Après
cette journée fort productive, nous voici au moment clé : le
col à 3200. Quelques 800m de dénivelé nous attendent cette matinée
pluvieuse. Tant mieux, ça nous évitera de crever de chaud. La
flotte est pas mal tombée cette nuit, et l'eau de la rivière a pas
mal monté, heureusement pas jusqu'à la tente.
Plutôt
motivées et en souffrance modérée, nous montons, pas à pas, cette
belle montagne. On suit un petit groupe de randonneurs pendant une
petite heure, et ils nous sèment assez rapidement parce qu'il faut
admettre qu'on aime bien les PAUSES. Mais on monte, doucement mais
assurément. La dernière ligne droite est assez interminable... On
essaye tant bien que mal de rester régulières et de maintenir la
cadence, mais ça commence à tirer pas mal... HEUREUSEMENT Y A DES MARMOTTES.
3
heures après notre départ, nous arrivons au col, et le soleil est revenu !
Yahouuu, on voit le Son Kul ! Enfin, le voilà ! Bon, il
est encore loin, mais il est en vue !!
On
fait notre pause pique-nique (je me traine toujours les babypoubels
de la veille hein) avant de se remettre en route pour quelques
kilomètres (6 kms) jusqu'au campement. La descente est douce et
chaleureuse, à travers les champs de fleurs. Pas croisé une
personne sur le chemin...
Camille
prend un chemin alternatif, qui descend pendant que le mien monte un
peu.
« Hum,
tu t'éloignes non ? »
-
Bah ça se rejoint non ?
10
minutes plus tard, elle se voit obligée de tout remonter hors
sentier : joie est-elle ! Pause soin de son ampoule qui
s'est disons éventrée. Traversons des pâturages, croisons un mec à
cheval. Ça doit être cool quand même de vivre là, au milieu de
rien, se déplacer à dos de cheval et boire du lait fermenté.
Mmmmmh !
« Bon,
elle est jolie la vallée ! »
-
Tu entends les échos ?
-
J'ai cru les entendre, en tout cas ! C'est qui le mec qui est
venu te chercher l'autre jour ?
-
Ah, c'était Akim, le fils du forgeron !
-
Ah ok, et du coup il est venu te chercher pourquoi ?
-
Bah les druides nous ont tous rassemblés là ils nous ont filé de
l'hydromel...
Et
on se fait toute la chanson comme ça (les vrais auront compris :D)
Ultime
pause, il est 15h30. On a une énorme flemme tout à coup.
Les
troupeaux aussi sont de nouveau en vue et CER TRO MIGNONG
Allez,
dernière ligne droite. C'est parti pour les 3 derniers kilomètres
jusqu'au campement, que l'on atteint assez rapidement. La rivière,
le lac au loin et l'immensité des vallons et des vallées nous
donnent un des plus beaux bivouacs du séjour.
Camille inspecte les petits grains de terre au fond de la gourde.
On
pose la tente, il est 16 heures, et on se fait une petite sieste.
J'ai si chaud. Je finis par sortir, j'ai beaucoup trop chaud. Je me
promène autour de la tente, je savoure. Diable que c'est unique. On
dirait la Laponie, Saltoluotka, à la frontière entre la Suède et
la Norvège, avec ce lac immense et ses montagnes enneigées, au
loin, dominant tout à leur pied. La Laponie, sans les moustiques,
sans la pluie, avec le soleil, la chaleur relative (pour moi c'est
parfait), et on rajoute à ça des yourtes, des chevaux et des veaux
à la place des rennes.
Camille
dort encore, je me demande s'il faut pas que je la réveille parce
qu'y a une grosse averse qui semble arriver. Je m'assois à côté de
la rivière, regarde à gauche, à droite. C'est vraiment un beau
pays. On voit plein de choses différentes en très peu de temps et
très peu d'espace : de la haute montagne, du désert, des
canyons arides, des grandes vallées immenses avec les rivières qui
se creusent en leur sein.
