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6 mars 2019


Madère, terre du bout du monde

Ce fut la tempête cette nuit, bon sang de bonsoir ! La tente a bougé dans tous les sens, pluie et branchages se sont abattus sur la toile toute la nuit. Ce matin, le ciel est encore bien couvert, mais il ne pleut plus. Parfait ! Finalement, je me tape de la pluie qu'aux moments où ça ne me dérange pas. Pas grave, aujourd'hui je descends dans la vallée pour prendre un bus vers Machico puis un autre vers Sao Lourenço.

Je range tranquillement mes affaires et replie la tente bien trempée... J'espère qu'elle aura le temps de sécher ce soir et qu'il fera beau, surtout. On va se marrer si c'est la tempête sur la presqu'île !!
Allez hop, on verra bien, pour l'heure (10h) j'ai 4 ou 5 km jusqu'à Santana, j'attaque la route sous la pluie.


Pas la peine de tenter le stop, de toute façon tout le monde monte pour la rando, personne ne descend dans mon sens... à part la gentille madame du café qui s'arrête à ma hauteur pour me descendre en ville ! Gentille !
Elle me lâche pas loin de la poste, d'une banque et de l'office de tourisme, il est 10h45. Y a un bus à 11h et le prochain vers 14h. Allez, restons un peu dans cette petite ville histoire de faire quelques emplettes, notamment pour mon poto Jeannot dont c'est l'anniversaire aujourd'hui.


Ah ben oui, la poncha, ça remplit le sac … et ça alourdit !



13h. Blasée de retrouver la ville. Pas envie de repartir. Bien contente de passer ma dernière nuit dans un coin sauvage. J'espère que la météo sera avec moi pour pouvoir profiter d'un dernier coucher et dernier lever de soleil sur l'océan.
Je poste mes cartes, retire 30€. Me reste deux sandwich boursin / jambon végétal, je me les garde pour demain midi, je profite d'être en ville pour manger dans un restau (le seul, j'ai l'impression).


Mon estomac crie à l'aide, il comprend pas ce qui se passe !!

13h40, je prends le bus qui m'emmène à Machico. Il passe par plein de petites routes qui longent la côte et les falaises.



Arrivée à Machico à 14h30, le bus pour Sao Lourenço est à 15h20. Bon, eh bien poireautons mes amis !


Depuis le bus vers Sao Lourenço, on aperçoit au loin la péninsule... Oh la, ça va me plaire ça je sens. C'est marrant, ça ressemble tellement pas à Madère, ça dénote totalement avec la géologie globale de l'île... Une étendue bien plate bordée de falaises... On se croirait en Irlande !


Rah, j'ai hâte d'aller « tout là bas, au bout ». L'histoire de ma vie : aller tout au bout, aller tout en haut. De l'autre côté, ce sont les montagnes déchirées qui me transcendent. Aucun terrain plat sur cette île au paysage si unique. J'avais jamais vu ça avant et j'aime avant tout être dépaysée quand je pars en itinérance. Des maisons à flanc de montagne, perchées, de toutes les couleurs, des falaises raides mais à la fois recouvertes de végétation. De la végétation, d'ailleurs, présente dans chaque mètre carré, abondante. Des gorges si profondes, immenses. Des montagnes piquantes. Ça ne ressemble à rien de ce que j'ai pu voir avant. C'est assez fou de se dire que l'humain ait pu « apprivoiser » cette île. On dirait que les maisons ont été construites là où on a pu. « Tiens, y a un peu de plat ici, y a la place à faire un 50m2 sur deux étages. Mais C'EST TOUT. » Comme moi avec ma tente, à chercher un endroit plat et assez grand. D'ailleurs en parlant de tente, plus ça va et plus j'aime l'autonomie et la quiétude qu'elle apporte, contrairement à ce qu'on peut penser. En autonomie, on a besoin de rien ni personne (si on est bien préparés et sans pépin, of course). C'est la liberté de mouvement, de rythme, de choix. J'ai à manger et de quoi dormir, je n'ai besoin de rien, aucun impératif, rien ni personne ne m'attend le soir ni le matin et je n'attends rien de personne.

Le bus me dépose vers 16h. Ce qui est cool c'est que tout le monde se barre à cette heure-ci, encore une fois, je suis à contre-courant : personne ne dort là, du coup je vais encore avoir le lieu pour moi toute seule, et c'est TANT MIEUX (pour changer).  Allez zou, en route pour quelques kilomètres vers la pointe.




Il y a pas mal de vent et les vagues s'éclatent sur les falaises abruptes du pourtour de la péninsule : sublime île sauvage.





4 kilomètres plus tard, me voici à la casa do Sardinha, une espèce d'oasis humaine entourée de palmiers, perdues ici au milieu de rien.



Je trouve LE spot pour tente, le seul terrain plat et visiblement utilisé par les rares campeurs de passage. Le vent souffle fort mais il fait bon et il ne pleut pas, ce qui est littéralement parfait pour faire sécher ma tente, d'ailleurs je m'amuse à la hisser telle une voile pour la vider de toutes les merdes qui s'y trouvent et la faire sécher. Parfait, encore une fois, j'ai de la chance. En 10 minutes, c'est réglé. Je la fixe bien car le vent souffle pas mal, et il est 18 heures. Donc ? C'est l'heure deeeeeeee ? Monter au sommet, tout au bout de la péninsule, pour aller voir la mer partout autour de moi, pour moi toute seule.

Le soleil couchant se filtre à travers les nuages, quelques gouttes de pluie, trois fois rien. Il ne fait même pas froid... Je suis seule au monde sur cette péninsule, avec comme compagnie Ibrahim Maalouf et Lou Reed. Just a perfect day. Des larmes s'écoulent sur mes joues. Mon sentiment n'a pas de définition. Je ne pense à rien, je voudrais simplement rester là pour l'éternité.



Il y a quelque chose de naturellement beau, intemporellement mystique, émotionnellement intense... et dramatiquement éphémère. Des oiseaux rôdent au dessus de moi, font leur vie sans se préoccuper de la mienne ou de tout autre être humain. Je passe deux minutes à suivre une mouette tournoyant au gré du vent et planant au dessus de moi. Elle est belle, majestueuse. Pure.
C'est ce genre de moments que me procurent les voyages qui font qu'on devient complètement accro à cette sensation unique, et qui valent tout l'or du monde, tout le confort du monde, tous les lits du monde. Pas de matérialisme, juste vivre pleinement chaque seconde et admirer le principe même qu'est la vie. Je suis un petit point ridicule, insignifiant, minuscule, planté ici, telle une étoile à des milliers d'années lumières de tout, face à une immensité sans pareil : de l'eau, partout, le ciel, les nuages, les rayons du soleil. Et j'ai tout cela pour moi. Peu de choses peuvent me procurer un tel bonheur.

Quand je reviens à ma tente, je croise deux pélauds qui montent. Ouf, à 5 minutes près, c'était raté mon petit égo-trip. Je me fais une toilette et un soin des pieds, qui vont tout de même beaucoup mieux depuis les opérations chirurgicales. Et depuis que je ne marche plus 20 bornes par jour avec 20 kilos sur le dos, aussi.

C'est une belle soirée. Le vent souffle si fort que le réchaud peine à rester allumé. Pas grave, il ne fait pas froid, la nuit est belle, je peux attendre, de toute manière j'ai masse de gaz en stock. Je suis vraiment bien ici, face à la mer (j'aurais dû grandir) et aux lumières de Machico, c'est la plus belle conclusion que pouvait avoir ce voyage.




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