il entre en contact avec un seul chat, il lui refile tout. » Donc j'apprends que Bagheera est bourré de bactéries potentiellement mortelles et qu'il a tout refilé à Xéna (mon chat).
Voilà, ça c'était pour vous donner une petite idée de mes nuits (et encore, là c'était soft).
La matinée se passe dans les cailloux. Et quand je parle de cailloux, je parle pas de galets. Je comprends que j'ai clairement bien fait de camper avant la montée hier soir, car je n'aurais définitivement pas pu faire les 4 km de pierrier dans lesquels je me trouve. Pendant plus d'heure une et demie, je grimpe au creux de deux immenses montagnes rocailleuses qui foutent vraiment les boules. Vous voyez un peu le couloir où s'enfoncent Gimli, Legolas et Aragorn pour aller chercher l'armée des morts dans le Retour du roi ? Bah c'est la même ambiance, en plus grand. Des énormes rochers partout, un silence pesant. Au début je trouvais ça beau, et c'est vite devenu angoissant. Se retrouver, seule, dans une cuvette de pierres qui pour certaines ont 2 mètres d'envergure, avec le bruit de chaque pas qui résonne et menace d'en faire écrouler d'autres, ça a un côté anxiogène.
Je crois entendre des voix derrière moi par deux fois, mais il n'y a personne. La traversée était relativement longue, et me voilà très soulagée d'en être sortie, notamment pour la douleur au pied. Je crois que je vais perdre un ongle.
Je retrouve un sentier PLAT longeant une rivière qui crée plein de petites cascades. L'eau, qui sort directement de la roche, au débit impressionnant a creusé des cuvettes d'eau, comme des petites piscines partout. Au loin, les montagnes et la vallée immense, encore une fois. C'est si beau.
Beaucoup de gens m'ont dit que le Dovrefjell et le Jotunheim sont beaucoup plus jolis que le Rondane. S'il y a plus beau, tant mieux, mais perso je prends complètement mon pied et je ne regrette rien. Montagneux mais pas trop non plus, c'est très vert, très grand, les paysages sont différents chaque jour, bien que toujours teintés d'identité norvégienne.
Je redescends la montagne et retrouve la rivière (je passe mon temps à passer des cols, vous l'aurez peut-être compris). Je me pose le long de la rivière, et comme souvent, je parle toute seule. J'ai tellement aussi l'habitude de randonner avec Camille que je m'imagine ce qu'elle dirait ou ce qu'elle ferait quand je remarque un truc qui me fait penser à elle ou qui la ferait réagir. Je sais qu'à tel endroit elle râlerait, je sais qu'à un autre elle trouverait ça parfait et magnifique, je sais que parfois elle se poserait et dirait « tu vois, j'me dis un truc » avant d'enchaîner une réflexion philosophique issue de sa petite tête. Ça me fait sourire. Je repars en route le long de la rivière et aperçois régulièrement le long du chemin des crottes de rennes (oui je sais reconnaître les crottes de rennes). Du coup, sur le qui-vive, je me fais discrète et regarde tout autour de moi dans l'espoir d'en apercevoir un ou deux. Ce sera un bel échec, encore une fois.
Evidemment, une fois qu'on a descendu une montagne et qu'on a traversé la rivière, qu'est ce qui se passe ? Eh ben on remonte une autre montagne ! C'est parti pour 300m de dénivelé. Le temps est parfait, ni trop chaud ni trop froid, je suis aux anges. Après avoir fait peur à deux mecs qui pique-niquaient en arrivant dans leur dos (héhé), je m'arrête à mon tour dans la montée pour manger mon tiers de Babybel.
Ouais, j'en ai un peu marre, j'avoue. Je termine ma superbe montée, en me retournant régulièrement pour scruter la vallée et la montagne d'où je viens.
Une fois arrivée en haut, ce sont deux bonnes heures de marche sur un plateau désert que je savoure en musique. J'ai presque envie de chialer, tellement c'est fou d'être là. Le vent de face, rien ne me donne envie de m'arrêter. Le sentier est plat, une étendue à perte de vue toute autour de moi. Je prends chaque seconde comme une bouffée d'air pur temporelle qui m'aide à tenir dans les mauvaises passes.
