Madère, terre du bout du
monde
Ce fut la tempête cette
nuit, bon sang de bonsoir ! La tente a bougé dans tous les
sens, pluie et branchages se sont abattus sur la toile toute la nuit.
Ce matin, le ciel est encore bien couvert, mais il ne pleut plus.
Parfait ! Finalement, je me tape de la pluie qu'aux moments où
ça ne me dérange pas. Pas grave, aujourd'hui je descends dans la
vallée pour prendre un bus vers Machico puis un autre vers Sao
Lourenço.
Je range tranquillement mes
affaires et replie la tente bien trempée... J'espère qu'elle aura
le temps de sécher ce soir et qu'il fera beau, surtout. On va se
marrer si c'est la tempête sur la presqu'île !!
Allez hop, on verra bien,
pour l'heure (10h) j'ai 4 ou 5 km jusqu'à Santana, j'attaque la
route sous la pluie.
Pas la peine de tenter le
stop, de toute façon tout le monde monte pour la rando, personne ne
descend dans mon sens... à part la gentille madame du café qui
s'arrête à ma hauteur pour me descendre en ville ! Gentille !
Elle me lâche pas loin de
la poste, d'une banque et de l'office de tourisme, il est 10h45. Y a
un bus à 11h et le prochain vers 14h. Allez, restons un peu dans
cette petite ville histoire de faire quelques emplettes, notamment
pour mon poto Jeannot dont c'est l'anniversaire aujourd'hui.
Ah ben oui, la poncha, ça
remplit le sac … et ça alourdit !
13h. Blasée de retrouver la
ville. Pas envie de repartir. Bien contente de passer ma dernière
nuit dans un coin sauvage. J'espère que la météo sera avec moi
pour pouvoir profiter d'un dernier coucher et dernier lever de soleil
sur l'océan.
Je poste mes cartes, retire
30€. Me reste deux sandwich boursin / jambon végétal, je me les
garde pour demain midi, je profite d'être en ville pour manger dans
un restau (le seul, j'ai l'impression).
Mon estomac crie à l'aide,
il comprend pas ce qui se passe !!
13h40, je prends le bus qui
m'emmène à Machico. Il passe par plein de petites routes qui
longent la côte et les falaises.
Arrivée à Machico à
14h30, le bus pour Sao Lourenço est à 15h20. Bon, eh bien
poireautons mes amis !
Depuis le bus vers Sao
Lourenço, on aperçoit au loin la péninsule... Oh la, ça va me
plaire ça je sens. C'est marrant, ça ressemble tellement pas à
Madère, ça dénote totalement avec la géologie globale de l'île...
Une étendue bien plate bordée de falaises... On se croirait en
Irlande !
Rah, j'ai hâte d'aller
« tout là bas, au bout ». L'histoire de ma vie :
aller tout au bout, aller tout en haut. De l'autre côté, ce sont
les montagnes déchirées qui me transcendent. Aucun terrain plat sur
cette île au paysage si unique. J'avais jamais vu ça avant et
j'aime avant tout être dépaysée quand je pars en itinérance. Des
maisons à flanc de montagne, perchées, de toutes les couleurs, des
falaises raides mais à la fois recouvertes de végétation. De la
végétation, d'ailleurs, présente dans chaque mètre carré,
abondante. Des gorges si profondes, immenses. Des montagnes
piquantes. Ça ne ressemble à rien de ce que j'ai pu voir avant.
C'est assez fou de se dire que l'humain ait pu « apprivoiser »
cette île. On dirait que les maisons ont été construites là où
on a pu. « Tiens, y a un peu de plat ici, y a la place à faire
un 50m2 sur deux étages. Mais C'EST TOUT. » Comme moi avec ma
tente, à chercher un endroit plat et assez grand. D'ailleurs en
parlant de tente, plus ça va et plus j'aime l'autonomie et la
quiétude qu'elle apporte, contrairement à ce qu'on peut penser. En
autonomie, on a besoin de rien ni personne (si on est bien préparés
et sans pépin, of course). C'est la liberté de mouvement, de
rythme, de choix. J'ai à manger et de quoi dormir, je n'ai besoin de
rien, aucun impératif, rien ni personne ne m'attend le soir ni le
matin et je n'attends rien de personne.
