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30 juillet 2020


Un peu chaud, mais bien dormi. J'ai revu mon itinéraire pour les deux derniers jours : montée à la pointe de Gorgeat pour bivouaquer puis descente à Chambéry demain, où je suis censée retrouver mon pote David. Respectivement 7 et 13 km, deux petites étapes.

Je quitte le camping à 9h30, la chaleur est déjà écrasante, surtout en ville, dans les cuvettes... Je marche une quinzaine de minutes sur la route et quitte Entremont le vieux pour rejoindre un sentier qui s'engouffre dans un petit bois, plus ou moins à l'ombre.





Les montagnes se raréfient et se rapetissent. 20 minutes de marche seulement, et je sors du chemin pour me poser au bord de la rivière : il fait si frais ! La différence est incroyable, à 10 mètres près. Je me pose quelques minutes, attends 10 heures pour appeler le camping de Challes les eaux, histoire de savoir si je dois réserver un emplacement pour les deux dernières nuits. Je trouve un caillou en forme de cœur dans l'eau. Je le prends, le frotte un peu dans la rivière et le range dans mon sac : ça décorera la tombe de Xéna. J'en trouve trois autres, je les prends aussi. Ça va m'alourdir un peu mais c'est pour la bonne cause.


J'ai une espèce de rechute de deuil, je me sens mal. La pilule passe difficilement. Je sens que le trajet touche à sa fin, et que la réalité va revenir de plus belle. Je sais que ça sera bizarre de retourner chez mes parents, que son absence planera encore. J'ai beaucoup de mal à aller de l'avant en ce qui concerne le manque et le regret. Comme beaucoup de gens j'imagine, mais me raisonner est très complexe dans ces moments-là. Je chiale encore un bon coup avant de repartir vers la chaleur, le cœur lourd. 





J'ai 7 km aujourd'hui, je compte marcher lentement et faire beaucoup de pause : 1, pour ne pas arriver à 13h en haut et m'emmerder comme un rat mort, 2, pour m'économiser car je commence à m'inquiéter pour la flotte. Je compte camper en haut d'une petite montagne où il n'y a aucune source, et sur mon chemin, ma carte d'indique rien. Sur Maps Me (une appli géniale de GPS sans avoir besoin d'internet), il y a une petite source aux granges du Mont Joigny, mais j'ignore si elle sera à sec ou non... Sur le petit sentier de forêt tout mignon que je sillonne, je tombe sur une petite cascade, il y fait frais. Bon. Va falloir remplir les gourdes à bloc à cette rivière, et je risque de rien avoir jusqu'à demain, sachant que sur les 13 km jusqu'à Chambéry demain, je ne vois aucune source non plus. Okay, donc j'ai un peu plus de 2 litres pour aujourd'hui, ce soir et demain. Mmmmmmh OOOOKAAAAAAY !





Il est seulement un peu plus de 11 heures quand je décide... de pique-niquer. Comme ça j'en profite pour boire un litre d'eau et de remplir la gourde après. Faut pas oublier que j'ai un bon dénivelé aujourd'hui, même si c'est sur peu de kilomètres.


Je repasse encore par quelques petits villages avant d'entamer la montée raide dans la forêt. Je dépasse un groupe que je côtoie depuis hier. Ils sont descendus en même temps que moi du col de l'Alpette, je crois même qu'ils logeaient en face de moi au camping, - ils m'ont suivie et dépassée dans la forêt quand je pique-niquais (à 11h00...) et là ils sont arrêtés sur la route parce qu'ils se sont fait piquer par des abeilles. Très vite, ils me redoublent dans la montée, je les laisse me distancer pour être tranquille.





Vers 14 heures, j'arrive aux granges du Mont Joigny. Je croise les doigts pour trouver une source non sèche car je n'ai plus qu'un litre et demi et que j'ai TRÈS SOIF, mais j'économise. Heureusement, il y a quelques habitations, des bâtiments agricoles et effectivement, une belle source loin d'être sèche !






La dernière montée vers la pointe de Gorgeat n'est pas de tout repos, mais le sentier est chouette.





Je m'assois sur le côté du chemin. Une dame et sa fille passent à côté de moi et s'arrêtent à ma hauteur. Elles me demandent si je randonne souvent toute seule, me posent plein de questions. Il se trouve que la jeune femme est tentée par la rando en solo, mais a beaucoup de mal à convaincre ses parents. Je ne suis pas une experte mais leur explique un peu qu'il faut être prudent, ne pas se lancer dans quelque chose dont on n'est pas sûr, s'arranger pour avoir toujours de la batterie, connaître les numéros d'urgence, commencer par de petits trajets, pas trop paumés, dans des régions qu'elle connait déjà... Rien de tellement exceptionnel. C'était cool de discuter avec elles, et la mère qui habite le coin me conseille fortement de ne pas camper à la Pointe de Gorgeat mais au Mont Joigny, beaucoup plus joli et plat pour bivouaquer. Great. 


J'arrive finalement au col de la Gorgeat et monte direct au Mont Joigny. Putain, c'est raiiiiiide ! Pendant la montée qui me casse les pattes, je m'arrête et pense à un truc : « demain, va falloir descendre ». Uuuuuuhhh je vais mettre mille ans !!!





Wah, ça valait le coup quand même !!


Il est 15h30, je suis déjà en haut. Bon, j'ai pas mis aussi peu de temps que je le pensais, j'ai bien pris mon temps, et j'ai du réseau et de la batterie pour m'occuper un peu, donc ça va. C'est ma dernière soirée en bivouac, je compte bien en profiter avant de redescendre dans la fournaise. J'attends que la nuit tombe à l'ombre d'un sapin ridicule.





Je sais pas pourquoi, il kiffait ma carte, il a passé une heure dessus.



Je discute avec les amis, la famille, ça comble pas mal le vide, tout en étant au sommet d’une immense vallée entourée de montagnes. Je me sens bien.


Je croise quelques personnes qui font la boucle via le sommet et me demandent ce que je fous là : « Ben j’attends qu’il fasse nuit. » Ils m’envient de camper là. De mon côté, je suis bien contente d’être la seule à en avoir eu l’idée. Je recroise la dame et sa fille en quête de rando solitaire. Elles me disent qu’elles penseront à moi cette nuit. Eh bien moi aussi mesdames !


L’ombre finit par gagner du terrain et je déplie mon tapis de sol à l’ombre, en attendant qu’il fasse assez frais pour faire de même avec la tente.


Vers 18 heures, l’ombre a encore gagné du terrain : j’installe ma tente, fais ma toilette, grignote un bout de soupe. Je m’amuse à regarder les fourmis s’attrouper dans ma casserole, gaga comme je suis : « Ooooooh ben alors petites fourmis!!! C’est bon la sousoupe hein ? Oh vous êtes trop mignoooonnes » blablablablabla. 






C’est vrai qu’elles sont mignonnes ces petites fourmis qui font le plein de soupe.


Je reste dehors au soleil couchant, c’est sublime d’être seule ici à surplomber des kilomètres de vie. Je glandouille dans ma tente, cherche un peu de réseau. Ça gronde au loin, le vent se lève et je sens que je vais me taper un bel orage. Je flippe un peu. Je suis pas du genre à flipper de l’orage, mais là faut dire que je suis au sommet d’une montagne pas très haute mais assez isolée, entourée d’arbre, et seule dans le vent et la nuit. Mbon. Il ne pleut pas, c’est déjà bon signe. Je regarde les éclairs au loin, c’est tout de même magnifique. 


Il est 23 heures passées quand je m’endors, l’orage semble s’être éloigné.







Total de la journée : 7 km / D+ 730m




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