Et quand on a fini de monter une montagne, on fait quoi pour rejoindre la rivière ? On descennnnnnnd ! Ouiiiii, bravo c'est ça ! Ça commence à venir :-)
Il est environ 16 heures quand je rejoins la forêt. Je me tâte à camper à l'aire de bivouac ce soir. Hmpprprffffff, y aura des gens. Mais en même temps, je sais pas du tout à quoi m'attendre avant et après la rivière. Je sais qu'y a un village, mais je sais pas si je pourrai camper. Let's see...
Une fois arrivée en haut, ce sont deux bonnes heures de marche sur un plateau désert que je savoure en musique. J'ai presque envie de chialer, tellement c'est fou d'être là. Le vent de face, rien ne me donne envie de m'arrêter. Le sentier est plat, une étendue à perte de vue toute autour de moi. Je prends chaque seconde comme une bouffée d'air pur temporelle qui m'aide à tenir dans les mauvaises passes.
Et quand on a fini de monter une montagne, on fait quoi pour rejoindre la rivière ? On descennnnnnnd ! Ouiiiii, bravo c'est ça ! Ça commence à venir :-)
Il est environ 16 heures quand je rejoins la forêt. Je me tâte à camper à l'aire de bivouac ce soir. Hmpprprffffff, y aura des gens. Mais en même temps, je sais pas du tout à quoi m'attendre avant et après la rivière. Je sais qu'y a un village, mais je sais pas si je pourrai camper. Let's see...
Le soleil arrive, ENFIN, de manière définitive. Cette fois je peux l'affirmer haut et fort, les gars : IL FAIT BEAU. Mais vraiment. Je m'apprête à traverser une petite rivière quand je me fais cette réflexion : « Soleil ? Eau ? Cheveux sales ? Éviter le camping ? » Mmmmmh. Allez. Ni une ni deux, je sais pas combien de temps ça va durer, alors je profite de la rivière et du soleil pour me laver les cheveux. Evidemment, j'ai fait tomber ma serviette dans la flotte et mes lunettes ont failli y passer aussi (franchement, les bigleux, si y a bien un truc qu'il faut PROTÉGER en rando, c'est les lunettes, je sais pas comment j'aurais fait si elles s'étaient barrées dans la rivière).
Fiou, eh bah on se sent bien mieux !!
Je me remets en route. La journée est longue, j'ai du mal à avancer, j'ai mal aux pieds... Je termine ma journée dans une petite forêt toute mignonne.
Heureusement, je vois l'aire de camping au loin. Me reste moins d'un kilomètre quand je tombe sur 3 vaches.
OOOOOOOOHHHHHHHHHHHHH mais c'est trop mignonnnn ! J'aime tellement les vaches ! Je me rappelle de manière nostalgique les vaches qui rôdaient toujours autour de la tente au Kyrgyzstan, qui nous ont réveillées un matin en se frottant à la toile de tente et qui mangeaient nos couverts qui sentaient la soupe. Et puis je tourne ma tête vers une petite clairière où je vois des restes de feu de camp. Hum. Vaches, feu de camp, clairière, ruisseau... ? Bon bah vendu, je pose ma tente ici ! Pourquoi aller jusqu'au camping me confronter au genre humain alors que j'ai un endroit rêvé ici ?
Heureusement, je vois l'aire de camping au loin. Me reste moins d'un kilomètre quand je tombe sur 3 vaches.
OOOOOOOOHHHHHHHHHHHHH mais c'est trop mignonnnn ! J'aime tellement les vaches ! Je me rappelle de manière nostalgique les vaches qui rôdaient toujours autour de la tente au Kyrgyzstan, qui nous ont réveillées un matin en se frottant à la toile de tente et qui mangeaient nos couverts qui sentaient la soupe. Et puis je tourne ma tête vers une petite clairière où je vois des restes de feu de camp. Hum. Vaches, feu de camp, clairière, ruisseau... ? Bon bah vendu, je pose ma tente ici ! Pourquoi aller jusqu'au camping me confronter au genre humain alors que j'ai un endroit rêvé ici ?
