Aaaaaah, mon rituel du
matin, lever Camille ! Je prolonge nos habitudes corses en
préparant le petit-dej pendant qu'elle me répond « mmmhhhhhhh. »
quand je lui dis « hé, Camille, faut se lever maintenant ! »
Oh, méchante Nini, trop de sarcasmes dans ces phrases, Camille s'est
levée plutôt facilement en Corse comme en Sicile, je suis très
fière d'elle. Si tu me lis, petite corse : je suis très fière
de toi. Bref. Nous voilà en partance pour le vieux Trapani (où
l'hôtel se trouve déjà, en fait). Au programme de la journée :
balades dans les rues de la vieille ville, puis bus Trapani-Palerme,
où nous ne ferons qu'une courte halte, puis train Palerme-Milazzo,
où nous ferons une halte moins courte (une nuit, en fait). Déjà,
on sort de l'hôtel, le hall lui-même est super beau.
Pas besoin d'aller très
loin pour s'engouffrer dans les rues minuscules de la vieille ville
aux murs délabrés et aux linges pendant aux fenêtres. La ville est
vide, seuls quelques siciliens au pas de leur porte discutent de ce
qu'on imagine être la météo ou des ragots locaux (il se trouve que
ni moi ni Camille ne parlons un mot d'italien – et il se trouve
aussi que ni les siciliens ni les siciliennes ne parlent un mot
d'anglais, ils préfèrent limite le français en général). La
ville est calme, paisible, d'une douce chaleur, on imagine le poids
écrasant de la saison estivale qui plonge les rues dans une chaleur
étouffante et pousse les gens dans leur lit (pour la sieste, hein).
En somme, le silence et la tranquillité seraient les mots les plus
adaptés à cet instant.
(Ça se voit pas mais là ça puait bien. En plus, y a une grue - j'ai peur des grues.)
Après deux heures à
flâner tantôt à une terrasse de café, tantôt au port assises
bord de l'eau, tantôt traînassant ou s'allongeant dans les petites
rues vides, on retourne chercher nos sacs à l'hôtel avant de prendre
le bus pour Palerme, à midi. Le trajet de Trapani à Palerme passe
essentiellement par la campagne vallonnée, quelques villages,
quelques vignes, quelques montagnes également en approchant de Palerme. C'est bizarre
en fait comme paysage. On dirait que la nature est pas rangée. On
dirait mon appart, mais avec de l'herbe et des arbres. Pour occuper
notre temps, j'apprends à Camille la Tribu de Dana, que je connais
par cœur (toute ma jeunesse bro). Pour les malheureux qui ne
connaitraient pas (et que je plains, par conséquent), je vous
conseille de cliquer ici.
Après deux heures de
bus, nous voici à Palerme ! Courte halte, disais-je donc
(comment ça « ah bon ? » ? Ah ouais, je vois,
alors on lit entre les lignes, je vois, c'est bien la peine que
j'écrive, hein, hein, la prochaine fois, hein, bon.) Bon. Après
quelques incantations de druides et de magie explorations
des alentours de la gare, il s'avère qu'y a pas tellement à manger.
Ou alors c'est bien caché. Ou alors c'est fermé. Ou alors on est
des empotées et on a pas les yeux en face des trous (à vous de
choisir la bonne solution, moi je la connais). Finalement, on trouve
un espèce de snack où on a, pour la modique somme de trois euros,
une grosse assiette de pâtes à la POMODORO. Eh ouais, on mange des
pommes en or, nous.
Reprenons le train vers
16 heures pour trois heures de paysages chouettos. Entre montagnes
d'un côté, et la côte aux allures corses de l'autre, me voilà
comblée ! Camille récupère de sa nuit (oui, oui, j'essaye de
faire genre elle a une bonne excuse pour dormir, donc elle était
très très très fatiguée.) tandis que je me colle le nez à la
fenêtre (d'ailleurs j'ai encore de la glue séchée dessus, pas très
agréable) et je me dis que le train, quand même, c'est cool (j'ai
trouvé le nouveau slogan de la SNCF : « hé, le train,
c'est cool ! »). On a juste à rester assis et regarder
défiler les jolis trucs. Franchement, y a pas à se plaindre (et
promis j'arrête avec mes parenthèses).
