QU'EST CE QUE JE DISAIS.
5H30, le réveil sonne. Oui c'est tôt. Et j'écris en majuscules
parce que c'est TÔT. Je me lève avec l'envie de pas me lever mais
tout en me disant "non mais si tu te lèves pas, Camille va
jamais se lever et tout est foutu". Donc, je me lève. Une demie
heure après, je lève Camille, et nous partons pour le port prendre
notre bateau à 7 heures.
Au passage, la vue depuis la terrasse au lever du soleil !
10 heures, arrivons au
Stromboli, majestueux, nous dominant avec un air de « héhéhé,
à nous ! Vous allez en chier ! » J'ai beaucoup de
mal à réaliser que ce n'est que la deuxième véritable journée
que nous passons ici. J'ai toujours l'impression de vivre trois jours
en un, et une fois que le séjour est terminé, il me paraît si
court. Enfin, c'est le lot de tout le monde, j'imagine.
Nous déposons nos
affaires à l'hôtel *** (EH OUAIS) avant de partir en quête de
l'ancien observatoire, où apparemment on peut manger des pizzas en
voyant le volcan cracher. Pour cela, trois quart d'heure de marche
le long des plages noires de cendre nous attend. Le soleil tape dur,
j'ai le cou qui crâme, on a pas de crème solaire, j'ai PAS ENVIE de
redevenir bélouga comme en 2012.
Le Stromboli nous crache
dessus du haut de ses 920 mètres. Nous passons par les rues
minuscules et désertes de Piscità surplombant les plages noires et,
au loin, le Strombolicchio. C'est très joli.
(C'est très joli, non ?)
Bon. On comprend rien. On
a une espèce de carte qui indique l'observatoire à un endroit qui a
pas l'air d'exister, on a le routard qui nous dit que c'est sur tel
chemin mais on sait pas de quel chemin il parle (je sais c'est pas
clair mais j'essaye de rendre compte de la réalité : c'était
pas clair du tout). Bref, on monte, on monte, mais on voit rien du
tout aux alentours, on est persuadées d'avoir loupé un chemin QUI
N'EXISTE PAS, et on commence à se dire qu'on va pas manger à
l'observatoire. On se le dira définitivement quand on se rendra
compte qu'on a pas de liquide et que le guide nous indique que le
restaurant ne prend pas la carte.
Boooooooooooon. Et si on
rentrait au village ? Bonne idée ! Demi-tour, donc.
Du coup, en passant
devant Magmatrek, l'agence avec qui on va faire l'ascension du
Stromboli (ah ben oui hé hein, on vient pas là pour rester en bas!)
on tombe sur un restaurant où je mange des antipasti « végétariens »
avec du jambon et du poisson, HAHAHA. Quand j'ai dit qu'ils parlaient
pas anglais, hein. Mais le reste était très bon !
De retour à l'hôtel, en
passant par une petite épicerie où on s'en tire pour 15€ de trois
fois rien, nous organisons notre « sac Stromboli », ce
qui n'est clairement pas une mince affaire étant donné que nous
n'avons qu'un tout petit sac à dos pour deux, et qu'il faut au
minimum 3 litres d'eau, deux lampes de poche, à manger, deux gros
pulls, deux kaway. Résultat, je déballe et remballe le sac au moins
trois fois avant de trouver des places stratégiques pour chaque
objet. (Oui je sais, c'est très intéressant). C'est reparti vers
Magmatrek, à même pas 10 minutes de l'hôtel, rendez-vous à 16h15
pour un départ à 16h45 (je ne saurais m'empêcher de vous narrer la
croustillante anecdote selon laquelle on est passées devant une
supérette bon marché sur le chemin).
Et alors là, les cocos,
une des plus belles expériences de ma vie débute : la montée du Stromboli. En gros, on passe de 0 à 900 mètres en 4 kilomètres.
En groupe de 10 à 15 personnes (les guides parlent plein de
langues), vous commencez modérément (un peu trop d'ailleurs) une
montée ardue mais régulière, les uns derrière les autres, dans la
végétation éparse au pied du volcan. Quelques pauses pour boire
et prendre quelques photos au besoin.
Petit à petit, la
végétation se raréfie. Vous commencez à avancer dans des espèces
de hautes herbes épaisses, ou des bambous morts, je sais pas trop ce
que c'est, mais c'est haut et y en a partout. La terre devient de la
cendre, et les pierres, des lapilli. Après 400 mètres de montée
(vers le haut, hein), c'est la limite autorisée en randonnée
libre : au dessus de 400, il faut un guide. Ça tombe bien, on
en a un ! Et même qu'il est super cool, très sympa et
intéressant. Et là, quasiment plus de végétation, tout semble
mort, seulement une vaste montagne de cendre et de lave séchée. Il
n'y a aucune vie, ici. Alors, la montée devient plus dure. La pente
se raidit, on marche dans un mélange de graviers de lave et de
cendre. Les groupes se suivent, on voit le sommet, on voit en bas, on
voit tout, on surplombe la ville, c'est magnifique.
La dernière étape est
la plus dure : on grimpe dans la cendre, autant dire qu'on
fournit deux fois plus d'efforts pour avancer aussi vite que sur de
la terre. La poussière vole sous nos pas et le sommet se fait
toujours aussi loin. Mais, enfin, après 2 heures et demie de montée
raide, on y parvient, à ce sommet. A peine on arrive face au premier
cratère qu'on l'entend gronder, comme le tonnerre, et une épaisse
fumée noire en sort. C'est incroyable de voir ça. On dirait presque
que c'est vivant.