Comme il est seulement 17 heures, j'en profite pour laver quelques fringues et les faire sécher à un arbre puisqu'y a du SOLEIL (oui, ça je l'oublie pas).
Rah, la vue est pas des plus magnifiques mais juste cet endroit est magique. Y a des petits arbres partout, on voit des champs et des montagnes, c'est hyper paisible. Je suis trop bien.
Bon, et comme il est tôt, et qu'y a du SOLEIL, qu'à c'la n'tienne, pourquoi ne pas me laver après m'être lavée les cheveux ? J'ai pas spécialement envie d'une douche, juste d'être propre. Franchement j'en peux plus là. Et puis je me souviens que ma serviette est tombée dans la rivière et qu'elle est encore très humide et froide. Je la laisse sécher au SOLEIL pendant trois bons quarts d'heure, mais voyant que c'est pas très efficace, je décide d'aller me laver quand même, après il va faire trop froid et j'aurai la flemme.
18h30. Feedback. Ok. Donc j'ai pris le parti de m'essuyer avec une serviette humide. J'ai aussi pris le parti (involontairement) de me laver à l'endroit de la rivière le plus exposé au vent, et enfin j'ai pris le parti de me laver au moment où il n'y avait plus de soleil. Donc j'ai pas eu très chaud, mais au moins, je séchais très vite. Après le ruisseau était pas trop froid, donc c'était supportable. Après, j'ai fait tomber la moitié du savon et mon pantalon dans la rivière. Pantalon que je prévois de porter jusqu'à la fin de mon séjour, donc techniquement s'il est pas sec demain, je n'aurais d'autre choix que de ressortir un pantalon de mon sakapu (aka le sac de linge sale. Toxique. Les randonneurs me comprennent.) ce qui ne me fera pas vraiment plaisir. Mais c'est ça ou en slip.
Le camp de clodo, quand même. Faut savoir que ce pantalon, là, ça fait 8 ans que je le porte, il a 3 trous énormes aux fesses, deux recousus et un recollé avec du sparadrap, mais j'arrive pas à le quitter. C'est mon baggy de rando, le swag ultime.
Mais au moins, je me sens propre et bien. Et grâce au SOLEIL, j'ai pas trop froid.
Je me fais un soin des pieds et à manger (je sais pas si ces deux verbes dans la même phrase font très bon effet). Je passe ma soirée pieds nus, je vais remplir ma gourde à la rivière.
Je me dis que juste être là, se laver et boire à la rivière, manger du riz et se balader pieds-nus entre les bouses, c'est quand même la vraie vie. S'en suit une réflexion très profonde sur le trek. Je repense au premier jour où je marchais sous la pluie et où j'étais juste trop contente. Je me demandais pourquoi j'aimais tant la rando (plus spécifiquement itinérante et autonome), sans trouver vraiment de réponse. Je me souviens d'une discussion avec Camille quand on voulait monter le Ben Nevis et qu'on s'était ravisées parce qu'il allait pleuvoir. Après coup, je me demande si je l'aurais pas fait même sous la pluie, si je deviens pas de plus en plus comme ça, à me poser des challenges et toujours vouloir faire plus. On dit souvent que les coureurs sont drogués à la course et veulent toujours battre leur record, peu importe les conditions. Je sens que plus les années passent, plus je veux faire plus, marcher plus, aller plus haut, plus loin, tenir la cadence, avoir un mental qui permet de surpasser tous les points négatifs. Je pense aussi à la traversée de l'Islande, un rêve que j'ai depuis 15 ans, qui me rend folle et qui en même temps me fait peur : si j'échoue, si je ne tiens pas la distance, comment je vais le vivre ? C'est aussi cette peur qui me fait repousser ce projet depuis des années (et le manque de thunes, aussi.) Y a un côté très addictif et à la fois très compétitif vis-à-vis de soi-même. J'aime voyager de toutes les manières, à deux, seul, en groupe, et le roadtrip est aussi quelque chose qui me tient à cœur, mais y a pas à dire, parcourir des kilomètres un pied devant l'autre, que ce soit seule ou accompagnée, ça a toujours été ce qui me transcende le plus. Y a un truc très spirituel. Tu es obligé d'apprivoiser tes émotions sans arrêt, de