Il
est marrant, ce voyage, assez atypique, parce qu'on est environ aux
deux tiers et j'ai à la fois l'impression que c'est bientôt la fin
tellement on a vécu de choses qui me paraissent lointaines, et à la
fois c'est passé hyper vite. On a vu plein de choses différentes,
on a fait plein de choses différentes, prévues ou imprévues. J'ai
du mal à avoir du recul sur l'ensemble parce que j'ai l'impression
d'avoir fait plein de mini-voyages en un. Tout est différent tout le
temps, les journées ne se ressemblent pas, les paysages ne se
ressemblent pas, c'est sauvage, vierge, pur.
Camille
se réveille d'elle-même, il me suffit simplement de lui annoncer
qu'un gros nuage noir se prépare au loin et qu'elle va devoir
s'armer à la toilette dans moins de dix minutes. La pilule passe
plutôt bien, j'ai une réponse du type : « Grmbl ça veut dire
que je dois me lever, maintenant là ? Mmmmmfffffffrrrrrr. »
Allez
hop, on se désappe à la vue des yourtes en espérant qu'y aura pas
un mec posté devant, contemplant le paysage. Il va être surpris. En
10 minutes, l'affaire est bouclée, et on en profite pour laver
quelques vêtements.
Il
est temps de préparer le festin dinatoire !!!! Bon, une soupe
avec de la semoule, en fait. Ça change pas beaucoup beaucoup de jour
en jour hein, c'est pas compliqué on a trois plats : pâtes au
pesto, soupe à la semoule et riz au beurre-citron. Voilààà.
Et
voilà-t-y pas que le réchaud fait quand même de petites flammes.
Ça me rappelle un mauvais souvenir de Laponie ça... La bouteille de
gaz était abimée et ne faisait plus que des mini-flammes. On
avait du manger de la semoule froide au pesto. Un souvenir des plus
merveilleux.
Je
sous-pèse la bouteille : AH ! A pu beaucoup gaz là-dedans. Je me
souviens des minutes à faire bouillir l'eau à cause de sa couleur
marronnasse et comprends que ça va pas tenir encore 3 jours. Parce
que je vous explique notre plan F : on abandonne l'idée d'allée
à Issyk Kul ou Karakol pour les 2 derniers jours, on a peur de faire
trop de route et gâcher une journée entière à relier la ville
pour seulement 2 jours sur place. Du coup, sur une idée de Camille,
on a opté pour faire du cheval demain, puis sur une idée de
moi, rejoindre la route côté Est du lac en faisant une rando de 2
jours entre les montagnes. Etant donné la quantité de gaz qu'il
nous reste, je crois qu'on peut tout de suite mettre en place le plan
G et abandonner les deux jours de rando. Je sais même pas si on aura
assez de gaz pour manger demain soir. Cela dit, ça fait longtemps
que j'ai envie de manger avec les kirghizes dans la yourte. Depuis
que le trio de françaises nous ont raconté leur soirée, ça me
fait grave envie. Surtout qu'ils sont adorables, ça serait dommage
de rater ça.
Alors,
plan G ! Demain, cheval. Demain soir, manger dans une yourte.
Après-demain, retour à Kochkor. Après-après-demain, on sait pas.
Après-après-après-demain, retour à Bishkek.
Après-après-après-après-demain, AVION :'(
L'ennui
c'est qu'on a plus beaucoup de soussous : précisément 2800.
Sachant qu'on se garde 1000 pour les 90 bornes en marshrukta vers Kochkor (on n'a
aucune idée du prix, mais sachant qu'on a payé 500 pour l'aller en
bus...), ça veut dire que dans l'idéal, il faudrait qu'une journée de
cheval et un repas en yourte ne coûtent pas plus de 900 soms par
personne (soit 11€!) On a des petits doutes, clairement... Bientôt
un plan H ???
















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