Voilà
ma tronche ce matin. Je peine à ouvrir les yeux tant ils sont gonflés.
Je crois que j'ai vidé tout mon stock de larmes hier, mais je
cherche pas trop non plus parce que je sais qu'il en reste toujours
quelque part en réserve. Je fais un scanner de mes émotions :
globalement, je suis vide et blasée. Je ressens de la tristesse, de
la colère, je ne veux parler à personne. Avec les conseils et
encouragements de mes amis que je remercie du fond du coeur, je
décide d'aller au village à 2 km pour prendre un petit déjeuner et
de continuer ma rando jusqu'au col de Bellefont, ça me fera
peut-être arrêter de penser, à défaut de panser cette plaie
béante que je n'ose regarder. On verra les jours suivants. Je ne
prévois plus rien désormais.
Je prends un chocolat chaud au petit bar du village de Saint Pierre en Chartreuse sur les coups de 9 heures, puis me mets en route via le GR9, qui encore une fois grimpe pendant de longs kilomètres, mais toujours dans la forêt. J'avance un peu comme un robot, je me concentre sur l'effort et essaye de garder une cadence régulière, il faut dire que plus de 1000m de dénivelé m'attendent, j'ai pas intérêt à me claquer dès le départ.
Je n'ai toujours pas sorti mon lecteur mp3. Il se trouve qu'avant de partir, j'ai vu que j'avais les mêmes musiques depuis 3 ans dedans, et que j'en ai un peu ma claque. Du coup j'en ai rajouté 300 plus récentes, sauf qu'il y a du avoir une erreur dans la copie et qu'elles n'apparaissent pas dans le lecteur. Du coup, ça me saoule, alors pas de musique cette fois-ci, pour la première fois depuis mes premiers treks solitaires.
Je ne pense à rien, seulement mon souffle, mes muscles. Plus je monte, plus l'air se rafraîchit. Cela reste dérisoire, mais ça fait un bien fou, il crève de chaud là en-bas. Au moins, je ne vais pas me plaindre de la météo, j'ai chaud certes, mais je préfère ça à des journées de pluie battante, surtout que j'ai oublié mon kaway. Huhu. La dame du café m'a dit qu'ils annonçaient de la pluie aujourd'hui, mais finalement, grand ciel bleu.
700 mètres de dénivelé et trois heures de marche plus tard, il ne me reste que quelques kilomètres de plat, toujours en forêt, pour atteindre la cabane de Bellefont et la montée au Col. Je fais une pause à l'ombre, je retrouve un peu de 4G, discute un peu avec le monde extérieur. Le vent se lève, au loin ça se couvre un peu. Je sens que je vais me taper un orage. Très vite, le sentier se dessine timidement dans la JUNGLE. Ya des herbes et plantes hautes de ma taille qui empiètent sur le chemin. Ça me dérange pas en soi, c'est surtout que sur les fleurs des plantes, y a plein de mouches / bourdons / abeilles qui BZZZZZZZZZZZ dans mes oreilles constamment.
Je fais une halte dans un coin dégagé en forêt pour manger mon divin sandwich. Une mouche se pose sur mon bras. Allez, va, je te laisse boire ma crème solaire ou ma sueur, ce que tu veux, t'es pas gênante. Je l'observe, lui parle, et lui dépose une petite miette de boursin sur mon poignet pour qu'elle le mange (oui bon, chut). Et là, alors qu'elle se fout royalement de mon Boursin, je la vois de mes propres yeux me chier littéralement sur le bras. Putain ! Tendez la main et on vous chie dedans. Bon, ben puisque c'est ça, je m'en vais.
Je croise vraiment pas grand monde aujourd'hui, c'est cool. Vers 15h, j'arrive à la cabane de Bellefont après avoir croisé un troupeau d'adolescents. J'ai l'impression de faire l'entrée en classe de mes élèves, à dire bonjour à chacun, 20 fois de suite.
La cabane est privée, comme beaucoup. Les bergers en avaient sûrement marre (à raison) des gens qui respectaient pas trop leur propriété, pourtant mise généreusement à disposition pour les randonneurs.