t'adapter, d'accepter les conditions, de pas succomber, d'avancer quoi qu'il arrive. Il n'est jamais question de flemme pour moi en randonnée. Il arrive un moment où le mental doit surpasser le physique, et ça c'est un truc qui me parle beaucoup. J'ai toujours envie de m'améliorer, même pas pour la performance. Mais parce que tu sais pourquoi t'es là. Tu savais que tu aurais froid, que tu allais fatiguer, que tu aurais mal aux pieds. Mais y a quelque chose de plus grand au dessus de ça qui fait que tu as choisi ces souffrances pour ce truc-là, tellement grand que finalement, tes souffrances sont presque un bon souvenir, et qu'elles ne rentrent jamais en compte quand il s'agit de repartir. J'ai l'impression de ne pas avoir de contrainte, que ce soit dans l'espace ou dans le temps. C'est un instant libre, et simple. Tu t'arrêtes où tu veux, quand tu veux. Ça fait 4 jours que j'ai parlé à personne et que je ne fais que marcher. Finalement, on pourrait se dire que je ne vis rien, et pourtant, j'ai plus que jamais la sensation réelle de vivre. T'as 3 impératifs : marcher, manger, dormir. Ta principale activité, c'est marcher. T'avances, et tout ce que tu auras prévu de faire ne seront dépendants que de toi. Tu es dans une bulle temporelle qui n'appartient qu'à toi. Une expatriation psychologique. 18 heures, ça ne veut rien dire. Au boulot, 18 heures, c'est la fin de la journée, c'est les bouchons, le retour à la maison, le dîner à préparer, les enfants à s'occuper, un film devant la télé, et puis hé, il est 23 heures, demain c'est retour des bouchons et du boulot, faut être en forme, donc il est temps de dormir quand même. On s'impose des cadres temporels qui nous sont intrinsèquement imposés. En rando, selon l'endroit où tu te trouves, 18 heures, ça peut être un repas, une sieste, un coucher de soleil, un Nième kilomètre bouclé, une bière au bord d'un lac, une séance de couture, un bain dans une source chaude, un pipi dans les bois, une chanson... Ça peut être n'importe quoi, mais c'est toi qui l'auras décidé. Et rien de ce que tu auras choisi ne sera subi (à part peut-être le tiers de babybel ou de mimolette, allez). Et à l'heure où dans le quotidien, je passe mon temps à devoir trouver des occupations plus factices les unes que les autres, à être dépendante de la technologie pour combler l'ennui, je n'ai pas souvenir de m'être fait chier en rando. Même quand j'ai passé une journée entière dans la tente avec Camille au Kyrgyzstan. Le vide n'est jamais complètement vide.
Je me dis que juste être là, se laver et boire à la rivière, manger du riz et se balader pieds-nus entre les bouses, c'est quand même la vraie vie. S'en suit une réflexion très profonde sur le trek. Je repense au premier jour où je marchais sous la pluie et où j'étais juste trop contente. Je me demandais pourquoi j'aimais tant la rando (plus spécifiquement itinérante et autonome), sans trouver vraiment de réponse. Je me souviens d'une discussion avec Camille quand on voulait monter le Ben Nevis et qu'on s'était ravisées parce qu'il allait pleuvoir. Après coup, je me demande si je l'aurais pas fait même sous la pluie, si je deviens pas de plus en plus comme ça, à me poser des challenges et toujours vouloir faire plus. On dit souvent que les coureurs sont drogués à la course et veulent toujours battre leur record, peu importe les conditions. Je sens que plus les années passent, plus je veux faire plus, marcher plus, aller plus haut, plus loin, tenir la cadence, avoir un mental qui permet de surpasser tous les points négatifs. Je pense aussi à la traversée de l'Islande, un rêve que j'ai depuis 15 ans, qui me rend folle et qui en même temps me fait peur : si j'échoue, si je ne tiens pas la distance, comment je vais le vivre ? C'est aussi cette peur qui me fait repousser ce projet depuis des années (et le manque de thunes, aussi.) Y a un côté très addictif et à la fois très compétitif vis-à-vis de soi-même. J'aime voyager de toutes les manières, à