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28 juillet 2018


2 heures. Réveil en sueur, je suis trempée. Je crève de chaud. Camille psychote en imaginant qu'il y a des bêtes partout dans son lit. Elle a du mal à trouver le sommeil. Des gens rôdent dehors et font du bruit : que font-ils sur le quai d'une gare vide en pleine nuit ?

Réveil à 7h. Les allemands sont partis sans un bruit. C'est discret, un allemand.

8h30. Nous nous apprêtons à faire notre première étape un peu sportive de Bridge of Orchy à Glencoe Mountain Resort, un peu avant Kingshouse : 17 km nous attendent, normalement en immersion dans les montagnes car nous nous éloignons enfin de la route.

La pluie s'est transformée en un ciel couvert avec une alternance d'éclaircies et de quelques gouttes : on considère qu'il fait beau. 


On croise une petite grenouille qui saute qu'on prend pour une feuille.



On passe au-dessus de la rivière qui se dessine au creux de la vallée, on retrouve des airs familiers de Laponie !



J'ai faim. Une petite montée très mignonne nous amène à une vue sublime sur la vallée et sa descente mignonne aussi, au bout de laquelle, se trouve le village d'Inveroran, qui se résume à 3 maisons et un bar-hôtel. 






"Camiiiiiille, j'ai faim"
(tentative d'attendrissement dans le but d'accéder à la nourriture)

Il y a pas mal de gens, comme toujours. On passe devant un troupeau humain et quand ils nous voient passer, l'un d'eux se met à crier : «  OOOOAAAAHH ! » … ?? Oui je sais qu'on est impressionnantes m'enfin quand même... Un peu de tenue ! Je me retourne et aperçoit une biche, à quelques mètres. Ah ok, c'était peut-être pas pour nous. Elle se balade au bord de la route avec une petite dizaine d'humains qui la photographie. J'ai faim.



On fait une pause snickers à Victoria bridge, un vieux pont en pierre, notamment pour laisser passer le tas de gens derrière nous. Il est 10h30. On ne croise pas beaucoup de gens mais il y a toujours des personnes devant et derrière nous. C'est un peu dommage encore une fois, mais bon c'est le jeu. On s'installe à côté de la rivière au débit fringant. En levant la tête, j'aperçois deux biches qui se promènent dans les champs, s'arrêtent quand elles nous voient, et repartent. En oubliant le câble électrique, on peut se croire projeté au Moyen-Age.




On repart vers les vallées de Glencoe en passant par des mignonnes petites maisons




des mignonnes petites forêts



avec des mignonnes petites rivières dedans


pour déboucher enfin sur une magnifique chaîne de collines, montagnes, étendues verdoyantes et sauvages comme pas permis.





On vagabonde plusieurs kilomètres sur ce sentier magnifique où rien ne nous entrave la vue (à part quelques ploucs).





Bientôt 13h, on se pose devant un lac qui ressemble au marais des morts de Tolkien.






Non ?
Ben en vrai, si.

Des gens sont installés sur des cailloux que l'on convoite. On attend qu'ils se barrent en préparant nos tartines de midges. Eh oui, j'en ai pas beaucoup parlé, car c'est vraiment aujourd'hui que l'on découvre leur taux de nuisance, mais les midges sont relativement chiants. Quand on marche, on arrive globalement à les semer, mais dès qu'on s'arrête, il y a des endroits où c'est assez infernal. Un nuage de moucherons mordeurs qui s'agite autour de toi, te rentre dans le nez, les oreilles et attaque toute particule de peau laissée à l'air libre, c'est assez irritant, bien que les morsures en elles-mêmes ne fassent pas trop mal. En soi, il n'y a que le vent fort qui les arrête, donc la clé c'est de s'arrêter dans le vent. Mais là, y a pas de vent. Je vois les gens derrière Camille qui s'apprêtent à partir et mettent leur sac qui a l'air bien lourd. « I can't carry it for you... BUT I CAN CARRY YOU ! » que j'entends. Tiens donc, c'est exactement ce que j'ai dit à Camille hier et avant-hier ! Visiblement y a pas que nous qui nous croyons dans un roman de Tolkien (c'est une réplique du Seigneur des anneaux).
On largue le beurre liquide et grumeleux à la poubelle et on se fait des tartines boursin / jambon végétal. Pourquoi ne pas y avoir pensé plus tôt ? C'est bien bon ! Et franchement j'en avais marre de me trainer le beurre luisant et dégoulinant infecte.