Après une courte pause
au premier cratère, le guide nous conseille de partir vers le
véritable sommet, encore quelques mètres plus haut, où l'on
surplombera les deux cratères fumant. On y parvient, et là aussi,
spectacle inoui. Le guide nous apprend que le volcan a une activité
faible en ce moment (normalement il est à 200 / 300 éruptions par
jour, là c'est plutôt 20 / 30) mais nous avons la chance de le
revoir relativement réveillé et d'assister à trois éruptions. Au
sommet, tout est désert, il n'y a que des cendres et des bombes
volcaniques, rien d'autre n'a d'intérêt que ce trou béant d'où
s'échappent d'épaisses fumées, noires pour les plus profondes,
blanches pour les échappées constantes. C'est vraiment unique à
voir. On est là, face à ce trou qui nous crache les entrailles de
la terre, et qui paraît soudain encore plus imposant que quand on le
voyait d'en bas. On se croirait dans un autre monde, sur la lune, sur
Mars, j'en sais rien, mais c'est un truc vraiment fascinant. Il
gronde parfois, crache d'autres fois, crépite de temps en temps. On
s'attendrait presque à sentir le sol trembler. On reste là une
bonne heure, il fait un froid torride, mais on savoure le spectacle
durant tout le coucher de soleil, et, quand la nuit est tombée, on
n'aperçoit plus que la lueur rougeâtre qui vacille au fond du
cratère bouillonnant. Ici, l'ambiance est très particulière. Bien
sûr, il y a la convivialité, l'effet de groupe qui empêche de se
sentir vraiment « ailleurs », mais si on se laisse happer
par le spectacle, on peut vraiment ressentir des choses qu'on avait
jamais ressenties avant. On se sent minuscule, pas important, on ne
peut que s'écraser devant cette force de la nature fumante,
impressionnante, puissante, qui semble nous dire haut et fort qu'on
ne peut rien face à elle. Il est très difficile de décrire cette
expérience. Je crois qu'elle se passe de mots, le mieux est de la
vivre.
La descente pourrait
paraître secondaire, mais en fait elle est tout aussi unique à
vivre que l'heure passée au sommet les yeux rivés sur les cratères.
On nous donne des masques pour la poussière (on comprendra vite
l'intérêt de la chose), il fait nuit noire, chacun sort sa lampe de
poche et c'est parti pour une descente très raide (de nuit c'est
difficile à estimer, mais c'était clairement très pentu), et dans
un amas de cendre qui nous fait enfoncer les jambes jusqu'aux chevilles
à chaque pas. Je ne sais pas non plus dire combien de centimètres
de cendres étaient sous nos pieds, mais franchement un bon paquet.
On est là, en file indienne, pendant au moins une heure, à
descendre cette pente vertigineuse, dans ce paysage lunaire et une
nuit noire. C'est complètement intemporel. C'est tellement...
tellement. Non, vraiment, les mots me manquent.
(la série de lumières
ce sont les groupes après le notre qui descendent du sommet)
Après une pause à 400
mètres où nous retrouvons les espèces de bambous (on ne redescend
pas par le même chemin qu'à l'aller), le guide nous conseille
vivement de mettre notre masque pour ceux qui ne l'avaient pas mis dès
le départ. On comprend vite pourquoi : on se retrouve très
vite dans un brouillard de cendre, en fait. L'idée c'est de marcher les
uns derrière les autres en suivant les pas du précédent, mais les
nuages de poussière que créent nos pas sont si épais qu'on
n'éclaire bientôt plus le chemin mais un nuage blanc. On marche
alors complètement à l'aveuglette, en se disant « bon ok, si
y a un gros caillou, je vais juste me péter la cheville, mais pas
grave, j'avance ». Oui, t'avances. De toutes façons, t'as pas
le choix, le rythme du groupe est ainsi. Tu fais de longues
enjambées, sans te poser de questions sur où tu dois ou pas poser
tes pieds, eux qui s'enfoncent de 10 centimètres à chaque pas.
T'avances juste dans un nuage blanc, devinant à peu près la
silhouette de la personne devant toi, qui est pourtant à même pas
un mètre.
Enfin, on arrive dans le village plongé dans le noir, poussiéreux, les jambes en coton. Après dépôt des casques et remerciement du guide à l'agence, nous retournons à l'hôtel en essayant tant bien que mal de réaliser ce qu'on vient de vivre, mais sans vraiment y parvenir. Je n'ai jamais ressenti ni vécu un truc pareil. C'est unique à voir, à faire, à sentir. Même l'odeur d'oeuf pourri dégueulasse me manquerait presque (bon ok, j'exagère, le souffre ça pue vraiment trop).
Je ne saurais vraiment
pas quoi ajouter si ce n'est : faites le, si vous le pouvez.
Oui, c'est physique, ça peut paraître long parfois, c'est dur
(surtout vers la fin), l'été ça doit être une horreur, mais...
c'est exceptionnel. Si je devais le remonter, je le ferai. Bon, c'est
sûr que la surprise et la confrontation à l'inconnu joue beaucoup
aussi dans le plaisir que cette ascension procure. Mais quand même,
je le referai demain volontiers.

















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