deux, seul, en groupe, et le roadtrip est aussi quelque chose qui me tient à cœur, mais y a pas à dire, parcourir des kilomètres un pied devant l'autre, que ce soit seule ou accompagnée, ça a toujours été ce qui me transcende le plus. Y a un truc très spirituel. Tu es obligé d'apprivoiser tes émotions sans arrêt, de t'adapter, d'accepter les conditions, de pas succomber, d'avancer quoi qu'il arrive. Il n'est jamais question de flemme pour moi en randonnée. Il arrive un moment où le mental doit surpasser le physique, et ça c'est un truc qui me parle beaucoup. J'ai toujours envie de m'améliorer, même pas pour la performance. Mais parce que tu sais pourquoi t'es là. Tu savais que tu aurais froid, que tu allais fatiguer, que tu aurais mal aux pieds. Mais y a quelque chose de plus grand au dessus de ça qui fait que tu as choisi ces souffrances pour ce truc-là, tellement grand que finalement, tes souffrances sont presque un bon souvenir, et qu'elles ne rentrent jamais en compte quand il s'agit de repartir. J'ai l'impression de ne pas avoir de contrainte, que ce soit dans l'espace ou dans le temps. C'est un instant libre, et simple. Tu t'arrêtes où tu veux, quand tu veux. Ça fait 4 jours que j'ai parlé à personne et que je ne fais que marcher. Finalement, on pourrait se dire que je ne vis rien, et pourtant, j'ai plus que jamais la sensation réelle de vivre. T'as 3 impératifs : marcher, manger, dormir. Ta principale activité, c'est marcher. T'avances, et tout ce que tu auras prévu de faire ne seront dépendants que de toi. Tu es dans une bulle temporelle qui n'appartient qu'à toi. Une expatriation psychologique. 18 heures, ça ne veut rien dire. Au boulot, 18 heures, c'est la fin de la journée, c'est les bouchons, le retour à la maison, le dîner à préparer, les enfants à s'occuper, un film devant la télé, et puis hé, il est 23 heures, demain c'est retour des bouchons et du boulot, faut être en forme, donc il est temps de dormir quand même. On s'impose des cadres temporels qui nous sont intrinsèquement imposés. En rando, selon l'endroit où tu te trouves, 18 heures, ça peut être un repas, une sieste, un coucher de soleil, un Nième kilomètre bouclé, une bière au bord d'un lac, une séance de couture, un bain dans une source chaude, un pipi dans les bois, une chanson... Ça peut être n'importe quoi, mais c'est toi qui l'auras décidé. Et rien de ce que tu auras choisi ne sera subi (à part peut-être le tiers de babybel ou de mimolette, allez). Et à l'heure où dans le quotidien, je passe mon temps à devoir trouver des occupations plus factices les unes que les autres, à être dépendante de la technologie pour combler l'ennui, je n'ai pas souvenir de m'être fait chier en rando. Même quand j'ai passé une journée entière dans la tente avec Camille au Kyrgyzstan. Le vide n'est jamais complètement vide.
Plus le temps passe, et plus cette raison, cette drogue, prend une place énorme et complètement le dessus sur tous les petits points négatifs qu'elle implique. Bon, c'est une drogue qui coûte cher, hein, on va pas le cacher. Mais il y a quelque chose de très unique, très bouillonnant, vivifiant, qui m'anime et fait de moi une autre personne. C'est comme grimper une montagne. Il m'est inconcevable d'en faire les deux tiers. Alors bien sûr, je suis pas tarée, si c'est dangereux pour ma vie ou si j'ai un gros problème, je prendrai pas de risque, je suis pas complètement con. Mais dans l'absolu, si j'ai décidé d'aller en haut, si je le peux et même si ça inclut de la souffrance, j'irai jusqu'en haut. Je sais pertinemment que c'est complètement con pourtant ! Pourquoi tu veux aller en haut d'une montagne si le sommet est dans les nuages ? Ça sert à rien, à part pour aller au sommet. Mais voilà, c'est plus fort que moi. Alors si j'ai décidé de traverser l'Islande, je la traverserai. Ma hantise est que je n'en sois pas capable, que ce soit physiquement ou moralement.
















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