Je trouve une source d'eau potable qui me sera d'une grande utilité, étant donné que je compte bivouaquer de l'autre côté, et que je suis pas sûre d'en trouver. Je remplis mes gourdes à bloc, en plein soleil, au milieu de saletés de taons qui s'agrippent à mes mollets (je déteste les taons). Je me barre très vite du point d'eau pour retrouver de l'ombre et de la tranquillité. Je commence à croiser quelques personnes, on me confirme qu'on peut facilement bivouaquer de l'autre côté du col, parce qu'ici...
Que de roches et de fortes pentes. Allez, encore quelques 350 mètres de dénivelé, mais cette fois en plein soleil. Ça s'annonce rude. Et ça l'est. Malgré tout, je monte plutôt efficacement et me retrouve au col une heure plus tard.
La vue est superbe, mais le vent est incroyable, je titube et crains de basculer avec le poids du sac. Je trouve vite le sentier qui descend : un petit chemin avec plein de terre sèche et de cailloux blancs qui roulent sous les pieds, typiquement le genre de trucs qui me fout la trouille et m'épuisent. J'avance encore plus lentement que dans la montée...
Au bout d'une demie-heure, le sentier devient bien plat, dans l'herbe. Ah, ça, j'aime ! Je ne pense pas aller jusqu'à la deuxième cabane de berger, j'ai peur de gêner les troupeaux s'il y en a, et puis j'ai plus de 2L d'eau, ça ira très bien. Je commence à chercher un endroit où poser ma tente. Il n'est que 16h30, mais bon.
Pas si facile en fin de compte, le terrain est très vallonné et fourni de bosses et buissons en tout genre. Du coup je me retrouve à bivouaquer... presque sur le sentier. A moins d'un mètre, en tout cas. Je me pose un peu, croise quelques gens, et monte la tente relativement tôt par crainte d'un ciel bien couvert qui m'arrive dessus.
Finalement, les montagnes font barrage et les nuages sombres contournent le col. Je suis là, assise dans l'herbe à côté de ma tente, et je m'éteins. Le fait d'arrêter de marcher redonne libre cours à mes pensées. J'aime pas.
Je m'installe dans ma tente, écris mon carnet, fais ma toilette aux lingettes, regarde les mouches en galère, coincées entre les deux toiles de tente. J'attends. Je m'ennuie. Le temps passe relativement vite, mais j'ai aucun entrain, c'est pesant. J'entends des gens un peu plus loin sur le sentier qui ont planté leur tente aussi. Même ici, j'ai des voisins, merde. Finalement il se met à pleuvoir vers 19 heures, après quoi je sors préparer ma soupe. Yahou... Je me couche relativement tôt, comme d'hab. Mes cheveux sont dans un état lamentable, j'ai même pas de brosse.
Demain, je n'ai que 9 km en descente jusqu'au Cirque de St-Même. Je sens que je vais encore arriver super tôt et me faire chier. Rien de prévu pour les jours suivants, j'avais prévu d'aller bivouaquer au Mont Granier, mais ça me dit plus trop rien. Ça me fera faire une descente jusqu'à St-Même puis le lendemain remonter les 700m de dénivelé par le même chemin. Bof.
J'ai jamais eu autant envie de crudités et de fruits. Du concombre et des tomates gorgés d'eau, han. Je trouve des poils de Xéna sur mon sweat. Blanc au début, blond au milieu, noir à la fin. Je les retire, les regarde, hésite, puis les laisse s'envoler. Oh vous pouvez trouver ça ridicule, je m'en fiche pas mal. Tout ce que je sais c'est que c'est un peu la seule chose qu'il me reste d'elle, les poils. A l'heure qu'il est, elle est enterrée dans le jardin de mes parents, en Normandie, avec tous les autres animaux, et son magnifique pelage fera bientôt corps avec la terre en redevenant poussière.
En fait je crois que j'ai juste envie de me mettre en OFF. Il est 20 heures : bonne nuit.
Total de la journée : 13,5 km / D+ 1080












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