Et là, je retrouve cette
sérénité des voyages, cette déconnexion éphémère qui nous rend
loin de tout, mais au plus proche à la fois. C'est bizarre à
décrire, mais je pense que beaucoup comprennent ce que je veux dire.
Je me pose pas de questions, je regarde simplement cette côte
montagneuse défiler. Rien de tel que de laisser ses pensées voguer
sur cette mer bleue et pétillante. Ici, on ne sait plus quel jour on
est, les problèmes sont loin, on a ni envie d'y penser, ni besoin,
ni intérêt. C'est ce qui s'appelle être dépaysé, cette sensation
« hors de tout », d' « instant présent » que
j'affectionne tout particulièrement en voyage, et qui me manque tout
le reste de l'année. Ces rares moments où plus rien ne semble
vraiment grave, où tout paraît si simple, beau, les angoisses
s'envolent au profit... du profit. On oublie, on relâche, on touche
pas à tout ce qui « va pas », on a même pas besoin de
faire d'effort pour mettre ce qui « va pas » de côté,
ça aura bien assez de place en rentrant à Paris pour venir polluer
mon air ici (attention, ma vie est super cool hein, c'est pas le
propos). On pense juste à des choses qui nous transportent, on prend
du recul, on se sent vivre pour quelque chose, pas seulement bosser,
bouffer et dormir. Rien que le fait de se sentir vivre, c'est cool.
C'est tellement rare comme sentiment. Juste se sentir vivant et
heureux, sans rien d'autre. Quand on part, on est constamment dans la
découverte, dans l'extra-ordinaire au sens brut, dans le nouveau et
les sensations. Alors, dans des moments de tranquillité, nos pensées
partent vers d'autres lieux, vers des gens qui nous paraissent loin
maintenant, mais qui prennent pourtant d'autant plus de place dans
notre cœur. Enfin, on relativise, on se laisser bercer par ces
instants que la vie nous offre, du moins, que l'on s'est offert.
[Nini apprentie poète philosophe : OFF]
Et nous voilà, après 2
heures de bus et 3 heures de train, à l'autre bout (presque, pas
COMPLÈTEMENT l'autre bout) de la Sicile ! A la gare de Milazzo,
des mecs pseudo taxis se jettent sur nous tels des piranhas sur un
doigt de pied malencontreusement laissé à la surface de l'eau.
Plusieurs d'entre eux nous suivent jusqu'à l'arrêt de bus :
« pour 5€ chacune je vous emmène au port », « vous
êtes françaises ? Vous venez d'où ? Vous allez où ? ».
- Oui. Du train. Pas avec toi. (Et accessoirement, dégage). Il faut
dire qu'avec deux jeunes filles, les italiens sont quand même en
général assez RELOUS, pour ne pas dire plus. Je ne compte pas le
nombre de fois où j'ai eu envie de taper ceux qui regardaient
Camille de haut en bas ou qui nous interpellaient dans la rue.
Après un bon quart
d'heure à poireauter sur le trottoir et à décliner les
propositions des taximen, voilà le bus qui arrive et nous amène en
10 minutes (et pas en 10€, lui) à bon port (HAHAHA). Le port de
Milazzo, donc. De là, après une petite marche de 500 mètres, nous
voici à l'appart loué par un particulier, spacieux, avec une sacrée
terrasse sur cour.
Vers 20 heures, nous nous
mettons en quête de courses pour faire à manger. On sillonne les
rues de la ville sans trouver autre chose que des coiffeurs, des
magasins de vêtements, des agences de trucs et de machins. Mais j'ai
pas envie de manger un slip au shampoing, moi. On tombe finalement
sur un magasin bio où on se prend des samosas, du riz, du pesto, de
la bière sicilienne, et je sais plus quoi qui nous a coûté la peau
des fesses. A peine sortie du truc, on voit juste en face de nous, un
grand supermarché. Damned. Pas grave, le bio, c'est bion !
Après un petit apéro en
terrasse, je m'affaire à un festin qui me prendra des heures de
préparation (j'ai fait cuire du riz et des samosas, en fait.) que
nous dégustons avec grand bonheur !
Nous tentons de nous
coucher tôt pour un lever tôt direction le Stromboli !








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