Averse.
Camille sort la cape imperméable. Magnifique. Je ne peux retenir mes éclats de rire.

"Mais ça n'a aucun sens ! J'ai froid et je suis mouillée !!"

Elle ne peut pas mettre le sac, donc il faut retrousser le kaway, ce qui limite clairement son efficacité. Elle a froid, la pauvre. Dire que moi j'ai froid, j'ose pas imaginer sa condition. Après plusieurs minutes d'ajustement du bordel, il est 13h30 quand on repart sous la pluie... qui s'arrête dans les deux minutes. Allez hop, elle est bonne pour retirer la cape !

On ne parle pas tellement, on marche, simplement, en évoluant dans ce décor surréaliste. La météo alterne petite pluie et petite éclaircie. Ça y est, les midges nous rattrapent même quand on marche... Y a des « zones » où ils affluent, c'est impressionnant. Le répulsif acheté en Suède l'an dernier n'est pas très efficace. Ils nous rentrent dans le nez, les yeux, la bouche, les cheveux, les fringues... Grr. On abrège la pause qui n'en est pas vraiment une vu qu'on reste debout à tourner en rond pour les fuir. Puis on trace pour les larguer. Ils me saoulent tellement. Ça monte, mais la seule solution c'est d'aller vite. Camille s'éloigne de moi pour éviter de se prendre les midges qui sont derrière mon fessier.


Encore des airs lapons...



Rien n'est plus efficace qu'une bonne tempête. La pluie arrive une nouvelle fois, cette fois avec le vent. Encore une averse... qui dure. Longtemps. Qui fouette les jambes et nous glace le sang. Pas de doute, ça dégage les midges mais ça va finir par nous dégager nous aussi. Camille commence à avoir les doigts engourdis : « ok ok, sors la cape, vite, je gèle. » Je dois trouver un système « d'attache » pour que la cape ne se barre pas à chaque coup de vent tout en lui mettant par dessus le sac (qu'elle ne recouvre pas du tout évidemment). Putain, c'est à mourir de rire. J'ai mal au bide tellement je ris, je crois pendant près d'un quart d'heure. Je crois que le froid et la pluie ne me font plus aucun effet négatif face à Camille dans son espèce de sac de couchage imperméable.



Mais elle a moins froid au moins. Je dois lui remonter ses lunettes régulièrement qui descendent à cause de la pluie, elle n'a pas de bras. On croise un petit groupe de personnes. Technique de Camille : dire « hello » en baissant la tête. Malheureusement, ça ne suffit pas à les laisser de marbre, ils ne peuvent s'empêcher de rire... surtout que la connasse pliée en deux derrière Camille ne doit pas les aider... Encore aujourd'hui en écrivant cet article  a posteriori, je ris aux larmes.




Bon au moins, elle est plus ou moins au chaud et coupée du vent. La pluie s'arrête, je la libère de son attirail ridicule. On n'a qu'une hâte : terminer les derniers kilomètres pour se prendre un expresso et un chocolat chaud au café. Ça va, on y est presque. La vallée de Glencoe s'offre à nous. On finit le chemin en chanson.



La dernière montée du parking se fait bien lentement ! On rejoint la station de ski de Glencoe, à 3 pistes. Le mec de l'accueil est aussi le caissier du café. Je vous refais la scène, en gros.

« Hello, one deubeul expresso and one hautchocaulète please. »
- A what ?
- Hautchocaulète.
- Hot chocolate ?
- Yes, hautchocaulète.
- Okay, ahah.

Il a pas vraiment dit « ahah », mais il l'a pensé si fort qu'on l'a entendu. QUOI QU'EST CE QUI Y A IL EST PAS BIEN MON ACCENT ? Faut pas déconner, c'était parfaitement compréhensible. Vous aviez compris vous, non ? Bon, ben alors.

En plus son café et son chocolat chaud sont pas bons. Non mais. Enfin bon, il est gentil quand même il nous a donné LES CLEFS de notre maison de hobbit ! EH OUI. Bon, en vrai c'est une cabane cylindrique avec 4 lits minuscules dedans (ah c'est vraiment pour les hobbits, plus d'1m70 et vous dépassez des banquettes) mais bon c'est rigolo.