Le bus me dépose vers 16h.
Ce qui est cool c'est que tout le monde se barre à cette heure-ci,
encore une fois, je suis à contre-courant : personne ne dort
là, du coup je vais encore avoir le lieu pour moi toute seule, et
c'est TANT MIEUX (pour changer). Allez zou, en route pour quelques kilomètres vers la pointe.
Il y a pas mal de vent et
les vagues s'éclatent sur les falaises abruptes du pourtour de la
péninsule : sublime île sauvage.
4 kilomètres plus tard, me
voici à la casa do Sardinha, une espèce d'oasis humaine entourée
de palmiers, perdues ici au milieu de rien.
Je trouve LE spot pour
tente, le seul terrain plat et visiblement utilisé par les rares
campeurs de passage. Le vent souffle fort mais il fait bon et il ne
pleut pas, ce qui est littéralement parfait pour faire sécher ma
tente, d'ailleurs je m'amuse à la hisser telle une voile pour la
vider de toutes les merdes qui s'y trouvent et la faire sécher.
Parfait, encore une fois, j'ai de la chance. En 10 minutes, c'est
réglé. Je la fixe bien car le vent souffle pas mal, et il est 18
heures. Donc ? C'est l'heure deeeeeeee ? Monter au sommet,
tout au bout de la péninsule, pour aller voir la mer partout autour
de moi, pour moi toute seule.
Le soleil couchant se filtre
à travers les nuages, quelques gouttes de pluie, trois fois rien. Il
ne fait même pas froid... Je suis seule au monde sur cette
péninsule, avec comme compagnie Ibrahim Maalouf et Lou Reed. Just a
perfect day. Des larmes s'écoulent sur mes joues. Mon sentiment n'a
pas de définition. Je ne pense à rien, je voudrais simplement
rester là pour l'éternité.
Il y a quelque chose de
naturellement beau, intemporellement mystique, émotionnellement
intense... et dramatiquement éphémère. Des oiseaux rôdent au
dessus de moi, font leur vie sans se préoccuper de la mienne ou de
tout autre être humain. Je passe deux minutes à suivre une mouette
tournoyant au gré du vent et planant au dessus de moi. Elle est
belle, majestueuse. Pure.
C'est ce genre de moments
que me procurent les voyages qui font qu'on devient complètement
accro à cette sensation unique, et qui valent tout l'or du monde,
tout le confort du monde, tous les lits du monde. Pas de
matérialisme, juste vivre pleinement chaque seconde et admirer le
principe même qu'est la vie. Je suis un petit point ridicule,
insignifiant, minuscule, planté ici, telle une étoile à des
milliers d'années lumières de tout, face à une immensité sans
pareil : de l'eau, partout, le ciel, les nuages, les rayons du
soleil. Et j'ai tout cela pour moi. Peu de choses peuvent me procurer
un tel bonheur.
Quand je reviens à ma
tente, je croise deux pélauds qui montent. Ouf, à 5 minutes près,
c'était raté mon petit égo-trip. Je me fais une toilette et un
soin des pieds, qui vont tout de même beaucoup mieux depuis les
opérations chirurgicales. Et depuis que je ne marche plus 20 bornes
par jour avec 20 kilos sur le dos, aussi.
C'est une belle soirée. Le
vent souffle si fort que le réchaud peine à rester allumé. Pas
grave, il ne fait pas froid, la nuit est belle, je peux attendre, de
toute manière j'ai masse de gaz en stock. Je suis vraiment bien ici,
face à la mer (j'aurais dû grandir) et aux lumières de Machico,
c'est la plus belle conclusion que pouvait avoir ce voyage.






















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