Finalement on est arrivées tôt, vers 16 heures. On flâne un moment, on retourne voir le mec qui se fout de notre accent pour lui acheter un poncho à 3£ et de l'anti-midges apparemment assez efficace (smidges). Il nous assure que le poncho est énorme et qu'il permet de recouvrir lui et son énorme sac. Vous vous doutez bien que c'est pas du tout le cas. En fait c'est un genre de grand sac plastique hyper fin qui se déchire en moins de deux et qui est encore bien trop petit pour Kay et son énorme sac... MENTEUR ! VOLEUR !!


En plus ce bougre s'est encore moqué de nous.
Bougre : OK 11£ please.
Camille : Ok, can I pay without contact ?
Bougre : … Contactless ?
Camille me regarde. J'éclate de rire. Elle éclate de rire. Bougre rigole aussi, un peu trop à mon goût.

Bon en vrai il était gentil hein, mais bon ÇA VA, on est pas si nulles. Mbon. Allons manger pour nous réconforter. Je vais remplir les gourdes. Le hic c'est que l'eau est jaune. Mais genre vraiment foncé, qui tire sur le marronnasse. On avait déjà repéré de l'eau jaunâtre à Tyndrum, mais depuis rien d'inquiétant. On hésite à retourner à l'accueil pour demander si c'est potable mais M. Foutage de gueule va encore trouver un moyen de nous trouver ridicules et se moquer. Du coup on opte pour le plan B : demander aux gens.
1. - Hi, do you think this is drinking water ?
- Er, it seems not...

2. - Hi, do you think this is drinking water ?
- Mmmh... Yes I think, but I'm not sure...
(vous remarquez, y a du mieux)

3. - Hi, do you think this is drinking water ?
- Yes, yes ! It's all drinking water everywhere !


Ok, cool. Eux, ce sont deux mecs qui nous ont suivi et doublé toute la journée et nous ont dit bonjour à chaque fois. Ils ont l'air un peu concon mais ils boivent l'eau et ils sont pas morts visiblement. Ouf, c'est juste de l'eau tourbée.



Du coup on se fait des pâtes au pesto avant de se flanquer dans nos duvets respectifs devant un superbe coucher de soleil... Dire qu'en France ça suinte de chaleur, ici on a allumé le chauffage électrique, il fait 8°C...


22h. Je tourne dans mon lit, impossible de dormir.
Minuit. Il pleut des cordes mais j'ai beaucoup trop besoin d'aller aux toilettes. Pourtant j'ai pas bu énormément. Fait chier. Je vais réveiller Camille en plus... Allez, je sors touuuuut doucement, non sans bruit. Putain, je me prends la flotte froide dans la tronche sur tout le trajet jusqu'aux sanitaires. Quelle horreur. Je suis contente de pas être en tente, et en même temps je me dis que quand tu sors en pleine nuit sous la flotte, quand tu rentres dans la tente, ça te fait le même effet que quand tu rentres dans une cabane : le calvaire s'arrête, c'est tout.
Ahzy, j'ai mal au crâne. Je crève de chaud, il fait humide. C'est terrible.
J'entends Camille qui tourne dans son lit et qui soupire. Fuck, je l'ai réveillée. En même temps je tourne dans tous les sens depuis deux heures, j'en peux plus. C'est quoi cette nuit pourrie ? A chaque coup de vent les murs bougent et j'ai l'impression que la cabane va rouler sur elle-même.
2h. Camille tousse comme une tuberculeuse. Je crois qu'il est temps d'ouvrir la fenêtre, de toute façon je crève de chaud ici. Et puis je dois retourner aux toilettes sous la flotte. Joie ultime. C'est la dernière fois que je prends un thé avant de me coucher.

2 commentaires :

  1. Aha :-)))

    Simple curiosité : pourquoi avez vous emmené toute votre bouffe pour le WHW ? Il y a des supérettes dans les villages.
    Goût du portage ? Répulsion pour la nourriture locale ?
    Il y a pas mal de veggie en Scotichie.

    Wren

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    1. Alors goût du portage, non, goût de l'autonomie, oui ! Effectivement on dormait dans des refuges donc on aurait pu se passer de la bouffe mais sur cette portion du WHW c'est pas évident de trouver tout ce qu'on veut au jour le jour... Et puis avec les lyo et le réchaud, on gagnait en efficacité et en légèreté ! Après on s'est ravitaillée à Fort William pour la suite et on a pas emmené TOUTE notre bouffe, mais sur le WHW on préférait jouer la sécurité ^^

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